13 oct.
2015

Tournai : Jean-Marc Foucart, un "évêque" au Cabaret !

tournai,cabaret wallon tournaisien,jean-marc foucartRencontre d'un gars fort sympathique !

La grande fraîcheur de cette soirée d'automne me surprit lorsque je descendis la rue Saint-Martin afin de me rendre dans le grand immeuble qui abrite le local de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. C'est là que Jean-Marc Foucart, matricule 87 sur la longue liste des membres du Cabaret, m'avait donné rendez-vous. Il m'accueillit avec cette sympathie qui le caractérise. Pendant plus d'une demi-heure, nous allions évoquer sa participation à une des plus vieilles sociétés tournaisiennes, un des temples de la défense de notre patois picard.

Un rêve de jeunesse se réalise !

Originaire de Velvain, un petit village situé entre Wez et Guignies, à quelques kilomètres de la cité des cinq clochers, Jean-Marc Foucart est né à Tournai, le 13 avril 1964, sous le signe des Béliers. Après avoir fréquenté l'école primaire de Wez, il effectua les études secondaires au collège Notre-Dame de Tournai. Diplôme en poche, il partit ensuite au service militaire, une institution aujourd'hui disparue ! A son retour, il entama un graduat en comptabilité. Engagé tout d'abord dans le privé, c'est finalement au Ministère des Finances qu'il allait faire carrière rejoignant l'importante confédération des navetteurs quotidiens, le club de ceux qui ne comptent plus les retards endémiques des trains à destination de la capitale de la Wallonie picarde.

Tout jeune, il assistait aux représentations de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien rêvant secrètement de se retrouver, peut-être, un jour sur le ponton. Il se risqua à une première participation au Concours Prayez en 1989 et récidiva en 1996. Sa chanson, "Eine partie d'cartes" séduisit le jury qui lui attribua un premier prix. Dans ce train qu'il empruntait quotidiennement, il avait fait la connaissance de Pierre Vanden Broecke, admis au Cabaret en cette même année. Il ne résista pas longtemps à ces voix qui lui murmuraient de faire sa demande comme aspirant dans la société. La tradition veut qu'un nouveau membre fasse un stage d'une année et qu'il se choisisse deux parrains, c'est tout naturellement qu'il se tourna vers l'ami navetteur et vers René Godet.

Il se souvient de cette première prestation pour les étudiants tournaisiens à Louvain-la-Neuve qui fut prétexte à la démission de Lucien Jardez, gardien d'une tradition surannée et soucieux de n'envoyer que des membres confirmés. Admis à l'unanimité des membres comme l'exige la tradition, il fit partie de la troupe des chansonniers tournaisiens à titre définitif à partir de décembre 1997, sous la présidence de Philippe de Smet. Lui qui, adolescent, devant sa télé, regardait avec admiration ce groupe de joyeux drilles et imaginait en faire partie, alla chercher son costume gris en compagnie de Ghislain Perron. Il ne l'avoua peut-être pas mais ce fut un des plus beaux jours pour lui, celui qu'on vit lorsqu'on réalise son rêve.

Adepte du style loufoque.

