10 sept.
2015

Tournai : Philippe De Smet, l'éclectisme au service du Cabaret Wallon !

tournai,cabaret wallon tournaisien,philippe de smet,pianiste,patrick salmon,andré dumortier,frère maxence,conservatoire de tournai,filles celles picardesA l'instant où j'ai rêvé de brosser le portrait de Philippe De Smet (ancien Président et toujours pianiste-accompagnateur de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien), j'ai probablement approché ce qu'un peintre ressent devant sa toile encore vierge ou ce qu'un sculpteur éprouve devant le bloc brut qu'il faut tailler, l'interrogation : "Mais pa dusque j'vas qu'mincher ?" ("mais par où vais-je commencer", traduction à l'intention de lecteurs qui ne maîtrisent pas totalement notre patois tournaisien).

Les jeunes années.

La solution la plus simple consiste à débuter la biographie de celui qu'on souhaite présenter tout simplement... au moment de sa naissance.

Un homme au talent universel comme Philippe De Smet ne peut être né qu'à la veille de l'inauguration de l'Exposition de Bruxelles, le 16 avril 1958. Quatrième enfant d'une famille qui en comptera cinq, il va faire ses études à l'Ecole des Frères de la rue des Choraux où le réputé Frère Maxence le refusera dans sa chorale. Excellent pédagogue, le sévère Frère montra à cette occasion qu'il était loin d'être aussi bon prophète ! Lors des études secondaires, il tâtera du latin et du grec avant de bifurquer vers les sciences humaines.

Une rencontre déterminante.

Alors qu'il était encore bien loin d'être attiré par la musique, le directeur du conservatoire et professeur de piano au Conservatoire Royal de Bruxelles, Maître André Dumortier (comme Philippe l'appelle encore respectueusement) sollicita auprès de ses parents son inscription dans la toute nouvelle section des humanités musicales mises sur pied au Lycée Royal (actuel Athénée Campin). Il entama par la suite des études de piano au conservatoire de Bruxelles et, après trois années, celles d'orgue au Conservatoire Royal de Mons.

Comme il avait obtenu le premier prix d'orgue et comme, depuis toujours, les organistes sont devenus une denrée rare au sein des églises, en 1978, on vint lui demander de tenir l'instrument de l'église Saint-Quentin. Il s'agissait encore d'un orgue électronique. Pour ce faire, il se perfectionnera à l'école Saint-Grégoire de la rue Massenet à Tournai, sous la houlette du chanoine Abel Delzenne, Maître de Chapelle de la cathédrale Notre-Dame.

Le Conservatoire de Tournai.

En 1979, il est engagé au conservatoire de sa ville pour animer l'atelier d'éveil à la musique, fréquenté par des enfants âgés de quatre à six ans. Durant seize années, il suscitera des vocations musicales parmi les petites "têtes blondes" (une expression commune pourtant si discriminative !). Il sera également l'accompagnateur du cours de danse dispensé par Mme Monique Caulier. De son entrée dans le temple de la musique tournaisienne, il se souvient qu'il fut le premier étudiant sortant du conservatoire de l'ère André Waignien mais également le premier professeur engagé par lui.

Le monde de l'enseignement.

En 1986, un ami vient frapper à sa porte et lui demande s'il est intéressé par la fonction de professeur de musique dans l'enseignement secondaire. Une offre qui ne se refuse pas, ainsi il est engagé pour un intérim en remplacement de la titulaire en congé de grossesse au sein de l'école de la Sainte-Union de la chaussée de Lille. Il donnera probablement satisfaction au directeur puisque son engagement sera renouvelé pour de nombreuses années.

La Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien.

Le talent de Philippe De Smet n'avait pas échappé à Anselme Dachy, pianiste-accompagnateur des chansonniers tournaisiens et chef de l'orchestre qui les accompagnait lors des Revues de l'époque. En 1982, il entra au sein de ce dernier et, afin de décharger Anselme Dachy, souffrant d'arthrose dans les doigts, exerça le rôle de pianiste-répétiteur. Il est alors âgé de 24 ans. A partir de 1988, il supplée A. Dachy lors des multiples prestations extérieures des chansonniers tournaisiens et, lorsque le "maître" démissionne en 1989, tout naturellement, "l'élève" le remplace au clavier du cabaret. Modeste, Philippe suivra la filière classique d'admission au sein de la société. Aspirant en octobre 1991, il fut admis à titre définitif en septembre 1992.

