22 mars
2016

Tournai : la lente évolution de la rue Garnier

Situation.

2006 Tournai cathédrale vue du parc comm..JPGNous évoquons aujourd'hui la rue Garnier. Celle-ci a pris le nom d'un ancien préfet du département de Jemmappes. Très du proche du centre-ville, cette rue relie la place Reine Astrid au Vieux Marché au Beurre et à la rue de la Tête d'Or. En petits pavés bitumés, longue d'une centaine de mètres, elle présente une pente relativement prononcée à partir de la jonction avec la rue de la Loucherie. Elle est bordée, de chaque côté, par des maisons d'habitation de construction récente (1950-1960). (photo : entrée de la rue Garnier à partir de la place reine Astrid)

Histoire.

Depuis le Moyen-Age, elle n'était qu'un passage très étroit reliant la rue de Paris aux Halles qui s'élevaient à l'emplacement de l'actuel Conservatoire de Musique. Dans ce passage débouchait alors l'impasse de la Loucherie fermée par le rempart de la première enceinte de la ville. Les Halles étaient des échoppes en bois, disposées sur deux rangs, où les merciers étalaient leurs marchandises. Dans la rue Garnier se trouvait l'ancien Hôtel de Ville appelé alors la Halle des Consaux, un sombre édifice probablement bâti entre 1234 et 1237, dominé par la Tour des Six, dépôt des archives communales.

La Halle des Consaux.

La Halle des Consaux se présentait sous la forme d'un parallélogramme terminé par deux pignons et recouvert d'un toit aigu en tuiles. Six fenêtres ogivales ménagées sur la face antérieure apportaient l'éclairage aux salles de l'étage. Au début du XVIIe siècle, on érigea contre la façade avant, une galerie à arcades surbaissées et un étage à croisées rectangulaires. Un perron à double rampe menait à l'entrée principale. La partie avant de l'étage ainsi construite était destinée à accueillir la chambre des finances et le comptoir occupés par le greffier et le procureur de la ville. Sous le perron, une porte donnait accès au "poids public", on y trouvait la grande et petite balance. Une chapelle était contigüe à la Halle des Consaux, celle-ci avait été autorisée par le chapitre et son chapelain y confessait les criminels condamnés à mort et emprisonnés dans les prisons de "Pippenerie" et de "Tiens le bien" ! La halle servit aux assemblées municipales jusqu'au début du XIXe siècle. Sa démolition fut décidée et celle-ci débuta en mai 1818.

La Tour des Six.

Cette tour présentait la forme d'un carré parfait, de douze mètres de côté, surmonté d'un toit quadrangulaire sur lequel flottait une bannière dorée. Mesurant quarante-trois mètres de haut, d'une extrême solidité (ses murs avaient une épaisseur de deux mètres et cinquante centimètres), elle avait été construite pour défier le temps et serait, peut-être, encore présente si on n'avait pas pris la décision de la démolir en 1820. Elle était appelée à l'origine la "tour des Chartres" puisqu'y étaient conservées toutes les archives de la Commune et autres objets précieux. Son nom provient des six personnes commises à la garde des titres et lettrages de la ville.

La Tour de la Loucherie.

2006 Tournai Tour de la Loucherie (1).JPGDatant de la première enceinte communale érigée entre 1188 et 1202. Elle a été reconstituée après la seconde guerre mondiale. (photo la Tour de la Loucherie vue de la place Reine Astrid)

Le bas de la rue Garnier avait été recouvert d'une voute surbaissée qui soutenait les prisons de "la Tannerie", l'origine de son nom possède deux versions, celle de l'historier Hoverlant qui déclare que les coupables qui s'y trouvaient étaient frappés, par ordre du magistrat avec un nerf de bœuf. Bozière penche pour une origine plus conventionnelle : la présence d'une tannerie dans son voisinage. Cette prison disparut, à peu près, au même moment où furent démolies la Halle des Consaux et la Tour des Six, au cours des deux premières décennies du XIXe siècle.

Vieille maison rue de Paris au coin de la rue Garnier.jpg

La totalité des maisons qui s'y trouvaient au début du XXe siècle furent rasées lors des bombardements allemands de mai 1940.

Sur le document photographique ci-contre, on peut découvrir une maison située à l'angle de la rue Garnier et de la rue de Paris avant le second conflit mondial.

 

 

Un fait divers qui aurait pu avoir de terribles conséquences.

Le 22 octobre 1984, vers 7h15, une des coquettes petites maisons qui se situent en1984.10.22 explos. rue Garnier (2).JPG face de la tour de la Loucherie, habitée par Mgr. Thomas explose. A ce moment, la sœur du chanoine se lève. Il ne reste plus rien de l'immeuble et on retrouvera la brave dame indemne mais choquée sous un mont de gravats, elle a été protégée par la chute de la toiture qui lui a constitué une sorte de bulle de survie

(NDLR : je vous invite à découvrir ce fait divers en consultant l'article "Ce jour-là, le 22.10.1984" en tapant ce titre dans la case "Rechercher").1984.10.22 explos. rue Garnier (3).JPG

 

 

 

 

Aujourd'hui.

La rue Garnier est une rue relativement fréquentée. L'été de nombreux promeneurs s'allouent quelques instants de repos sur les bancs situés face à la tour de la Loucherie. Dans la rue du Parc, comme la circulation s'effectue uniquement dans le sens beffroi-place Reine Astrid, les véhicules venant de cette dernière place et se dirigeant vers le centre-ville sont obligés de l'emprunter.

(source principale : "Tournai, Ancien et moderne" de A.F.J Bozière ouvrage paru en 1864  - photos :  1 et 2 collection personnelle, 3 : transmise par Melle J. Driesens, photos 4 et 5 : JDC).

S.T. mars 2016.

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