28 mars
2016

18:13

Tournai : la lente évolution de la Grand-Place.

Tournai le Beffroi.jpgAprès la rue Perdue, la place de Lille, la rue Saint-Martin, la place Reine Astrid, la place Paul Emile Janson, la rue de la Tête d'Or, la rue de l'Yser, la rue de l'Hôpital Notre-Dame, la rue du Cygne et la rue Garnier, nous poursuivons notre visite de la rive gauche de l'Escaut en nous intéressant à l'évolution de notre forum : la Grand-Place.

Situation géographique.

La place principale d'une ville représente le plus souvent le centre géographique de celle-ci. Ce n'est pas le cas à Tournai où celui-ci se situe plus au niveau de l'Escaut qui divise la ville en deux parts pratiquement égales. Chez nous, la place est excentrée vers le Sud.

Une longue histoire.

On s'est longtemps interrogé sur la forme triangulaire de la Grand-Place, son origine la plus souvent admise proviendrait de la convergence de voies romaines qui se rejoignaient, à peu près, à l'endroit où sera érigé, bien plus tard, le beffroi. La première suivant le parcours place de Lille, rue Dorez, rue des Maux venait de Cassel, l'autre venant de Boulogne suivait l'axe de l'actuelle rue de l'Yser.

A l'époque gallo-romaine, le terrain sur lequel elle apparaît était situé en dehors de la ville, au-delà de la première enceinte gallo-romaine. La preuve en a été apportée par les nombreuses fouilles qui y furent effectuées au travers des siècles et qui permirent de découvrir l'existence d'une vaste nécropole qui s'étendait jusqu'à l'actuelle rue Perdue. On sait qu'à cette époque, on enterrait les morts en dehors de l'enceinte. Ce qui fait dire, à Bozière, que les festivités d'aujourd'hui se déroulent sur un cimetière où se dressaient les bûchers funèbres, il y a un peu moins de deux mille ans.

La Grand-Place apparut durant le premier millénaire. On sait qu'au Moyen-Age on y tenait marché au blé, aux pommes, au poisson et que les fripiers y étalaient des hardes et des ustensiles de toutes sortes. Ce marché prit peu à peu le nom de "Marché de l'Empereur". Même s'il n'est plus souvent utilisé, ce nom officiel existe encore de nos jours.

En 1806, un décret impérial autorisa la ville de Tournai à y ouvrir deux foires annuelles, la première, le jeudi le plus proche du 15 mai, la deuxième, le plus proche du 15 septembre. Ces dates évoluèrent pour désormais voir la foire de Mai se dérouler la semaine de l'Ascension et celle de septembre débuter le dimanche le plus près du 6.

On y trouvait un puits public, de trois mètres de diamètre, face à l'église Saint-Quentin et un pilori au pied du beffroi. Une des maisons les plus anciennes qui s'y dressait était le Porcelet ou Hôtel du Porc, elle aurait été construite à l'emplacement d'une habitation d'un préfet romain, à proximité de l'église. Lors de sa reconstruction, en 1755, elle fut ornée de bustes d'empereur et prit le nom de Maison des douze Césars. On dit qu'elle accueillit, une fois par semaine, les réunions organisées par Henri VIII lors de sa présence à Tournai. Au XIXe siècle, elle fut habitée par un certain du Mortier qui possédait une importante collection de tableaux.

En 1331 fut organisée sur le forum tournaisien, la fête des Trente-un rois à laquelle furent invités les notables de toutes les villes voisines afin de participer à un grand Tournoi.

En 1422, la Grand-Place fut envahie par de très nombreux Bohémiens ou Egyptiens qui commençaient à se répandre dans tous les états d'Europe. Les hommes exerçaient la profession de maquignon et les femmes disaient la bonne aventure. On dit que la foule se pressait en masse pour voir leurs moeurs étranges et licencieuses.

Au début du XVIe siècle, à l'angle de la place et de la rue des Orfèvres se dressait une maison dont la façade était surmontée d'une tribune destinée au chef de la magistrature tournaisienne qui y faisait publier ses ordonnances. Depuis cette tribune appelée "brétèque", en 1521, le représentant de Charles-Quint y fit serment, au nom de l'empereur, de maintenir les libertés communales. Comme l'avait fait, quelques années auparavant, le roi Henry VIII, confirmant les privilèges de la cité.

Entre 1567 et 1570, lors de la présence en Belgique du sanguinaire duc d'Albe, cinquante-six personnes y furent pendues, trente-six brûlées vives, deux subirent le supplice de l'estrapade (NDLR : supplice qui consister à hisser la personne condamnée à une certaine hauteur et à la laisser chuter jusqu'à quelques centimètres du sol, plusieurs fois de suite), une personne y fut étranglée, onze furent battues de verges, quatre durent y faire amende honorable, le flambeau à la main.

Le 8 février de l'an 1600, sur un trône dressé contre la Halle-aux-Draps, l'Archiduc Albert et l'Infante Isabelle, souverains des Pays-Bas, jurèrent, la main sur l'Evangile, de maintenir intactes les constitutions de la cité.

Egalement à proximité de l'église Saint-Quentin se trouvait "l'Hôtel Saint-Georges". En 1668, celui-ci accueillit des marchands marseillais qui apportèrent les germes de la grande peste, fléau qui coûta la vie à un cinquième de la population tournaisienne.

En 1792, un marchand de drap nommé Mathon, habitant de la Grand-Place donna asile à Madame Adelaïde d'Orléans, à sa gouvernante, Madame de Genlis et à une nièce Paméla Sims dont fut épris un lord irlandais, Fitzgerald, fils du duc de Leicester qui la maria en l'église Saint-Quentin en présence de Louis-Philippe Egalité, duc de Chartres.

Durant la Révolution, c'est sur la Grand-Place qu'on plantait l'arbre de l'Aigle.

Le 28 septembre 1830, la foule envahit la place et partit attaquer les casernes hollandaises.

Le 30 septembre 1860, le roi Léopold Ier assista à un défilé qui dura près de deux heures.

En 1863, on inaugura la statue de Christine de Lallaing, princesse d'Espinoy, une de ces héroïnes dont se glorifie l'Histoire tournaisienne, une œuvre du sculpteur tournaisien Aimable Dutrieux.

Avant le premier conflit mondial, on trouvait, au n°12, la maison de Jules Pipart, professeur de coiffure, membre de l'académie de coiffure de Bruxelles, au n°49, le Garage du Centre tenu par Alphonse Dochy qui faisait aussi la location d'automobiles, la bijouterie de Victor Thiefry au n° 8, la Maison Charles Gisler également bijoutier au n°10 et 11...

1952 Tournai la Grand'Place.jpgEn mai 1940, tous les bâtiments de la Grand-Place furent détruits par les bombardements allemands, seules les façades remarquables entourant la Halle-aux-Draps furent préservées. Aux cours de ceux du 16 mai, une personne y trouva la mort, le typographe Victor Dellouvre était âgé de 58 ans. La guerre terminée, on érigea, au centre de la place, des constructions provisoires sur lesquelles veillait la statue de Christine de Lallaing épargnée, elles étaient destinées à accueillir, durant la période de reconstruction, les commerçants sinistrés (voir ci-contre). Le dernier édifice reconstruit sera l'église Saint-Quentin terminée en... 1968 (vingt-trois ans après la fin du conflit).

Des "golden sixties" à la crise économique actuelle.

tournai,grand-place, léopold Ier, duc d'Albe, henri VIII, archiducs albert et isabelle, charles-quint, halle-aux-draps, princesse d'espinoy, christine de lallaing, saint-quentin, Peu, à peu, le forum tournaisien retrouva son animation d'antan. Les foires de mai et de septembre, le rondeau final des Quatre Cortèges du mois de juin, la braderie de septembre, le marché du samedi matin, la foule de spectateurs venus assister, en la Halle-aux-Draps, aux opérettes et opéras, aux foires commerciales ou aux représentations de la Revue annuelle du Cabaret Wallon et du Théâtre Wallon, les passages du Tour de France (en 1966, elle vit le départ de l'étape Tournai-Dunkerque) firent rapidement oublier les cinq années qui marquèrent toute une génération. D'abord pavée, elle fut asphaltée à la fin des années cinquante et on créa un grand parking en son centre pour accueillir les visiteurs de plus en plus nombreux. A cette époque, le "bureau de Tourisme" était logé dans une annexe de la Halle-aux-Draps.

1965 Tournai Tour de France (1).jpg

1965 Tournai Tour de France (3).jpg

 

1965 Tournai Tour de France (2).jpg

Les trois photos du Courrier de l'Escaut prises lors du passage du Tour de France à Tournai en 1965 permet de voir les immeubles à l'arrière-plan. Ci-dessous, le passage en 1967.

1967 Tournai Tour de France (1).jpg

Parmi les commerces qui s'y installèrent, si on découvrit, comme il se doit sur un lieu touristique, des cafés et restaurants, il y eut une grande variété d'enseignes dans des domaines bien différents :

La Maison Amelinck-Lenoir, tout pour la couture et ouvrages dames (au n°1), le magasin Exclusif, tout pour la couture (au n°4), le magasin de vêtements Prestige (au n°8), les chaussures Alky, le coiffeur Henry, la boulangerie pâtisserie Bruynhooge qui avait succédé au pâtissier Marcel, le magasin Tentation, Henrion, horloger, bijoutier, orfèvre (au n°10 et 11), A la Bourse, lainages, soieries, velours, dentelles (au n° 13 et 14), la bijouterie Thiefry, Luxeuil lingerie (au n°17), la maison Decallonne, librairie-papeterie (au n°18), Duhaubois-Sports (au n°19), la Maison Simon, tout pour le baptême (au n°23), Inedit Couture (à l'angle de la rue des Orfèvres), le magasin Lara, vêtements pour dames (au n°25), les assurances PS (au n°27), la maison De Ruyck, audio-visuel (au n°30), Tournai Disques Eric Genty (au n°34), la droguerie "Au Gros Chien" située entre le terrain vague des douze Césars et l'église Saint-Quentin, le garage Van Peteghem, concessionnaire Austin et Morris, la friterie de la Place sur l'emplacement occupé aujourd'hui par le restaurant italien, la boucherie-charcuterie Lyonnaise Manche, les bureaux et ateliers du journal l'Avenir du Tournaisis, la Société Générale de Banque (au n°54), la Banque de Bruxelles (au n°61), la chapellerie Lecat (au n°67), l'épicerie Warny, la boulangerie pâtisserie Jacques qui avait succédé au pâtissier Albert, la Maison Lezaire, vins et spiritueux (au n°72), la maison Duhaubois, télévisions, radio (au n°74)...

