26 févr.
2016

Tournai : expressions tournaisiennes (350)

Tirer les conclusieons !

Ov'là d'jà l'treos chint chinquantième luméreo d'expressions tournaisiennes. Adeon, cha fait près d'siept ainnées que j'viens ainsin vous parler, tous les saim'dis, du patois d'no cité.

Aujord'hui, pou fiêter ceul évén'mint, j'vas ichi vous confier ein secret jusqu'asteur bin wardé, j'sais bin que cha va faire perte bin des illusieons à des gins, ein peu comme quanç'qu'on anneonche à ein infant que Saint-Nicolas ch'est no mopère et no mamère : Edmeond et Fifinne i-n'existent pos, i-seont seul'mint l'âme des vrais Tournisiens, d'ces ménaches qu'on rinconte aux quate coins de l'ville toudis in fiête ou bin, quanç'que cha n'va pos, tirant l'tiête. Des gins tout simpes qui save'tent c'que ch'est l'meot ouvrer, des gins qu'on intind berler dins l'ruache quanç'qui seont débaltés, des gins qui save'tent acore rire plein leu panche, des gins qui vive'tent insanne leu vie intière et des gins qui ont l'cœur su la main et qui donnereot'ent leu quémisse à ein pus malhureux qu'eusses, aux paufes qu'i-n'ont rien.

Les perseonnes du bieau meonte les ravise'tent alfeos d'travers pasque : "Mon Dieu, ma chère, quand ils parlent, ils l'entassent, ils rient pour des riens et leur parler est vulgaire !".

Ahais, ch'est comme cha qu'on dépeint ces gins-là. On veot toudis l'palle dins l'ouel de s'visin et pos l'patinse qu'on a dins l'sien.

On a tertous, ein jour, connu dins no rue ou no rulette, des Edmeond et des Fifinne, mi j'in conneos bramint et à eusses comme aux eautes j'ai tindu la main. Ch'est à leu maseon que j'ai été querre l'matière prumière pou mes artiques du saim'di.

Adeon, aujord'hui, Edmeond et Fifinne i-veont s'ortirer su l'pointe des pieds, i-veont partir comme i-seont v'nus tout à n'ein queop. In lisant les commintaires de m'blog, i-ont vu que l'histoire de leu vie n'attireot pus l'attintieon des gins. Edmeond i-m'a dit :

"Je pinse qu'on comminche tout douchett'mint à foute l'barpe à tes lecteurs, orwette i-n'in a pus ein qui laiche ein commintaire quanç'que te parles d'nous eautes".

J'n'ai pos voulu li deonner raiseon, mais ch'est vrai, j'l'aveos ormarqué d'puis belle lurette. Comme li, j'creos que l'fichelle elle est usée. Pourtant i-a d'puis lommint eine lectrice qui m'écrit des commintaires directemint su l'adresse mail et ein eaute qui m'écriveot qu' i-aveot bin du lari quanç'qu'i-pouveot lire cha, dins l' après-deîner, l'saim'di. Bin souvint, les meots utilisés pa Edmeond et Fifinne ameneot'ent l'raminvrance de ceusses intindus, pa ces gins, chez des amisses et connissances, dins leu jeune temps. Ch'est in pinsant à eusses deux que j'ai continué à aller vir Edmeond et Fifinne pindant l'sémaine.

J'aveos imaginé que dins l'blog "Visite Virtuelle de Tournai", ch'éteot pétête important d'savoir commint les gins parleot'ent dins no cité. Les statistiques elles seont là, "expressions tournaisiennes" est l'artique qui est l'pus "snobé" des deux ou treos qui seont écrits chaque sémaine. Alfeos, Skynet oblie même de l'anneoncher pasqu'i-s'méfie du texte que l'ordinateur de service i-n'comprind pos !

A l'plache, j'ai décidé d'm'erposer et j'vas aller m'pourméner ave des amisses pou vir les bieautés d'no cité avant qu'elle ne soiche évintrée !

Je dédie ces trois cent-cinquante numéros d'expressions tournaisiennes à René Godet, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, qui m'a amené à apprivoiser notre patois et qui m'a encouragé à participer au concours Prayez. Amoureux de notre parler, il savait soutenir les particuliers qui le défendaient sans jamais les snober !

