28 juin
2015

19:14

Tournai : la cité des cinq clochers a assuré le "relais pour la vie"

Le "crabe", cet ennemi.

Le "crabe", voilà comment on nomme bien souvent cette maladie qu'est le cancer car son appellation officielle a toujours fait peur, au point qu'on parle souvent d'elle comme d'une "longue et pénible maladie".

Grâce à la recherche scientifique, les traitements ont fortement progressé ces dernières décennies et, décelé à temps, le cancer peut désormais être guéri.

Bien sûr les traitements que sont la radiothérapie et la chimiothérapie sont lourds, destructeurs, bien souvent mal supportés par les malades mais tout au bout, il y a une grande lueur d'espoir, une rémission, une guérison, une véritable renaissance.

Chaque individu touché par ce mal ne peut être abandonné à son triste sort, il doit être compris, accompagné, soutenu car le plus important c'est qu'il conserve un excellent moral dont on sait, depuis longtemps, qu'il est pour une large part dans le processus de guérison. Cela ne peut se produire que si le malade se sent bien entouré.  

Un combat qui nous concerne tous !

On ne peut rester insensible face à la détresse et la douleur d'une personne atteinte d'un cancer, on doit non seulement l'encourager mais aussi porter une attention toute particulière à sa famille, à cet entourage dont la réaction positive sera également primordiale pour le malade.

Ce week-end, la ville de Tournai a été le théâtre de cet évènement de solidarité qu'est "Le Relais pour la Vie".

Sur l'Esplanade de l'Europe, dès vendredi soir, un village de toile, peu à peu, s'est érigé, entourant le chapiteau communal. Dès la matinée de samedi, des quatre coins de la région, coureurs et marcheurs ont rallié la plaine des Manœuvres transformant celle-ci en un camp digne des plus grands festivals. Ils étaient près de 2.000 à former quatre-vingt-deux équipes qui allaient affronter un défi de taille : courir ou marcher en se relayant durant vingt-quatre heures ! Peut-être un combat contre soi-même afin de connaître ses limites mais avant tout un geste symbolique adressé à tous ceux qui souffrent.

Le coup d'envoi fut donné par Nathalie Renard, Présidente de l'association "Relais pour la Vie", à 14h00 en présence du bourgmestre Rudy Demotte et du parrain de l'opération, l'humoriste tournaisien Bruno Coppens. Après que ce dernier eut coupé le ruban, reconnaissables à leur T-shirt mauve, les battants, ces personnes qui ont été ou sont encore confrontées aux séquelles de la maladie ont ouvert le parcours sous les acclamations nourries de plus de deux mille spectateurs. L'émotion était palpable et il ne fut pas rare de voir couler quelques larmes sur des visages qui traduisaient néanmoins le bonheur d'être là, de dire secrètement à la maladie : "Aujourd'hui, tu ne m'as pas maintenue au lit".

Pendant que commençait la ronde des sportifs, de nombreuses animations avaient lieu sous le chapiteau ou dans la Maison de la Culture. Si certains préféraient les variétés avec les fanfares, orchestres, humoristes, DJ's... d'autres (re)découvraient l'osthéo-yoga, la relaxation, les massages, le hip-hop, un essai à la marche sous influence grâce à des lunettes 3D présenté par la Police Communale et même des jeux de l'esprit. Du jus de pomme de Rongy aux saveurs douces du Liban, de la gaufre au sucre aux sandwiches géants, du thé à la menthe aux bières régionales, il y avait de quoi se régaler, il y avait des munitions pour vingt-quatre heures au moins.

Vers 22h, la course s'arrêta durant soixante minutes, elle fit place à la "cérémonie des bougies", des lots de luminaires achetés durant l'après-midi par des centaines de personnes furent allumés le long du parcours donnant à la nuit qui tombait un aspect féérique.

Les heures succédaient aux heures et inlassablement les coureurs et les marcheurs tournaient sur un circuit long d'environ un kilomètre et demi.

Tout s'arrêta dimanche à 14h00, au bout du compte, les organisateurs de cet événement solidaire purent annoncer une excellente nouvelle, le premier "Relais pour la Vie" organisé à l'ombre des cinq clochers avait totalisé un montant de près de 158.000 euros qui seront versés à la Fondation contre le Cancer.

Ce week-end, contre le cancer, Tournai avait remporté une bataille, il faudra bien finir par la remporter cette guerre que nous avons déclaré à ce funeste ennemi.

(S.T. juin 2015)

26 juin
2015

19:38

Tournai : expressions tournaisiennes (316)

Pressés comme des chitreons.

L'grand Gustave qui habite pos leon de chez Edmeond, ch'est ein véritape révolutionnaire. A quater-vingts ans bin sonnés, i-déméprisse tout et tertous, i-est toudis prêt à aller manifester mais, bin que ses visins n'arrête'tent pos de s'plaindre, i-d'a pos beauqueop pou l'accompagner.  

Quand on a l'malheur d'caire d'ssus au coin de l'rue, i-veaut mieux parler de l'pluèfe et du bieau temps pasque si te comminches à parler ave li d'politique ou bin d'écolomie, i-va t'tenir l'gampe pindant des heures intières, te n'as pos fini.

Au cours d'eine de mes porménates, verdi au matin, j'ai pos eu d'sanche, j'ai eu l'malheur d'croiser s'quémin.

"Bonjour Gustave, i-fait bieau aujourd'hui" que j'li ai tout de suite dit.

Je n'pouveos pos faire simblant de n'pos l'avoir vu, on n'éteot feauqu'à deux au mitan de l'rue.

I-m'a répeondu : "Acore hureux que l'solel i-est acore gratuit pou l'moumint pasque, ave les albrans qu'on a cha risque de n'pus durer lommint !".

J'ai bin vu dusqu'i-vouleot in v'nir, adeon, pou vite in finir, j'ai cangé d'conversatieon.