L'Horéca était représenté, entre autres, par le Dragon, le Fil à Car, le Charles-Quint, le Beffroi, le Grand Bockle Central (au N°24), le Soleil, l'Europe (au n°36), le Trou Normand, l'Ecu de Francele café d'Espinoy chez Julien Ochain (n°60), la Taverne de l'Aigle tenue par Denise Delannoy, le Carillon, le Baillagele Tip-Top tenu par Jean-Pierre De Stommeleire (au n°65)...

Dans les années nonante, les organismes financiers fleurirent sur le forum tournaisien, aux deux banques déjà citées viendront s'ajouter la banque Ippa (au n°43), le Crédit Général (au n°58), le Crédit Communal (au n°64), la COB...

Et aujourd'hui ?

2006 Tournai la Grand'Place.JPGIl y a déjà une vingtaine d'année, le visage du forum tournaisien a été profondément modifié. L'asphalte qui recouvrait la voirie autour du parking central formant un immense giratoire a fait place à un revêtement fait de pavés sciés, la circulation a été modifiée, les zones de stationnement ont été réduites, des jets d'eau sont venus agrémenter le paysage, la statue de Christine de Lallaing a également subi un profond lifting lui redonnant son lustre d'antan. Sur le terrain vague situé à proximité de l'église Saint-Quentin (voir photo plus haut), dernier vestige des bombardements de la seconde guerre mondiale, un immeuble avec rez-de-chaussée commercial et appartements de standing à l'étage a été érigé. La façade de la Halle-aux-Draps a été nettoyée en profondeur et ses dorures refaites lui rendant ainsi l'aspect qu'elle présentait jadis. Les kermesses de mai et de septembre ont émigré vers la plaine des Manœuvres, désormais intitulée "Esplanade de l'Europe". A la belle saison, la Grand-Place est le lieu de départ du petit train touristique emmenant les visiteurs à la découverte des plus beaux coins de la cité des cinq clochers. Le forum tournaisien qui ronronnait depuis la guerre s'est vu insuffler un dynamisme nouveau, promesse de lendemains qui chantent au niveau touristique. Les terrasses se sont étendues doublant, triplant même la capacité d'accueil des cafés, brasseries et restaurants et, sous le soleil, elles affichent le plus souvent "complet". Seul son éclairage est un peu mièvre et totalement indigne de sa splendeur !

tournai,grand-place, léopold Ier, duc d'Albe, henri VIII, archiducs albert et isabelle, charles-quint, halle-aux-draps, princesse d'espinoy, christine de lallaing, saint-quentin, La plupart des enseignes que nous avons énumérées ont, peu à peu, disparu. Elles ont été remplacées par d'autres mais, au cours de ces dernières années, des vitrines se sont éteintes définitivement et cherchent un éventuel repreneur : la Taverne de l'Aigle, l'Ecu de France, le Charles-Quint et tout récemment le "Resto à côté du Dragon". A d'autres commerces plus sélects, ayant pignon sur rue, ont malheureusement succédé les éternels "magasins de nuit" gérés par des ressortissants pakistanais qui offrent alcools, tabac, cigarettes... à ceux dont l'envie prend au beau milieu de la nuit, un contraste saisissant avec ce qu'on trouvait auparavant ! On a aussi vu apparaître des vitrines ouvertes offrant glaces, gaufres, beignets. Dix enseignes semblent défier le temps : De Ruyck, le Soleil, les PS Assurances, le Central, le Beffroi, Henrion,  le Dragon, le Tip-Top, le Carillon la Banque de Bruxelles devenue BBL et ensuite ING mais toujours présente au n° 61 de la Grand-Place et la Générale devenue BNP Paribas..

Comme on peut le constater la Grand-Place est en pleine mutation, elle peut retrouver sa richesse du début du XXe siècle comme elle peut, tout aussi bien, se paupériser rapidement. L'avenir nous le dira !

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A.F.J. Bozière, ouvrage paru en 1864 - presse locale notamment le Courrier de l'Escaut et le Nord-Eclair pour les documents photographiques - recherches personnelles).

S.T. mars 2016.

25 mars
2016

13:27

Tournai : expressions tournaisiennes (352)

Hureux qui comme eusses ont fait ein bieau mariache.

Aujord'hui, je n'vas pos ichi vous parler d'Edmeond et Fifinne, j'leu laiche ein peu d'orpeos, neon, j'vas, ceulle feos 'chi, m'ertourner vers ein couple d'brafes gins que j'conneos. J'voudreos, inter nous, évoquer ein bieau ménache qui vient d'fiêter ses soixante-chinq ans d'mariache. Soixante-chinq ainnées, siept chint quater-vingt meos, vingt-treos mille siept chints vingt-chinq jours, j'oblie les heures et les minutes et combin d'feos su elle-même l'tierre elle a fait l'tour.

J'pinse qu'on deot ête bramint d'gins à avoir du mau à imaginer ce qu'cha orprésinte ainsin eine unieon d'soixante-chinq ainnées. Ch'est au printemps d'mille nuef-chint-chinquante et ein, dins l'pétit villache d'Ere, aux portes d'no cité, que Nelly elle a dit oui, pa d'vant l'bourguémette et l'curé, à René, l'ceu que s'cœur, d'puis lommint, i-aveot queusi.

I-s'in a passé des cosses à Tournai, cette ainnée-là : on parleot (tins, ch'est bizarre !) d'l'élargiss'mint d' l'Esqueaut, pos dins l'traversée de l'ville qui provoque asteur ein rude touillache, mais au quai de l'Guernoule, pos leon du peont des Roulaches. L'six du meos d'féverrier, on inaugureot l'nouvieau peont Delwart et, au même momint, l'orconstructieon du peont aux Pommes batteot s'plein (tins, ov'là l'Peont à Peont asteur, ch'est vraimint bizarre !). A l'angle de l'rue des Gardins et de l'rue Royale, on érigeot l'nouvieau bâtimint de l'Banque Nationale et on pinseot, à l'rue des Capliers, à faire l'dégag'mint de l'cathédrale.

On vouleot tout élarguir puisque l'projet i-éteot aussi lanché pou les nouvieaux boulevards d'cheinture d'no cité.

On berteonneot aussi à propeos du site des Bastieons (bé, cha alors, ch'est vraimint eine dreôle d'affaire !) dusque l'chimint'rie elle éteot surneommée "l'passoire à poussières"...

Elargiss'mint d'l'Esqueaut, Peont-à-Peont et Bastieons, i-a pos à dire, i-feont acore aujord'hui l'sujet des discussieons. Comme vous l'veyez Nelly et René, soixante-chinq ans pus tard, i-a rien d'cangé.

Mais i-s'a aussi passé bin des eautes faits dins l'actualité d'l'ainnée dusque Nelly et René i-se seont mariés mais, je n'voudreos surtout pos oblier que l'date du six du meos d'mai restera pou les sportifs tournisiens à jamais gravée : su l'terrain d'Alost, au pays des ogneons, les Infants d'no vaillante Unieon i-ont forché les portes de l'prumière Diviseon (qui n's'app'leot pos comme asteur mais bin divisieon d'Honneur).

Dins l'bieau p'tit villache d'Ere, dusque les gins s'app'leotent, sans manière, "seot lièfe" ou bin "quate lapins" comme neom j'té à eine gramère, Nelly elle a mis au meonte deux infants, elle a agrandi s'famile in deonnant l'jour à deux p'tites files. René, après avoir ouvré à l'briquet'rie d'Ere, ch'est comme électricien à Cimescaut qui a fait toute... s'carrière. L'vie elle s'a ainsin écoulée, inter moumints d'bonheur mais aussi marquée pa ein grand malheur. Croyez-me, pou des parints aimants, i-n'a pos cosse pus cruelle que d'vir partir, pou toudis, ein d'ses infants.

Au meos d'décimpe, à quater-vingt-siept ans, nos deux amisses ont quitté leu maseon du hameau d'Barche qu'i-z'aveot'ent toudis habitée. Pou des raiseons d'facilité et pou leu santé, ch'est à Tournai qui seont v'nus d'meurer. I-seont partis sans s'ortourner pou n'pos avoir d'orgrets.

I-seont fin bénaisses, pou "Moeke" et s'n'heomme René, ch'est eine nouvelle vie qui vient de qu'mincher. On voudreot les vir acore bin lommint pourméner dins les rues d'no ville, main dins la main.

Soixante-chinq ans d'mariache, ch'a pou neom : les "Noces de Palissandre", à vir commint no société elle évolue d'puis bramint d'ainnées, ch'est ein anniversaire qui pourreot, dins l'futur, n'pus exister. Alors, i-feaut in profiter, i-feaut boire (ave modératieon), rire et canter, après toutl'essintiel ch'est d'avoir la santé !

"A tertous, j'souhaite d'Joyeusses Fiêtes de Pâques".

