31 mai
2016

10:44

Tournai : travaux en cours et programmés

Depuis la dernière rubrique consacrée à ce sujet et parue le 11 mars, des chantiers ont été clôturés, d'autres sont en cours et certains pointent déjà à l'horizon.

Chemin et avenue des Peupliers.

La section comprise entre la chaussée de Lille et l'avenue des Peupliers, appelée également chemin Vert, a fait l'objet d'un aménagement pour faciliter la circulation des promeneurs et des cyclistes. Deux bandes perpendiculaires de béton ont été coulées, elles seront séparées par un espace herbeux. Le chantier est toujours inaccessible pour permettre le séchage du revêtement.

La pose du revêtement hydrocarboné de l'avenue des Peupliers a nécessité une interdiction de circuler d'environ quatre semaines. Il a fallu raboter la couche supérieure profondément dégradée, poser une couche de fond et ensuite procéder à la réalisation du revêtement définitif. Depuis le 13 mai, la voirie a été rendue à la circulation. Comme toute amélioration du confort des usagers porte souvent en elle des conséquences parfois néfastes, certains automobilistes n'ont plus le pied aussi léger qu'auparavant sur cette longue ligne droite et oublient qu'ils traversent une zone résidentielle urbaine où la vitesse est limitée à 50km/h.

La rue de Barges.

Dernière voirie nécessitant une rénovation totale dans le cadre de l'installation du CHWapi, la rue de Barges vient de recevoir la pose du revêtement hydrocarboné définitif. Après séchage, dans quelques jours, elle sera ouverte à la circulation. La nouvelle installation résultant du regroupement des services se trouvant à la clinique la Dorcas (définitivement fermée) et en provenance de la clinique Notre-Dame a provoqué un afflux (attendu?) de véhicules dans ce quartier d'ordinaire si tranquille. Les riverains ont l'impression de revivre une situation comparable à celle connue lors des matches de gala disputés au stade Horlait, excepté qu'à l'époque, cela se passait quelques dimanches par an, seulement.

Pour résoudre le problème d'engorgement et de stationnement, des mesures ont été et seront encore prises prochainement. Un parking de 120 places à l'intention du personnel est désormais opérationnel au bas de la rue Général Piron. Un parking souterrain d'une centaine de places à usage des visiteurs devrait être normalement accessible sous l'établissement par la rue des Sports (il y a quelques jours, en raison de travaux de finitions, il était encore interdit d'accès). Un parking de quelques dizaines de places réservé aux médecins devrait être réalisé à la rue Cottrel à l'emplacement des anciens locaux de l'ITMA mais ce projet n'est encore qu'au stade de la gestation !

Le stationnement, actuellement un peu "anarchique" aux abords de l'hôpital, devrait être, en partie, résolu par la mise en zone bleue des rues suivantes : chaussée de Willemeau (de l'avenue Montgomery à la rue Général Piron), les rues Cottrel, André Hennebicq, des Sports, Allard Olivier, Jean de Mesgrigny, de la Citadelle (entre la rue des Sports et la rue Vauban), la rue Vauban (entre le boulevard du Roi Albert et la rue de la Citadelle), l'avenue Montgomery (côté opposé à la plaine des Manœuvres), la totalité du boulevard Lalaing ainsi que les rues situées à l'intérieur du site de Bongnie. Voilà de quoi donner du travail à un agent supplémentaire par la firme chargée de contrôler le stationnement et de dresser le constat pour les réfractaires.

La place de Lille.

Depuis le 10 mai, des paveurs s'activent à rénover, une fois encore, le revêtement pavé de la seule section normalement accessible aux automobilistes, celle comprise entre la boulangerie Devos et la rue des Carmes. La plupart des obstacles (boules, barres alu, potelets) placés à l'origine afin d'interdire l'accès à l'esplanade créée autour de la Colonne française ayant, peu à peu, disparu, il n'est pas rare de voir des automobilistes faire un tout droit entre la rue des Carmes et le carrefour de la Porte de Lille, descendant la bordure pour s'intégrer dans la circulation. D'autres conducteurs feignent ne pas remarquer la signalisation placée en haut de la rue des Carmes les invitant à virer vers la rue Blandinoise et rejoignent directement la rue Dorée dans le sens interdit à la circulation. Faut-il laisser ces contraintes, si on accepte que certaines personnes ne les respectent pas en toute impunité ?

Les quais Notre-Dame, le quai Dumon et la rue du Becquerelle.

L'important chantier de rénovation de ce quartier a débuté voici déjà plusieurs semaines. La phase de pavage de la nouvelle configuration du quai Notre-Dame est en cours. Le quai Dumon était jusqu'à ce jour réduit à un étroit passage en double sens permettant de venir de la place du Becquerelle ou de l'emprunter. Dans les prochains jours, le quai sera mis en impasse, les automobilistes devront désormais emprunter la rue Joseph Hoyois et la rue de l'Epinette, mise en double sens pendant la durée des travaux, pour rejoindre la rue des Jardins et la rue Royale. La pose des impétrants a été réalisée dans la rue du Becquerelle, elle aussi inaccessible et la pose de son revêtement débute. Interdictions de circuler et déviations sont programmées jusqu'à la fin de l'année.

L'avenue de Maire.

Depuis des mois, les automobilistes qui empruntaient quotidiennement l'avenue de Maire pestaient contre les importants nids de poule qui parsemaient cette voie de pénétration urbaine. Depuis ce lundi 30 mai, des travaux de rénovation ont été entamés. On procède actuellement au rabotage des bandes de circulation. La circulation est réduite à une seule bande dans les deux sens. Aux heures de pointe, de longues files se forment depuis le rond-point de l'Europe vers Froyennes et depuis le zoning commercial de Froyennes jusqu'au même rond-point. La vitesse est limitée à 30km/h sur toute l'avenue. Ce chantier est prévu jusqu'à la fin du mois de juin en raison du délai de séchage du nouveau revêtement hydrocarboné.

La rue Roc Saint-Nicaise.

Du 13 au 17 juin, un chantier sera réalisé dans la rue Roc Saint-Nicaise et nécessitera sa fermeture à la circulation.

Boulevard du roi Albert.

En raison d'un ancien effondrement de voirie sur la partie centrale (ancienne voie cyclable) des travaux ont été entrepris afin d'en rechercher l'origine (souterrain ? Egout non répertorié ? effondrement karstique ?). Ce chantier réduit la circulation à une seule bande dans les deux sens et la vitesse est limitée à 30km/h.

Rue Hautem.

Des travaux de voirie et de confection de nouveaux trottoirs y seront prochainement réalisés et dureront jusqu'aux congés dans le secteur de la construction (15 juillet).

Rue Saint-Eleuthère et chaussée de Roubaix.

Le chantier de pose d'impétrants (électricité) entamé à la fin de l'année 2015 et se prolongeant jusqu'à l'entrée de Blandain n'est toujours pas terminé.

Chantiers à prévoir.

Ceux qui, comme moi, empruntent quotidiennement les axes de circulation permettant un accès aux boulevards périphériques de Tournai auront remarqué la très sensible augmentation du trafic des camions de + de 3,5 tonnes, notamment sur la chaussée de Lille. Malgré l'interdiction placée à hauteur du zoning d'Orcq, de nombreux chauffeurs tant étrangers que belges empruntent ces itinéraires très probablement afin d'éviter l'autoroute et sa taxation au kilomètre. Ces voiries qui ont été récemment rénovées vont bientôt, à nouveau, se dégrader et c'est, une nouvelle fois, dans la poche du contribuable qu'on viendra chercher l'argent nécessaire aux réparations.  

S.T mai 2016.

29 mai
2016

11:20

Tournai : expressions tournaisiennes (361)

Mimile va aller à l'tique.

Pos bin leon de m'maseon habitent Ortaline et Philémeon. Ch'est des gins d'beonne compositieon qui n'ont eu qu'ein seul garcheon. Mimile, ch'est s'neom, ch'est d'puis toudis leu p'tit dieu, de s'mopère et s'mamère, i-orchoit tout c'qui veut. I-a invie d'eine mobylette, i-n'a pos b'soin d'faire l'tiête, i-li suffit simplemint d'deminder et l'lind'min on li a d'jà acatée. Ch'est d'puis toudis ein infant gâté, ses parints i-n'ont jamais rien osu li orfuser.

Mais d'puis deux ou treos meos, Ortaline et Philémeon i-seont fin réhusses, i-feaut dire qu'ave leu garcheon i-ont bin des russes et i-d'ont plein les busses. L'directeur de l'école leu a invéyé eine lette anneonchant que leu Mimile feseot bin souvint queuette.

Philémeon i-a décidé aujourd'hui d'li parler et de l'mette pa d'vant ses responsabilités.

"A t'n'âche, te devreos comprinte que t'mamère et mi pou payer tes études on s'prive d'puis toudis. Ch'est tout c'que t'as trouvé pou nous ormercier, n'pus aller à l'école et, pindant tout l'jour, lusoter".

Mimile i-a ravisé s'mopère et i-n'a rien dit, on areot même presque dit qu'i-aveot souri.

Quançqu'Ortaline elle a été vir ein psychologue de leu connissance, i-li a répeondu :

"Ch'est pos grafe, allez, ch'est l'crisse de l'adolescence".

"Mi aussi, à seize ans, j'ai fait m'crisse" qu'i-a dit Philémeon, "J'porteos des cauchettes fluo et mes ch'feux éteot'ent leongs. Ch'est bin souvint in cachette que j'fumeos mes cigarettes. Su l'quémin d'l'école, j'queureos pétête après les files mais j'n'ai jamais fait des airs comme no Mimile. A dix-huit ans, j'ai été diplômé et huit jours après j'commincheos à ouvrer, j'ai grimpé tous les écheleons au Qu'min d'fier et aujord'hui, in ravisant m'carrière, te peux ête seûr que j'sus fier".

In intindant tout cha, Ortaline elle a pinsé : "

"Ch'est vrai, ch'est à l'gare de Tournai qu'ein jour au matin j'l'ai rincontré".

Verdi au soir, i-ont attindu Mimile jusqu'à nulle heure, l'albran i-est acore orvenu aux p'tites heures.

"Asteur, comarate, te t'assis su l'cayère et te vas acouter m'bréviaire, te vas nous dire quoisque dins t'tiête'i-est in train de s'passer pasque t'mamère et mi, on est tout défoutus, cha n'peut pus continuer".