Au sein du Cabaret Wallon, suivant sa propre sensibilité, chaque membre écrit des chansons, des poèmes ou des monologues, œuvres tantôt gaies, tantôt nostalgiques ou mélancoliques. Si Jean-Marc Foucart fait pleurer ses auditeurs, c'est de rire et non d'émotion, car, comme il le déclare, il lui est impossible de prendre une feuille et de se mettre à dépeindre une situation triste. "L'Délégué du fotbal" écrit durant sa première année de présence au Cabaret dresse le portrait d'un de ces acharnés qu'on rencontre sur tous les terrains de football du royaume, une sorte de touche-à-tout qui accompagne les équipes de jeunes, "bue" (lessive) les maillots, "orpeint" (repeint) les vestiaires, trace le terrain, s'occupe des transferts... une description rigoureuse emprunte de beaucoup d'humour qui prouve son don d'observation. Dans "J'areos su cha" (j'aurais su cela), il nous conte les aventures d'un garçon qui regrette bien de ne pas être resté célibataire, étant tombé sur des filles posant problèmes, l'une portée sur la boisson, l'autre qu'on qualifierait de maîtresse-femme, la troisième qui ne pense qu'à "les entasser" (une grippe-sous). Sous sa plume, les sujets d'actualités prennent une connotation particulière et "J'minche des mouques" (je mange des mouches), nous évoque, avec force détails peu ragoutants, cette nouvelle gastronomie faisant la part belle aux insectes. Qui d'autre que lui encore aurait pu écrire une chanson à la gloire de ce légume bien connu dans notre région, "L'chiqueon" (la chicorée), une préparation qui, chez lui, devient même aphrodisiaque. "J'buque ed'sus" (je frappe dessus) raconte les attitudes d'un homme qui lorsque son poste de radio craque, lorsque la lessiveuse tombe en panne, lorsque la boue colle à la bêche... ne peut s'empêcher de frapper sur l'objet récalcitrant mais... un homme qui, lorsqu'il rentre ivre à la maison, se fait "buquer ed'sus" par son épouse. Enfin, quand il nous annonce "Cancheon sintimintale" (chanson sentimentale), là aussi, rires et sourires sont omniprésents. Comme il l'avoue, le bougre a bien du mal à verser dans la tristesse.

N'écrit pas une excellente chanson loufoque qui veut

Je m'en voudrais de laisser une mauvaise impression au lecteur, la chanson loufoque demande énormément de talent, car elle résulte toujours de l'observation minutieuse de défauts, de situations cocasses, de petites choses qui peuvent nous paraître anodines mais qu'une plume alerte et une imagination féconde poussent parfois à l'extrême afin de provoquer l'hilarité. C'est cela le style de Jean-Marc Foucart. La chanson dédiée aux deux membres que sont Paul Wacheul, sécrétaire, et Danny Batteauw, trésorier de la Compagnie s'intitule "Cancheon décalée pou deux calés" est d'ailleurs un modèle du genre.

Un "évêque" au Cabaret.

Ce titre vous a peut-être interpellé et nécessite une explication. Lorsque Ghislain Perron le vit pour la première fois, il s'exclama : "Tins, ov'là Monseigneur Harpigny". Il est vrai qu'il ne faut pas beaucoup d'imagination pour trouver une ressemblance entre Jean-Marc Foucart et celui qui est à la tête du diocèse de Tournai. Apparaissant, lors d'une revue, sous le costume de clergyman qui accentuait plus encore cette ressemblance, dans la salle, l'effet de surprise fut réel lors de son entrée en scène. Il y a beaucoup de spectateurs qui sûrement se demandèrent "Quoisque l'évêque vient ichi faire dins ceulle galère" !

On aurait pu encore parler longtemps, ouvrir d'autres tiroirs aux souvenirs, évoquer le regretté Rudy Sainlez, son complice dans l'écriture de certaines scènes de la Revue, notamment celles qui virent André Bonnel et son épouse Francine interpréter des souverains belges plus vrais que nature, on aurait pu encore mais... les membres de la troupe arrivèrent, un à un, pour la répétition du spectacle qui sera présenté à la Maison de la Culture à partir du samedi 31 octobre prochain : le Grand Cabaret suivi de la Revue. Il ne me restait plus qu'à m'éclipser pour les laisser travailler et à retrouver le petit vent glacial qui balayait la rue Saint-Martin en ce début de soirée d'automne !

Depuis cette rencontre, une question me taraude : Quand Monseigneur Harpigny est venu assister à un petit Cabaret était-il au courant qu'un "jumeau" nommé Jean-Marc Foucart hantait le ponton ?

S.T. octobre 2015.

(photo : Le Courrier de l'Escaut : Jean Marc Foucart entouré de ses parrains René Godet (à gauche) et Pierre Vanden Broeck (à droite)

23:08 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, cabaret wallon tournaisien, jean-marc foucart |

Les commentaires sont fermés.