(lexique : hureux : heureux / eusses : eux / aujord'hui : aujourd'hui / ichi : ici / laicher : laisser / l'orpeos  : le repos / ceulle feos 'chi : cette fois-ci / s'ertourner : se retourner / inter nous : entre nous / ein meos : un mois / oblier : oublier / l'tierre  : la terre / bramint d'gins : beaucoup de gens / avoir du mau : avoir du mal / orprésinter : représenter / pa d'vant l'bourguémette : par devant le bourgmestre (le maire) / l'ceu : celui / lommint : longtemps / queusi : choisi / des cosses : des choses / l'élarg'issmint : l'élargissement / l'Esqueaut : l'Escaut (le fleuve qui traverse la ville) / asteur : maintenant / ein touillache : une confusion / l'guernoule : la grenouille (lieu dit à la sortie de Tournai, en aval de la ville) / pos leon : pas loin / l'peont des Roulaches : nom donné au pont de chemin de fer qui surplombe l'Escaut sur la liaison vers Lille ou Mouscron) / rue des Gardins : rue des Jardins / rue des Capliers : rue des Chapeliers / l'dégag'mint : le dégagement / élarguir : élargir / lancher : lancer / l'cheinture : la ceinture / berteonner : gronder, grommeler / l'chimint'rie : la cimenterie / acore : encore / cangé : changé / eautes : autres / les ogneons : les oignons (bien que l'orthographe évolue !) / forcher : forcer / seot lièfe : sot lièvre / ein gramère : une grand-mère (dire que j'ai toujours entendu parler de "mémère quate lapins" mais, comme l'Arlésienne de Bizet, je ne l'ai jamais vue) / quate : quatre / mette au meonte : donner naissance, mettre au monde / ouvrer : travailler / les moumints : les moments / toudis : toujours / décimpe : décembre / nos deux amisses : nos deux amis / leu maseon : leur maison / les orgrets : les regrets / ête fin bénaisse : être bien content / qu'mincher ou commincher : commencer / pourméner : promener / l'neom : le nom / vir : voir / tertous : tous).

S.T. mars 2016 

13:27 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, patois, picard |

22 mars
2016

09:57

Tournai : la lente évolution de la rue Garnier

Situation.

2006 Tournai cathédrale vue du parc comm..JPGNous évoquons aujourd'hui la rue Garnier. Celle-ci a pris le nom d'un ancien préfet du département de Jemmappes. Très du proche du centre-ville, cette rue relie la place Reine Astrid au Vieux Marché au Beurre et à la rue de la Tête d'Or. En petits pavés bitumés, longue d'une centaine de mètres, elle présente une pente relativement prononcée à partir de la jonction avec la rue de la Loucherie. Elle est bordée, de chaque côté, par des maisons d'habitation de construction récente (1950-1960). (photo : entrée de la rue Garnier à partir de la place reine Astrid)

Histoire.

Depuis le Moyen-Age, elle n'était qu'un passage très étroit reliant la rue de Paris aux Halles qui s'élevaient à l'emplacement de l'actuel Conservatoire de Musique. Dans ce passage débouchait alors l'impasse de la Loucherie fermée par le rempart de la première enceinte de la ville. Les Halles étaient des échoppes en bois, disposées sur deux rangs, où les merciers étalaient leurs marchandises. Dans la rue Garnier se trouvait l'ancien Hôtel de Ville appelé alors la Halle des Consaux, un sombre édifice probablement bâti entre 1234 et 1237, dominé par la Tour des Six, dépôt des archives communales.

La Halle des Consaux.

La Halle des Consaux se présentait sous la forme d'un parallélogramme terminé par deux pignons et recouvert d'un toit aigu en tuiles. Six fenêtres ogivales ménagées sur la face antérieure apportaient l'éclairage aux salles de l'étage. Au début du XVIIe siècle, on érigea contre la façade avant, une galerie à arcades surbaissées et un étage à croisées rectangulaires. Un perron à double rampe menait à l'entrée principale. La partie avant de l'étage ainsi construite était destinée à accueillir la chambre des finances et le comptoir occupés par le greffier et le procureur de la ville. Sous le perron, une porte donnait accès au "poids public", on y trouvait la grande et petite balance. Une chapelle était contigüe à la Halle des Consaux, celle-ci avait été autorisée par le chapitre et son chapelain y confessait les criminels condamnés à mort et emprisonnés dans les prisons de "Pippenerie" et de "Tiens le bien" ! La halle servit aux assemblées municipales jusqu'au début du XIXe siècle. Sa démolition fut décidée et celle-ci débuta en mai 1818.

La Tour des Six.

Cette tour présentait la forme d'un carré parfait, de douze mètres de côté, surmonté d'un toit quadrangulaire sur lequel flottait une bannière dorée. Mesurant quarante-trois mètres de haut, d'une extrême solidité (ses murs avaient une épaisseur de deux mètres et cinquante centimètres), elle avait été construite pour défier le temps et serait, peut-être, encore présente si on n'avait pas pris la décision de la démolir en 1820. Elle était appelée à l'origine la "tour des Chartres" puisqu'y étaient conservées toutes les archives de la Commune et autres objets précieux. Son nom provient des six personnes commises à la garde des titres et lettrages de la ville.

La Tour de la Loucherie.

2006 Tournai Tour de la Loucherie (1).JPGDatant de la première enceinte communale érigée entre 1188 et 1202. Elle a été reconstituée après la seconde guerre mondiale. (photo la Tour de la Loucherie vue de la place Reine Astrid)

Le bas de la rue Garnier avait été recouvert d'une voute surbaissée qui soutenait les prisons de "la Tannerie", l'origine de son nom possède deux versions, celle de l'historier Hoverlant qui déclare que les coupables qui s'y trouvaient étaient frappés, par ordre du magistrat avec un nerf de bœuf. Bozière penche pour une origine plus conventionnelle : la présence d'une tannerie dans son voisinage. Cette prison disparut, à peu près, au même moment où furent démolies la Halle des Consaux et la Tour des Six, au cours des deux premières décennies du XIXe siècle.

Vieille maison rue de Paris au coin de la rue Garnier.jpg

La totalité des maisons qui s'y trouvaient au début du XXe siècle furent rasées lors des bombardements allemands de mai 1940.

Sur le document photographique ci-contre, on peut découvrir une maison située à l'angle de la rue Garnier et de la rue de Paris avant le second conflit mondial.

 

 

Un fait divers qui aurait pu avoir de terribles conséquences.

Le 22 octobre 1984, vers 7h15, une des coquettes petites maisons qui se situent en1984.10.22 explos. rue Garnier (2).JPG face de la tour de la Loucherie, habitée par Mgr. Thomas explose. A ce moment, la sœur du chanoine se lève. Il ne reste plus rien de l'immeuble et on retrouvera la brave dame indemne mais choquée sous un mont de gravats, elle a été protégée par la chute de la toiture qui lui a constitué une sorte de bulle de survie

(NDLR : je vous invite à découvrir ce fait divers en consultant l'article "Ce jour-là, le 22.10.1984" en tapant ce titre dans la case "Rechercher").1984.10.22 explos. rue Garnier (3).JPG

 

 

 

 

Aujourd'hui.

La rue Garnier est une rue relativement fréquentée. L'été de nombreux promeneurs s'allouent quelques instants de repos sur les bancs situés face à la tour de la Loucherie. Dans la rue du Parc, comme la circulation s'effectue uniquement dans le sens beffroi-place Reine Astrid, les véhicules venant de cette dernière place et se dirigeant vers le centre-ville sont obligés de l'emprunter.

(source principale : "Tournai, Ancien et moderne" de A.F.J Bozière ouvrage paru en 1864  - photos :  1 et 2 collection personnelle, 3 : transmise par Melle J. Driesens, photos 4 et 5 : JDC).

S.T. mars 2016.

18 mars
2016

11:16

Tournai : expressions tournaisiennes (351)

L'pus tournisien des ménaches nous orvient !

Détournemint d'feonds (*) !

Après l'ortrait d'Edmeond et Fifinne, au meos d'féverrier, beauqueop d'commintaires et d'mails m'ont été invéyés. J'n'areos jamais pinsé qu'i-areot eu autant d'gins in foufelle à l'anneonche de ceulle (mauvaisse) nouvelle.

Adeon, rincontrant nos deux amisses, jeudi dernier quançque j'sus allé au marché de l'plache Crombez, j'ai profité de d'leu d'minder si j'pouveos acore écrire ce qu'on diseot inter nous quançque j'alleos les vir.

Cha n'a pos été facile, on peut dire que l'négociatieon elle s'a éternisée pa d'vant eine beonne demi-douzaine d'pintes au cabaret. Même qu'au momint d'rintrer à m'maseon, j'éteos tout berzèque et pos à m'n'aisse pasque j'saveos que m'feimme elle n'alleot seûmint pos ête fort bénaisse. J'li ai espliqué que ch'éteot parti d'ein beon sintimint, que je n'vouleos pos que bramint d'gins soichent tout défoutus de n'pus intinte parler de ces deux babieleux qui ont toudis connus. Comme l'ceulle qui partache m'vie elle a avant tout beon cœur, elle n'a pos voulu priver d'leu p'tit amus'mint mes fidèles lecteurs. Ov'là pourquoi, mes gins, vous allez ertrouver à partir d'aujor'hui, les avintures d'Edmeond et Fifinne dins les radotaches du saim'di. 

"He bé, vingt milliards, on n'saveot pos qu'on f'seot ainsin orcette ave ce qu'te publieos su no deos chaque sémaine su internet !" m'a dit Fifinne in m'orwettiant de tout s'n'hauteur, j'ai pinsé, t'taleur, elle va m'orclamer des dreots d'auteur.

I-feaut dire que dins l'temps, les Tournisiens i-z'aveot'ent Popol et D'siré qui passeot'ent su No Télé tous les saim'dis au momint du deîner. Mes deux gins i-z'aveot'ent l'sanche d'avoir pou scénarisses, Eloi Baudimont et Bruno Delmotte, deux véritapes espécialisses. Mi, j'fais m'possipe pou conter in leong et in larche les avintures du pus tournisien des ménaches.

"Alors, quoisqu'i-s'a passé d'puis qu'on s'a pus rincontré ?"

Croyez-me, i-n'm'a pos fallu lommint les raviser pou vir que l'tiête de Fifinne elle aveot tout à n'ein queop cangé.