Mimile qui éteot acore à mitan quervé, i-s'a mis à débabeiner s'cap'let :

"A dix-siept ans, acore aller à l'école, bé, cha n'sert à rien, j'irai quand même au chômache l'ainnée qui vient. Dins les interprisses de l'régieon, on n'ingache pus d'Tournisiens, l'ouverrier coûte trop tchier pa rapport aux Roumains. L'prof i-a espliqué pourquoi l'Europe elle a été créée, ch'est uniquement pou deonner des plaches supplémintaires aux députés. I-a même rajouté que ch'éteot tous des planqués et bramint n'compreneot'ent même pos l'sens du meot ouvrer. Comme on dit à Tournai, ch'est des grands diseus mais des p'tits faiseus ou bin acore leu lanque elle s'ra usée que leu bras s'reont acore tout nués.  i-passe'tent six meos pou trouver ein réglemint su l'largeur des planques d'toilette et i-tire'tent de l'leonque pou déterminer l'poids moyen d'eine savonnette. L'communauté européenne elle existe d'puis d'z'ainnées, i-babièle'tent toudis mais i-n'save'tent rien harmoniser mais, pindant tout l'temps qui babièle'tent, i-rimplisse'tent bin largemint leu portefuèle. Papa, orwette autour de ti, qu'minche pa ouvère tes is, ch'est pos mieux dins no p'tite Belgique, on n'peut pus faire confiance à nos heommes politiques. On laiche, in héaut lieu, l'situatieon s'démanoquer in Wallonie pou exiger béteôt l'partitieon définitive d'no pays. Dusque i-a bramint d'lines de trains, n'cache pos... ch'est chez les Flaminds, chez qui on laiche les pus vielles priseons, bé, i-n'feaut pos aller bin leon, ch'est chez les Walleons. Pou les Flaminds on a supprimé d'puis lommint l'tasque pou l'télévisieon, mais no gouvernemint walleon, li, i-continue à nous presser comme des chitreons. I-a pétête la-d'dins des universitaires mais ch'n'est vraimint pos d'brillants gestionnaires. A l'unif, i-z'éteot'ent seûrmint prumiers in querverie et bin moins forts in carcul et in écolomie".

Philémeon, tout paf, i-a orwettié s'garcheon et i-a essayé d'intamer l'conversatieon :

"Quançqu'en mille nuef chint soixante-nuef, j'ai comminché à ouvrer, j'feseos quarante-deux heures pa sémaine et j'n'aveos fauque vingt jours d'congés payés, et pou les vacances, t'mamère et mi on parteot, in juillet, à La Panne ou bin in France. On a fait des écolomies pindant des meos, pou acater, d'occasieon, no prumière auteo. Pou l'gare, j'parteos à véleo à siept heures au matin, qui pluèfe, qui neiche ou bin qu'chuffièle l'vint. Vingt ans après l'guerre, on éteot bénaisse d'avoir d'l'ouvrache, on aveot vraimint pos invie de s'ortrouver au chômache. A l'fin du meos, on n'gagneot pos l'Pérou mais on éteot fin hureux d'avoir nos sous. Du momint qu'on d'aveot assez pou payer l'cauffache, l'nourriture et l'loyer, on n'areot pos déquindu dins les rues pou berteonner et berler. Asteur, les gins i-n'ont pus l'attirance de l'ouvrache, i-d'a beauqueop qui préfère'tent rester su l'chômache. I-d'a ein qui m'a dit ein jour :

"Toi qui es si malin, dis-me pourquoi j'ireos ouvrer, j'sus payé d'puis lommint pou rester à m'maseon et  m'orposer".

Mimile i-n'acouteot pos Philémeon, i-raviseot pa l'ferniête du saleon. S'ortournant tout d'eine traque, ces meots de s'bouque ont sorti parels à eine claque :

"Quançque t'aveos m'n'âche, i-aveot à peine chinq milliards d'individus su l'tierre, asteur, on dit su internet qu'on est siept millards et bramint d'poussières. Pinse que dins vingt-chinq ans, i-ara près d'dix milliards d'humains et d'jà asteur on n'sait pus deonner à minger à tous les gins. D'puis d'z'ainnées, i-a bramint d'jeones au chômache mais les vieux jusqu'à soixante-siept ans on va les obliger à rester à l'ouvrache. On voudreot que che soiche les jeones qui cotise'tent pou l'pinsieon des pus âgés, bé, pou cha, i-feaudreot réel'mint commincher pa nous ingager. On vit dins ein véritape meonte d'seots, pou qualifier les gins qui feont les lois on n'trouèfe pus d'meots".

Philémeon i-aveot l'gueule morte comme on dit et i-a orwettié s'garcheon ave ein air tout ébeubi.

"Te dis que te n'vas pos trouver d'ouvrache, mais mi j'viens de t'trouver eine belle plache. Aux prochaines électieons, te vas t'mette comme candidat et j'sus seûr que te s'ras élu ave l'babelle que t'as. Pus te vas raqueonter des cacoules, pus te vas rameuter les foules. Pindant l'campane, te dis à tertous que t'es conte l'nucléaire et eine feos élu te dis que pou l'élestrique ch'est nécessaire. Te dis à tertous que les tasques elles doive'tent diminuer mais, eine feos élu, te les aurmintes pou équilibrer l'budget".

"Ahais, ête élu, mi, tout cha j'veux bin mais si j'n'ai pos d'diplôme cha n'sert à rien !".

"Bé, pou t'diplôme, i-n'a pos d'tracas pou mintir aux gins on n'a pos b'soin d'cha".

NDLR : Toute orsannance ave eine situatieon qu'on vivreot s'reot dramatique, car des affaires ainsin cha n'existe seûrmint pos, ch'est des propeos sortis de l'tiête d'ein seot.

(lexique : aller à l'tique : expression ancienne qui signifiait aller pointer au chômage, pointage quotidien qui a été supprimé afin de "rationnaliser" les effectifs de l'Onem / pos bin leon : pas bien loin / l'garcheon : le garçon / toudis : toujours / s'mopère : son père / s'mamère : sa mère / orchevoir : recevoir / l'invie : l'envie / acater : acheter / osu : osé / les meos : les mois / ête fin réhusse : être fatigué, être las / avoir des russes : avoir des difficultés, avoir de la peine / in avoir plein les busses : être surchargé de besogne, en avoir assez / inveyer : envoyer / anneoncher : annoncer / faire queuette ou queuète : faire l'école buissonnière / pa d'vant : devant / à t'n'âche : à ton âge / ormercier : remercier / lusoter : flâner / raviser ou orwettier : regarder / vir : voir / des cauchettes : des chaussettes / de ch'feux : des cheveux / l'quémin ou le qu'min : le chemin / queurir : courir / pétête : peut-être / les files : les filles / commincher à ouvrer : commencer à travailler / au Qu'min d'fier : au Chemin de fer, à la SNCB / ête seûr : être sûr / verdi : vendredi / l'albran : le garnement / acore : encore / asteur : maintenant / comarate : camarade / l'cayère : la chaise / écouter : écouter / ête défoutu : être déçu, être démoralisé / à mitan quervé : à moitié ivre / débabeiner s'cap'let : littéralement débobiner son chapelet ou dire tout ce qu'on a sur le cœur / les interprisses : les entreprises / tchier ou tcher : cher / des plaches : des places / bramint : beaucoup / grands diseus, p'tits faiseus : des gens qui se vantent mais ne font pratiquement rien / leu lanque elle s'ra usée que leu bras s'reont acore tout nués :  leur langue sera usée que leurs bras seront toujours neufs ou ils parlent beaucoup mais ne font rien / les planques : les planches / tirer de l'leonque : aller lentement, freiner des quatre fers / babiéler : bavarder / l'portefuèle : le portefeuille / ouvère tes is : ouvre les yeux / laicher : laisser / s'démanoquer : se détruire / béteôt : bientôt / l'tasque : la taxe / les chitreons : les citrons / l'querverie : la soûlographie, l'action de boire outre mesure / l'carcul : le calcul / l'écolomie : l'économie / être tout paf : être profondément surpris, stupéfait / quançque : lorsque / fauque : seulement, uniquement / qui pluèfe, qui neiche ou bin que chuffièle l'vint  : qui pleuve, qu'il neige ou bien que souffle le vent / bénaisse : content / hureux : heureux / l'cauffache : le chauffache / déquinte : descendre / berteonner : gronder, bougonner / berler : hurler / s'orposer ou s'erposer : se reposer / l'ferniête : la fenêtre / s'ortourner tout d'eine traque : se retourner d'un seul coup / l'bouque : la bouche / parels : pareils / chinq : cinq / l'tierre : la terre / des jeones : des jeunes / ein meonte d' seots : un monde de sots, un monde de fous / on truèfe : on trouve / ébeubi : frappé de stupeur / raqueonter des cacoules : raconter des mensonges, des histoire à dormir debout / rameuter : ameuter, attirer à soi / ête conte : être contre / l'élestrique : l'électricité / tertous : tous / aurminter : augmenter / ahais : oui / orsannance : ressemblance).

S.T. mai 2016.

11:20 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

24 mai
2016

10:50

Tournai : la propreté publique à travers l'Histoire.

Vaste débat que celui de la propreté publique, c'est pourtant un des aspects non négligeables que relève le visiteur venu découvrir les richesses de notre ville. Une cité peut s'enorgueillir d'un patrimoine historique ou architectural extraordinaire, elle peut posséder les plus beaux espaces verts ou mettre en valeur ses monuments, si la saleté est omniprésente, ces trésors que le monde nous envie sont totalement dévalorisés. Comme nous le verrons, depuis le Moyen-Age, la propreté des villes a toujours fait débat et, peu à peu, certaines ont mieux réussi que d'autres à développer cette notion d'hygiène publique parmi leur population. Comme en toutes choses, ce n'est qu'une question d'éducation.

Les premiers règlements communaux.

Les différents écrits et plans de ville qui sont parvenus jusqu'à notre époque montrent, qu'au Moyen-Age, les rues de Tournai étaient étroites, tortueuses, remplies d'immondices et de décombres. Peu pavées, elles servaient de soue pour les porcs et se transformaient bien souvent en égouts à ciel ouvert où pullulaient les colonies de rats. Les eaux pluviales qui entraînaient ces déchets s'écoulaient dans des fossés dénommés "warwandes" se terminant dans l'Escaut. On n'est donc pas étonné que les épidémies de peste et de choléra étaient endémiques à l'époque. Soil de Moriamé, sur base d'archives disparues lors des bombardements de 1940, a constaté que les rues du centre de la cité tournaisienne semblaient déjà pavées au XIIIe siècle car, au début du XIVe, on pavait déjà les rues plus éloignées du cœur de la cité.

Déjà au XIIIe siècle, les Magistrats de la ville avaient élaboré un règlement pour lutter contre ce fléau qu'était le manque d'hygiène.