"Ravise l'jeone file qui passe, s'mamère elle f'reot bin de li acater ein nouvieau short, i-date seûrmint de s'prumière communieon, commint peut-on ête afulé, agimolé de l'sorte, i-a seûrmint restreint au lavache, ch'est eine véritape ferloupe, on n'peut pos dire que d'dins elle nache, on direot qu'i-a été arraché dins l'machine à lessiver, il feaudreot, au moinse, rassarcir les bords ou bin les coper !".

"Mo bé... ch'est Mégane, l'file à Marceline, bé neon, neon... ch'est eine nouvelle courte mareonne qu'elle a été querre, l'sémaine passée, dins eine boutique d'mote d'l'eaute côté de l'frontière. J'sus seûr qu'elle l'a payée bin pus tcher que si elle aveot acaté eine mareonne ordinaire. Ch'est ainsin asteur, i-feaut bin l'accepter, pus te vas à loque, pus te fais succès".

"T'as pétête pos tort, mi, Logan, l'pétit garcheon de m'cousin Roger, i-des mareonnes ave de treos comme si i-aveot pris dins des barbelés et, in puque, te verreos comme elles seont sales ses loques, quand je l'veos, on direot ein qui ouèfe à l'roque".

"Mais cha aussi, ch'est vindu ainsin et i-coûte aussi tchier ces vêt'mints!".

"Dire que nous eautes, quand pou fréquinter on sorteot, on éteot toudis tirés à quate épinques, on metteot eine quémisse blanque ave ein jabeot, des mareonnes pattes d'eph et des sorlets vernis, asteur pus t'as l'air d'un loqueteu, pus les files elles te ravisent ave des is d'merlan frit". 

"Nous eautes on est même pus des croulants, ch'est la vérité, pa d'vant parel spectaque, on est total'mint écroulé et i-a eine eaute cosse que te n'as pos ormaquée, les neoms de tous ces diales, cha s'appelle Mégane, Logan, Clio... béteôt, les parints i-veont les app'ler Dacia, Meriva ou bin Kadja !".

"Tout cha... ch'est bieau... asteur, mais dins vingt ou trinte ans, l'mote elle ara cangé et on dira d'eusses, orwette, l'vielle Mégane comme elle est décatie, comme elle est toute ridée, à vir s'carrosserie, à l'argus, elle n'est seûrmint pus coter !".

J'pinseos vraimint avoir écapper à ses tourmints : on n'aveot pos parler des liards ni des politiciens.

Comme ein cachireon su m'guife, cha m'est orvenu tout net, à l'vitesse d'ein spam qui cait su internet . J'ai simplemint dit :

"L'grand terrain dusqu'i-aveot des vaques près de t'maseon, i-n'est pos 'cor vindu ? Cha fait pus d'siept ans que l'incien propriétaire pourtant i-est disparu. Malhureux, quoisque j'aveos dit là, j'ai déclinché l'rafale, à croire qui n'attindeot qu'cha !

"Allez, dis me quisqu'i-va aller acater l'terrain, t'as vu ce qui nous pind au nez, on nous prind pou d' vrais annochints, ave "l'tasque chife" qui seont in train d'préparer, on va 'cor ête teondu comme des mouteons, on va acore nous presser comme des chitreons. Dix euros pa an et pa are pou l'tierre, si fait, ch'est paru dins l'gazette hier. Ahais, te m'as bin intindu, malhureux pêcheur, on va béteôt payer pou l'tierre qu'on est au d'seur. In deux mille ans, i-n'aveot pos acore eu ein parel agozil pou busier à eine solutieon aussi imbécile. Te paies d'j'à chinquante pou chint d'tasque su ce, qu'in ouvrant, t'as gagné, l'TVA su tout c'que t'as acaté, l'tasque su l'foncier, l'préqueompte su les intérêts, les tasques pou ti rouler et même pou t'arrêter, l'tasque su les déchets, l'tasque su les ieaux usées, l'tasque su les assurinces que te prinds pou t'protéger, l'tasque pou raviser l'télé, su les piscines que te vas à peine eine feos pindant l'été, su les distributeurs de billets, ein tasque su ce qu'on t'a légué, su...Beon, j'veos que t'attrapes des toupiries... aussi j'vas arrêter là m'litanie. Aujourd'hui, on tasque l'tierre, béteôt, cha s'ra l'air pasqu'in respirant te pollues l'atmosphère".

"Ahais, nos dirigeants i-ont besoin d'bramint d'liards, asteur on queompte toudis in milliards".

"Pou quoi faire tous ces milliards, te sareos me l'dire, on fait des écolomies dins tous les secteurs : les pompiers, la police, l'inseign'mint, l'sécurité sociale, on bloque les salaires, à tertous on fait peur...".

"T'oblies eine cosse, ch'est l'Europe l'causse. Tous ces pays qui seont rintrés pa l'grande porte et qui n'aveot'ent rien, bé, on deot asteur cotiser pou eusses comme pou les ceusses qui ont vécu pindant d'z'ainnées au-d'seur de leurs moyens. L'argint couleot à fleots, i-ont vécu comme des nababs à crédit, i-n'payeot'ent presque pos d'impeôts, i-construiseot'ent leu maseon sans permis, i-ouvreot'ent au noir sans jamais ête pris, i-parteot'ent in vacances treos feos su l'ainnée visiter tous les pays".

"Ch'éteot des cigales et nous eautes on est les formiches".

"In puque, non-contints d'nous gruger nos écolomies, on les veot v'nir pa chintaines et milliers, chez nous, ouvrer presque gratuit, nos ouverriers i-seont au chomâche et les patreons comminchent pa plier bagaches... adeon, pou les payer... les tasques i-feaut les aurminter, t'as compris l'tabléau, nos politiciens i-ont invinté, des Danaïdes, l'nouvieau tonnieau".

Pou eine feos, j'l'ai acouté jusqu'au bout, j'deos dire qu'i-n'aveot pos tort du tout. 