J'ai bin vu qu'elle n'aveot pos eine belle tiête et qu'Edmeond, li, i-aveot préféré orwettier pa l'ferniête.

I-a d'l'ieau dins l'gaz que j'ai pinsé pasque m'questieon sanne les avoir ameutés.

"Te veux savoir l'vérité, j'vas ichi tout déballer. D'puis qu'on a uni nos destinées comme on dit in beon français, on a mis deux p'tites boîtes in beos su l'quémeinée et, à l'fin du meos, on partache au cent près c'qu'on n'a pos dépinsé. L'pus souvint, on met eine pétite écapure d'deux ou treos eureos, mais i-arrive, alfeos, qu'on mette ein montant in peu pus greos. I-est vrai qu'à l'plache d'warder les liards ichi, on pourreot les mette dins eine banque, su ein livret, mais pou c'que l'épargne cha nous rapporte acore asteur d'intérêts. Tous les meos, l'somme elle est partagée, on met l'même montant chacun de s'côté. Si ein bieau jour i-d'a ein d'nous deux qui ortourne s'brouette, hé bé, l'eaute i-n'li reste pus qu'à printe s'cassette. I-ara pos d'problème d'déclaratieon et mieux acore i-ara pos d'dreots d'successieon. Ni vu, ni connu et... l'fisc i-s'ra cocu" ! 

"J'dis cha, j'dis rien, mais vous n'avez pos l'esquite d'ête ein bieau jour volé pasqu'asteur, les agripeus i-seont à l'ouvrache tout au leon d'eine sainte journée".

"Attinds, m'n'histoire elle ne fait qu'commincher, te vas vir, l'meilleu i-va béteôt arriver ! Adeon, à chaque feos que j'mets d'l'argint dins m'cassette, j'note l'montant dins ein life à l'colonne des orcettes. Ainsin, à n'importe queu moumint, j'peux savoir l'somme qu'i-a d'dins. J'éteos fin tranquille jusqu'à l'sémaine dernière quançque su l'quémeinée j'ai fait les poussières. Ave l'wassinque, j'ai involé m'boite ave mes écolomies et toutes les pièches et les billets i-ont cait su l'tapis. Au momint dusque j'les ai ramassés, i-m'a pris l'idée de les erqueompter. I-minqueot deux chints eureos et eine pétite rawette, pourtant su l'carrelache i-n'aveot pus eine seule piéchette. A Edmeond j'n'ai rien dit mais à busier j'ai passé l'nuit. Dusque ces liards i-z'éteot'ent passés, dins m'boîte, j'n'ai jamais rien puisé. L'sémaine dernière, in partant faire les commissieons, j'ai ormarqué que j'avais oblié l'clé de la maseon. In rintrant dins l'salle à minger, "l'agache" a été démasquée. Pinsant sans doute que j'éteos partie, mon Edmeond cafouilleot dins mes écolomies. Comme i-aveot été pris su l'fait, i-m'a tout avoué, comme ein infant pris in féaute, l'tiête basse, i-feaut dire que j'aveos menacé d'li foute l'bouloire su s'cal'basse. J'éteos tell'mint débaltée, tins, que pa l'ferniête i-a failli passer. Après mes sous i-n'veneot cacher pou li aller les boire au cabaret".

"Pou mi, cha s'appelle du détournemint d'feonds c'que t'as ichi fait, dins t'vie, t'as pourtant pos ouvrer à l'Office Walleon des Déchets !".

Edmeond i-n'saveot pos quoi trouver pou essayer de s'justifier :

"Te sais, Fifinne, t'es ein peu hap'char, te fais ein peu treop attintieon à tes liards".

"Ahais, mais t'portefuèle i-est toudis vide, ch'est l'tonnieau des Danaïdes".

" Quoisque c'n'heomme i-vient faire ichi, tonnieau, mi je n't'ai pris qu'eine paire d'eureos, te n'vas pos ichi faire des contes et des histoires et continuer à maronner ainsin jusqu'au soir. Mo Dieu, pou eine pétite paire d'piéchettes, on n'va pos ichi ouvère eine commisieon d'inquête".

"Printes deux chints eureos dins m'boîte sans m'permissieon, ch'est comme si t'aveos détourné deux millieons, on éteot pourtant d'accord, ch'éteot l'héritache du ceu qui, l'prumier, s'ra mort".

"Mo bé alors, i-n'feaut pos faire eine affaire parelle, diseons que j'ai simplemint devanché... l'appel"

In intindant cha, sans dire eine meot, Fifinne comme ein cat, toutes gréaux dehors, elle a sauté à s'tiête pou li moutrer quisque ch'est qui s'reot l'prumier mort".

"Sale abuseu, agozil, espèce d'arpalian, agioteu, blateu, mordiquéau, buveu..."

 Pou calmer cette agachète, j'li ai dit ces meots :

"Fifinne, i-d'a assez comme cha, on direot eine litanie du capitaine Haddock, j'vas ichi avoir des innuis ave l'société Moulinsart si j'deos mette tout cha su m'blog".

Et j'm'sus ortiré su l'pointe des pieds. Comme d'habitude, j'ai préféré les laicher batt'lier.

Au momint de m'erconduire à la porte, Edmeond i-a gliché à m'n'orelle :

"J'sus att'lé, sais-te, m'feimme ch'est eine riche serpette, i-a des jours elle n'est pos à printe ave des épinchettes".

"Edmeond, si t'n'aveos pos pris ses liards, cha n'areot pos fait parelle histoire".

"Ahais, j'sais bin l'Optimisse, mais, j'te l'avoue, j'aveos... eine dette d'comptoir".

(*) ch'est malhureus'mint à l'mote !

(lexique : les feonds : les fonds / l'ortrait : le retrait / féverrier : février / ête in foufelle : être en émoi / adeon : donc / quançque : lorsque / l'plache : la place / acore : encore / inter nous : entre nous / vir : voir / pa d'vant : devant / ête berzèque : être éméché, au bord de l'ivresse / n'pos ête à s'n'aisse : ne pas être à l'aise / ête bénaisse : être content / bramint : beaucoup / ête défoutu : être déçu / intinte : entendre / les babieleux : les bavards, des personnes qui aiment parler / l'ceulle : celle / ov'là : voilà / ertrouver : retrouver / les radotaches : les radotages / faire orcette : faire recette / l'deos : le dos / orwettier : regarder / t'taleur : tout à l'heure, tantôt / orclamer : réclamer / des dreots : des droits / l'deîner : le dîner / l'sanche : la chance / in leong et in larche : en long et en large / quoisque : qu'est-ce que / lommint : longtemps / raviser : regarder / tout à n'ein queop : tout à coup, subitement / canger : changer / l'ferniête : la fenêtre / pasque : parce que / sanner : sembler / ameuter : mettre en émoi / in beos : en bois / l'quémeinée : la cheminée / l'meos : le mois / eine écapure : un petit pourboire, une petite gratification, petite somme en cadeau / alfeos : parfois / warder : garder / les liards : l'argent / asteur : maintenant / ortourner s'brouette : décéder, mourir / avoir l'esquite : avoir peur / les agripeus : les voleurs, les chapardeurs / ête à l'ouvrache : être au travail, en activité / commincher : commencer / béteôt : bientôt / eine life : un livre / les orcettes : les recettes / eine wassinque : une serpillière / les écolomies : les économies / caire : tomber / erqueompter : recompter / eine rawette : un supplément, un petit peu plus / l'carrelache : le carrelage / l'piéchette : la piécette / busier : réfléchir / dusque : où / oblier : oublier / l'agache : la pie (celle-ci est souvent qualifiée de voleuse) / cafouiller : chercher sans méthode  / li foute l'bouloire su l'cal'basse : lui donner un coup de bouilloire sur la tête / débaltée : hors de moi / cacher : chercher / ouvrer : travailler / être hap'char : être avare, être avide d'argent / l'portefuèle : le portefeuille / l'tonnieau : le tonneau / maronner : rager, bisquer / ouvère : ouvrir / devanché : devancé / ein cat : un chat / les gréaux : les griffes / moutrer : montrer / prumier : premier / abuseu : trompeur / agozil : malotru / arpalian : vaurien / agioteu : tripoteur en affaire / blateu : fraudeur / mordiquéau : sale individu / buveu : buveur /  eine agachète : une femme acariâtre et querelleuse / ortiré : retiré / laicher : laisser / batt'lier : bagarrer, batailler / glicher : glisser / l'orelle : l'oreille / ête att'lé : être mal marié / eine serpette : une femme hargneuse / printe ave des épinchettes : prendre avec des pincettes, on utilise cette expression pour désigner une personne de mauvaise humeur / parelle : pareille / l'mote : la mode).

S.T. mars 2016.

11:16 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tournai, patois, picard |

16 mars
2016

08:45

Tournai : la lente évolution de la rue du Cygne

Situation.

1960 Tournai La rue du Cygne.jpgLa rue du Cygne relie le carrefour dit des "Quatre Coins Saint-Jacques" à l'Escaut et au Pont de Fer. En petits pavés, d'une longueur légèrement inférieure à deux cents mètres, elle est principalement à caractère commercial même si, comme dans d'autres rues de la cité des cinq clochers, elle voit, depuis ces dernières années, le nombre de vitrines vides augmenter. On en dénombre actuellement une demi-douzaine.

photo ci-contre : la rue du Cygne dans le courant des années soixante (presse locale)

Un peu d'histoire.

Au XIIIe et XIVe siècle, on l'appelait "le Caingle" et même "Cingula" dans les écrits religieux encore rédigés en latin, nom qui évolua en "le Chaingle" durant le XVe siècle. Le mot roman "chaingle" ou "changle" signifie sangle ou ceinture. On peut donc en déduire que son nom résulterait de la localisation, juste à l'extérieure de l'enceinte gallo-romaine qui formait la ceinture de la cité. Pour mieux se représenter cette ligne fortifiée, il suffit de relier, par un tracé imaginaire, le Fort Rouge situé dans la rue Perdue à la tour du Cygne située dans l'impasse du même nom, tout en tenant compte qu'au bas de la rue de l'Yser se trouvait la "porte Ferrain". L'existence d'une autre tour a d'ailleurs été démontrée, dans le prolongement de cette ligne fictive, lors de la réalisation de travaux de fondations du siège d'Ideta sur le site de la clinique Saint-Georges, sur la rive droite.