Voici quelques extraits d'un règlement de 1280 :

"Que personne n'entasse ni branches, ni fagots dans les fossés de la ville, ni à 100 pieds d'aucune maison de la ville sous peine de 100 sous maximum - Qu'aucun forgeron ne jette l'écume de sa fournaise en la rue, sous peine de 100 sous, mais le fasse assembler et mener aux champs - Que personne" ne haus, ne bas" (ni grand, ni petit) devant sa maison jette "ne tierre, mierde, ne écouville ne ordures" (ni terre, ni excréments, ni détritus, ni ordures) à moins qu'il ne le fasse assembler ou assemble en 1 mont et l'en fasse mener aux champs sous peine de 20 sous - que nul ne jette à l'Escaut à la porte du "Bourdiel" (tour du Pont des Trous située sur la rive gauche) détritus ou ordures sous peine de 20 sous - que nul ne jette dans les fossés de la ville détritus ni escloits (urine) ni ne fasse courre *(ne défèque) sous peine de 100 sous...".

* le mot "courre" vient de "corée" désignant les intestins et entrailles, le terme "corrante" était utilisé à l'époque pour désigner la diarrhée (petit détail scatologique)

Certains lecteurs seront choqués de découvrir pareils termes, images d'une époque révolue, mais, à la nôtre, n'urine-t-on pas, ne défèque-t-on pas et ne vomit-on pas encore dans les rues de la ville ? Ne va-t-on pas déposer des déchets, détritus, tontes d'herbe, branchages sur les terrains vagues ? Les canettes et mégots ne sont-ils pas devenus les détritus des temps modernes quand ce ne sont pas des seringues usagées !

La préoccupation des Magistrats dans leur lutte pour assainir les rues de la ville ressemble à un combat qui dure depuis... des siècles.

Ainsi, une ordonnance de 1401 stipule :

"Qu'il ne soit aucune personne qui, dès ce jour, ait des porcs allant par la ville, sans garde, sous peine de 10 livres et de perdre les porcs (...) que nul n'ait des porcs allant par le marché au grain le jour du marché, gardés ou sans garde, sous la dite peine".

Ainsi également une ordonnance de 1407 émanant de l'exécuteur de la juste laïque :

"Il est accordé qu'il puisse prendre et emprisonner tous les porcs allant par la ville, mais qu'il n'en épargne aucun et que la ville en ait la moitié".

Une ordonnance de 1440 reprend le texte édicté en 1401 et ajoute :

"Qu'il ne soit personne qui mène ou cache, ni fasse mener ou cacher des porcs dans les défenses qui sont sur les fossés au Bruille (actuel quartier du Château), sur les dunes du grand ou petit Marvis, dans ou hors la ville, sous peine de 40 sous et des lois de la Justice (...). Qu'il ne soit personne demeurant en notre justice sur la rivière d'Escaut qui ait ou tienne des porcs ou des truies pour les y nourrir et engraisser, sous la dite peine . Qu'il ne soit personne qui puisse avoir ou mener, souffrir ou laisser ses truies, porcs, moutons, brebis, agneaux, vaches, bœufs, taureaux, chevaux, poulains, juments, chèvres, boucs ou autres quelconques bêtes (une véritable ménagerie) sur les "boullewers" (tours de guet ou de défense) ou dans les fossés de la ville, ni sur la forteresse de celle-ci, sous peine de 40 sous et de perdre les bêtes...".

Dans les écrits de 1456, on voit apparaître la mention de "banneleurs", probablement des ouvriers payés pour évacuer les déchets. Pour la première fois, les magistrats avaient mis le pied dans un engrenage qui allait avoir de beaux jours devant lui car "faire le travail à la place d'un autre n'encourage pas celui-ci à le réaliser lui-même". Nos petits "hommes verts" actuels (qui sont désormais en jaune) ne nous démentiront pas, leur travail quotidien qui consiste à traquer et à enlever le déchet laissé par les citoyens peu respectueux de l'environnement semble être un éternel recommencement.

"Qu'il ne soit aucune personne qui porte ni ne fasse porter au grand Marché de Tournay, en la place Notre-Dame, contre le beffroi, ni au Marché-aux-vaches, excepté entre les "estaques" (pieux et poteaux), fumier, "groises" (graviers, grès), ordures ni déchets, mais fasse porter et mener cela aux champs... sous peine de 20 sous. Qu'il ne soit valet, servante ni autre quelconque personne, qui balaie, pousse, ni ne fasse pousser ou mettre en ruisseaux de la ville ordures ni déchets, sous peine de 20 sous, que personne ne balaie sur les chaussées à moins qu'il ne pleuve ou ne tombe de l'eau des nuées (!), sous la dire peine...".

Ainsi au cours des siècles, les règlements deviennent de plus en plus précis pour donner un aspect plus propre aux rues et surtout pour lutter contre des vecteurs de maladies.

Apprendre la propreté à la population est une mission qui semble plus difficile encore que de l'apprendre à un enfant qu'on éduque car un effet de masse joue continuellement, le pollueur se fond dans l'anonymat de la foule pour se garantir une certaine impunité. Peu à peu, on a rendu chaque citoyen responsable de la propreté de la voie publique située en face de sa propriété. "Balayer devant sa porte" est même devenu une obligation. A Tournai est née l'expression "Faire s'rang"

Les ordonnances du XIXe siècle.

Le 28 août 1843, le Magistrat fut obligé de rappeler les termes d'une ordonnance de 1806, preuve que la lutte contre la saleté devait, en permanence, être rappelée, chaque génération d'habitants tombant vite, sur ce point, dans un laisser-aller coupable. Les termes ne sont pas équivoques :

"Considérant qu'il importe de rappeler à nos concitoyens les obligations qui leur sont imposées par diverses dispositions du règlement du 1er décembre 1806, relatif à quelques parties du service de la voirie et, notamment au balaiement (sic) et nettoiement des rues".

Suivent plusieurs dizaines d'articles dont nous allons extraire les principaux :

Article 2 : l'heure du balaiement sera annoncée par la cloche qui sonne habituellement l'heure de la retraite.

Article 3 : la charge du balaiement (orthographe de l'époque) incombera aux habitants, selon la situation et la nature de leurs maisons et héritages.

Article 4 : tout habitant occupant une maison au rez-de-chaussée, à quelque titre que ce soit, sera tenu d'en balayer ou d'en faire balayer régulièrement le devant, selon son étendue, y compris celui des cours et jardins. (...). Les propriétaires des maisons inhabitées ou ceux qui les représentent seront tenus d'en faire balayer le devant, comme s'ils habitaient eux-mêmes. Les alentours des églises, anciens cimetières, maisons d'établissements publics, devront être balayés par les concierges ou portiers de ces édifices ou établissements...

Article 8 : les habitants auront, trois fois la semaine, les moyens de se débarrasser gratuitement de tous les objets qu'il leur est défendu de jeter dans les rues et places publiques  (mise en place du système de ramassage des immondices qui sera défini en l'article 18).

Article 12 : lorsqu'il y aura de la poussière, chaque locataire ou propriétaire, avant de balayer, devra jeter ou faire jeter, dans les rues, places publiques, chacun dans l'endroit où il est tenu de balayer, autant d'eau qu'il sera nécessaire pour empêcher que la poussière incommode les passants ou ne puisse nuire aux marchandises qui se trouvent dans les boutiques voisines.

Article 18 : lorsque les charrettes chargées de l'enlèvement des boues passeront dans les rues et places publiques, les habitants qui en seront avertis par le son de la clochette, sont invités à venir jeter dans ces voitures ou de présenter à l'une des personnes (les adjudicataires) tous les déchets de volailles ou autres animaux, les épluchures de légumes, les herbes, les pailles, les cendres et autres objets susceptibles d'être transformés en engrais.

Article 39 : tous les propriétaires des maisons où il ne se trouverait point de fosses d'aisances ou latrines sont tenus d'en faire construire une (dont l'étendue ne doit pas être en-dessous de deux mètres cubes) dans les huit mois qui suivront la publication de cet arrêté, ceux qui ne se conformeront pas au présent article seront condamnés à une amende de 3 francs et aux frais de la dépense qu'entraîne la construction d'une latrine qui sera faite d'office par les ordres du commissaire de police.

Actuellement.

L'autorité communale a mis en place divers services qui permettent de lutter contre les nuisances engendrées par la malpropreté.

Il y a le ramassage régulier des immondices qui s'effectue deux fois par semaine au centre-ville et une fois par semaine dans les quartiers situés à la périphérie. Ce service est payant par le biais d'une taxe communale et par l'achat de sacs réglementaires.

Il y a le ramassage à domicile, au moins une fois par mois, des vieux papiers et cartons. Le sac réglementaire est payant.

Il y a le ramassage à domicile, au moins une fois par mois, des sacs contenant les bouteilles en plastique, les boites de conserves et les cartons de boissons (type tétrabrick ou tétrapack). Le sac réglementaire est payant.

Il existe, un peu partout, des bulles à verre destinées à recevoir les bouteilles et bocaux non consignés.

Il y a les bulles à vêtements usagés mais recyclables.

Trois déchetteries existent sur le territoire de la ville (les Mouettes, les Bastions et Kain). Appelées populairement "parcs à containers", elles permettent aux habitants d'aller déposer, gratuitement, les tontes de pelouse, les encombrants, le petit "électro" usagé, les papiers, cartons, déchets de démolition, verres, huiles usagées...

Il y a des ouvriers chargés du ramassage dans les rues de la commune des déchets, le plus souvent volontairement laissés par des personnes à l'esprit civique peu développé pour qui se déplacer vers une poubelle publique représente un effort qu'elles en sont pas prêtes de réaliser (mégots, paquet de cigarettes, cannettes, papiers gras...). Il y a aussi, malheureusement, des citoyens qui confondent poubelles publiques avec camions chargés du ramassage hebdomadaire et qui entassent des détritus au pied de celles-ci en se disant qu'on viendra bien les ramasser.  

L'intercommunale de propreté publique incite, par des formations données aux citoyens, à la réalisation de son propre compost à partir des déchets végétaux ou organiques.

L'obligation d'entretenir le trottoir face au domicile incombe toujours au propriétaire ou au locataire. De très nombreuses personnes l'ignorent ou feignent l'ignorer. Si chacun balayait en face de chez soi, si chacun enlevait les mauvaises herbes, les rues prendraient un aspect beaucoup plus propre et plus accueillant. L'obligation est également valable en cas de neige et verglas, les habitants ignorent ou feignent aussi ignorer qu'ils peuvent être rendus civilement responsables de la chute d'un piéton. Combien de trottoirs sont encore entretenus, été comme hiver ?

