25 avril
2016

Tournai : le Cabaret Wallon en deuil, Jean-Pierre Verbeke nous a quittés !

Jean-Pierre Verbeke allait fêter quarante années au Cabaret !

1993 RCCWT Jean Pierre Verbeke.jpgLors de chaque petit et grand cabaret, lorsque Jean-Pierre Verbeke s'approchait du micro pour chanter, les auditeurs étaient assurés d'entendre des œuvres de qualité, des chansons que n'auraient reniées ni Eloi Baudimont, ni Albert Coens, lui qui était pétri de leur style pourtant inimitable.

Né le 10 octobre 1937, il fit carrière à la poste comme un autre membre du Cabaret, André Dupriez, un habitant, tout comme lui, du faubourg Morel.

Jean-Pierre Verbeke était entré au Cabaret en 1977, devenant ainsi, au sein de la Royale Compagnie, le septante-quatrième membre. Auparavant, il avait été primé au Concours Prayez en 1974, obtenant un 4e prix en catégorie poèmes avec "Grand-Mère" et un 4e prix en catégorie monologues avec "Cha n'est pos sérieux". Il avait récidivé en 1975, obtenant cette fois, un 2e prix en catégorie chansons avec "Ortour à l'source" et un 3e prix dans la catégorie poèmes avec "Vivre".

Tant par la taille que par le talent, c'est un grand format qui venait rejoindre le groupe des chansonniers tournaisiens. Ce détail n'avait d'ailleurs pas échappé à l'échevin Georges Seneca qui, lors du discours prononcé à l'occasion de la Fête à la Chanson Wallonne en l'année 1979, le présentait de la façon suivante : "Grand sur ses guiboles et pas chauvin" (une allusion à une de ces premières chansons).

Observateur des travers de ses contemporains, par devant sa feuille blanche, le chansonnier élaborait son texte par petites touches successives comme le travail d'un peintre confronté à la toile encore vierge. Le résultat était à la mesure du travail accompli, un véritable régal pour ceux qui l'écoutaient.

Une production féconde.

En trente-neuf années de Cabaret, Jean-Pierre Verbeke a écrit des dizaines et des dizaines de chansons, toutes vouées au succès. Il était aussi celui qui présentait avec son compère, le "Journal Canté", la revue de l'actualité qui ouvre chaque prestation des chansonniers tournaisiens.

Dans "les Coulonneux", il évoque cette passion dévorante que sont les concours de pigeons. En l'entendant chanter, plus d'un amateur l'a probablement pris pour un professionnel de la colombophilie. Son expression "la France sans les Français, cha s'reot ein bieau pays" était une réponse chantée à Coluche et à ces blagues belges que nos voisins du Sud prenaient un malin plaisir à raconter au cours des années septante et quatre-vingt. "Si l'vint s'lièfe" était une véritable ode à la liberté dont le refrain disait : " Si t'sins qu'ein jour, i-a l'vint qui s'lièfe, qu'te veux partir et tout quitter, pou réaliser tous tes rêfes, alors, te n'deos pos hésiter" (si tu sens qu'un jour le vent se lève, que tu veux partir et tout quitter, pour réaliser tous tes rêves, alors, tu ne dois pas hésiter). En 2004, il écrivait : "L'tango des peots d'vin", dénonçant la corruption endémique, une chanson qui reste douze ans plus tard d'une criante actualité et qui, on le regretterait presque, à cause de son sujet, a encore de beaux jours devant elle. Les gastronomes, ceux qui aiment les plaisirs de la table, ont très certainement salivé de plaisir en l'entendant chanter "Ein rich' plucache" (un repas gargantuesque), un tour d'horizon complet de plats et de boissons vu par un invité d'un repas de famille malheureusement au régime. Sur l'air des Acadiens de Michel Fugain, il décrit... " Les Acariens" : "Tous les acariens et toutes les acariennes veont pondre et copuler sous l'z'édredeons, dins les caracos (les blouses féminines) ou acor les gilets d'laine, feaut pos rir' d'cha, te d'as seûrmint à t'maseon". Retraité, Jean-Pierre Verbeke avait de suite remarqué que les journées sont encore plus éreintantes qu'auparavant, dans "Ein momint d'répit", sur l'air de Jacky de Jacques Bel, il proclamait : "Rien qu'eine heure pou arrêter l'temps, rien qu'eine heure, eine heure d'répit. Rien qu'eine heure, eine heure d'timps en  temps, rien, rien qu'pou pinser à mi". On se rappellera encore sa chanson en souvenir de Charles Trenet ou "A nos p'tites sœurs", écrite sur l'air de la complainte de la butte, en hommage aux Petites Sœurs, Servantes des Pauvres qui avaient quitté leur couvent de la rue Saint-Martin au début de ce siècle après avoir aidé des milliers de Tournaisiens en détresse. Une de ses dernières créations sera intitulée "Déviance linguistique", dans laquelle ses côtés caustiques et comiques cohabitent.   

En compagnie d'Eric Genty, il composera "L'hymne des porteurs des géants de Tournai".

Jean-Pierre Verbeke, acteur du renouveau.

Lorsque le 27 novembre 1996, l'inamovible Président Lucien Jardez démissionne du Cabaret Wallon, beaucoup de Tournaisiens, amoureux de leur patois, pensent que la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien va mourir après nonante années d'existence. Avec Philippe De Smet qui accepte la présidence, avec René Godet et d'autres, Jean-Pierre Verbeke, fort de ses vingt années de présence, va œuvrer pour injecter un sang neuf nécessaire à la survie de l'institution tournaisienne. En 1997, un souffle nouveau envahissait le Cabaret et de jeunes tournaisiens, défenseurs de notre patois, recevaient, enfin, la chance d'étaler leur talent. Pour les nouveaux venus, Jean-Pierre jouera le rôle de guide lors de leurs premières apparitions en public.

Sa dernière prestation sur le ponton date du petit cabaret de février 2015. Depuis un an, la maladie le tenait à l'écart de cette scène sur laquelle il prenait et donnait tant de plaisir. Ce 23 avril, elle l'a emporté et les membres du Cabaret Wallon pleurent un ami. Jean-Pierre Verbeke est entré au panthéon du Cabaret et grâce aux œuvres qu'il nous laisse, il sera toujours parmi nous.

(photo : le Courrier de l'Escaut).

S.T. avril 2016.

 

Commentaires

Toutes mes condoléances aux membres du Cabaret tournaisien qui perd une de ses figures emblématiques. Malgré un sentiment de tristesse, je ne peux empêcher la montée d'un sourire à la pensée de ce grand bonhomme qui nous a offert tant de bons moments.
Merci Jean-Pierre.
Ides Cauchie
Cabaret wallon d'Ellezelles

Écrit par : Ides Cauchie | 26/04/2016

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Je ne le connaissais pas, mais sincères condoléances à ses proches.

Écrit par : Un petit Belge | 26/04/2016

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Cher Mr Cauchie, votre message de condoléances a été transmis aux membres de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. En la personne de Vincent Brackelaere, ceux-ci vous remercient pour ce témoignage de sympathie exprimé à l'occasion du départ de Jean-Pierre Verbeke.

Écrit par : Serge l'optimiste | 27/04/2016

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