Dans certains écrits, elle prend même le nom de "Basse-Chingle" : "un taillandier (NDLR : personne qui exerce le commerce de ciseaux, cisailles, sécateurs...) vend une maison en la rue de la Basse-Chingle en 1603" (Acte de l'époque).

Pour être complet, citons l'historien Adolphe Hocquet qui rattache l'origine du nom de la rue à un hôtel qui s'y serait trouvé jadis et qui avait pour enseigne "Au Chine" !

Les historiens relèvent l'existence d'un immeuble à l'enseigne du "Rouge Chevalier" et, en 1548, de l'hôtel de "la Nef d'Or". En 1550, "le dénommé Pierre Cornet, brasseur, achète la brasserie du Croissant, située en la rue de la Chingle et une maison séant en la ruelle dicte ruelle du Croissant sans issue, tenant à la dite brasserie"  (NDLR : nom donné alors à l'impasse de la rue du Cygne).

En 1829 nait dans la rue du Cygne un certain Simon Antoine Victor Decallonne. Il est le fils d'un maréchal-ferrant. Après son mariage en 1868 avec Marie-Elise Liagre, il installe son atelier d'imprimerie à la rue Claquedent avant de transférer définitivement ses activités sur la Grand-Place.

Avant de partir s'installer à l'avenue de Maire, Antoine Déplechin qui exerce le métier de plombier y vient s'établir en 1861.

Le 12 juin 1981, la banque André Joire qui jouxte le cinéma des Variétés est victime d'un hold-up perpétré par trois individus qui s'emparent d'un butin estimé à 1.300.000 francs belges (environ 32.225 euros). Depuis quelques semaines, des organismes financiers tournaisiens connaissaient pareille mésaventure. On apprend que le 29 septembre de la même année, le cerveau de ces attaques a été abattu dans un bar de Turin. Il s'agissait d'un truand italien probablement abattu par ses complices.

Une rue où fleurissaient les maisons de commerce.

Tournai le Pont de Fer avant 1940.jpgEn 1871, on y trouvait au n° 22, le sellier bourrelier L. Avaerts, au n° 24, le coiffeur-perruquier A. Joblet et au n° 26, l'horloger E. Berwouts. Au début du XXe siècle, ces trois maisons ne formeront plus qu'un seul magasin d'ameublement à l'enseigne : "A la Tentation".

Vers l'année 1900, on découvrait également au n° 2, le café Au Lion Belge tenu par la Veuve Hennebeuse (NDLR : ce café apparaît sur la gauche de la photo ci-contre), au ° 4, le quincailler A. Henneuse, au n° 6, la charcuterie Schillebeek-Tanghe, au n° 8, les denrées coloniales G. Moerman, au n° 10, les denrées coloniales et tabacs-cigares A. Louw, au n° 12, une profession indépendante, le docteur J. Abrassart, au n° 14, la banque André Joire et Cie. Entre le n° 14 et le n° 16 s'ouvrait alors l'impasse de la rue du Cygne. Aux n° 16 et 18, la maison d'ameublement Vve Marlier-Lechantre, au n° 20 le coiffeur pour dames E. Godart, Les N° 22 à 26 concernaient le magasin d'ameublement " A La Tentation", au N° 28, la marchande de parapluies Vve Rouchy, au n° 30, le chausseur Coisne-Gheylens, au n° 32, les articles pour selliers, bourreliers et carrossiers des fils Barthélémy Gheylens, un vaste bâtiment qui faisait le coin de la rue du Cygne et de la rue de Courtrai portant l'enseigne "A la Grande Fabrique". Dans le courant de la première partie du XXe siècle, on trouvait encore, au n° 13, Le "New Sports House" tenu par Charles Duhaubois qui s'installa par la suite sur la Grand-Place et au n° 35, "l'hôtel de la Petite Nef" tenu par Edmond Soyez, rappel de l'hôtel de la Nef d'Or dont on trouve une trace dans un acte de 1548.

En 1904, on note que la maison Marlier-Lechantre, fondée en 1854, comporte quatre magasins qui se situent 8, 16, 17 et 18 rue du Cygne. leur publicité annonce "4 grands magasins du Mérite Industriel" ! Tandis qu'au n° 30, la maison "Au petit Bénéfice" tenu par O. Demeyer à remplacé le marchand de parapluies Rouchy.  

 Cependant l'immeuble qui va attirer les foules, dans la rue du Cygne à partir de 1913, sera le cinéma des Variétés.

Le cinéma des Variétés.

Le 8 avril 1914, un permis de bâtir est introduit pour la construction d'un bâtiment à usage de Brasserie-Cinéma à l'emplacement des maisons démolies de la rue du Cygne qui portaient les n° 22, 24 et 26. Un second permis sera introduit, un peu plus tard, pour la construction de dépendances du cinéma et la sortie d'une maison d'habitation au niveau de l'impasse de la rue du Cygne.

L'ouverture du cinéma des Variétés se fait le dimanche 16 janvier 1916,  dans une ville occupée par les Allemands. Une inspection du 23 février 1916 nous éclaire sur la disposition des lieux. Au rez-de-chaussée : 432 places (349 prévues sur l'enquête de commodo et incommodo), dans la galerie de l'étage 192 (au lieu des 150 prévues). La poursuite de l'activité est néanmoins autorisée, l'intransigeance dans ce genre de contrôle ne semblait pas de mise durant la première guerre mondiale.

En 1920, les caves du cinéma sont aménagées pour y créer un dancing. La façade du bâtiment était de style Louis XVI rococo, le rez-de-chaussée étant composé de quatre arcades, l'une d'elles donnant accès à la salle de bal par un escalier visible de l'extérieur.

En mai 1940, le cinéma devenu propriété de Mme Veuve Ceuppens qui l'avait acquis avec son époux en 1931, sera totalement détruit par les bombardements allemands comme la totalité des bâtiments de la rue du Cygne. Au cours de ceux du 16 mai 1940, une personne y perdit la vie, Mme Maria Comblez avait 75 ans. Dès la fin de la guerre, la propriétaire s'attela à la reconstruction et la réouverture eut lieu le 19 octobre 1951. En 1975, sous la direction de Mr. Julien Colleit, on transforma la salle unique en deux salles au confort moderne avec son dolby stéréo permettant la projection de fils en "sensurround" (Tremblement de Terre, La bataille de Midway). Hélas, au début des années nonante, la situation financière se dégrada au point que le Tribunal du Commerce déclara la faillite d'office du cinéma. En juin 1993, le cinéma des Variétés fermait ses portes ne pouvant plus rivaliser avec son rival de toujours, le Multiscope Palace. Il avait connu un très grand succès de foule avec la projection du film E.T. en 1982 (NDLR : c'est une des dernières fois qu'on vit des files de spectateurs sur le trottoir). Il avait terminé sur un autre film à succès : "Les Visiteurs".

La situation actuelle :

Le cinéma fermé, une grande partie de sa clientèle cessa de fréquenter la rue. De fort animée qu'elle était le soir et les week-ends, la rue du Cygne devint un lieu de passage et de promenade durant le jour. L'immeuble fut transformé en un magasin d'articles électro-ménagers tout d'abord, en un vaste magasin de vêtements et chaussures dénommé la Factory ensuite.

A peu près au même moment, la banque André Joire (au n° 18) fermait sa succursale de Tournai et était remplacée par un magasin de haute-couture pour dames à l'enseigne Hedwig, d'autres magasins allaient progressivement disparaître : le magasin de chaussures "A la Mule du Pape", le luthier Kerkhofs, la taverne Ibis (visible sur la photo 1), le magasin Toubois avec sa façade à colombages rappelant les immeubles alsaciens ou normands, la bijouterie Franck, la boulangerie pâtisserie remplacée tout d'abord par un magasin d'articles pour amateurs de motos et ensuite par la parfumerie Deuquet, la maison Gheylens, le café-friterie des Variétés, Alphamed, produits paramédicaux (occupant l'immeuble Toubois, il a été transféré au début de l'année 2016 dans la zone commerciale d'Orcq en raison des facilités de parking pour les livraisons et la clientèle), le garage Fiat, la Maison Guillaume, vins et spiritueux, les chaussures Coisne, le magasin de radios et télévisions Léon Blondez, le magasin Kelvinator Crahait à l'angle de la rue de Courtrai, la Maison G. Delacenserie au n° 19, le magasin de vêtements pour homme D'hondt-Van Peteghem, le magasin de luminaires, l'agence de voyages située à l'angle de la rue de Courtrai dans les anciens établissements Gheylens etc ...

Comme un peu partout en ville, peu à peu, la rue du Cygne a été touchée par le phénomène de la fermeture des commerces même si quelques vieilles enseignes tentent néanmoins de résister ! Grâce, entre autres, à trois restaurants (An-Nam, En Cas de Faim et les Epicuriens), un horloger-bijoutier (Delrue 1904), un magasin de tissus d'ameublement (Au Voile Suisse), une parfumerie (Deuquet), un opticien (Maison Améry), un magasin de haute-couture (Hedwig), un commerce de vêtements..., on trouve encore des passants pour faire du lèche-vitrine malgré la bonne demi-douzaine de vitrines vides.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A.F.J. Bozière, ouvrage paru en 1864 - "Tournai, les toiles oubliées" de Max Hovine, ouvrage paru en 2006, "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" de Gaston Lefebvre paru en 1990  - "Tournai sous les bombes" d'Yvon Gahide ouvrage paru en 1984, -le journal "Le Courrier de l'Escaut" différentes éditions et recherches personnelles).