Eduquer les citoyens à la propreté est un travail de longue haleine, un responsable communal s'y est attelé récemment et récolte autant de critiques que de marques de reconnaissance car certains considèrent que polluer son environnement est un droit fondamental, synonyme de liberté mais la liberté des uns s'arrêtent toujours là où commence celle des autres et nous sommes en droit d'exiger la salubrité publique.  

Terminons néanmoins sur une note optimiste pour justifier l'appellation du blog :

En cinq siècles, il y a quand même eu d'importants progrès. Dans les rues ne déambulent plus les porcs, les truies, la volaille. Les ruisseaux ne charrient plus immondices, déchets, détritus. Les eaux pluviales se perdent depuis longtemps déjà dans les égouts souterrains et, avec les rejets des habitations, sont désormais épurées avant d'être rejetées dans le fleuve. Tout cela est bien mais un peu plus de civisme de la part d'une frange de la population permettait de vivre dans une ville à l'aspect impeccable qui ferait encore plus la réputation de Tournai, site touristique par excellence.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, ouvrage paru en 1864- documents d'archives relatives au Tournaisis édités par les Archives de l'Etat parus en 1982 et recherches personnelles).

S.T. mai 2016.

21 mai
2016

14:58

Tournai : expressions tournaisiennes (360)

Mais queu triste époque on vit asteur !

Asteur quançque ch'est pou rire ou passer ein beon momint, i-a bramint d'gins qui feont gnien-gnien. Dins no ville, on queompte su les déogts d'eine main les ruaches dusque les habitants arrive'tent acore à s'écanger ein salut amical, pasqu'asteur les gins, quançque te les rinconte, te direos toudis qu'i-z-orvienne'tent d'eine cérémonie d'funérales. Même à l'sortie de l'gramesse du diminche, les fidèles sortent bin vite d'l'églisse l'tiête baissée, i-z'évitent les gins pou n'pos devoir leu parler, i-ont eine escusse, i-feaut vite aller préparer l'deîner. Pourtant si i-a bin ein lieu dusque qu'on dit qu'i-feaut tinte l'main aux eautes, ch'est bin là, hélas, l'vérité est d'ein côté de l'porte mais pos d'l'eaute. On va finir pa m'faire acroire que les gins pasqu'i-ont toudis été, i-veont là-vas pa habitude ou pou bin s'faire vir du curé.

Ch'est du parel au même, on n'osereot pus dire eine blaque dins les at'liers et les buréeaux, pou rire et détinte l'atmosphère, on n'osereot pus dire ein seul meot, l'temps d'avant i-est d'puis bin lommint oute, vraimint fini, on a bin treop l'esquite d'orchevoir s'billet d'sortie. L'joie qui éclateot au grand jour, elle a fait plache à l'tristesse des ténèbres, on direot qu'asteur tertous ouef'tent dins eine interprisse d'peompes funèbres. Au neom de l'sacro-sainte rintabilité, on a fini pa tuer l'amitié ! Pourtant, i-a des gins qui ont acore ein leuger sourire d'bénaiss'té, ch'est les actionnaires au momint d'incaisser leu part des bénéfices à l'fin d'l'ainnée. 

Vous avez aussi ormarqué qu'on n'veot pos ein seul riou dins no gouvernemint, i-vienne'tent tertous, l'ein après l'eaute, à l'télévisieon ave des tiêtes d'intierr'mint. Quançque j'les veos, je m'dis alfeos : "Quoisqu'i-va acore ichi nous caire su l'pal'teot". J'comprinds pourquoi qu'on appelle no ministres, d'puis lommint d'jà, Messieurs les sinistres. Au roi, j'ai alfeos invie d'écrire : "Majesté, vous êtes intourée d'bin tristes... sires". I-ont l'air tell'mint convaincus quançqu'i-vienne'tent te dire su ein teon d'homélie, que les bieaux jours i-s'reont béteôt là, que l'pire i-est pa d'rière ti : "No pays ou bin no régieon s'erdresse, tout va bin, vous voulez eine prouèfe, mes gins, bé, on a ein peu moinse d'chômeus in puque qu'on aveot l'ainnée dernière au même momint (j'vous laisse adveiner ce que cha veut dire in beon frinçais)". Mi, j'sus pétête l'seul à les comprinte, comme i-seont toudis in train d'cacher après du pogneon, d'aurminter les tasques et d'presser les paufes chitreons, i-n'veont quand même pos v'nir canter "I-a d'la joie", à m'mote que cha s'reot, ein p'tit queop, indécent pou des ceusses qui feont les lois.  

A l'télévisieon quançqu'i-a, alfeos, des programmes faits pou nous faire sourire (j'pinse à Patrick Sébastien, à Cyril Hanouna, à François Pirette ou à Jérôme De Warzee), te veos des commintaires dins les gazettes ou bin su internet disant que "cha vole bas", que "ch'est vulgaire", que "cha n'veaut pos tripette". J'les intinds les ceulles qui, pou parler, mette les preones dins les quertins, i-seont toudis in train d'sortir des phrases ainsin : "Chez nous nous ne regardons pas cela, ma chère Elise, ce ne sont que bouffons racontant des bêtises, nous préférons bien mieux nous cultiver en regardant une émission à propos des cultures empoisonnées sur Arté" (en français dans le texte).  

A no Maseon d'la Culture, on fait asteur dins l'élistisme, ch'est fini les pièches classiques, ch'est terminé l' théâte  d'boul'vard, on préfère moutrer des spectaques dusque te deos t'creuser l'tiête pou ti comprinte eine séquoi. Ainsin, j'éteos abonné d'puis mille nuef chint soixante-nuef et j'réserveos, beon an, mal an, invireon eine douzaine de soirées su eine saiseon. J'ai connu des momints estraodinaires ave "Les Bijoux de la Castafiore", les classiques d'Molière, les orprésintatieons des Baladins du Miroir, les canteus et les humoristes, les pièches ave Jean Piat ou Annie Girardot, les Comédians d'Barcelone... Aujord'hui, tout cha ch'est bin fini. Pou définir l'programme queusi pa les élites culturels d'asteur, ave des amisses, on a trouvé eine espressieon, in sortant de l'salle, on dit : "Cha d'veot ête bin, on n'a rien compris". Eine feos, à l'fin d'eine pièche, les comédiens éteot'ent tertous morts, massacrés à l'tronçonneusse, rimplis d'hémoglobine (ch'est du théâte, i-se seont orlevés pou les applaudiss'mints nourris... d'eine paire d'spectateurs...!), j'ai vu ein heomme quitter s'fauteul et dire : "J'in ai assez vu, on n'm'ara pus, j'éteos v'nu ichi pou m'canger les idées..." l'paufe, i-éteot chirurgien pindant l'journée. Quançqu'on a fini s'journée d'traval, quançqu'on a vu les nouvelles au journal télévisé, quançqu'on a li des drames dins l'journal, on a invie de s'détinte et pos d'aller vir des albrans in train de s'torturer leu cervelle et d'démanoquer l'peu d'moral qui pourreot acore nous rester.

Dins les ainnées soixante, su eine sémaine, on ouvreot 'cor quarante deux heures mais l'ouvrache i-éteot fait et bin fait dins eine continuelle beonne humeur. J'ai l'raminvrance des beons momints qu'on passeot inter copains.

On a vu arriver, ein bieau matin, ein collègue qui aveot du mau à ses dints. Pindant deux heures, l'bajote inflée, i-n'a pos arrêter ein instant de s'délaminter.

"I-feaut aller vir ein dintiste" que tertous on li a dit

"Bé neon, i-a inl'vé m'dint hier, à chinq heures et d'mi".

In intindant cha, sans s'faire ormarquer, dins l'buréeau d'à côté, l'chef du service su eine machine à écrire ein p'tit meot i-a tapé.

Chinq minutes pus tard, l'chasseur i-est arrivé tout sérieux et i-a ormis l'lette, in main prope, au pleurnicheu.

"Mo bé, cha n'éteonne pos que j'ai mal ainsin d'puis hier au soir, l'dintiste i-m'écrit qu'i-a laiché ein morcieau dins m'mâchoire".

Comme l'dintiste i-habiteot jusse à côté, i-est parti pou s'faire soigner.

"J'ai orchu vo lette et tout d'suite j'sus v'nu, vous pouvez faire eine séquoi pou que je n'souffère pus".

L'dintiste i-a pris l'lette et l'a li et, tout à n'ein queop, plein s'panche i-a ri.

Orvenu à s'plache dins no buréeau, l'paufe i-n'a pus dit ein seul meot.

A l'fin d'journée, l'chef i-s'a approché et i-est v'nu li d'minder : 

"A propeos, quoisqu'i-a dit l'dintiste, j'm'escusse, j'l'aveos oblié !".

"I-a dit qu'i-aveot ichi ein riche fouteu d'coules, qu'i-n'aveot pos écrit, que ch'éteot eine cacoule".

Soyez rasseurés, l'jour dusque j'vas ortrouver l'fautif, j'vas li foute eine riche marnioufe su s'guife".

"J'veux bin, i-a pétête ichi dins ceulle pièche ein minteu, mais quançque t'es orvenu on n'a pus intindu l'plaigneu".

Bin qu'étant asteur ortraité, je n'vas jamais pouvoir oblier, ceulle histoire qu'ave ein stagiaire y s'a ein jour passé.

A midi, i-n'a pos voulu sortir pou deîner, i-a préféré rester à s'plache pou s'orposer. Quançqu'on est orvenu, su s'tape, on l'a ortrouvé indormi, on a alors tertous décidé de n'pos faire de bruit. Ein quart d'heure on a laiché passer et, ave fracas, on s'a tertous ordressés.

"Acore eine de faite, allez à d'main, i-va falloir dérinvier l'copain".

Mes amisses, vous ariez vu l'tiête qui a fait, i-a pinsé qu'i-aveot dormi tout l'après-deîner.

No vie elle a cangé l'jour dusqu'on a vu arriver les prumiers jeones leups universitaires, i-n'viveotent pos dins l'même meonte, i-z-éteot'ent beauqueop pus fiers, on n'deveot pus rire pindant l'journée, ch'éteot eine heonte, on éteot ingagé fauqu' pou ouvrer. I-z'aveotent jusse oblié que pindant les ainnées d'université, i-aveotent fait les quate chints queops, chifflé forche bières et organisé des baptêmes bin au-delà des limites des belles manières. Pou eusses, quoisque vous voulez, ouvrer in riant ch'est de l'vulgarité !