"On a vindu tout no savoir, fermé nos mines et no sidérurgie, on a cédé toutes nos industries à des interprisses multinationales qui seont dins d'eautes pays. Grâce aux ceusses qui ont signé les contrats, te t'ortruèfes pieds et poings liés, tout ce que mes gins décident, bé, te n'as plus qu'à payer, te vas aller faire des manifestations, apeuter les gins, inter nous, à quoi cha sert, t'es ein pays in voie d'sous-développ'mint".

Gustave m'a orwettié, m'a souri et ave eine mine réaliste i-m'a dit simplemint dit : "Allez, à'rvoir... l'Optimiste".

(lexique : ein chitreon : un citron / pos leon : pas loin / véritape : véritable / quater-vingts : quatre-vingts / démépriser : dénigrer / tertous : tous / toudis : toujours / les visins : les voisins / beauqueop : beaucoup / caire : tomber / l'pluèfe : la pluie / pasque : parce que / commincher : commencer / l'écolomie : l'économie / l'gampe : la jambe, tenir l'gampe : ne pas lâcher quelqu'un / l'porménate : la promenade / verdi : vendredi / l'sanche : la chance / l'quémin : le chemin / feauque : seulement / au mitan : au milieu / acore : encore / l'moumint : le moment / les albrans : les garnements, les mauvais sujets, les mauvais ouvriers / lommint : longtemps / dusque : où / adeon : donc / canger : changer / ravise l'jeone file : regarde la jeune fille / s'mamère : sa mère / acater : acheter / seûrmint : sûrement / ête afulé : être accoutré, être mal fagoté / agimolé : mal habillé / restreindre : rétrécir / l'lavache : le lavage, le nettoyage, la lessive / eine ferloupe : un haillon, un lambeau / elle nache : elle nage / au moinse : au moins / rassarcir : raccomoder / coper : couper / eine mareonne : une culotte / querre : chercher / l'mote : la mode / j'sus seûr : je suis sûr, je suis certain / tcher : cher / asteur : maintenant / aller à loque : être déguenillé / pétête : peut-être / ein garcheon : un garçon / des treos : des trous / in puque : de plus / i-ouèfe à l'roque : il travaille à la carrière (où on extrait la pierre) / tchier : autre mot pour cher / ête tiré à quate épinques : être correctement habillé, être sur son trente et un / eine quémisse blanque : une chemise blanche / les sorlets : les souliers / ein loqueteu : une personne en guenilles / les is : les yeux / pa d'vant parel spectaque : devant pareil spectacle / ormarquer : remarquer / les neoms : les noms / les diales : les diables / béteôt : bientôt / orwettier : autre mot pour regarder / décatir : perdre ses forces, s'étioler / vir : voir / écapper : échapper / les liards : l'argent / ein cachireon su l'guife : une gifle dans la figure / orvenir : revenir / des vaques : des vaches / quisque : qui est-ce que / des annochints : des innocents / l'tierre : la terre / ahais : oui / au d'seur : dessus / ein parel agozil : un pareil triste sire, un pareil malotru / busier : penser / l'tasque : la taxe / l'préqueompte : le précompte (impôt payé sur les intérêts et revenus bancaires / les ieaux : les eaux / avoir des toupiries : avoir des vertiges, avoir la tête qui tourne / bramint : beaucoup / oblier : oublier / la causse : la cause / ouvrer : travailler / les formiches : les fourmis / les chintaines : les centaines / les ouverriers : les ouvriers / les bagaches : les bagages / aurminter : augmenter / eine feos : une fois / acouter : écouter / les interprisses : les entreprises / aux ceusses : à ceux / te t'ortruèfes : tu te retrouves / apeuter : effrayer, faire peur / inter nous : entre nous)

S.T. juin 2015.    

19:38 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

25 juin
2015

14:34

Tournai : les médias tournaisiens (2)

Le journal, témoin de l'évolution de la société.

Au moment où Barthélémy Dumortier porte le "Courrier de l'Escaut" sur les fonts baptismaux, Tournai présente un visage bien différent de celui auquel nous sommes habitués aujourd'hui.

La cité est entourée de remparts et les entrées et sorties se font par des portes fermées à la tombée de la nuit. Au Sud, une imposante citadelle abrite des soldats hollandais. Les voyageurs se déplacent en diligence et les habitants des villages voisins apportent, au marché hebdomadaire, le fruit de leurs récoltes au moyen d'un chariot ou d'un tombereau. La religion est omniprésente dans la vie des citoyens et les églises se remplissent encore aux heures des offices. La navigation sur l'Escaut est rendue difficile en raison de la présence des nombreuses piles supportant les ponts tournants, le fleuve dessine de nombreux méandres et, si l'écluse de Kain existe déjà, elle est caractérisée par son étroitesse. La misère est grande, les familles nombreuses se retrouvent dans les quartiers pauvres de Saint-Brice, Saint-Piat ou Saint-Jean, avec pour conséquence visible : le "tour des enfants trouvés" où bien des mères-célibataires déposent un nouveau-né en espérant secrètement le récupérer un jour. Dans les villages, les fermes possèdent encore des murs en torchis et des toits de chaume.

Misère et illettrisme réservent donc l'accès à la presse à une élite. "Le Courrier de l'Escaut" publie trois numéros par semaine : le dimanche, le mardi et le jeudi. Le tirage est réduit et le prix de l'abonnement est élevé, ainsi, en dehors de Tournai-Ville, il est d'environ 13 florins. C'est le montant du salaire d'un ouvrier en un mois, c'est à peu près le quart de ce que gagne un employé. En francs constants, cela représenterait, pour notre époque, environ 75 euros.

A côté de quelques familles fortunées, des tenanciers de cafés ou des administrations souscrivent des abonnements et permettent ainsi à la clientèle de lire les informations. Les lecteurs découvrent quelques nouvelles extraites de la presse bruxelloise ou parisienne, des informations locales, des avis de sociétés, la publication de l'Etat-civil, les colonnes d'annonces notariales ainsi qu'une mercuriale (NDLR : bulletin reproduisant le cours des denrées alimentaires vendues sur les marchés). Le journal permet aux fondateurs et aux journalistes de faire passer des idées et en cette année 1829, il construit peu à peu les bases de la Révolution de 1830 prônée depuis longtemps par Barthélémy Dumortier. On assiste donc à la naissance d'un journal d'opinion.

