19 mai
2016

Tournai : la lente évolution de la rue du Curé Notre-Dame

La rue du Curé Notre-Dame.

Cette rue longue d'un peu plus de cent mètres, reliant la place Paul Emile Janson à la rue de Courtrai, est essentiellement commerçante même si on note la présence d'une petite chapelle dédiée au culte de Notre-Dame de Fatima.

La rue du Curé Notre-Dame présente un configuration un peu particulière, la rangée d'immeubles numérotés "pairs" débute à l'angle de la rue de l'Hôpital Notre-Dame semblant ainsi faire face à la place Paul Emile Janson et se termine à l'angle de la rue des Fossés. La rangée impaire se termine quant à elle à la rue du Four-Chapitre. Tant est si bien que les premiers numéros pairs de la rue du Curé Notre-Dame font face aux dernier numéros impairs de la rue de Courtrai, voilà peut-être une des causes de la confusion qu'entretiennent certains Tournaisiens.

Origines.

Voici, en effet, une artère commerciale qui ne peut être dissociée de celle qui la prolonge, la rue de Courtrai. Dans un écrit de 1608, elle est dénommée "ruelle des chanoines" en raison de la présence du cloître et de maisons de chanoines qui se trouvaient dans son voisinage immédiat. Le cloître s'élevait en effet sur le périmètre compris entre l'extrémité ouest de la place Paul Emile Janson, la rue du Curé Notre-Dame (actuelle), la rue des Choraux et le bâtiment des Anciens Prêtres. C'est en ce cloître que l'écolâtre Odon enseignait les arts à ses élèves au XIe siècle.

En 1835, on décida d'élargir cette ruelle et on allait prendre jusqu'à deux mètres et demi de terrain aux propriétés riveraines. Notons qu'à cette époque, à l'angle que la rue formait avec celle du Four-Chapitre, on trouvait une hostellerie à l'enseigne : "Au Duc de Brabant". C'est à cette même époque qu'on allait construire le bâtiment de la poste aux lettres (suivant l'appellation de  l'époque). Pratiquement en face de l'hôtel des Postes, la maison située à l'angle formé avec la rue de  l'Hôpital Notre-Dame s'élevait la demeure de Charles Lecocq. Cette homme, licencié en droit, était l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels "Coup d'œil sur la statistique de la ville de Tournai et de son arrondissement". Il avait été membre du Congrès National sous le gouvernement hollandais, du Congrès National ensuite et de plusieurs sociétés savantes.

Au XXe siècle.

En 1904, des "réclames" parues dans des programmes de théâtre prouvent la présence, au n°16, d'un magasin à l'enseigne "A la Semelle d'Or", maison tenue par Mr et Mme Duprez-Connard, spécialistes de la chaussure de luxe et ordinaire qui faisaient également commerce de tabac, cigares et cigarettes.

Dans des livrets de 1928 et de 1935, au n°5, on découvre l'existence de la Maison Adolphe Duveillez-Willez, spécialiste pipier, une maison fondée en 1889.

Durant la seconde guerre mondiale, la totalité des immeubles de la rue du Curé Notre-Dame fut rasée.

La chapelle de Notre-Dame de Fatima.

Au début des années soixante, on construisit, sur le trottoir des numéros pairs, une chapelle dédiée à Notre-Dame de Fatima dont le culte se trouvait avant la guerre dans la chapelle de la place Paul Emile Janson. La statue qui s'y trouve a été ramenée de Fatima par des pèlerins tournaisiens accompagnés par l'abbé Ermel. La statue en bois figurant sur la porte du petit édifice est l'œuvre de ce même abbé. Les murs de cette chapelle fréquentée quotidiennement par de nombreux fidèles s'arrêtant quelques instants pour une dévotion ou un moment de repos sont, depuis une dizaine d'années, régulièrement couverts de tags par de prétendus "artistes" et le tronc récoltant l'argent des bougies a, de nombreuses fois, été forcé par des individus, sans scrupules, en manque d'argent.   

Actuellement.