Pou arriver asteur, i-feaut écraser s'visin, on n'a pus d'amisses, on n'a pus d'copains et, bin souvint, ceulle "saine émulatieon", elle est incoragée pa les patreons. On est in train d'faire eine génératieon d'battl'ieux et on dit que les gins n'seont pus hureux.

(lexique : queu : quel(le) / asteur : maintenant / quançque : lorsque / bramint : beaucoup / faire gnien-gnien : rechigner, faire la fine bouche / queompter : compter / les déogts : les doigts / l'ruache : ici utilisé pour désigner le quartier / écanger : échanger / rincontrer : rencontrer / toudis : toujours / les funérales : les funérailles / l'gramesse : la grand messe / eine escusse : une excuse / deîner : dîner / dusque : où / tinte : tendre / les eautes : les autres / acroire : croire / là-vas : là-bas / vir : voir / parel : pareil / l'blaque : la blague / l'at'lier : l'atelier / détinte : détendre / lommint : longtemps / oute : passé / avoir l'esquite : avoir peur / orchevoir : recevoir / l'plache : la place / tertous : tous / i-ouèf'tent : ils travaillent, du verbe ouvrer / leuger : léger / l'bénaiss'té : la joie / ein riou : un rieur / ein intierr'mint : un enterrement, une inhumation / alfeos : parfois / ichi : ici / caire : tomber / l'pal'teot : le paletot / béteôt : bientôt / pa d'rière ti : derrière toi / s'erdresser : se redresser / l'prouèfe : la preuve / moinse : moins / adveiner : deviner / pétête : peut-être / comprinte : comprendre / toudis : toujours / cacher : chercher / aurminter les tasques : augmenter les taxes / l'chitreon : le citron / à m'mote : selon moi, a mon avis / eine p'tit queop : un petit coup / les ceusses : ceux / n'pos valoir tripette : ne pas valoir un clou, ne pas valoir grand-chose / mette les preones dins les quertins : parler avec emphase, pérorer / ainsin : ainsi / les pièches : les pièces / moutrer : montrer / les spectaques : les spectacles / eine séquoi : quelque chose / les canteus : les chanteurs / queusi : choisi / orlever : relever / albrans : garnements, mauvais ouvriers / démanoquer : détruire / j'ai l'raminvrance : j'ai le souvenir / inter : entre / l'bajote : la joue / s'délaminter : se lamenter / ormarquer : remarquer / chinq : cinq / l'lette : la lettre / laicher : laisser / j'souffère : je souffre / rire plein s'panche : faire bonne chère à rire / l'paufe : le pauvre / ein fouteu d'coules ou ein minteu : un menteur / eine cacoule : une invention, un mensonge /  eine marnioufe : une gifle / l'guife : la figure / ortraité : retraité, en Belgique on dit également pinsionné, pensionné / s'orposer : se reposer / l'tape : la table / laicher : laissé / dérinvier : réveiller / les prumiers : les premiers / jeones leups : jeunes loups / l'meonte : le monde / beauqueop : beaucoup / fauque : seulement / chiffler : avaler un verre d'un trait / forche : force / l'visin : le voisin / incorager : encourager / des batt'lieux : des batailleurs).

S.T. mai 2016.    

14:58 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

19 mai
2016

13:40

Tournai : la lente évolution de la rue du Curé Notre-Dame

La rue du Curé Notre-Dame.

Cette rue longue d'un peu plus de cent mètres, reliant la place Paul Emile Janson à la rue de Courtrai, est essentiellement commerçante même si on note la présence d'une petite chapelle dédiée au culte de Notre-Dame de Fatima.

La rue du Curé Notre-Dame présente un configuration un peu particulière, la rangée d'immeubles numérotés "pairs" débute à l'angle de la rue de l'Hôpital Notre-Dame semblant ainsi faire face à la place Paul Emile Janson et se termine à l'angle de la rue des Fossés. La rangée impaire se termine quant à elle à la rue du Four-Chapitre. Tant est si bien que les premiers numéros pairs de la rue du Curé Notre-Dame font face aux dernier numéros impairs de la rue de Courtrai, voilà peut-être une des causes de la confusion qu'entretiennent certains Tournaisiens.

Origines.

Voici, en effet, une artère commerciale qui ne peut être dissociée de celle qui la prolonge, la rue de Courtrai. Dans un écrit de 1608, elle est dénommée "ruelle des chanoines" en raison de la présence du cloître et de maisons de chanoines qui se trouvaient dans son voisinage immédiat. Le cloître s'élevait en effet sur le périmètre compris entre l'extrémité ouest de la place Paul Emile Janson, la rue du Curé Notre-Dame (actuelle), la rue des Choraux et le bâtiment des Anciens Prêtres. C'est en ce cloître que l'écolâtre Odon enseignait les arts à ses élèves au XIe siècle.

En 1835, on décida d'élargir cette ruelle et on allait prendre jusqu'à deux mètres et demi de terrain aux propriétés riveraines. Notons qu'à cette époque, à l'angle que la rue formait avec celle du Four-Chapitre, on trouvait une hostellerie à l'enseigne : "Au Duc de Brabant". C'est à cette même époque qu'on allait construire le bâtiment de la poste aux lettres (suivant l'appellation de  l'époque). Pratiquement en face de l'hôtel des Postes, la maison située à l'angle formé avec la rue de  l'Hôpital Notre-Dame s'élevait la demeure de Charles Lecocq. Cette homme, licencié en droit, était l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels "Coup d'œil sur la statistique de la ville de Tournai et de son arrondissement". Il avait été membre du Congrès National sous le gouvernement hollandais, du Congrès National ensuite et de plusieurs sociétés savantes.

Au XXe siècle.

En 1904, des "réclames" parues dans des programmes de théâtre prouvent la présence, au n°16, d'un magasin à l'enseigne "A la Semelle d'Or", maison tenue par Mr et Mme Duprez-Connard, spécialistes de la chaussure de luxe et ordinaire qui faisaient également commerce de tabac, cigares et cigarettes.

Dans des livrets de 1928 et de 1935, au n°5, on découvre l'existence de la Maison Adolphe Duveillez-Willez, spécialiste pipier, une maison fondée en 1889.

Durant la seconde guerre mondiale, la totalité des immeubles de la rue du Curé Notre-Dame fut rasée.

La chapelle de Notre-Dame de Fatima.

Au début des années soixante, on construisit, sur le trottoir des numéros pairs, une chapelle dédiée à Notre-Dame de Fatima dont le culte se trouvait avant la guerre dans la chapelle de la place Paul Emile Janson. La statue qui s'y trouve a été ramenée de Fatima par des pèlerins tournaisiens accompagnés par l'abbé Ermel. La statue en bois figurant sur la porte du petit édifice est l'œuvre de ce même abbé. Les murs de cette chapelle fréquentée quotidiennement par de nombreux fidèles s'arrêtant quelques instants pour une dévotion ou un moment de repos sont, depuis une dizaine d'années, régulièrement couverts de tags par de prétendus "artistes" et le tronc récoltant l'argent des bougies a, de nombreuses fois, été forcé par des individus, sans scrupules, en manque d'argent.   

Actuellement.

Depuis la seconde guerre mondiale, la rue du Curé Notre-Dame abrite, de part et d'autre, des maisons de commerce. Si certaines enseignes ont défié le temps, d'autres ont malheureusement disparu, les propriétaires n'ayant pas trouvé de successeurs ou ayant été victimes de la crise économique. Parmi ces disparitions, citons : le siège du journal "Le Courrier de l'Escaut", au n° 24, à l'angle de la rue de l'Hôpital, à l'emplacement de l'ancienne maison de Charles Lecocq, abandonné lors de la fusion avec le groupe d'éditions "Vers l'Avenir". Ce bâtiment construit, il y a soixante ans, a été rasé au début de cette année 2016 et laissera prochainement la place à un immeuble à appartements situés au-dessus d'une rez-de-chaussée commercial. Les travaux de construction devraient débuter sous peu.

Au n°20 et 22, on découvrait l'enseigne "Aux Milvêtements", un magasin spécialisé dans la vente d'anoraks, imperméables, manteaux, pulls et pantalons. Il y a une vingtaine d'années, après sa fermeture, le lieu devint "L'espace Pic-Puce", une galerie commerciale. C'est sur cet immeuble que Gérard Depardieu eut des vues afin d'ouvrir un bar à vin et une agence immobilière. Le bruit a même couru dans la ville qu'il se réservait un appartement à l'étage. La réalité est que seule l'agence immobilière a vu le jour au n°20 et que l'autre partie est, hélas, restée vide et victime de vandales, une lubie d'un grand comédien, un des derniers monstres sacrés du cinéma français, qui ne sait malheureusement où se fixer !

Les Tournaisiens les plus âgés se souviendront probablement des commerces qui fleurissaient de part et d'autre de la rue, ils avaient pour nom : outre le siège du Courrier de l'Escaut et l'espace Pic-Puce, la "boucherie-moutonnerie Callens" au n° 14, transformée en salon de coiffure, "Babyshop", au n° 14a, vêtements pour enfants, le magasin "Bridoux", au n° 8, quincaillerie, outillage, "Meuble-Centre", au n°4, une enseigne toujours présente, le café "Au Duc de Brabant", au n°1, les établissements "Stéphane Wilfart", au n°5, chauffage et cuisines, le photographe "Photo Mil", l'épicerie "Paul Ménart", au n°15... plus près de nous, le chocolatier "Laurichesse".

Sur la quinzaine de commerces que compte la rue du Curé Notre-Dame, quatre vitrines sont actuellement vides. On trouve désormais, une boutique de vêtements, une boulangerie-pâtisserie, un magasin du monde Oxfam, un magasin de décorations étrangères, une agence immobilière, un salon de tatouage, un salon de coiffure, un organisme financier, une boutique pour soins des ongles, un magasin consacré à la literie et un magasin de fruits et légumes.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A.F.J Bozière, ouvrage paru en 1864 - différents prospectus publicitaires et programmes des années 1903 à 1965 - L'Optimiste remercie les propriétaires de la maison Elec-Confort pour les renseignements fournis).

S.T. mai 2016.

13 mai
2016

19:32

Tournai : expressions tournaisiennes (359)

Quançque qu'Emeond s'prind pou l'pétit Charles.

"J'vous parle d'ein temps que les moinses de vingt ans n'peuve'tent pos connaîte, dins l'ville de Tournai, à c'momint-là, ch'éteot vraimint l'calme plat...".

"Eh bé, là, on peut dire que te m'surprinds, Edmeond, j'pinse que te vas pouvoir faire l'concours du Cabaret Walleon".

"Mo bé... au niveau des talents, ch'est des jeones qu'i-ont b'soin et seûrmint pos des comme mi... des vieux machins".

