13 avril
2016

Tournai : l'Escaut, on a touché le fond !

Intéressant débat sur No Télé mais aussi sérieuse étude de caractères !

Afin d'éviter tout malentendu, précisons qu'en titre, nous parlons bien du fond du problème et non de celui du fleuve qui sera toujours de 2m60 pour les bateaux qui y naviguent.

Combien de Tournaisiens (et de Tournaisiennes) ont suivi sans s'énerver, l'âme sereine, l'intéressant débat que la chaîne communautaire "No Télé", à propos de l'élargissement de l'Escaut, avait, ce mardi 12 avril, programmé ?

Au cœur d'une cité dans laquelle la société Casterman a donné à la bande dessinée ses lettres de noblesse, c'est légèrement amusé, que j'ai regardé cette Xème empoignade tout aussi stérile que les précédentes.

Là où ils sont désormais, Réné Goscinny et Albert Uderzo ne m'en voudront pas de transformer cette royale soirée (ou pantalonnade de démocratie) en une aventure de leurs héros légendaires : "Astérix et Obélix au royaume des Francs saliens".

Les acteurs.

Il y avait en présence, pour ce nouveau scénario, l'armée romaine, tout au moins, César Imperator (Loyaers) et quatre centurions formant sa garde rapprochée et opinant sans cesse du bonnet lorsque leur chef prenait la parole. Je me suis dit : "Que voici une armée disciplinée qui affiche même le léger sourire de ceux qui pensent "cause toujours, nous ne changerons pas d'avis. Que cela soit écrit et accompli"

Face à eux, une troupe d'irréductibles Gaulois emmenée par Astérix (Benjamin Brotcorne), Obélix (Eric Van Overstraeten) et Assurancetourix (Daniel Barbez), le barde chantre de notre belle Wallonie Picarde. Ils parlaient au nom des nombreux Tournaisiens qui ont rejoint le collectif et dont une petite partie les accompagnaient mais aussi au nom d'une majorité, jusqu'ici silencieuse, qui commence sérieusement à se poser des questions face à une attitude qu'on pourrait qualifier de dictatoriale dans le chef des représentants de la Région Wallonne. L'Escaut n'appartient peut-être pas aux Tournaisiens, comme l'a déclaré dernièrement César, mais le sol doit lui être cédé s'il veut modifier le cours du fleuve.

Au centre, discrets, presque gênés d'être là, se demandant ce qu'ils étaient venus faire dans cette galère, un quintet de Druides censés représenter la sagesse de ceux qui savent et détiennent le pouvoir (à moins que celui-ci soit désormais exercé à Namur, la toute puissante Rome) ! Depuis le début, ils semblent même se plier aux injonctions de Rome et n'ont jamais défendu, avec réelle vigueur, la pierre à la halte nautique au lieu de ce bois dont on voit dans quel était il se trouve au quai des Salines et la nouvelle passerelle reliant le quartier Saint-Piat à celui de Saint-Jean. On avait vu dans le reportage un Stefaan Declerck, alors bourgmestre de Courtrai, s'opposer à la région flamande avec pugnacité, chez nous, on préfère la jouer tête basse, c'est "dramatix" et vraiment pas "comix" !

Drame ou roman comique ?

Deux reportages furent projetés afin de mettre en concurrence les arguments des uns et des autres. On comprit très vite que quelques points allaient être synonymes de friction car rien n'avait évolué depuis la séance qui s'était déroulée en l'Hôtel de Ville, un mois auparavant. Rien, le mot n'est pas très juste puisqu'il y a eu la parution sur Internet (ce papyrus des temps modernes) d'une vidéo de Panoramix, le druide faisant fonction défendant, à titre personnel, les propositions venues d'une région lointaine.

Les Gaulois opposèrent à César des arguments voulant éviter le massacre annoncé des quais de Tournai par l'élargissement de fleuve à 27 mètres, souhait des experts de la Région Wallonne, au lieu des 23 mètres préconisés par le collectif local. Quelques expressions malheureuses mais volontaires eurent le don d'énerver d'emblée le fier empereur romain, déjà fort agacé d'être ainsi contesté, lui qui semble plus être un homme habitué (dans ce dossier, tout au moins) à prononcer des ukases qu'à trouver ce bon vieux compromis à la belge, pourtant bien connu même au-delà de nos frontières. Son attitude impériale, autoritaire, voire dédaigneuse des Tournaisiens a probablement énervé plus d'un téléspectateur (dont j'étais) même si on doit lui reconnaître, en toute honnêteté, un travail considérable pour rendre accessible cette voie d'eau nécessaire au développement économique non seulement de notre région mais aussi de la Wallonie à des bateaux de la classe Va (110 mètres de long et 11 mètres de large).

Chacun campa sur ses positions, il a manqué la potion magique à Astérix et Obélix pour ne faire qu'une seule bouchée... des arguments de leurs pourfendeurs !