S.T. mars 2016.

  

08:45 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, cinéma variétés, tour du cygne, rue de l'yser |

11 mars
2016

16:31

Tournai : travaux en cours et programmés

Comme les fleurs dans les champs et les jardins, avec les beaux jours qui s'annoncent, des dizaines de panneaux relatifs aux chantiers poussent, à nouveau, sur les routes et dans les rues de la cité des cinq clochers.

Quai Saint-Brice, quai Dumon et Becquerelle.

Le chantier a débuté, il y a trois semaines. Dans un premier temps, une firme a été chargée de la pose des impétrants ce qui a nécessité la modification presque quotidienne des sens de circulation, la fermeture de rues ou la création de déviations temporaires. A partir de ce lundi 14 mars, la circulation dans le quartier devrait être totalement impactée.

2005 Tournai la rampe du Pont de Fer.jpgEn effet, l'arrêt et le stationnement des véhicules seront totalement interdits dans la rue du Château dans la section comprise entre le quai et la rue du Limousin. A partir de cette date également, il ne sera plus possible de descendre le Pont de Fer vers le quai Dumon. La circulation se fera à double sens sur la rampe venant du quai Sakharov. Au bas de celle-ci, un rond-point sera installé pour fluidifier le trafic et tenter d'éviter les nombreux embouteillages qui pourraient se produire aux heures de pointe.

Pour rappel, ce chantier durera jusqu'au printemps 2017.

Avenue des Peupliers.

Les automobilistes qui empruntent cette voirie ont constaté, depuis longtemps, que le revêtement se dégradait de plus en plus, on ne compte plus les nids de poule et il faut parfois slalomer entre ceux-ci pour éviter des dégâts aux véhicules.

Ce 11 mars, la firme chargée du chantier de rénovation est venue poser les barrières de chantier et la signalisation. Le stationnement sera interdit durant toute la durée du chantier et, selon nos sources, la circulation se fera sur une demi-portion de route.

Le chantier devrait débuter ce 14 mars.

Si les travaux du quai Dumon sont annoncés sur le site officiel de la Ville, le présent chantier n'a fait l'objet d'aucune information officielle. Il faut dire que le chantier qui a concerné la place Saint-Pierre depuis le 23 mars 2015 et qui est terminé depuis belle lurette y est toujours renseigné. Un site informatique, c'est un + apprécié de la population, à condition qu'on songe à le mettre à jour et à y apporter les informations utiles pour le citoyen !

Chaussée de Lannoy à Froyennes.

La pose d'impétrants entre le carrefour de la rue Saint-Eleuthère et la chaussée de la Blanche, à la limite de Templeuve, a débuté en novembre 2015. Les travaux sont toujours en cours et, à certains endroits, pour la sécurité des ouvriers, la circulation est régulièrement réglée par des feux tricolores permettant le passage alternatif des véhicules. Ce qui entraîne parfois de sérieux ralentissements sur cette chaussée fort fréquentée aux heures de pointe.

Chaussée de Courtrai à Ramegnies-Chin.

Pour le compte du Tec, une firme est chargée de construire un embarcadère en demi trottoir pour les bus face à l'école Saint-Luc. La prudence est de rigueur à un endroit qui a connu par le passé de nombreux accidents parfois mortels.

Le chantier est normalement prévu jusqu'au 30 avril.

Travaux de rénovation de façades à la rue Saint-Martin.

Des travaux de rénovation des façades des immeubles de l'ilot des Primetiers sont en cours dans le prolongement du chantier du Conservatoire. A cet effet, des échafaudages munis de toiles plastifiées ont été placés en empiétant légèrement sur la voirie mais surtout en réduisant la vue pour les véhicules qui doivent tourner vers la Grand-Place.

Travaux de la rue de Barges.

Cet important chantier nécessité par l'ouverture prochaine des nouvelles installations du Centre Hospitalier Régional avancent bien. La rue de Barges est totalement interdite à la circulation, la déviation des véhicules s'effectue par la rue Vauban pour rejoindre la rue de la Citadelle. Il faudra encore prendre patience pendant quelques semaines avant de pouvoir emprunter la nouvelle voirie.

Rue Général Piron.

Au bas de la rue Général Piron, on poursuit les travaux de construction du parking destiné aux membres du personnel du CHWApi. A la vitesse à laquelle avance ce chantier, il serait étonnant qu'il soit terminé pour la date de regroupement des différents services sur le site Union. A la décharge des ouvriers qui y travaillent, on ne peut pas dire qu'ils soient nombreux et ils doivent quand même réaliser une surface de plus de cent places de parking.

Quai Donat Casterman.

On a procédé, dans une première phase, à l'enlèvement des rails de l'ancienne voie ferrée amenant les marchandises à l'entrepôt des douanes. La seconde phase sera la réalisation d'une voie pour les cyclistes dans le cadre du Ravel qui longe l'Escaut.

Interrogations.

Il faudra un jour que l'échevin des travaux nous expliquent pourquoi, à Tournai comme un peu partout en Wallonie d'ailleurs, les chantiers s'éternisent à ce point et où disparaissent les ouvriers chargés de les réaliser pendant quelques jours ou quelques semaines. Une même entreprise soumissionne peut-être pour plusieurs chantiers qui se déroulent simultanément et le nombre de ses ouvriers n'est pas extensible. S'il faut encore s'en convaincre, il suffit de voir l'extrême lenteur du chantier de l'autoroute entre la frontière française et Froyennes, on risque de croire que la planification et le respect de celle-ci n'est pas une des priorités ou une compétence des décideurs politiques de notre belle région.

S.T. mars 2016 .

 

16:31 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

08 mars
2016

15:52

Tournai : la commémoration du premier conflit mondial.

La ville de Tournai poursuit la commémoration du centenaire de la guerre 1914-1918. Le 24 août 2014, c'est le sacrifice des soldats Vendéens venus défendre la cité des cinq clochers qui fut rappelé au cours d'émouvantes cérémonies qui se déroulèrent au tertre du souvenir. A cette occasion, les Ecrivains Publics de Wallonie Picarde firent également paraître l'ouvrage : "Au nom de tous les miens 14-18", un recueil de témoignages de descendants de soldats qui participèrent à la "Grande Guerre".

L'année de Gabrielle Petit et de la résistance à l'ennemi.

Tournai Gabrielle Petit (1).JPGLe thème qui nous accompagnera tout au long de l'année 2016 sera : "la résistance". Il s'articule autour de l'héroïne tournaisienne Gabrielle Petit, arrêtée pour espionnage et fusillée par les Allemands, le 1er avril 1916. (voir l'article que nous lui avons consacré en tapant son nom dans le cadre "recherches" de la colonne de droite).

Une première exposition.

Le 23 mars, à 18h00, il sera procédé au musée de Folklore au vernissage de l'exposition intitulée : "Les Lettres manuscrites de Gabrielle Petit". 

Lucien Jardez, ancien conservateur du musée, aujourd'hui disparu, avait rassemblé quelques objets lui ayant appartenu et des lettres écrites de sa main lors du conflit. Dans un décor reconstitué par Mme Nicole Demaret et son équipe, ces éléments seront visibles tout comme le sera une reconstitution de la cellule où elle fut emprisonnée avant d'être fusillée ou encore la plaque commémorative apposée sur sa maison natale au Luchet d'Antoing. La salle située dans l'ancienne école Saint-Grégoire prendra, désormais, le nom de "salle Lucien Jardez", en souvenir de celui qui se dévoua pour maintenir vivace le folklore de la cité des cinq clochers.

Une journée du souvenir.

C'est tout naturellement le vendredi 1er avril, date à laquelle l'espionne tournaisienne est tombée sous les balles allemandes en 1916 qu'aura lieu la cérémonie commémorative.

Elle débutera par un office religieux, à 9h15, en l'église Saint-Brice.

A dix heures, sur la place Clovis, face au monument, en présence des autorités communales, des représentants des sociétés patriotiques et de la population tournaisienne conviée à se souvenir de ces moments sombres de notre Histoire, débutera la cérémonie civile : lecture de la lettre de Gabrielle Petit par Yola Her du Conservatoire de Tournai, chant à Gabrielle Petit interprété par E. Wallon, professeur de chant au Conservatoire, pose de coquelicots dans la vasque située au pied de son effigie, discours de Mme Desclée, responsable de l'asbl "Femmes en Milieu rural", de Mme Mireille Winberg, Présidente du Comité National Gabrielle Petit et de Mr. Rudy Demotte, bourgmestre de Tournai. La cérémonie se poursuivra par le dépôt de gerbes, l'exécution par l'Harmonie des Volontaires Pompiers du "Last Post" et de "la Brabançonne" et la présentation du totem explicatif pour les visiteurs.

A onze heures, à la place Paul-Emile Janson, au Centre de Tourisme : mot d'accueil et lecture de la dernière lettre de Gabrielle Petit par Mme Nicole Demaret, Conservatrice du musée de Folklore, spectacle musical "Récits de vies 1914-1918" par les élèves du Conservatoire sous la direction de Mme Yola Her suivi du verre de l'amitié.

La contribution des élèves de l'Athénée Jules Bara.

Le 14 avril, à 18h30, en la chapelle de l'Athénée, rue Duquesnoy, sous la direction de Mme Sabrina de Cuyper, les élèves présenteront le spectacle : "Jeunes en guerre 14-18". Une histoire racontée par des jeunes de notre époque qui se penchent sur le premier conflit mondial. L'histoire d'Oscar Godart servira de fil rouge à un récit qui évoquera la vie, durant la guerre, de Jean Agache, abbé brancardier, de William Mitschké et abordera également le personnage de Gabrielle Petit. En quatre parties, il nous transportera dans un parcours de l'avant-guerre à l'après-guerre en passant par la mobilisation et le conflit proprement dit.

Devoir de mémoire oblige, ce spectacle sera présenté en interne aux élèves de cinquième et de sixième ainsi qu'aux élèves des écoles primaires invités à venir le découvrir le 13 avril.