Vous l'avez ormarqué, cha f'seot lommint qu'on aveot parler d'elle, ch'est jusse l'momint que Fifinne elle a queusi pou mette s'grain d'sel :

"Si m'n'heomme i-éteot, ein jour, dev'nu membre du Cabaret, te peux ête seûr qui s'reot toudis à mitan quervé".

J'deveos définte l'honneur des heommes du Présidint, surtout que Christian, in puque, ch'est m'visin.

"Eh là... au Cabaret, j'les conneos tertous, ch'est ein vrai binde d'amisses, ch'est pos, comme te l'creos, eine réunieon d'chiffleus d'pintes ou bin d'Trapisses, bin seûr, i-boive'ent deux ou treos verres alfeos mais i-feaut savoir que canter cha deonne seo."

Fifinne elle a dit :

"Té, té, té...Tes amisses, ch'est des espécialisses, i-n'avale'tent pos de l'biscurisse, i-doive'tent ête vraimint malates quançque te les veos ave ein verre d'limonate".

Cha risqueot d'tourner veinaique inter eusses deux aussi j'ai cangé d'conversatieon in moins d'deux.

"Adeon, quoisque te m'raconteos quançque j't'ai copé, j'pinse que te commincheos à m'parler du temps passé".

"Ahais, l'vie elle éteot bin pus belle dins les ainnées d'après-guerre, quançqu'on qu'mincheot tout douch'mint à sortir de l'pus noirte des misères. Comme te l'sais d'puis lommint, j'ouvreos à Warchin, aux usines Meura, j'peux t'asseurer qu'on éteot bin fier d'l'ouvrache qu'on f'seot là-vas. Quançqu'on veyeot partir, su ein camieon, eine cuve pou eine brasserie lointaine, on saveot que pou la faire, on n'aveot pos orwettier à nos heures pindant des meos et des s'maines. Pou respecter l'date d'livraiseon, on ouvreot alfeos pus d'chinquante heures et on n'orwettieot jamais à chinq minutes comme les comarates syndiqués i-feont asteur. In sortant d'l'école, à seize ans, on commincheot l'ouvrache, on cacheot ein peu partout pou n'pos aller au chômache. M'carrière elle a été leonque d'près d'chinquante ainnées et ch'est ainsin qu'j'ai eu m'médalle à l'velle d'ête pinsieonné. I-aveot des chintaines d'ouverriers, chez Meura et chez Carton et presqu'autant à l'bonneterie Wattiez ou bin à la grante brasserie du Lion, comme l'pétit Goblet i-n'éteot pos acore né, des grèves i-n'd'aveot pos, comme asteur, pindant toute l'ainnée".

Vous m'comperdez, comme je l'veyeos viré au rouche et puis au vert, j'ai bin vite mis fin à ceulle montée de l'colère.

"Et Fifinne, te l'as rincontrée à c'momint-là ?".

"Neon, pasqu'à dix-huit ans j'sus parti soldat. Comme te l'sais, i-aveot acore l'service militaire, ch'est ainsin que j'mes sus ortrouvé, ein bieau jour, à Evere, j'aveos été versé dins les troupes d'définse de l'aérodrome, ave l'commandant, j'ai appris commint qu'on d'veneot ein heomme. Mes  ch'feux, ch'est à ras qu'on m'les a copés, acore hureux que j'aveos mes orelles pou ortenir m'béret".

Fifinne qui nous acouteot ave attintieon, elle est intervenue dins l'conversatieon :

"Bé, si elles éteot'ent d'jà comme elles seont asteur, ch'éteot pos difficile ave tes fuelles in chou-fleur".

"Et dire que ch'est au cours d'eine permissieon, que j'ai rincontré c'fameux démeon".

"I-est beon, va, j'éteos seûrmint à t'goût puisque t'a caché après mi tout partout".

"Bé, ch'est ein défi que j'aveos fait ave mon comarate, l'grand Marcel, j'aveos parié ave li que j'orsortireos du bal au bras d'eine pétite Mam'zelle".

"Bé cha alors... eine belle file comme mi elle n'éteot final'mint que... l'objet d'ein pari. J'creos que j'areos dû acouter m'mamère, elle diseot c'garcheon-là i-n'm'a pos l'air sincère".

"Je n'saveos pos 'cor qu' j'aveos saqué l'greos leot et qu'à partir de c'momint, pus jamais on n'se quittereot".

"J'in ai l'ramivrance... ch'est à la Fiête de Sainte-Anne, chez Mamour à Froyennes, sous ein gloriette que t'a pris, pou l'prumière feos m'main et que t'as comminché à m'queonter fleurette. J'veos acore l'tiête que t'as fait quançque m'mopère et m'mamère seont arrivés. On areot dit que te tranneos dins tes mareonnes et j'pinse que t'as même avalé d'travers t'tarte aux preones".

"N'me parle pus de l'tarte aux preones, si t'aveos su l'résultat, après t'avoir erconduit, j'sus rintré à m'maseon in bin triste état.... Après, on a fait les bals de l'région tous les saim'dis, on alleot chez Dudans, à l'salle Provence et au Roi des Radis".

"Même que pindant eine valse j'ai été pris d'toupiries, te t'rappelles, à l'chaussée d'Lille, sur l'piste de l'Abbaye".

"Ch'éteot l'beon temps, j'deveos t'ramener à minuit, sineon l'sémaine d'après t'éteos privée d'sortie".

"A l'karmesse, on alleot au concert au parc, à pied, pou acouter l'musique des pompiers. Ch'est Alfred Verdière qui t'neot la baguette, au conservatoire, i-éteot professeur d'clarinette. I-aveot des chintaines de spectateurs..."

"Hélas, cha n'intéresse pus perseonne asteur !".

Avant qu'on n'buque les treos queops du feu d'artifice pou anneoncher l'karmesse, ch'est l'momint dusque les gins éteot'ent fin bénaisses.

"Quançque retintisseot l'pot-pourri des cancheonnes d'Tournai, tout l'meonte i-s'metteot à canter, te t'rappelles Fifinnes".

"Ahais... ch'est ainsin dins no ville, te n'sareos pos l'canger, les garcheons et les files...".

"Ou acore... ah, Thérèse, Thérèse, ah Thérèse, si t'voudreos ête m'pétite maîtresse...".

"Ou bin... ch'est l'Unieon qui s'amène, ch'est l'Unieon Sportive Tournaisienne..."

Pou arrêter l'récital, j'ai sauté su l'occasieon qui m'éteot donnée :

"A propeos, vous avez li dins l'gazette, l'Unieon, elle va ête erformée, ave l'club d'Vaulx elle va béteôt fusionner".

L'tiête d'Edmeond elle a, tout à n'ein queop, cangé, j'aveos oblié que ch'éteot l'Racing qu'i-aveot toudis supporté. Adeon, jai pris eine positieon diplomatique avant que l'beonheomme i-n'devienne hystérique.

"Dins l'feond, on pinse'reot à orcréer les deux clubs à Tournai, cha s'reot beauqueop mieux que ceulle fusieon sans âme qu'on nous a imposée. No beonne ville elle ortrouv'reot ses derbies et les gins areot'ent à nouvieau du lari. Ch'est pa milliers qu'i-areot des supporters au stade Luc Varenne et pos, comme asteur, dusqu'on in queompte à peine eine petite chintaine. On intindreot acore ortintir, à Kain, l'marche du Racing et d'l'Unieon et l'régie du stade, ave les trinte matches elle ramassereot infin du pogneon. J'vas in causer à Mossieur Geoffroy Huez, ch'est ein avocat, i-deot savoir queompter, in puque i-est conseiller communal et s'mopère Yvon, à Tournai, i-a jeué au fotbal".

Edmeond m'a ravisé et i-a souri :

"Te veos que pou ête à nouvieau hureux su ceulle tierre, i-faudreot alfeos ortourner quarante ainnées in arrière".

N'berle pos cha treop fort pasque mi qu'on appelle l'Optimiste, j'risque d'ête surneommé pa Xavier Simon à No Télé... l'passéiste !

Ch'est pos bin grafe, n't'in fait pos pou cha, l'Optimisse, mi j's'rai toudis racingman et ti toudis unionisse.

 

(lexique : quançque : lorsque / s'prind : se prend / les moinses : les moins / seûrmint : sûrement / lommint : longtemps / jusse : juste / queusir : choisir / mette s'grain de sel : se mêler de la conversation / toudis : toujours / à mitan quervé : à moitié ivre / définte : défendre / in puque : de plus / m'visin : mon voisin / tertous : tous / des chiffleus d'pintes : des buveurs de pintes / alfeos : parfois / deonner seo : donner soif / l'biscurisse : ce mot est utilisé pour désigner une mauvaise bière, en fait, il s'agit d'une décoction faite avec de l'eau à partir d'un bâton de réglisse / malate : malade / tourner veinaique : tourner vinaigre / canger : changer / adeon : donc / quoisque : qu'est-ce que / commincher ou qu'mincher : commencer / ahais : oui / douch'mint : doucement / l'pus noirte : la plus noire / ouvrer : travailler / là-vas : là-bas / orwettier ou raviser : regarder / les meos : les mois / chinquante : cinquante / asteur : maintenant / cacher : chercher / leonque : longue / eine médalle : une médaille / l'velle : la veille / des chintaines : des centaines / vous comperdez : vous comprenez / rouche : rouge / ceulle : cette / neon : non / ortrouver : retrouver / coper : couper / hureux : heureux / ortenir : retenir / acouter : écouter / les fuelles : les feuilles / l'comarate : le camarade / eine mam'zelle : une demoiselle / eine file : une  fille / l'mamère : la mère / l'garcheon : le garçon / saqué : tiré / j'in ai l'raminvrance : j'en ai le souvenir / chez Mamour : la maison Mamour à Froyennes était une pâtisserie renommée dont une des spécialités était la tarte aux prunes, l'été, les couples allaient en se promenant dans ce salon de thé de l'époque / l'prumière feos : la première fois / queonter : conter / acore : encore / tranner : trembler / eine mareonne : un pantalon / l'tarte aux preones : la tarte aux prunes / erconduire ou orconduire : reconduire / les saim'dis : les samedis / eine toupirie : un vertige, "avoir eine toupirie" signifie avoir la tête qui tourne / l'karmesse : la kermesse / buquer : frapper / les treos queops : les trois coups / anneoncher : annoncer / dusque : où / ête bénaisse : être content / les cancheonnes : les chansons / canter : chanter / li : lu / béteôt / orcréer : recréer / beauqueop : beaucoup / avoir du lari : avoir du plaisir / queompter : compter / ortintir : retentir / berler : crier / grafe : grave).