Quand ce fut au tour des Druides de parler, eux qui représentaient les cinq tribus habituées à récolter les voix de la population, on sentit une gêne aux entournures, un mal-être, il fallait ménager la chèvre romaine et le chou (gras) tournaisien. Il est toujours bon d'assurer ces arrières. Par Toutatis, qu'il est difficile de bien se faire voir des uns et des autres quand tout les opposent ! 

Beaucoup de ceux-ci ont probablement penser : "Comment résoudre cette quadrature du cercle ?".

Parmi ce comité des Sages, la gente féminine était majoritaire. Marie-Christine, manipulant ses papiers afin de trouver des réponses aux demandes, a semblé bien souvent louvoyer entre le point de vue du SPW et celui de la population. Comme Annie Cordix, la chanteuse qui, un jour, partit pour Lutèce, elle devait se dire : "J'voudrais bien mais j'peux point". Face à cette attitude, la caméra s'attarda sur un César regardant dédaigneusement le plafond du studio et buvant du petit lait. L'autre Marie-Christine, la sainte protectrice de la Nature, semblait tiraillée entre l'acceptation de l'autoroute à bateaux qui permettrait de diminuer le nombre de camions sur nos routes (vœux des Ecolos que je partage également) et la défense d'un patrimoine tournaisien qui ne semble pourtant plus en danger puisque le problème du Pont des Trous est, jusqu'à preuve du contraire, résolu. Benoit s'afficha nettement pour l'élargissement maximal afin de promouvoir le développement économique (c'est l'unique crédo de sa tribu). Hélène, quant à elle, botta en touche en disant que ses coreligionnaires était pour l'élargissement (ce que personne ne conteste) mais que pour le reste cela faisait toujours l'objet d'une réflexion. Enfin vint le tour de Panoramix représentant Abraracourcix parti à la conquête économix du pays de Scipion l'Africain. Lui, qu'on a déjà connu mieux inspiré, se retrancha derrière l'avis des experts (de la Région wallonne, il le précise !) mieux qualifiés que lui pour trouver une solution au problème. Pour beaucoup de Tournaisiens Panoramix, représentant officiel des Gaulois qui l'ont élu, a tout simplement endossé le rôle de Ponce Pilate ! Il n'était pas normal qu'il fustige le groupe des Tournaisiens en semblant se réfugier dans le manteau de César.

Le problème de l'élargissement, s'il est réel, ne doit pas non plus être amplifié au point d'en arriver à un tel clash. Il ne concerne finalement qu'une petite centaine de mètres du quai Saint-Brice ? Cent mètres qui risquent cependant un jour de poser un problème de sécurité : quid en cas de venue des services de secours (pompiers, ambulance, SMUR) ? Quid en cas de livraison (remplir une cuve de fuel ne prend pas cinq minutes), des travaux nécessitant un échafaudage ? Quid en cas d'accrochage entre voitures et vélos, les uns et les autres devant éviter les piétons ? On peut juste espérer un peu de tôle froissée et surtout pas de blessés.

En tant qu'ancien Conseiller en Prévention, je préconise toujours le principe de précaution, "mieux vaut prévenir que guérir" et une étude impartiale du risque doit toujours être entreprise. A cet endroit, il faut être malhonnête ou naïf pour ne pas constater que toutes les conditions sont réunies pour créer une zone accidentogène alors que le plan communal de mobilité cherche justement à éviter ce genre de danger dans la cité.

Un vrai Belge dirait : "Faisons un compromis, élargissons à 25m50, voir 26 m et nous assurerons ainsi  la sécurité sur la voie d'eau et pour les piétons sur le quai". Malheureusement, pour sceller un tel compromis, il faut être deux, la légion romaine qui était présente semblait avoir reçu pour instructions : "Soldats vous serez récompensés si vous ne cédez pas face à l'ennemi gaulois". Quant à l'arbitre, il avait pris, depuis bien longtemps, fait et cause pour le club visiteur !

Avant de terminer ce récit, louons le "maître de cérémonix", Manu Guévart, qui sut empêcher que ce débat devienne houleux car, lorsque la caméra s'attardait sur le public, on voyait des gens bouillir sur leur chaise comme au sein d'un chaudron de potion magique ! Heureusement tout le monde est resté digne, c'est à la gloire des représentants tournaisiens.

Je tiens à préciser pour ceux qui me lisent que je ne roule, ni ne navigue (!) pour personne. je ne fais partie d'aucun groupe constitué, je ne défends aucune position politicienne. Je suis un citoyen lambda, amoureux de sa ville natale, qui a horreur des conflits mesquins qui s'éternisent de par la faute de certains, tellement imbus de leur personne, qu'ils ne veulent même pas faire un pas vers l'autre et refusent de signer la "paix des Braves". Il me semble, hélas, que, depuis quelques temps, au sein de notre Wallonie certains ont acquis la fâcheuse attitude de vouloir être "calife à la place du calife" et... it's not good !-

S.T. avril 2016.

Commentaires

Tout est dit... et bien dit;

Écrit par : Bridoux Christian | 14/04/2016

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Bravo Serge pour cet intéressant et amusant compte-rendu de ce débat! Passe un bon week-end.

Écrit par : Un petit Belge | 15/04/2016

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