L'exposition des Femmes Prévoyantes Socialistes.

Elle se tiendra du vendredi 29 avril au samedi 7 mai, à l'Hôtel de Ville de Tournai, dans le hall face au Salon de la Reine. Elle sera accessible du lundi au samedi. Elle aura pour thème : "Femmes dans la Grande Guerre". 

Les organisatrices ont voulu montrer le rôle que tinrent les femmes durant le premier conflit mondial. Qui étaient-elles ? Où étaient-elles ? Que faisaient-elles ? Elles ont pour nom : Marie-Marthe Spruyt, Jeanne Delaunoy, Marie van den Steen de Jehay, Louise Thuliez, Emilienne Moreau, Yvonne Vieslet, Hélène dutrieux mais aussi Elisabeth de Belgique, Edith Cavel, Marie Curie, Gabrielle Petit, Louise de Bettignies, Eugénie Buffet, Mistinguett... et bien d'autres. L'exposition permettra aussi de revoir une partie de celle qui fut proposée par les écrivains Publics de Wallonie Picarde au Centre de Tourisme en août et septembre 2014.

Tournai Gabrielle Petit (2).JPGDeux journées seront consacrées à une visite des lieux de mémoire de Tournai (monument Gabrielle Petit, tertre des Vendéens...) en petit train touristique.

Le spectacle du Conservatoire de Tournai.

Le samedi 28 mai à 20 heures et le dimanche 29 à 18h, en la salle Jean Noté de la Maison de la Culture, le Conservatoire de Tournai présente "ziste !", spectacle musical sur un scénario des Ecrivains Publics de Wallonie Picarde évoquant les résistances de la vie, d'avant la naissance à la mort ! Orchestre, chœurs d'enfants et comédiens formés au Conservatoire nous emmèneront dans un balade sur le thème des résistances. Il s'agit du dernier spectacle qui sera présenté à la maison de la Culture, celle-ci fermant ensuite ses portes pour les travaux de rénovation. 

L'exposition du Cercle d'Histoire de Tournai.

Celle-ci se tiendra en octobre et novembre, dans un lieu à déterminer, nous aurons l'occasion de la présenter ultérieurement.

La mémoire.

Il est à noter également que des Tournaisiens ont accepté de jouer le rôle de "passeur de mémoire". A ce titre, ils visiteront les écoles afin d'évoquer des figures locales qui jouèrent un rôle important au cours de la première guerre mondiale. Décrire la guerre que nos aïeux ont vécue, c'est permettre d'apprécier plus encore la paix dans laquelle nous vivons, même si tout n'est pas toujours parfait !

Ceux qui découvrent le blog et que cela intéresse, peuvent relire les articles consacrés au Major Médecin Léon Debongnie et au général de Villaret. il suffit de taper ces deux noms dans le cadre "rechercher".

(photos : Mélanie Devaddere).

S.T. mars 2016.

04 mars
2016

16:19

Tournai : la mobilité en question !

A notre époque, se déplacer en ville autrement qu'à pied relève parfois du parcours du combattant. On circule mal et aux heures de pointe, on ne circule pas du tout, on rencontre des problèmes pour stationner, on doit faire face à de nombreux chantiers, bref, on a envie de fuir la ville et... ses commerces.

Tournai n'échappe pas à la règle, la ville est envahie par les automobiles, les camions, les transports en commun et y trouver une place pour stationner relève d'un coup de chance comparable aux possibilités de faire un six au Lotto.

Depuis des années, des spécialistes de la mobilité ont cru trouver des systèmes pour assurer la fluidité du trafic et le stationnement des véhicules. Hélas, on semble n'avoir trouvé que des solutions bancales portant en elles de futurs problèmes.

Quelle est la situation aujourd'hui dans la cité des cinq clochers ?

Le code de la route stipule que la vitesse des véhicules est limitée à 50km/h à partir du panneau reprenant le mot "Tournai" sur fond blanc jusqu'au moment où on rencontre un même panneau barré de rouge. La vitesse est donc limitée sur toutes les voies d'accès à la ville (chaussée de Lille depuis la sortie d'Orcq, chaussée de Douai dès la sortie d'Ere, chaussée de Lannoy dans la suite de la traversée de Froyennes, chaussée de Renaix depuis la Verte-Feuille, chaussée de Saint-Amand à partir de la clinique IMC ou chaussée d'Audenarde dès la traversée du village de Kain jouxtant la ville ...). Une voie d'accès fait exception à la règle, l'avenue de Maire (chaussée de Courtrai) où des panneaux autorisent d'y rouler à un vitesse limitée à 70km/h jusqu'au rond-point de l'Europe. Combien de conducteurs respectent cette injonction ? Il n'est pas rare de voir des automobilistes jouer à "saute-mouton" en slalomant entre les véhicules pour gagner une ou deux places. Conduite arrogante de gens immatures, diront certains, attitude déplorable de gens pressés partant trop tard pour un rendez-vous, répliqueront d'autres !

Tous les boulevards formant la ceinture de Tournai sont limités à 50km/h, une large frange de conducteurs connaissant pourtant bien la ville feint ignorer cette obligation, tandis que les conducteurs étrangers considèrent qu'ils peuvent y rouler comme on le ferait sur un périphérique.

Dans peu de temps, une limitation généralisée à 30km/h va concerner l'entièreté des rues de la ville, le panneau ad-hoc et le marquage au sol qui ont été placés à chaque entrée de ville n'attendent plus que l'avis de la Région Wallonne confirmant cette décision prise en conseil communal, à la fin de l'année 2015. La presse nous annonce l'entrée en vigueur de cette mesure vers la mi-mars.

Attention, cette limitation ne sera pas d'application dans certaines rues du quartier cathédral qui sont déjà et resteront limitées à 20km/h. Il s'agit là d'un espace partagé avec les modes de déplacement doux (piétons, vélos...). On pense notamment à la rue de l'Hôpital Notre-Dame. Elle n'annulera donc pas ce qui existe !

La voirie intra-muros.

Ceux qui empruntent quotidiennement les rues de la cité des cinq clochers l'ont constaté, le revêtement pavé, parfois en mauvais état, truffé d'affaissements ou de nids de poule, n'incite guère à la vitesse, principalement ceux qui sont soucieux d'éviter des dégâts à leur véhicule. On pense notamment à la rue Saint-Martin, à la Grand-Place, au quai Sakharov, à la placette aux Oignons, à la rue Royale, à la rue de la Madeleine ou encore des Jésuites. Cela n'empêche pas certains automobilistes d'essayer de "voler" par-dessus les pavés et, en raison de leur vitesse, refuser la priorité aux piétons engagés dans un passage protégé.  

Depuis la prise de pouvoir de l'automobile, on a perdu de vue qu'une ville est avant tout un lieu de rencontres, de promenades, de flânerie, un lieu où on peut faire du shopping ou du tourisme à l'aise. Pour l'attractivité du centre-ville, il est grand temps que le piéton en reprenne possession tout en se sentant en sécurité.

Il est temps que les véhicules de transit cèdent la place aux personnes qui souhaitent véritablement se rendre au centre-ville

Les rues suivantes ont été mises en mode piétonnier : le parvis du beffroi, la rue des Chapeliers, la rue de Paris, la rue Soil de Moriamé, l'esplanade de la place Paul-Emile Janson, une partie de la place Saint-Pierre, la ruelle d'Ennetières ont rejoint le piétonnier appelé jadis de la "Croix du Centre", c'est-à-dire la rue Gallait, la rue de la Cordonnerie et la rue des Puits Wagnon. C'est donc le véritable cœur commercial et touristique de Tournai qui est ainsi offert aux promeneurs.

Ces rues sont accessibles entre 5 et 10h, le matin, pour l'approvisionnement des magasins et les emplacements de parking y ont été effacés. Il n'est cependant pas rare de tomber nez-à-nez avec des véhicules qui y circulent ou de voir d'autres stationner, sans vergogne, en dehors des zones prévues à cet effet. Les automobilistes profitent de la non-remontée de l'un ou l'autre potelet destiné à fermer la rue (parfois même détruits par ceux qui veulent forcer le passage) pour se faufiler et jouer les innocents lorsqu'ils sont pris en flagrant délit.

 tournai,circulation,stationnement,horodateurs

Hélas, les commerçants tournaisiens n'ont pas compris qu'ils avaient été à l'origine de leur malheur actuel, le jour où ils ont sollicité l'échevin d'alors afin de trouver une solution à la problématique des nombreuses "voitures-ventouses" qui stationnaient durant toute la journée face à leur magasin. La solution fut rapidement trouvée, pour une meilleure rotation des véhicules, on instaura le stationnement payant limité dans le temps. Comme partout ailleurs, on vit alors fleurir les horodateurs. L'engrenage fatal était enclenché ! Le stationnement payant a repoussé les véhicules-ventouses vers les autres rues de la ville au grand dam des riverains qui ne trouvaient plus de place pour stationner leur véhicule à proximité de leur habitation. On a donc créé la "zone bleue" tentaculaire qui s'est étendue progressivement jusqu'à la ceinture des boulevards.

Comme on a donné aux riverains la possibilité d'acheter une carte afin de pouvoir stationner, en toute impunité, durant toute l'année près de chez eux (à condition qu'ils y trouvent une place de libre), comme on a étendu cette possibilité aux personnes travaillant en ville, comme on a multiplié les emplacements réservés aux personnes à mobilité réduite (et ce n'est qu'une juste décision), on s'est vite retrouvé devant le problème initial ! A la seule différence que des agents d'une firme privée parcourent désormais les rues de la cité, du matin au soir, afin de placer délicatement une "taxe" de 15 euros par demi-journée aux distraits qui ont "oublié" d'approvisionner le bandit-manchot ou de placer leur disque derrière le pare-brise.

tournai, circulation, stationnement, horodateurs, Pendant ce temps, aux confins de la ville, à l'Ouest comme à l'Est, on a vu se développer des zones commerciales périphériques qui sont entrées en concurrence directe avec le petit commerce du centre-ville. La clientèle y trouve de vastes parkings gratuits à deux pas du lieu de ses achats. Faut-il encore aller tourner dans la ville afin de trouver une place pour garer son véhicule ? Faut-il encore stresser en regardant sa montre pour ne pas dépasser le temps autorisé de stationnement ? Faut-il augmenter le budget consacré aux commissions de quelques euros qui vont enrichir une caisse communale qui nous taxe déjà au maximum de ce qui est permis. Dans une période crise, chacun regarde au petit bénéfice et délaisse le commerce du centre-ville qui périclite.