S.T. mai 2016.          

19:32 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

11 mai
2016

11:36

Tournai : des travaux pour vingt ans... au XVIIe siècle !

Un retour en arrière de plus de trois siècles.

"On n'a jamais connu pareille situation !" ou "C'était mieux dans le temps !" ou encore "Quelle époque vivons-nous !". Combien de fois avons-nous entendu pareilles affirmations qui ne se fondent bien souvent sur aucune réalité. La preuve en est une nouvelle fois apportée par les travaux qui défigurent notre cité depuis près d'une quinzaine d'années et dont la fin n'est pas attendue avant un bon lustre, si le ciel ne nous tombe pas sur la tête d'ici-là.  

La rénovation du cœur historique de Tournai à peine terminée, voilà que se profile à l'horizon le gigantesque chantier de l'élargissement de l'Escaut, un sujet déclencheur de polémiques entre partisans et opposants. Le but n'est pas de revenir, une fois encore, sur les tenants et aboutissants de cette importante modification effectuée au cœur même de la cité des cinq clochers mais bien de démontrer que, par le passé, pareille situation s'est déjà présentée et que nos aïeux ont été confrontés à bien pire encore. 

Louis XIV, le bienfaiteur de la cité de Tournai.

Dans la mémoire collective Louis XIV reste comme un bienfaiteur qui a permis à la cité des cinq clochers de se projeter dans le XVIIIe siècle grâce aux importantes rénovations entreprises. Pour arriver à ce résultat si bénéfique pour leur économie, les Tournaisiens ont enduré, comme nous allons le voir, bien des tourments. 

Tout a débuté le 25 juin 1667 lorsque le Roi-Soleil fit son entrée après un siège de deux jours à peine. Il resta trois jours et revint un mois plus tard afin d'effectuer sa joyeuse entrée en compagnie de la reine et de son frère le duc d'Orléans. Très rapidement, Louis XIV avait résolu de faire de Tournai la place la plus forte des Pays-Bas.

Au printemps de 1668 (les historiens évoquent la date du 1er mai) débutèrent les travaux de construction de la citadelle. Cet important chantier nécessita la démolition de la presque totalité de la paroisse Sainte-Catherine. L'église et trois cents maisons furent détruites, les habitants furent transférés, d'office, principalement dans le quartier du Château. Les travaux demandèrent six ans et huit mois de travail, un délai très court pour ce chantier colossal. Si des milliers d'hommes de troupes (Paul Rolland évoque le nombre de 30.000 hommes, Chotin, la moitié moins) se relayèrent pour réaliser le glacis (on nomme ainsi le terrain découvert en pente douce qui précède les éléments extérieurs d'une zone fortifiée), les métiers locaux concoururent à l'édification de la citadelle. On alla chercher les terrassiers, les "roctiers" (en patois tournaisien : ouvriers qui extraient la roche en carrière), les maçons, les scieurs de long, les charpentiers, les "chaufouriers" (ouvriers travaillant dans les fours à chaux) et les charretiers.

La confection du glacis fut réalisé en trois mois.

En moins de sept années, la partie sud de Tournai avait été profondément modifiée au nom de la défense de la ville contre les envahisseurs.

L'érection de la citadelle terminée, on entama le "bastionnement" de l'enceinte de la ville. Celui-ci ayant pour but de protéger, par des ouvrages avancés, les courtines et portes de la cité. Ce travail débuta en 1671 et dura près de dix-neuf années.

Jean de Mesgrigny qui avait participé à la réalisation de la citadelle édifiée sur des plans de Vauban souhaitait obtenir un système perfectionné d'inondation qui aurait empêché l'approche de Tournai par des troupes ennemies. Pour cela, il fallait réguler le cours de l'Escaut dans sa traversée de la ville.

Les travaux de rectification de l'Escaut.

Pour comprendre l'importance du travail, il y a lieu d'imaginer le fleuve à cette époque. Parfois large de 200 pieds ou étroit de 60 (le pied est une mesure de longueur qui valait 0,324 mètres environ), il était composé d'îlots résultant de l'ensablement progressif, d'installations industrielles, de moulins placés en plein cours du fleuve... Il fut décidé de lui donner une largeur uniforme de 60 à 70 pieds (soit de 19m50 à 22m70). Une seule meunerie remplaçant tous les moulins fut construite au grand arc des Chaufours (aux environs de l'actuel Luchet d'Antoing). Cet arc des Chaufours, situé en amont de la ville, fut doté d'un barrage afin de réguler le débit du fleuve, un autre barrage existait déjà depuis 1551 au-delà du Pont des Trous en aval de la cité.

Paradoxe de l'Histoire, on réduisit la largeur du fleuve afin d'obtenir un meilleur débit, de conserver un meilleur niveau d'eau et de faciliter la navigation si importante pour l'économie du Tournaisis ! Et dire qu'actuellement on se crêpe le chignon pour une question d'élargissement afin d'obtenir une meilleure fluidité du trafic fluvial, d'assurer la sécurité des bateliers qui traversent la ville et de donner un coup de fouet à l'économie régionale !!!

Ce travail s'effectua de 1683 à 1685.

La réédification du quartier du Château.

Durant la construction de la citadelle se déroulait également la réédification du quartier du Château (entre 1670 et 1672). Après avoir élargi le pont du Château (actuel Pont de Fer), on supprima le pont Tournu, on créa à la place le pont Notre-Dame et on fut obligé de raccourcir le Pont-à-Pont.

Les conséquences pour la population.

La volonté du Roi-Soleil n'était pas susceptible d'être retardée par des manifestations de mécontentement, encore moins par des recours en justice. En vingt ans, Tournai devint une ville moderne et quitta définitivement son habit du Moyen-Age.

Néanmoins les personnes qui migrèrent d'un quartier vers un autre ne furent pas toutes d'accord ainsi les moines de l'abbaye de Saint-Mard (Saint-Médard), chassés de la porte de Valenciennes, mirent littéralement le grappin sur l'église Sainte-Marguerite, lui retirant son titre d'église paroissiale et obligeant les fidèles à se répartir entre les paroisses Saint-Nicaise, Saint-Jacques et Saint-Quentin.

Parallèlement la réalisation de ce grand projet de rénovation de la ville donna aussi des idées à des particuliers qui firent reconstruire leurs habitations dans le style qu'on appellera par la suite "louis-quatorzien", les façades étant composées de briques et de pierre sous une toiture saillante aux corniches débordantes.

Ces grands chantiers furent à charge de la Ville qui déboursa 570.000 francs or pour la citadelle et 760.000 francs or pour la rationalisation de l'Escaut. A l'époque, il n'était pas question d'aller à la chasse au subside de l'Etat.

Nous ne sommes plus à l'époque des rois tout puissants, imposant leur seule volonté au peuple, la Révolution de 1789 a instauré la démocratie et désormais l'avis du peuple est écouté mais pas toujours... entendu, certains hauts fonctionnaires, au nom du bien commun, se prennent parfois encore pour le Roi-Soleil (l'ivresse du pouvoir) ! 

(sources : "Histoire de Tournai" de Paul Rolland, ouvrage paru en 1956 et "Histoire de Tournai et du Tournésis" d'Alexandre Chotin, ouvrage paru en 1840).

S.T. Mai 2016

 

11:36 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : louis xiv, citadelle, escaut, paroisse sainte-catherine, tournai |

07 mai
2016

11:16

Tournai : expressions tournaisiennes (358)

Edmeond i-a l'moral dins les cauchettes.

Cha fait eine sémaine qu'Edmeond i-n'est pus sorti de s'maseon, qu'i-n'ravise pus l'gazette et n'alleume même pus l'télévisieon.

Quançque j'li ai d'mindé pourquoi i-n'vouleot pus avoir d'informatieons, i-a orlevé s'tiête tout douch'mint et i-m'a dit :

"Ah quoi beon !".

"Te sais, l'Optimisse, ch'est fini pou mi d'lusoter pa les rues de l'cité, d'aller boire eine pinte assis à l'terrasse d'ein cabaret, quançque t'acoutes les gins parler, bé, ch'est toudis parel, d'puis des meos te n'apprinds que des mauvaisses nouvelles".

"Mo Dieu, Edmeond, i-n'feaut quand même pos treop dramatiser, on a d'jà connu des mauvais momints dins l'passé".

"Bin seûr, cha... je l'sais bin, ch'est acore hureux qu'on n'a pas la guerre mais ch'est pire qu'in mai soixante-huit ou in vingt-nuef, l'ainnée de l'grante misère".

"Inter nous, l'situatieon elle n'est pos si catastrophique, tu deos ête ein p'tit queop pus dynamique. T'es là tout rameonch'lé su t'cayère et on direot presque que te vas braire".

"Pasque pou ti les évèn'mints d'Paris et d'Bruxelles, ch'est pos catastrophique et l'situatieon dins les priseons ch'est pétête du pus héaut comique. Les trains qui n'seont jamais à l'heure, pou l'navetteus ch'est ein vrai malheur. L'pétite poire pou l'seo qu't'as mis d'côté, les banques elles seont in train de t'la rameoner. M'pétite pinsieon i-a deux ans asteur qu'elle n'a pus été aurmintée mais pou les ceusses qui seont à l'tiête d'no pays, l'argint i-continue à bin couler. No p'tites écolomies, elles seont in train d'feonte comme neiche au solel, te vas vir, dins deux ou treos ainnées, des paufes, i-va béteôt d'avoir à l'pelle. No minisses i-défindent l'nucléaire comme des inragés, pou eusses, cha n'a pos d'importance s'i-mettent pétête nos vies in dinger. I-feaut acroire qu'Electrabel leu a promis qu'i-z'areot'ent l'courant gratuit pou l'restant d'leu vie. Tes is, i-feaut les ouvère, i-n'a jamais eu autant d'misère su tierre, i-feaut vir les files, chaque jour, à l'porte de l'aide alimintaire, l'CPAS i-est plein à craquer à causse des gins qu'à l'porte du chômache on a rués".

"J'sais bin que c'qui s'a passé, ch'est catastophique mais cha n'est malhureus'mint pos prope à la Belgique. Si on n'arrêteot, comme te dis, l'nucléaire aujord'hui, t'es prêt à t'éclairer comme avant ave des bougies ? A moinse que te préfères n'pus orwettier pa l'cassis pou n'pos vir tourner les éoliennes pos bin leon d'chez ti ou que t'aimeros mieux pédaler dins t'cave comme ein seot pou pouvoir t'cauffer, à l'ouèl... gratis pro Déo".

