24 févr.
2016

Tournai : la lente évolution de la rue de l'Yser

2016.02 rue de l'Yser (2).jpgAu centre-ville, la rue de l'Yser, une voirie pavée en pente relativement prononcée relie la Grand-Place à la rue Tête d'Argent. D'une longueur d'environ deux cents mètres, depuis bien longtemps, elle fait partie des rues commerçantes de la cité des cinq clochers. Actuellement, elle tente de survivre à la crise. Contrairement à ses consœurs situées dans le quartier cathédral, elle n'a pas été directement impactée par les chantiers qui ont chassé le client vers les zones commerciales périphériques. La problématique du stationnement payant avant tout et la concurrence des magasins installés à Froyennes ou aux Bastions ont certainement été à l'origine de la désertification commerciale puisqu'à l'heure actuelle, près de 50% des commerces qui la bordent sont à remettre.

Un peu d'histoire.

Jusqu'à la fin du premier conflit mondial, elle portait le nom de rue de Cologne. L'historien Hoverlant avait avancé l'hypothèse que cette appellation lui était venue du fait que des marchands originaires de la ville allemande s'y étaient établis dans le courant du XIIe siècle. Toutefois, dans des actes du XVe siècle, on évoque des maisons sises rue de Coullongne et au XVIIe siècle, elle y est nommée rue de Couloigne. Son nom provient plus probablement d'une puissante famille tournaisienne. Au couvent des frères Mineurs, au quai Taille-Pierre, se trouvait la sépulture de Johan de Coulongne le Spanier nous révèle Bozière.

En 1452, trois Normands, se disant fabricants d'anneaux de cuivre, louèrent une chambre à l'hôtellerie de la Rose qui se trouvait dans la rue de Coullongne. Il s'avéra que les trois hommes étaient surtout des fabricants de fausse monnaie. Condamnés, ils souffrirent les pires supplices. L'un d'entre eux, nommé Gérard, fut bouilli dans une chaudière posée sur un four de maçonnerie, au près à Nonain, les autres subirent la même peine à Maire et à Bruges.

En 1625, un nommé Jean Gérard y acheta une maison à l'enseigne du "Chevalier Rouge".

La porte Ferrain est une des sept portes de la seconde enceinte de la ville. Elle était située au bas de la rue de Coulogne, près d'un puits. Ses deux tours servaient à la fois de prison et de magasin renfermant la provision de blé de la ville.

Tournai rue de l'Yser 7  cartouche tour Ferrain.jpgDeux cartouches présentes sur la façade du numéro 7 de la rue de l'Yser rappellent laTournai rue de l'Yser 7 cartouche Hurlu arbalétrier.jpg présence de celle-ci mais aussi du fossé ou s'entrainaient les Arbalétriers situé à hauteur de l'actuelle rue Perdue.

En 1539, le gouvernement demanda aux Consaux de faire démolir la porte Ferrain. Cette démolition eut lieu quelques années plus tard.

 

 

Vers 1838, nous dit Bozière, vivait en cette rue un jeune tapissier du nom de Ficher, sa passion pour la musique et son talent pour la composition en firent un des compositeurs distingués dans le domaine de la musique sacrée. Ses messes chantées remportèrent de nombreux succès lors de leur interprétation en la cathédrale, hélas elles tombèrent dans l'oubli avec la mort prématurée du jeune homme.

Un fait divers tragique marqua l'histoire de la rue de Cologne. il se déroula le 17 mais 1892. Au n°34 se trouvait la teinturerie de Georges Sachse-Spatz. Vers 15h30, une violente explosion détruisit le bâtiment provoquant la mort du propriétaire et brûlant gravement deux aidants. Ceux-ci furent transportés chez le bandagiste Dechaux qui les soigna en attendant l'arrivée d'un médecin. (voir le récit de ce fait divers dans l'article : "Ce jour-là, le 17 mai 1892" paru sur le blog en date du 12.3.2014, pour y arriver, il suffit de taper le titre dans la case "recherche" située dans la colonne de droite).

Parlant de la rue de l'Yser, au milieu du XIXe siècle, Bozière la décrivait comme étant bordée de beaux magasins affectés plus particulièrement à la vente des étoffes de luxe, de lingerie et au commerce de quincaillerie.

 

Les commerces au XIXe siècle !