Notons au passage un détail d'importance, les articles qui sont publiés ne sont jamais signés, seul apparaît le nom de l'éditeur responsable. Une boite est d'ailleurs placée au bureau du Courrier de l'Escaut, avec une ouverture destinée à recevoir les "lettres et renseignements qu'on aurait à nous communiquer" (sic). Depuis toujours, on appelle cela la protection des sources.

Il bénéficie du soutien bienveillant de la Droite tournaisienne mais va le perdre, en 1832, en prenant cause pour un petit groupe de catholiques unionistes du diocèse et en se permettant de critiquer l'encyclique du pape Grégoire VI. En 1845, on estime le nombre d'abonnés à 153 seulement ! La grande majorité des journaux créés dans la foulée de l'indépendance de la Belgique vont disparaître progressivement, malgré des dépenses élevées (le Trésor prend 50% des recettes brutes du journal), "le Courrier de l'Escaut" survit, mieux même, il devient quotidien le 2 avril 1849. Après la Feuille de Tournai et le Courrier de l'Escaut, deux autres journaux vont faire leur apparition à l'ombre des cinq clochers : "La Vérité", fondée en 1856 et "Le Belge" qui paraît pour la première fois, le jour de Noël de l'année 1857. Particularité de ce dernier venu, il est imprimé sur les mêmes presses que le Courrier de l'Escaut mais est différent de son grand frère. Il est vendu à 5 francs-or l'an pour 18 francs-or pour le Courrier. Il ne s'adresse pas au même public !

Le 2 juillet 1871, "le Courrier de l'Escaut" et "le Belge", celui-ci étant désormais contrôlé par la famille Desclée associée au fils de Barthélémy Dumortier, sont édités par Eugène Wargnies à la rue du Curé Notre-Dame.

Henri J. Desclée (1830-1917) et son frère Jules (1833-1911) sont les fils d'un véritable capitaine d'industrie Henri-Philippe Desclée, avocat, homme politique, ingénieur et entrepreneur de presse.

A Tournai, les journaux se multiplient.

Le 3 décembre 1893, un nouvel hebdomadaire voit le jour : "La Gazette de Tournai et du Tournaisis".

C'est l'époque où un dénommé Joseph Aimable Rimbaut, né le 28 janvier 1859, dont l'imprimerie est établie au Marché-au-Jambon, sort de presse, entre le 4 avril et le 24 octobre 1886, son premier journal : "L'Eclaireur", celui-ci sera suivi de "L'Organe du Tournaisis", libéral démocratique de 1886 à 1892, de "L'Egalité" organe socialiste de 1890 à 1891 et par le "Journal de Tournai et des Cantons" en 1894. Ce dernier journal sera l'ancêtre de "L'Avenir du Tournaisis".

L'Avenir du Tournaisis.

C'est le lundi 24 décembre 1894 qu'est fondé par Joseph Aimable Rimbaut et d'autres personnalités libérales, "L'Avenir du Tournaisis", le quotidien libéral et démocratique de l'arrondissement de Tournai. Il se présente sous un format de quatre pages chacune de cinq colonnes, il se déclare ouvertement rassembleur des forces anticléricales de la région. Joseph Rimbaut en devient rapidement le seul propriétaire. Il décèdera en 1915, sa veuve, Elisa Tricot poursuivra son œuvre jusqu'au jour où elle sera victime d'un bombardement en 1918.

Journalistes et imprimeurs, les deux fils, Marc et Théophile Rimbaut vont succéder à leur mère en qualité de copropriétaires et codirecteurs du journal.

La guerre sur le plan philosophique à laquelle vont se livrer, jusqu'au milieu des années cinquante, les deux journaux tournaisiens concurrents est plus que mémorable. Jamais plus, on ne trouvera des articles aussi incendiaires, aussi insultants voire calomnieux que les comptes- rendus de la vie politique de l'époque à Tournai suivant qu'ils soient publiés dans l'un ou l'autre journal. Ceux des conseils communaux sont des modèles du genre !

A la fin des années quarante "L'Avenir du Tournaisis" tire à 21.000 exemplaires ce qui est absolument remarquable pour un journal à vocation locale. Le journal possède ses bureaux sur la Grand-Place et est imprimé à l'arrière de ceux-ci dans des ateliers ouvrant sur la ruelle de la Grand-Garde. En 1950, lors de la "question royale", sa rédaction prend position contre le retour du roi Léopold III alors que son concurrent, comme le monde catholique, reste fidèle au quatrième roi des Belges. Le 4 décembre 1952, Théophile Rimbaut s'éteint à Bruxelles, il n'a  que soixante ans. Resté seul aux commandes, Marc Rimbaut s'adjoint les services d'un rédacteur liégeois, Jacques Smet. Dix ans plus tard, il cède le journal au directeur du quotidien national "La Dernière Heure", Alfred Brébart, un habitant de Kain. D'abord édité sur les presses du grand journal bruxellois, "L'Avenir du Tournaisis" va perdre son titre et être intégré à "La Dernière Heure" en 1986. Il conserve une page d'actualités régionales et un bureau de rédaction situé sur la place Reine Astrid.

Il fut un temps où les journaux locaux sponsorisaient des évènements régionaux. Tandis que "Le Courrier de l'Escaut" associé à une grande brasserie régionale mettait sur pied un challenge de régularité récompensant les jeunes coureurs cyclistes participant aux courses dans le Hainaut Occidental, "L'Avenir du Tournaisis", grâce à son journaliste sportif, Jean Leclercq, passionné de sport cycliste, mettait sur pied, au début des années soixante, une "course cycliste pour dames internationales" avant d'inscrire au calendrier UCI, durant une dizaine d'années, la course pour coureurs professionnels "le Trèfle à Quatre Feuilles", une épreuve disputée et remportée par les grands noms de l'époque.