"Même ichi dins no cité, si te t'mets à bin raviser, te vas vir que tout i-est occupé à s'dégringuer. Dins les rues qu'on a rénovées, on n'veot pus ein bleu tchien porméner, les magasins i-seont tertous in train d'serrer et à l'rue d'l'Hôpital ch'est même l'sommet, on direot tout qu'elle vient d'ête bombardée, on alleot faire ein palace à l'plache du cinéma, ahais... mais d'puis deux ans i-n'a fauqu'ein treo à rats. A Saint-Nicolas, no beonne veille grosse tour, d'puis huit ans, i-a eine échafaudache tout rouillé qui l'intoure et à l'églisse de l'Madeleine, on a fait ein bieau bricolache pou que les pierres n'caitent pos dins l'passache. Comme si ch'n'éteot pos 'cor assez, ch'est à l'Esqueaut qu'asteur on veut s'attaquer, s'i-n'aveot pos eu eine levée d'bouclier, l'Peont des Treos, on l'areot décoper et pou l'passache des greos batieaux, on f'reot bin vife les riverains les pieds dins l'ieau. D'puis d'z'ainnées, à Saint-Piat, on nous promet ein bieau quartier, on a tout démanoqué, mais comme Malbrouck, cha s'ra pétête construit à l'Ternité. Va, eine feos, faire ein tour su les quais et vir l'état d'l'églisse des Pères au quai. Les Tours Marvis, i-paraît qu'on va les dégager, qu'on va tout nettier, l'lierre qui pousse là i-a cor pa d'vant li d'belles ainnées. L'Palais d'Justice i-est ein mauvais état, î-s'reot urgint d'deonner des casques aux gins qui ouèfent là-vas et pou certaines rues d'no cité, je n'vas pos acore m'délaminter, mais on pourreot, ein jour, y faire passer l'course Paris-Roubaix. ".

"A part tout cha, cha va, Madame la Marquise, i-a pos d'tracas, ch'est ainsin dins no ville, i-n'feaut pos s'faire de l'bile".

"Te n'pinses pos que t'es occupé à exagérer, des cosses, i-feaut toudis vir l'bieau côté. Quançque te vas à l'étringer, n'beonne vielle cité, i-a bramint d'gins qui dise'tent l'invier. L'bieffreo et la Halle-aux-Draps, i-ont été rénovés et no cathédrale elle s'orfait eine bieauté. L'nouvieau Centre de Tourisme pou les ceusses qui vienne'tent nous visiter, te n'vas pos m'dire qu'i-n'est pos digne de l'cité des cheonq clotiers. Sainte-Magritte, su l'plache de Lille, elle vient d'ête sauvée et à l'intrée de no ville, elle peut acore fièrmint s'dresser. L'Auberche d'Jeonesse elle est connue dins l'meonte intier pasqu'on vient alfeos d'bin leon pou visiter no cité. L'Conservatoire dins l'ilot des Primetiers, après un lifting, s'jeonesse, i-va béteôt l'ortrouvée. Dins no pietonnier, comme dins les villes du Midi, i-va avoir ein bieau plafeond ave des parapuies. Nos monumints qu'on nettie asteur, i-veont ortrouver toute leu splindeur. I-feaut aussi vir no gare quançqu'elle est illuminée, l'soir. Ave tous les queontes que te fais là, te démolin'reos eine armée d'soldats".

"Te peux continuer à m'in dire, à Tournai, on n'a pus invie d'rire !".

"On n'a pus invie d'rire et d's'amuser à Tournai, bé... ch'est là ein affreont que te fais à no Cabaret. No Filles, Celles Picardes, no Bistreot Tournisien ou acore l'annuel Karaoké, bé ch'est des éclats d'rire qui, pindant l'ainnée, seont toudis asseurés. Si t'alleos vir pus souvint les soirées des Piminteus, à m'mote que te s'reos, ein p'tit queop moins grincheu. Pindant no Lindi Perdu, nos soirées d'jeu de cartes ou bin d'jeu d'fier, te pinses que les participants i-tire'tent eine tiête jusque pa tierre. No carnaval, Tournai in fiête, no quate cortèches et no karmesse, te n'vas pos m'dire que tout cha n'te rinds pos bénaisse".

"L'Optimisse, ch'est ein surneom qui n'est pos banal, tins, te d'vreos faire partie du consel communal, comme eusses te parviendreos à faire acroire que tout va bin, même aux gins qui mindie, pou minger, ein morcieau d'pain".

(lexique : les cauchettes : les chaussettes / raviser ou orwettier : regarder / quançque : lorsque / orlever : relever / douch'mint : doucement / lusoter : flâner / acouter : écouter / parel : pareil / bin seûr : bien sûr / hureux : heureux / inter nous : entre nous / ein p'tit queop : un petit coup / rameonch'ler : recroquevillé / l'cayère : la chaise / braire : pleurer / pasque : parce que / pétête : peut-être / l'seo : la soif / rameoner : balayer / asteur : maintenant / aurminter : augmenter / les ceusses : ceux / les écolomies : les économies / feonte : fondre / comme neiche au solel : comme neige au soleil (rapidement) / des paufes : des pauvres / béteôt : bientôt / des inragés : des enragés / acrorie : croire / les is : les yeux / ouvère : ouvrir / l'tierre : la terre / vir : voir / à causse : à cause / ruer : jeter / l'cassis : le chassis / pos bin leon : pas bien loin / ein seot : un sot / cauffer : chauffer / à l'ouèl : à l'œil / s'dégringuer : se déglinguer, se disloquer / pus ein bleu tchien : plus un bleu chien est une expression parfois utilisée pour signifier qu'il n'y a plus personne / porméner : promener / tertous : tous / serrer : fermer / à l'plache : à la place / ahais : oui / i-n'a feauqu'ein treo : il n'y a qu'un trou / caire : tomber / décoper : découper / vife : vivre / démanoquer : démolir / à l'Ternité : à la Trinité / nettier : nettoyer / pa d'vant : devant / ouèfent : troisième personne du pluriel du verbe ouvrer, travailler / là-vas : là-bas /  s'délaminter : se lamenter / ainsin : ainsi / bramint : beaucoup / les cheonq clotiers : les cinq clochers / l'meonte : le monde / alfeos : parfois / s'jeonesse : sa jeunesse / ortrouver : retrouver / les queontes : les contes / démoliner : décourager / asseuré : assuré / à m'mote : selon moi, à mon idée / grincheu : mauvais coucheur à ne pas confondre avec grincheux : acariâtre / l'lindi perdu ou lindi parjuré : fête qui se déroule en janvier à Tournai au cours de laquelle on mange le traditionnel "lapin aux preones et rogins" (prunes et raisins) / bénaisse : content).

S.T. mai 2016.  

11:16 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : patois, picard, tournai |

01 mai
2016

17:27

Tournai : 1914-1918, femmes dans la guerre !

P1240611.JPGUne exposition pour se souvenir !

On nous répète, très souvent, que le monde vit en paix depuis plus de septante années, on nous déclare, parfois, que nos frontières sont aujourd'hui sûres, on nous serine, à diverses occasions, que la communauté européenne a permis ce... miracle ! Ce ne sont que vœux pieux ou vues de l'esprit ! Comment peut-on oser dire que le monde vit en paix alors que, çà et là, sur notre planète des bombes sont larguées, des obus de canons éclatent, des rafales d'armes automatiques fauchent des habitants, des attentats suicides tuent des innocents, des femmes sont prises en otage, violées et utilisées comme une monnaie d'échange. Comment peut-on dire qu'on vit aujourd'hui en paix alors qu'on relève des centaines de victimes tombées à la gare de Madrid, dans les transports en commun de Londres, sur les trottoirs de Paris, à l'aéroport de Zaventem ou dans le métro de Bruxelles. Si le monde vivait en paix, des populations entières ne seraient pas obligées de migrer, au risque d'y laisser la vie, vers des régions qu'elles croient, parfois à tort, plus accueillantes.

Tout au long de l'Histoire, la guerre est omniprésente même si elle prend souvent différents visages, même si parfois, elle n'avoue pas son nom, même si des exactions sont bien souvent passées sous silence, un silence complice et dramatique qui étouffe les aveux que de jeunes enfants tombent sous les balles de barbares ou de fanatiques. 

P1240648.JPGA l'Hôtel de Ville de Tournai se tient actuellement une exposition organisée par les Femmes Prévoyantes Socialistes dans le cadre des commémorations de la Grande Guerre (14-18). Elle met particulièrement l'accent sur le rôle des femmes durant ce conflit. Aux côtes des Gabrielle Petit, Marguerite Bervoets, Edith Cavell, Louise de Bettignies, Hélène Dutrieu, Marie-Marthe Spruyt, Yvonne Vieslet, Marie Curie, Louise Thuiliez, Eugénie Buffet, Emilienne Moreau, Marie Van den Steen de Jehay... combien de femmes jeunes ou plus âgées ont aussi été les héroïnes de l'ombre ? C'est également un hommage qui leur est rendu.

L'exposition présente ces personnalités féminines dont les exploits s'effacent peu à peu de la mémoire collective, lavés par le temps qui passe, des femmes dont les actes héroïques effectués au péril de leur vie sont parfois, hélas, totalement absents de la conscience des jeunes générations.

Se rappeler les événements de l'Histoire, c'est éviter de commettre les mêmes erreurs, c'est ce que l'on dit mais a-t-on acquis la sagesse suffisante pour tirer les conclusions qui s'imposent. Qui ignore son passé hypothèque  inconsciemment son avenir !

Des panneaux didactiques remettant l'action de ces femmes dans le contexte de l'époque, des vitrines présentant divers objets prêtés par des collectionneurs, des projections et la diffusion de chants d'alors nous font faire un retour de cent ans en arrière.

P1240566.JPGLors du vernissage qui a eu lieu ce vendredi 29 avril 2016, le Bourgmestre Rudy Demotte a mis en exergue la contribution de ces héroïnes qui, au péril de leur vie, entreprirent des actions qui furent déterminantes pour la victoire finale. Il a évoqué le travail souvent discret des femmes qui firent tourner l'économie à un moment où les hommes étaient dans les tranchées de l'Yser ou avaient trouvé la mort sur les champs de bataille. Il a posé la question : si de tels faits devaient se reproduire serions-nous tous capable de les imiter ?   

L'exposition est visible dans le hall de l'étage de l'Hôtel de Ville, les jours ouvrables, jusqu'au 7 mai. L'entrée est libre et elle mérite sincèrement une visite. 

Le samedi 7 mai, à 14h, sur réservation, le petit train vous emmènera parcourir les rues de la ville à la découverte des lieux de la Grande Guerre à Tournai, il reste quelques places au moment où cet article est rédigé.

S.T. avril 2016.