Conclusion.

La mobilité est un problème. Tant que l'homme n'aura pas compris qu'on lui a donné deux jambes pour marcher, tant qu'on n'aura pas construit des parkings de dissuasion gratuits aux abords de la ville, tant que de lourds véhicules continueront à traverser la ville au lieu de la contourner, tant que les TEC poursuivront leur politique de faire passer des bus articulés dans des rues qui ne sont pas prévues pour un tel charroi, tant que nos gestionnaires communaux ne se rendront pas réellement compte du problème dans son ensemble, tout ce qui est relevé dans cet article restera, hélas, d'actualité.

S.T. mars 2016.

16:19 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, circulation, stationnement, horodateurs |

01 mars
2016

14:10

Tournai : la lente évolution de la rue de l'Hôpital Notre-Dame

Le rue de l'Hôpital Notre-Dame tire son nom de l'institution hospitalière dénommée "Hôtellerie de Notre-Dame" ou "Charité du Gué" qui y existait, probablement, dès le IXe siècle. A partir du XIIIe siècle, ce lieu de soin fut desservi par la congrégation des sœurs de l'Hôtellerie. Cette institution sera remplacée fin du XIXe siècle, par l'Hôpital Civil construit au boulevard Lalaing qui regroupa, déjà, certaines maisons de soins comme, également, les hôpitaux de Marvis et de la Planque. Cette rue rénovée récemment dans le cadre du projet cathédral est située sur l'axe principal qui relie la gare à la Grand-Place, elle fait jonction entre la place Paul-Emile Janson et l'Escaut à hauteur du pont Notre-Dame.

La rue à travers le temps.

1970 Tournai travaux pont Notre-Dame.jpgAu moyen-âge, cette voirie menait au vieux "wez", nom donné alors aux abreuvoirs pour animaux, ce qui lui amena l'appellation de "rue du Vieux Wez". Au XIXe siècle, dans un hôtel particulier situé à peu près au milieu de la rue, y habita la famille Crombez dont un des fils, Louis, sera bourgmestre de la ville de 1872 à 1883. En 1856, les trois frères Crombez (Louis, François et Benjamin) mirent cet hôtel familial à disposition du corps des volontaires-pompiers tournaisiens afin d'y installer leur arsenal. Lorsque l'hôpital Notre-Dame ferma ses portes, les bâtiments furent destinés à accueillir l'Académie de Dessin créée le 1er avril 1757 et située alors à Grand-Garde, elle prendra par la suite le nom d'Académie des Beaux-Arts.

Le cinéma Palace.

Avec l'arsenal des Volontaires-Pompiers et l'Académie des Beaux-Arts, voici la troisième institution tournaisienne située dans cette rue relativement animée : le cinéma Palace. En 1912, les bâtiments de l'école primaire supérieure située au n°17 de la rue de l'Hôpital Notre-Dame avec entrée secondaire à la rue de l'Arbalète sont vendus pour 50.000 francs à la société allemande Hanséatic pour la construction d'un cinéma. Celui-ci ouvrira ses portes le 25 août 1913. Repris après la première guerre par Julien Carpreau, il passera très vite sous la direction de Michel Vanden Broecke, un pâtissier de formation qui deviendra le "roi du spectacle " à Tournai, y organisant des soirées de music-hall, de théâtre, des bals et même des rencontres de boxe. Il accueillit les plus grandes vedettes de l'époque : le chanteur parisien Mayol, l'actrice Colette Darfeuil ou les héros cinématographiques, aujourd'hui oubliés, Double-Patte et Patachon.

Durant le second conflit mondial, Michel Vanden Broecke, mieux connu sous le nom de Chelmy, sera victime des bombardements de Bruxelles, ville où il avait émigré. C'est la famille Evrard qui était devenue propriétaire du bâtiment. Par succession, c'est leur fils Germain Evrard, dénommé "Germain du Palace" (NDLR :voir l'article que nous lui avons consacré), un garçon, malheureusement intellectuellement limité, qui devint le propriétaire. Les gestionnaires seront Mr et Mme Deblir. Le 16 mai 1940, le bâtiment fut détruit par les bombardements mais rapidement reconstruit. Les Deblir seront responsables du cinéma et en deviendront propriétaires à la mort de Germain Evrard en 1972. En 1976, le cinéma sera racheté par la famille Carpentier qui, après une brève fermeture, le transformera en Multiscope Palace, cinq salles remplaceront l'unique salle d'alors. Une trentaine d'années qui virent parfois la foule faire la file sur le trottoir lors de la projection de films à succès passèrent. Le dimanche 20 décembre 2005 sera celui de la dernière séance (si bien décrite dans une chanson d'Eddy Mitchell). Ce jour-là, le nom de Palace va disparaître du paysage cinématographique tournaisien pour renaître sous la forme du "Complexe Imagix" situé le long du boulevard Delwart.

Une mutation beaucoup trop lente.

2005 Tournai rue de l'Hôpital Notre-Dame.JPGDurant la seconde guerre mondiale, certaines parties de la rue furent relativement épargnées, ce qui explique que des bâtiments anciens y sont encore visibles. Hélas, la rue de l'Hôpital Notre-Dame, jadis commerçante et animée, se meurt. Est disparu le café "Le Phare", situé à l'angle du quai Notre-Dame, qui fut tenu dans les années soixante par Eudore Godart et son épouse, un coiffeur-perruquier, attaché au service de la revue annuelle du Cabarat Wallon Tournaisien. A fermé sa porte, le café "Le Vertigo" à l'angle de la placette du Bas Quartier (aussi anciennement dénommé l'Entracte), rasés le restaurant "Chez Pietro" qui avait succédé à un magasin d'encadrement, le cinéma Palace et les anciens locaux du Courrier de l'Escaut. Même le corps des Pompiers allait quitté son hôtel pour un nouvel arsenal situé dans la rue Perdue. Il ne subsiste actuellement qu'un terrain vague entre la rue de l'Arbalète et la place Paul-Emile Janson. Le trottoir d'en face n'a rien à envier : la pharmacie "Multi-Pharma", ancienne Maison des Mutualistes, a été transférée, la salle de jeux a fermé ses portes après avoir connu un drame lors du meurtre d'un jeune homme, le magasin de laines pour canevas est devenu une maison particulière...

Il reste une commerce de torréfaction de café dont l'enseigne s'intitule "Aux scènes bibliques". Le bâtiment est, en effet, décoré de sculptures en haut relief représentant des scènes tirées de la Bible comme la Samaritaine, l'enfant prodigue, le jugement de Salomon... Il reste également le "Beau Bar", un bar fréquenté par des personnes en difficulté ou ayant des difficultés à s'intégrer dans la société, un salon de coiffure, une armurerie, l'école des Beaux-Arts avec son extension pour les cours du soir dans l'ancien couvent situé en face et quelques maisons particulières occupées par des étudiants qui leur donnent l'impression de maisons inoccupées où pendent, aux fenêtres, des draps ou couvertures en guise de rideaux.

A l'angle du quai du Marché aux Poissons, l'immeuble appartenant aux Voies Hydrauliques occupé, au premier étage par le pontonnier chargé de manœuvrer le pont, est le seul endroit qui donne une impression de vie, le soir.

L'avenir ???

La rue vient donc d'être rénovée au même titre que les autres voiries du quartier cathédral. Mise en sens unique vers l'Escaut depuis sa réouverture à la circulation, les rares automobilistes qui l'empruntent ignorent et surtout feignent ignorer que la vitesse y est limitée à 20km/h, le panneau annonçant un espace partagé entre véhicules et mobilité douce le signalant pourtant. Certains feignent aussi ignorer que les stationnement des véhicules n'y est pas autorisé et squattent les parties légèrement surélevées symbolisant l'idée des trottoirs anciens. On voit souvent des chauffeurs, principalement ceux de services de livraisons expresses, la descendre sans relever le pied. Il faut dire à leur décharge que la rue de l'Hôpital Notre-Dame donne actuellement l'aspect d'une large voirie sans vie, comparable a celui des rues au temps des dimanches sans voiture. Rien n'est fait non plus pour la rendre attractive, ce ne sont pas les trois bacs fleuris (!) posés face à l'Académie des Beaux-Arts et parfois bien bousculés qui peuvent, un tantinet, l'égayer. La fermeture du lieu d'enseignement artistique et des deux ou trois commerces qui y subsistent durant le week-end et lors des vacances scolaires amplifie même cette morne impression.

Dans quelques semaines débutera le chantier de construction d'un immeuble à appartements à l'emplacement de l'ancien siège du Courrier de l'Escaut, on nous annonce un rez-de-chaussée commercial. Encore faut-il qu'un commerce durable vienne s'y installer sinon il faudra encore louer les lieux à un magasin de nuit !!!! Pendant ce temps, le terrain vague où s'élevaient jadis le cinéma Palace et le restaurant Chez Pietro rappelle les images du Tournai d'après-guerre et de ses ruines.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A-F-J Bozière, ouvrage paru en 1864, "Tournai sous les bombes", ouvrage d'Yvon Gahyde paru en 1974, "Tournai, les Toiles oubliées" ouvrage de Max Hovine sur les cinémas tournaisiens paru en 2006, recherches personnelles - documents photographique 1 : presse locale, document 2: collection personnelle).

S.T. mars 2016.