Depuis la seconde guerre mondiale, la rue du Curé Notre-Dame abrite, de part et d'autre, des maisons de commerce. Si certaines enseignes ont défié le temps, d'autres ont malheureusement disparu, les propriétaires n'ayant pas trouvé de successeurs ou ayant été victimes de la crise économique. Parmi ces disparitions, citons : le siège du journal "Le Courrier de l'Escaut", au n° 24, à l'angle de la rue de l'Hôpital, à l'emplacement de l'ancienne maison de Charles Lecocq, abandonné lors de la fusion avec le groupe d'éditions "Vers l'Avenir". Ce bâtiment construit, il y a soixante ans, a été rasé au début de cette année 2016 et laissera prochainement la place à un immeuble à appartements situés au-dessus d'une rez-de-chaussée commercial. Les travaux de construction devraient débuter sous peu.

Au n°20 et 22, on découvrait l'enseigne "Aux Milvêtements", un magasin spécialisé dans la vente d'anoraks, imperméables, manteaux, pulls et pantalons. Il y a une vingtaine d'années, après sa fermeture, le lieu devint "L'espace Pic-Puce", une galerie commerciale. C'est sur cet immeuble que Gérard Depardieu eut des vues afin d'ouvrir un bar à vin et une agence immobilière. Le bruit a même couru dans la ville qu'il se réservait un appartement à l'étage. La réalité est que seule l'agence immobilière a vu le jour au n°20 et que l'autre partie est, hélas, restée vide et victime de vandales, une lubie d'un grand comédien, un des derniers monstres sacrés du cinéma français, qui ne sait malheureusement où se fixer !

Les Tournaisiens les plus âgés se souviendront probablement des commerces qui fleurissaient de part et d'autre de la rue, ils avaient pour nom : outre le siège du Courrier de l'Escaut et l'espace Pic-Puce, la "boucherie-moutonnerie Callens" au n° 14, transformée en salon de coiffure, "Babyshop", au n° 14a, vêtements pour enfants, le magasin "Bridoux", au n° 8, quincaillerie, outillage, "Meuble-Centre", au n°4, une enseigne toujours présente, le café "Au Duc de Brabant", au n°1, les établissements "Stéphane Wilfart", au n°5, chauffage et cuisines, le photographe "Photo Mil", l'épicerie "Paul Ménart", au n°15... plus près de nous, le chocolatier "Laurichesse".

Sur la quinzaine de commerces que compte la rue du Curé Notre-Dame, quatre vitrines sont actuellement vides. On trouve désormais, une boutique de vêtements, une boulangerie-pâtisserie, un magasin du monde Oxfam, un magasin de décorations étrangères, une agence immobilière, un salon de tatouage, un salon de coiffure, un organisme financier, une boutique pour soins des ongles, un magasin consacré à la literie et un magasin de fruits et légumes.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A.F.J Bozière, ouvrage paru en 1864 - différents prospectus publicitaires et programmes des années 1903 à 1965 - L'Optimiste remercie les propriétaires de la maison Elec-Confort pour les renseignements fournis).

S.T. mai 2016.

Commentaires

Intéressant (comme toujours), mais vous ne répondez pas à une question qui me turlupine: qui est donc ce curé Notre-Dame dont le rue porte le nom? Et quand a-t-elle pris ce nom?

Écrit par : Olivier | 27/05/2016

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C'est volontairement que j'ai éludé cette précision car, nulle part lors de mes recherches, je n'ai trouvé référence à ce nom. Selon moi, et sous réserve, en ce lieu se trouvait le presbytère de la paroisse Notre-Dame dont église jouxtait la cathédrale, sur les vestiges de l'ancien cloître, jusqu'à la seconde guerre mondiale, époque durant laquelle elle fut bombardée. Elle fut rasée par la suite (fin des années quarante) à la demande des autorités religieuses. D'où le nom probable de "rue du Curé Notre-Dame" (rue où habitait le curé de la paroisse Notre-Dame, c'est d'ailleurs l'origine de certaines rues comme la "rue du Mayeur" dans d'autres villes ou villages). Merci de vos visites fréquentes sur le blog.

Écrit par : l'Optimiste | 28/05/2016

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Hypothèse vraisemblable en effet. Je trouve qu'il y a beaucoup de poésie dans les noms de rue hérités du passé. Ils font partie du patrimoine et on devrait s'abstenir de les remplacer par les noms de personnalités (bourgmestres ou autres) qui n'ont pas la même valeur historique.

Écrit par : Olivier | 28/05/2016

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Cher Olivier, vous prêchez un converti, mais le choix du nom des rues est réalisé par une commission à la solde du politique, toute poésie est donc, par essence, absente, les choix sont dirigés.

Écrit par : l'Optimiste | 29/05/2016

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