Un troisième larron.

Au début des années soixante, un nouveau titre apparaît dans le monde de la presse tournaisienne : "Le Nord-Eclair", émanation d'un journal français que les Tournaisiens désignent au début sous l'appellation : "Journal de Roubaix". Ce n'est pas à proprement parler un journal d'opinion. Il se spécialise surtout dans les faits divers, les reportages sur les fêtes de sociétés, les noces d'or, les réunions d'associations encore florissantes à cette époque et le sport régional, longtemps animé par André Losfeld, passionné de cyclisme et Freddy Gaspardo. Il sera le premier quotidien à publier un maximum de photos et à développer des éditions en couleurs. Longtemps installés dans une galerie commerciale de la rue des Puits l'Eau, ses bureaux vont ensuite déménager au quai des Salines et ensuite sur la Grand-Place, à l'étage de l'ancien restaurant Charles-Quint. Depuis son rattachement au groupe Sud-Presse, certains lui reprochent de "flirter" désormais avec la tentation de tabloïd comme ceux publiés en Grande-Bretagne.

Le Courrier de l'Escaut poursuit son aventure.

En 1954, le journal fête son 125e anniversaire, ses bâtiments situés à l'angle des rues du Curé Notre-Dame et de l'Hôpital Notre-Dame sont reconstruits en style tournaisien, inspiré de l'époque de Louis XIV. Novateur, il est le premier à utiliser, pour sa photogravure, le procédé du burin électronique. En 1957, celui qui dirigeait le journal depuis près d'un demi-siècle, Léon-Pierre Mallié quitte une maison où il a donné le meilleur de lui-même. Jacques Desnerck, docteur en droit, va entamer la métamorphose du quotidien. A partir du 25 octobre 1965, le journal qui paraissait le soir sort désormais le matin et il opère un rapprochement avec le groupe "Vers l'Avenir". Bientôt, le Courrier de l'Escaut qui conserve son titre et ses spécificités sera imprimé sur les rotatives du groupe namurois qui comprend déjà les journaux "Vers l'Avenir" (région namuroise), "L'Avenir du Luxembourg" (région d'Arlon) et le "Courrier de Verviers". La fusion avec le grand groupe de presse wallon sera effective le 1er janvier 1968. Les bureaux déménageront à la fin du siècle dernier à la rue de Paris et ensuite sur l'avenue de Maire. Avec 185 années d'existence, "Le Courrier de l'Escaut " est depuis longtemps déjà, le plus vieux journal de Belgique.

D'autres médias sont ensuite apparus au fil du temps : les radios locales et No Télé.

Dans la foulée de mai 68, une nouvelle forme de culture est née, un vent de liberté d'expression s'est levé. Au début des années septante, les ondes jusqu'alors dévolues aux stations de radios nationales ont été partagées au profit d'expériences nouvelles que furent les radios locales, officialisation de ce qu'on appelait dans le courant des années soixante les radios pirates. Au premier étage de l'immeuble du cinéma Scala, à la rue des Maux, s'installa "Radio-Interim", dont l'émission matinale "Café-Crème" connut une certaine audience. "Radio-Martin" s'installa dans un bâtiment de la rue éponyme... L'expérience fut néanmoins de courte durée, la plupart des émetteurs disparurent ou furent phagocytés par des grands groupes commerciaux et intégrés à Radio-Contact, Energy ou Radio Nostalgie. Elles permirent néanmoins à de jeunes Tournaisiens tels Jonathan Gray ou William Chapman (pour ne citer que les plus connus) d'entamer une carrière d'animateur qui se poursuit encore aujourd'hui. Seule "Pacifique Radio" poursuit cette expérience dans des locaux situés au sein de Tournai Expo, juste à côté des studios de "No Télé".

Dans le courant des années septante, la ville de Tournai a espéré un moment voir s'ouvrir un studio de Radio-Hainaut dans un immeuble de la rue Saint-Martin, plus précisément au sein de l'ilot rénové du Conservatoire de musique. L'espoir a été déçu car une restructuration intervenue au sein de la RTBF a localisé les centres de production provinciaux à Mons et à Charleroi. A cette époque, Tournai était un peu la mal-aimée de la haute direction de notre radio nationale probablement inféodée au pouvoir en place dans les deux grandes villes de la province.

"No Télé".

Que cela ne tienne, si la ville était beaucoup trop éloignée pour les gens de la capitale qui la snobaient, le Tournaisien allait bientôt posséder son antenne personnelle grâce à quelques jeunes férus de nouveaux moyens de communication. Il y a près de quarante ans que Jean-Pierre Winberg et son équipe ont tenté une expérience de télévision locale et communautaire à partir d'un appartement situé au boulevard du Roi Albert où ils montaient les émissions et du relais de Maulde où ils les injectaient sur le câble avec, bien sûr, l'accord du câblodistributeur, le samedi vers 13h. Les progrès seront rapides, de l'image tremblotante d'un pont des Trous en noir et blanc diffusée sur l'air de "Ch'est ainsin dins no ville", No Télé passa rapidement à l'image stable, en couleurs, et déménagera dans les sous-sols de la Maison de la Culture. Ce fut alors les année des grandes émissions : les reportages sur l'incendie du Tournai-Shopping ou sur l'explosion de la station-service du Viaduc, les documentaires remarquables et primés comme "Epouses de Dieu" réalisé par Chantal Notté qui suivit, durant plusieurs jours, la vie de deux jeunes religieuses du Carmel de Kain, les retransmissions des événements locaux dont les derbies entre l'Union et le Racing, les conseils communaux en direct et surtout les émissions communautaires réalisées par des habitants eux-mêmes parlant de leurs espoirs ou de leurs déboires comme dans "la Résidence Marcel Carbonnelle" ou le très célèbre "Faubourg Saint-Martin" et les débordements du rieu de Barges.

