20 juil.
2015

Tournai : la lente mutation de la rue Saint-Eleuthère

La plus longue rue de Tournai.

Avec ses 1.250 mètres, la rue Saint-Eleuthère relie le boulevard Léopold à la chaussée de Lannoy au moment où celle-ci entame la traversée du village de Froyennes. Elle est depuis bien longtemps la plus longue rue de cité des cinq clochers.

Quelques commerces.

La rue Saint-Eleuthère n'est pas ce qu'on pourrait appeler une rue commerçante mais on y trouve néanmoins, un magasin spécialisé dans les couleurs et la décoration, une pharmacie, une fleuriste, une librairie, une agence bancaire, une boulangerie, un salon de coiffure et une épicerie. Les deux boucheries qui s'y trouvaient naguère ont fermé leurs portes, l'une d'elles a été transformée en maison d'habitation tandis que l'autre est (désespérément) à remettre. A la fin des années quatre-vingts, on y trouvait également une vinothèque. Le bureau de poste situé face au chemin de la Ramée, rendu tristement célèbre pour le hold-up sanglant perpétré par la bande de Patrick Haemers a fermé ses portes, victime de la rationalisation outrancière intervenue dans les services postaux.

Un important lieu de passage.

La circulation automobile y est relativement importante en raison de la présence de deux établissements scolaires, l'école d'horticulture qui y possède une entrée secondaire et l'école maternelle et primaire Saint-Michel. Elle est également empruntée, dans sa section comprise entre le chemin de la Ramée et la chaussée de Lannoy, par les automobilistes soucieux de rejoindre la zone commerciale de Froyennes à partir de la chaussée de Lille, évitant ainsi le carrefour de la Porte de Lille et le rond-point de l'Europe, presque toujours saturés aux heures de pointe. 

Une rue dangereuse ? 

Cette longue ligne droite se trouvant en agglomération, sa vitesse est limitée sur toute sa longueur à 50km/h (et même à 30km/h aux abords de l'école Saint-Michel). Il n'est cependant pas rare de voir des automobilistes l'emprunter à des vitesses nettement supérieures, alors que dans le sens Froyennes vers le boulevard, ils sont amenés à rencontrer quatre carrefours où la priorité de droite est de rigueur (avenue des Peupliers, avenue Beau Séjour, chemin de la Ramée et rue Georges Rodenbach).

Jusqu'il y a quelques années, dans la section comprise entre la rue Georges Rodenbach et le boulevard Léopold, elle fut le théâtre de nombreux accidents nocturnes spectaculaires y faisant de nombreux blessés et envoyant, bien souvent, à la casse les voitures de riverains qui s'y trouvaient régulièrement stationnées. Des aménagements ont été réalisés afin de ralentir les véhicules, mais il n'est pas rare d'encore voir des conducteurs négliger la présence d'ilots directionnels pour doubler d'autres qui respectent la limitation.

Un lieu qui fut fréquemment inondé.  

Cette même portion de rue, récoltant les eaux qui, lors de violentes averses, dégringolaient la rue Georges Rodenbach, était souvent inondée. Depuis que les égouts ont été redimensionnés, ces inconvénients semblent avoir disparu.

Une lente modification de son paysage.

Il y a cinquante ans, cette rue possédait encore un paysage semi-campagnard, de plus en plus marqué, plus on s'approchait de l'entrée de Froyennes. La résidence Marcel Carbonnelle n'existant pas à l'époque, sa construction datant du début des années septante, le chemin de la Ramée s'appelait encore le chemin 51 (appellation qu'il a étrangement conservé au niveau des lignes de bus TEC comme nous le fait remarquer Jacqueline une fidèle lectrice de ce blog). Ce chemin menait à une ferme encore existante et à un moulin depuis longtemps détruit, seuls bâtiments s'élevant au milieu de prairies et de bosquets. De même, avant l'apparition des quartiers Beau-Séjour, du Vert-Bois et de la résidence des Peupliers, l'avenue Beau-Séjour n'existait pas et, pour se rendre à la Marmite, on empruntait encore, le "chemin" dit des Peupliers en raison de la présence d'un grand nombre de ces arbres. Dans les années soixante, une grande partie de la rue Saint-Eleuthère était encore pavée et son état aurait pu lui permettre d'être intégrée au final de la course Paris-Roubaix.

Peu à peu de nouvelles constructions sont apparues, principalement de coquettes petites villas érigées entre l'avenue Beau-Séjour et le carrefour de la chaussée de Lannoy. S'élevant au milieu de jardins fleuris, elle donnent un aspect des plus agréables à la rue.

La population du quartier ayant plus que doublé, la petite école Saint-Michel a été dans l'obligation d'agrandir ses locaux pour accueillir les nouveaux élèves. Dissimulant la vaste cour de récréation, un long bâtiment d'un étage a été érigé à front de rue. L'architecte a soigné l'esthétisme de celui-ci alternant les façades en brique rouge et celles en brique jaune rompant ainsi la monotonie et donnant un aspect plus léger au bâtiment qui s'intègre magnifiquement dans le paysage.

Il n'en est pas de même, hélas, pour l'imposant bâtiment qui est en cours de finition à l'emplacement des garages et bureaux de l'ancienne entreprise de voyages Roland, une maison, jadis, bien connue des vacanciers tournaisiens. Presqu'en face de la rue de Lannoy, bâti sur deux étages, il comprendra des cellules commerciales au rez-de-chaussée et de nombreux appartements. A l'arrière, une construction extrêmement volumineuse, en brique rouge, à usage de garde-meubles, (donc sans ouvertures excepté les portes) alourdit plus encore l'ensemble. Le long de la rue, entièrement en brique de teinte grisâtre, il écrase totalement les petites maisons voisines à un seul étage. Ici, rien ne rompt la monotonie de cette façade de plusieurs dizaines de mètres de long, si ce n'est les fenêtres entourées parfois d'un revêtement de bois. La toiture en zinc, étant en retrait, est peu visible dans la perspective de la rue ce qui fait ressembler le bâtiment à un énorme parallélépipède posé au milieu d'une rangée de petites maisons typiques des faubourgs de la ville.

Il en est, malheureusement, de même pour une villa située, légèrement en retrait, à l'angle de l'avenue Beau-Séjour. Un nouveau propriétaire lui a adjoint un bâtiment à usage d'un vaste garage. Celui-ci a nécessité, à front de rue, la construction d'un long et haut mur, à toit plat, sans aucune ouverture, donnant, là aussi, une impression de lourdeur pour ne pas dire de "blockhaus". Cette villa qui s'élevait jusqu'alors au milieu d'un espace vert a ainsi perdu son aspect champêtre. Il est à peine croyable, qu'à notre époque, il semble si difficile à un architecte de joindre le fonctionnel à l'esthétisme.

Il ne reste pratiquement plus un are de terrain à vendre dans cette longue rue qui a connu une mutation profonde ces quarante dernières années.

(S.T. juillet 2015)

 

11:29 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, rue staint-eleuthère, école saint-michel |

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