(lexique : ov'là : voilà / l'luméreo ou l'liméreo : le numéro / adeon : donc / siept : sept / ceul : cet / asteur : maintenant / wardé : gardé / quanç'que : lorsque / l'mopère : le père / l'mamère : la mère / les ménaches : les ménages / quate : quatre / toudis : toujours / simpes : simples / ouvrer : travailler / berler : crier / l'ruache : le quartier / débaltés : déchaînés / rire plein s'panche : faire bonne chère à rire / insanne : ensemble / l'quémisse : la chemise / eusses : eux / les paufes : les pauvres / l'meonte : le monde / raviser : regarder / alfeos : parfois / ahais : oui / vir l'palle dins l'ouel du visin et pos l'patinse qu'on a dins l'sien : voir la paille dans l'œil du voisin et pas la poutre qu'on a dans le sien / l'rulette : la petite rue, la ruelle /  bramint : beaucoup / querre : chercher / les artiques : les articles / s'ortirer : se retirer / tout à n'ein queop : tout à coup / commincher : commencer / foute l'barpe : barber / orwettier : regarder / laicher : laisser / ormarquer : remarquer / l'fichelle : la ficelle / lommint : longtemps / avoir bin du lari : avoir bien du plaisir / l'raminvrance : le souvenir / pa : par / pétête : peut-être / anneoncher : annoncer / l'plache : la place / s'erposer : se reposer / pourméner : promener / elle ne soiche : elle ne soit).

S.T. février 2016.

12:19 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tournai, patois, picard |

Commentaires

Il me faudrait trop longtemps pour t'écrire mon désarroi en picard, Serge, bien que les mots soient enfouis dans mes gènes, venant de dizaines de générations de Tournaisiens de pure souche !
Voilà donc, en français, ce que je veux te dire :
Je ne suis sûrement pas la seule à être triste à l'idée de ne plus retrouver Edmeond et Fifinne le samedi, exactement comme lorsque nous avons perdu un beau jour nos amis Popol et Désiré sur No Télé...
Beaucoup d'entre nous, même si nous ne te le disions pas, attendions le samedi pour retrouver tes expressions tournaisiennes.
Non seulement je m'amusais mais j'entendais aussi en moi le rire de mes parents qui avaient tant de plaisir devant des personnages imaginaires bien de chez nous.
J'étais heureuse de retrouver des mots entendus dès l'enfance mais aussi d'en apprendre d'autres. Je lisais même le glossaire pour mémoriser les mots nouveaux ou oubliés.
Aussi, comme on l'écrit pour les disparus, je dis : "Ne pleurons pas sur ceux qui ne sont plus, mais réjouissons-nous de les avoir connus".
Merci Serge pour toutes les heures que tu as passées à créer Edmeond et Fifinne dans notre environnement local et pour les bons moments que tu nous as donnés en nous les faisant rencontrer !

Écrit par : Jacqueline Driesens | 26/02/2016

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Je pense que le manque de lecteurs vient d'une difficulté de déchiffrage, due au fait que le "patois tournaisien" est une langue parlée et pas une langue écrite. Quand on est tournaisien, on peut l'avoir dans l'oreille, parce que nos grand-parents le parlaient, mais pas dans l’œil, parce qu'ils ne l'écrivaient pas.

Un bon lecteur ne déchiffre pas les mots, il les reconnaît comme il reconnaît une forme, un personnage, un objet dessiné, etc... On peut s'en apercevoir quand on rencontre un mot qu'on ne connaît pas (le nom d'une molécule chimique par exemple, comme "thioformaldéhyde"). On doit péniblement le déchiffrer, lettre à lettre, ou au moins phonème par phonème, ce qui ralentit la lecture et la rend un peu laborieuse. Je pense que vos lecteurs ont le même problème. Ils doivent déchiffrer beaucoup de mots lettre par lettre puis les prononcer intérieurement pour les comprendre. Cela demande un certain effort qui peut gâcher le plaisir de la lecture.

La meilleure solution serait sans doute que vous interprétiez vos textes, en compagnie de votre épouse, et que vous mettiez à disposition les enregistrements sur votre site. Je suis curieux du résultat! :-)

Écrit par : Olivier | 28/02/2016

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Pourquoi n'as-tu jamais fait ta demande pour entrer au Cabaret?
Parce que tes textes sont magnifiques.
Amiteus'mint.
Christian

Écrit par : Bridoux | 02/03/2016

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tu sais Serge, combien j'aimais lire tes textes en patois. Des anecdotes vécues par certains membres de ma famille t'ont même inspiré pour ton billet du samedi !

Pour tous ces bons moments, MERCI

j'espère qui tu continueras encore longtemps à répondre à mes mails en tournaisien....sois certain que je les lis avec délice!

Avec toute mon amitié

Renelde

Écrit par : rauwers | 03/03/2016

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