Hélas, diront certains, la télévision locale a (trop) vite grandi. Probablement accaparée par des politiciens régionaux qui voulaient, eux aussi, pouvoir paraître à l'écran, soigner leur image et surtout... porter leur message, elle est devenue "la Télévision régionale de Wallonie Picarde", seule échappatoire pour pouvoir subsister, pour ne pas sombrer comme les radios locales avant elle. De Comines à Enghien, de Rumes à Flobecq, si No Télé a gagné en audience puisque la chaîne, désormais installée dans les bâtiments de Tournai-Expo à Kain, couvre un territoire au potentiel de près de 150.000 personnes, elle a perdu son âme tournaisienne, elle a oublié son acte de naissance. Cela résulte de son mode de financement basé sur le paiement par les communes d'un "subside de fonctionnement" équivalent à environ 4 euros par habitant. Si les communes participent financièrement, il est normal pour elles d'en recevoir un juste retour calculé en nombre d'heures de reportages qui doivent leur être consacrées. Un exemple : chaque année, on a ainsi droit, en direct et en différé, pendant près d'une journée, au traditionnel cortège des Géants d'Ath, avec caméras posées au même endroit, commentaires récurrents d'historiens locaux car le cortège d'Ath ne change que très peu (tradition oblige) et à l'interview de passants qui ne peuvent que se déclarer heureux d'être présents à cet événement inscrit au patrimoine de l'Unesco. Seul suspense au sein de ce week-end : le résultat du combat entre David et Gouyasse (le géant Goliath).

"No Télé" comble néanmoins une absence, celle des chaînes nationales trop peu présentes à Tournai sauf lors de catastrophes ou d'importants détournements de fonds.  

La boucle semble bouclée car entre le jeu de boules d'Hérinnes, les centenaires de Comines, le pain d'épice de Blaton ou le Théâtre au Vert de Silly, en regardant les journaux d'informations diffusés en boucle à partir de 18 heures, on a, à nouveau, l'impression de feuilleter "la Feuille de Tournai" et ses infos de sociétés.

(sources : "Le Hainaut Occidental dans le miroir d'un journal régional", ouvrage paru en 1979 à l'occasion des 150 ans du Courrier de l'Escaut - "Biographies Tournaisiennes" de Gaston Lefebvre, ouvrage paru en 1990, édité par la Société d'Archéologie industrielle de Tournai - la presse locale du XXe siècle conservée à la Bibliothèque de Tournai - recherches personnelles).

S.T. juin 2015.

23 juin
2015

15:40

Tournai : les médias tournaisiens

L'omniprésence des médias.

Si le XVIIIe siècle fut appelé le "Siècle des Lumières", le XXIe restera probablement dans l'Histoire comme celui de "la Communication". Jamais l'information n'a circulé aussi rapidement d'un bout à l'autre de la planète. Nous sommes désormais informés, en temps réel, du moindre événement qui se déroule aussi bien à deux pas de chez nous qu'aux antipodes.

Grâce à Internet, aux chaînes télévisuelles d'informations en continu, à la radio, à la presse numérique, grâce à nos ordis, tablettes ou autres Smartphones..., le moindre bruissement d'ailes d'un papillon est capté pratiquement partout, excepté peut-être dans quelques rares endroits où la civilisation n'a pas encore fait son œuvre, où, comme me disait un ami adepte de bons mots, "la main de l'homme n'a pas encore posé le pied".

Heureux hommes des forêts profondes d'Amazonie, des régions australes et boréales ou des steppes reculées qui vivent encore au rythme des heures, des jours et des saisons ignorant les vicissitudes, les tourments et les perversités de nos sociétés dites, très certainement à tort, évoluées. Pour certains, l'ignorance de l'actualité planétaire n'est-elle finalement pas la source de ce bonheur que tous nous recherchons ? 

Revenons deux siècles en arrière.

La Feuille de Tournai.

Puisqu'il lui faut un point de départ, sans vouloir remonter à la préhistoire, notre rétrospective des médias tournaisiens débutera donc au temps du Sieur Romain Varlé, né à Tournai, le 14 juin 1743. Il est fils et petit-fils d'imprimeur et établit son atelier sur la Grand-Place en 1769. En 1789, l'année de la Révolution française, il reprend l'établissement de la Veuve Joveneau et devient ainsi l'imprimeur officiel de la municipalité tournaisienne. Après avoir fait paraître différents organes dont "l'Observateur Belge", le "Bulletin officiel de l'armée de la République", "Liberté, Egalité, l'an premier de la République" ou "le Belge Français", des publications d'une durée de vie très brève n'excédent pas une ou deux années, il va être à l'origine du premier vrai journal consacré à la cité des cinq clochers : "la Feuille de Tournai" qui voit le jour le 23 octobre 1804. Romain Varlé décèdera quelques mois plus tard, le 12 avril 1805. C'est son fils Maximilier-Romain Varlé qui reprendra le flambeau familial jusqu'à son décès le 29 mai 1818. Différents imprimeurs vont alors se succéder. Pendant de nombreuses années, cette publication sera alors considérée comme un journal d'annonces comportant quelques nouvelles. A partir de 1828, le journal adoptera dans ses pages un ton favorable à la politique libérale et se montrera un opposant au gouvernement hollandais. Finalement repris par Edmond Blanquart, le 31 mai 1879, la publication se départira quelque peu de sa neutralité pour soutenir l'action catholique. Elle cessera de paraître en 1896.

Le Courrier Tournaisien.

Le 1er mai 1827, un autre journal verra le jour, "le Courrier Tournaisien". Il est édité par Josué Casterman, né le 13 mars 1783, fils aîné de Donat Casterman, libraire à la rue aux Rats (actuelle rue Gallait). Cette feuille paraîtra trois fois par semaine mais ne parviendra pas à concurrencer la Feuille de Tournai et sera reprise en 1829 par Jacques Blanquart.

Le "crieur public".