Hélas, rapidement, le ciel allait s'assombrir, la vieille société tournaisienne se retrouva dans la tourmente, on assista à l'éternelle dissension entre les Anciens et les Modernes, une lutte vieille comme le monde qui allait déboucher sur les démissions du Président Lucien Jardez et de Marcel Roland et sur le retrait progressif de certains membres plus âgés. Ce profond désaccord allait-il être fatal ? Non, heureusement, car tout le monde ne souhaitait pas la disparition de cette véritable institution tournaisienne. Du sang neuf avait, entretemps, fait son entrée et tel le Phénix, après une année sabbatique, la Royale Compagnie renaissait de ses cendres. Le 4 décembre 1996, les membres allaient élire Philippe De Smet à la tête de la société en remplacement de Lucien Jardez.

Sous son impulsion, la compagnie prit un nouveau départ, adepte d'un renouveau nécessaire, Philippe eut l'intelligence de réaliser celui-ci dans le respect des traditions. Sous sa présidence, soucieux de donner un local propre à la compagnie, il sollicita et obtint de l'administration communale, un local dans un bâtiment situé au n°54 de la rue Saint-Martin. SDF durant plus de nonante années (il erra de cafés en tavernes), le Cabaret avait trouvé enfin un toit bien à lui !

Le Cabaret new-look avait opté, lors de sa transition, pour une modification des habitudes, désormais le président ne serait élu que pour un terme de cinq ans, comme le centième anniversaire se profilait à l'horizon, Philippe prolongea légèrement son mandat avant de céder le flambeau à Michel Derache. 

En 2002, suite à la fusion des deux clubs de football tournaisiens, il compose l'hymne des Sang et Or dont le texte est écrit collectivement par les autres membres.

Entre amis, une idée germe.

En 2003, Philippe De Smet fait la connaissance de Patrick Salmon, le musicien français, directeur de la musique d'Hem, organiste à Paris, professeur de conservatoires, entre autres, un musicien qui a, lui aussi, plus d'une corde à son... arc(het) ! Lors d'une réunion gastronomique en compagnie des fines fourchettes que sont Christian Chuffart et Xavier Nys, est née l'idée d'un duo intitulé "Les deux pianistes". Celui-ci s'est régulièrement produit, des deux côtés de la frontière, remplissant salles et églises, le plus souvent dans un but philanthropique. Philippe de Smet est un habitué des spectacles musicaux, ainsi durant une dizaine d'années, il a joué, dans le Nord de la France, au sein de l'orchestre de danse de salon de Gérard Hever et il a accompagné le chanteur Christian Bécart dans ses spectacles pour enfants.

Quand le pianiste devient un homme-orchestre !

Il a eu la chance d'accompagner Isabelle Kabatu, lauréate du concours reine Elisabeth, Robert Cogoi et d'autres chanteurs ou chanteuses. Philippe a joué dans de grandes salles françaises à Bourges, à l'Hôtel Georges V à Paris, à l'hôtel Intercontinental à Bercy... mais aussi à Lourdes, où il accompagna une chorale internationale lors de la procession aux flambeaux. On l'a vu également accompagner le Cercle Choral Tornacum.

Actuellement Philippe De Smet cumule les fonctions de professeur à la Haute Ecole en Hainaut de la rue des Carmes, connue anciennement sous l'appellation d'Ecole Normale de l'Etat.

Bien qu'ayant quitté le Conservatoire de Tournai, il y retourne régulièrement en qualité de bénévole apportant sa participation à des spectacles.

En tant qu'organiste, il est en charge de cinq paroisses de la ville : Saint-Quentin, Saint-Jacques, Saint-Brice, Saint-Jean et Kain Saint-Omer. Lorsqu'il est absent, il n'est pas rare de voir Patrick Salmon le suppléer au clavier.

Il s'investit toujours auprès de ses amis du Cabaret. Marié, Catherine, son épouse est membre des... "Filles... Celles Picardes", voilà une union marquée par un cœur rouge et blanc, celui des "Infants d'Tournai".

Voilà le portrait d'un garçon d'une grande simplicité dont on remarquera l'éclectisme. Un élément n'a pas pu prendre place dans ce tableau, la sympathie naturelle qui se dégage du personnage. Il ne m'étonnerait pas que dans son jardin secret, Philippe cultive, depuis toujours, la fleur la plus précieuse entre toutes : l'Amitié.

S.T. septembre 2015.

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