Peut-être Bozière a-t-il connu ces maisons réputées à l'époque qu'étaient Le Magasin du Timbre économique jaune au n°1, Le coiffeur pour hommes et dames Jean au n° 7, l'imprimerie et lithographie Rimbaut-Tricot au n° 12, la Maison H.Dechaux-Dechaux, bandagiste et aiguiseur de rasoirs et de ciseaux au n° 13, le coiffeur, posticheur et parfumeur Charles Bouchart au n°14, l'école professionnelle de Coupe et Couture pour Dame tenue par Mme Carbonnelle au n°15, la Poêlerie du Hainaut J. Bayet-Monnier, la Maison Vilers et Clotilde Dupré, épicerie, au n°28, la Maison Hennart-Derasse, soieries, fourrures, dentelles au n° 30, l'ancienne Maison Veuve Pottiez- Georges Hartung aussi reprise sous le nom de M. Vaernewyck-Jeuniaux, fabrique de couronne en métal, perles, porcelaine ou fleurs artificielles au n° 31, la teinturerie à vapeur Sachse-Spatz au n°36, le chausseur Bonnier au n°40. Pratiquement toutes ces enseignes ont disparu durant la première partie du XXe siècle.

Un nouveau départ.

Après le second conflit mondial, on reconstruisit tous les immeubles, en effet, il ne restait plus une maison debout après les bombardements allemands de mai 1940.

Durant le XXe siècle on vit apparaître, au fil des ans, de nouvelles enseignes :  les meubles Marlier-Lechantre,(maison détruite lors des bombardements), les vins et spiritueux de la Maison Guillaume au n°31, le traiteur Cobut, la Maison G. De Meire spécialiste du textile au n°42, le magasin de tissus Ryckaert au N°6-8, la Maison G. Delacenserie, sanitaires, au n°19,  les chaussures Tivoli, la Ganterie et Chemiserie Bruxelloise, la teinturerie Vitaneuf au n°13, la Maison Favot, spécialiste des articles en cuir qui fut occupée après sa fermeture par une magasin d'articles cadeaux lui aussi disparu, le magasin de chemises, le bureau du journal publicitaire A-Z, le café Le Moderne, Pipabulle, magasin pour enfants, Expo-Place, le magasin Elity, l'agence de Voyages Laurent, le Sony-Center Gillot, la décoration Spiridon, la librairie de la Place, le magasin Geneviève Lethu, la Centrale des Viandes, une fleuriste, la Boutique Francine, la lustrerie. Il y avait toujours l'armurerie Hauvarlet au n°1 et la poêlerie Bayet-Monnier au n°28. Air du temps, on vit même s'ouvrir, il y a déjà plus d'une décennie, une maison de rendez-vous coquins baptisée le "Mirroir du Temps" (sic !) un lieu qui défraya un jour la chronique lorsqu'une personne tira un coup de feu dans la vitrine, heureusement, sans faire de victime. Client insatisfait, conjoint trompé ou concurrent dépité, le fait divers a jusqu'ici conservé son secret ! Toutes ces maisons ont disparu.

Depuis sa rénovation qui date des années quatre-vingt, la rue de l'Yser accueille, au cours d'un dimanche du mois de septembre, la "braderie des enfants".

2016.02 rue de l'Yser (1).jpgA l'heure actuelle, parmi la petite trentaine de commerces qui y avaient jusqu'alors pignon sur rue, une douzaine de ceux-ci sont fermés et certaines vitrines sont même louées pour faire de la publicité, entretenir une impression de dynamisme et, surtout, ne pas donner un aspect abandonné si néfaste pour les maisons voisines. On sait qu'au point de vue économique, le vide appelle le vide ! Il reste encore trois restaurants, une brasserie-friterie, un snack, une agence de tiercé, une crêperie, un magasin de vêtements de seconde main pour dames, une imprimerie sur tissus, une enseigne très connue de vente de laine, deux magasins d'articles de fantaisie, une agence de voyages, un magasin de confection, un magasin de sacs et sacoches et l'inévitable magasin de nuit... mais, ce qui est vrai aujourd'hui ne le sera peut-être plus demain !

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A-F-J Bozière, ouvrage paru en 1864 - "Tournai sous les bombes" d'Yvon Gahyde, ouvrage paru en 1984 - la presse locale "Le Courrier de l'Escaut" de 1892, les programmes du Royal Théâtre Wallon Tournaisien des années 1904, 1912, 1923, 1934, 1935 et 1964 - recherches personnelles. Les documents photographiques sont de Mme R. Rauwers réalisés en  février 2016).

Commentaires

Au 19e siècle, la rue de Cologne comptait aussi la bien connue chocolaterie Joveneau avant qu'elle ne déménage rue des Jésuites.

Écrit par : biltresse | 02/03/2016

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