Pour informer le peuple, la presse n'a pas encore pignon sur rue, la plus grande partie de la population ne sachant ni lire, ni écrire, l'information devait lui être transmise de façon orale. La preuve en est que, pour avertir la population tournaisienne de certains événements, l'Administration communale publie, le 7 février 1859, une ordonnance créant la fonction de crieur public. Le plus célèbre d'entre eux, passé dans le folklore de la cité des cinq clochers, sera François Catoire, né le 26 janvier 1830. L'ordonnance stipule que le crieur public devra, toutes les fois qu'il en sera requis, faire à haute et intelligible voix, les cris et avertissements dont il aura été chargé et ce, en divers endroits de la rive gauche et de la rive droite de la ville. Le salaire du crieur est fixé à un franc et cinq centimes pour le tour entier de la ville et soixante-quinze centimes pour la rive gauche uniquement (c'est sur celle-ci que se trouve le centre-ville).

Muni d'un bassin en bronze et d'une mailloche en bois, il ameutait la population en frappant trois ou quatre coups et clamait haut et fort : "On fait à savoir que...". Les anciens tournaisiens nous laisseront comme témoignage qu'en fait , il commençait toujours son message par l'expression "On fait à savoir...". Les jours de minque (arrivée du poisson), il annonçait l'arrivée du poisson par l'expression savoureuse connue des ménagères : "Marééaute". François Catoire est décédé le 22 septembre 1891.

En cette fin de XIXe siècle, les journalistes étaient avant tout les commères qui échangeaient des informations sur les marchés ou dans les magasins et qui les transmettaient à la famille, le soir, à la veillée et plus précisément au moment de l'écrienne, ce noir quart d'heure qui permettait de s'éclairer à la simple lueur de l'âtre afin d'économiser le gaz d'éclairage.

Le Courrier de l'Escaut.

Un homme va véritablement être à l'origine de la presse tournaisienne, il s'appelle Barthélémy, Charles, Joseph Dumortier, il est né le 3 avril 1797. Il est le petit-fils d'un receveur général des moulins et le fils d'un commerçant également conseiller communal . Après des études secondaires à Paris, il revient à Tournai, épouse Philippine Rutteau et se passionne pour les sciences naturelles, particulièrement la botanique. Suivant les traces de son grand-père, il embrasse la carrière politique au sein du parti Catholique. A Tournai, il sera un des chefs du mouvement anti-hollandais et, avec des amis : Mrs de Cazier, Doignon, Dubus, le docteur Bouquelle, l'avocat Olivier Cherequefosse et le notaire Le Roy, il va fonder, à l'automne 1829, le journal "le Courrier de l'Escaut". D'où vient l'origine de ce titre ? Tout simplement parce qu'il existe déjà le Courrier de la Sambre à Namur et le Courrier de la Meuse à Liège. Le premier numéro, issu de l'imprimerie dirigée par Jacques-Antoine Blanquart, située au n° 26 de la rue de Courtrai paraît le dimanche 18 octobre 1829 et porte en éditorial sur la première page la Loi fondamentale. Il stipule que :

"le Courrier de l'Escaut donnera les nouvelles intérieures et étrangères, les actes administratifs et un abrégé des débats à la Chambre. il publiera les inventions et découvertes et tout ce qui pourra être utile au commerce et à l'industrie(...). Il rappellera les souvenirs nationaux et s'occupera de la littérature et des Beaux-Arts (...). Il accueillera avec reconnaissance tous les renseignements d'intérêt public qu'on voudra bien lui communiquer".

Sur les seconde et troisième page de cette édition, deux exemples en donnent le ton :

"Mr le baron de Secus s'est présenté, le 13, aux Petits-Carmes pour faire visite à Mr. De Potter (NDLR : Louis de Potter est le publiciste libéral, considéré par les autorités de l'époque comme un conspirateur, un républicain qui sera porté en triomphe par le peuple au lendemain des journées de 1830). Le vénérable député ne s'était pas muni au parquet d'une permission signée de Stoop : il n'a pu franchir les grilles de la prison; jamais l'iniquité de l'absurde mesure prise tout récemment, ne nous a paru aussi révoltante. Jusqu'à quand donc l'administration continuera-t-elle à prendre en quelque sorte plaisir à se rendre inutilement odieuse".

"La pétition aux Etats-Généraux reste toujours déposée chez Mr. Cherquefosse, avocat, quai Saint-Brice, chez Maître Leroy, notaire, rue du palais Saint-Jacques et au bureau de cette feuille (NDLR : on n'utilisait pas encore le mot journal)".

Le texte de celle-ci est clair :

"Qui de vous ne voit pas avec une profonde douleur cette injuste partialité du gouvernement pour les provinces du nord et cette préférence pour les Hollandais dans la distribution de tous les emplois publics ? Qui de vous ne se trouve pas atteint par ce système d'impôts qui nous écrase, par l'odieuse mouture... ? Qui de vous peut souffrir avec indifférence qu'on veuille nous imposer une langue nouvelle, et cela pour nous hollandiser en tout et partout ?...".

Cette pétition contient en germe le vent de l'indépendance qui soufflera lors des journées de septembre 1830. 

(à suivre)

S.T. juin 2015

19 juin
2015

19:39

Tournai : expressions tournaisiennes (315)

Queu belle époque on a l'sanche d'vife !

Je m'dis alfeos que nos inciens i-deveot'ent bin s'innuyer tout au leong d'eine sainte journée quand je m'rinds queompte que les gins d'asteur, i-orchoivent eine banse d'infos toutes les demi-heures, je m'dis qu'on est passé de l'pire des misères à l'indigestieon totale des faits divers.

I-n'feaut pos m'orwettier comme ein colas, vous voulez des eximpes, bé, tenez... les ov'là :

Eine famile elle n'est pos 'cor été prévenue d'ein drame qu'on sait d'jà qu'eine victime est morte dins ein accidint, ch'est d'jà su internet !

Les maîtes d'école i-n'ont pos 'cor ouvert les inv'loppes que les étudiants i-connaiss'tent d'jà les questieons qu'on va leu poser, ch'est d'jà su internet.

Ein imployé i-a mis l'main dins l'caisse et détourné les liards du patreon, on sait d'jà combin i-a volé, d'puis quanç'que cha a comminché et quisque ch'est, in grandes lettes on peut vir s'neom et on oblie l'loi Franchimont à ceulle occasieon, ch'est d'jà su internet.

Ein présidint va vir, in douche, eine file ave qui a eine liaiseon et s'photeo est d'jà parue avant même qu'i-n'soiche rintrer à s'maseon, ch'est d'jà su internet.

Tertous, asteur, on apprind quoisqu'i-s'a passé dins l'meonte intier presqu'in même temps que l'ceu à qui ch'a li est arrivé !

Mais l'pire dins tout cha, ch'est les commintaires qu'on truèfe sous les artiques, on direot qu'i-a des gins qui seont à l'affût pou pouvoir démépriser à leu n'aisse, d'véritapes interprisses d'démolitieon, des apprintis Sherlock Holmes, des frustrés qui distillent leu poiseon !

On dit alfeos que pou warder ses illusieons, pou vife hureux, i-n'veaut pos mieux lire les meots laichés pa ces mauvaisses lanques, ch'est vrai que ch'est eine solutieon mais ch'est aussi l'politique de l'autruche, ch'est nous faire acroire, comme à ein biec-beos, que l'meonte i-tourne reond et que tout i-est bieau.

Neon, neon, les amisses, mi j'vous l'dis tout net et j'vous l'répète, i-n'feaut pos printe pou argint comptant tout ce qu'on écrit su internet. On émet des jugemints, on condamne des gins, on n'respecte rien même pos des paufes familes in deul l'chagrin. Spécialisses de l'soris, des juches i-d'a bramint, pou ces grands braillards tout fait farine au moulin. On s'deminde vraimint pourquoi no policiers i-passe'tent acore leu temps à inquêter, pou leu rapport, bé... ch'est su internet qui devreot'ent d'aller, in ein clic, i-veont trouver là-vas ein tas d'témoins, des ceusses qui dormeot'ent pourtant au momint d'l'accidint, des eautes qui pinsent connaîte l'assassin, des obsédés de l'théorie du complot, des gins qui casse'tent du chuque su tous les deos.

I-s'reot pétête temps d'orvir l'notieon de l'liberté d'expressieon. Insulter et salir les eautes in restant anonyme, ch'est bin treop facile, on déverse s'bile sous l'surneom d'Much'tenflute, Mouquieu, Décholeu ou bin d'Greos Mimile !

Béteôt, les défeauts d'tertous i-veont ête étalés su internet, no vie privée elle va ête passée à l'moulinette.  

Je l'veos bin, vous êtes là à m'raviser ave ein air d'avoir deux airs, vous vous dites que j'raqueonte des mintiries, bé qu'minchez pa aller vir Facebook ou bin Twitter.

On a anneonché, diminche passé, qu'ein canteu n'aveot pus lommint à vife. L'lind'min, i-d'aveot d'jà ein eaute qui "twitteot" (ch'est ainsin que cha s'dit, ch'est l'nouvieau parlache, si vous voulez comprinte eine séquoi, vous d'vez apprinte l'langache) : "Mes condoléances à l'famile". Avouez quand même que ch'est ein fameux agozil.

Su Facebook, i-a des gins qui raqueontent ainsin leu vie, quoisqu'i-ont mingé à midi ou qui seont fin réhusses pasqu'i-voudreot'ent faire plaisi à leu mari, on apprind que leu cat i-a eu des jeones, qu'i-ont peint les murs de l'maseon in guéaune, que, malgré qu'i-aveot mingé pou goûter de l'tarte au risse, Batisse, l'pétit garcheon de l'file Panch'loute i-est orvenu de l'crèche ave l'drisse. Vous veyez, si vous n'voulez pos morir biête, i-vous feaut absolumint aller su internet.

Pasqu'ein jour, i-n'feaut pos rire, on n'sara pus vife sans savoir tout cha, on n'sara pus s'in passer, cha s'ra no morcieau quotidien d'chucolat.  

"Hureus'mint qu'on a cha pou nous distraire" qui m'dit m'visin Armand qui passe ainsin toutes ses journées pa d'vant s'n'écran !

"Big Brother" qu'on a asteur pris l'habitude de l'surneommer dins no quartier, i-n'sait pos c'que cha veut dire, i-n'conneot pos ein meot d'inglais.

Les habitants de l'maseon tout au bout de l'rue, i-ont écrit de l'sémaine : "On est parti in vacances, ne nous inveyez pus des mails, on n'va pos les lire adeon ch'est pos la peine".

A leu plache, j'areos rajouté : "l'éthielle elle est au feond du gardin, pa d'rière l'heyure et l'cassis du prumier, i-n'ferme pos bin, pou l'ouvère i-n'est pos dur, ... Avisse aux mauvais garcheons, ch'est l'moumint d'venir voler à la maseon" !

Tant qu'on y est... alleons-y casquette, on va tout mette su internet.

Ein ortraité va écrire : "aujord'hui je n'bouge pas de m'maseon, l'facteur i-va rapporter m'pinsieon".

Ein ivrone va dire : "Tous les soirs j'rinte quervé à m'maseon mais on n'm'a jamais fait souffler dins l'balleon".

Eine serpette mettra : "Mes parints i-pinse'tent que j'sus in train d'réviser pou m'n'examen oral, bé i-a bin lommint que j'sus passée pa l'ferniête pou ortrouver m'copain au bal".

Et dire que pou ête informés les gins de m'n'âche, i-éteot'ent obligés d'acouter les coméraches.

Mais queu belle époque on a l'sanche de vife, on n'sareot pus orvenir in arrière pourtant i-z'éteot'ent pétête pus hureux que nous eautes nos mopères et nos mamères.  !

(lexique : l'sanche : la chance / alfeos : parfois / tout au leong : tout au long / se rinte queompte : se rendre compte / asteur : maintenant / eine banse : une manne / orwettier : regarder / ein colas : un crétin, un niais / ein eximpe : un exemple / 'cor : diminutif d'acore : encore / l'maîte d'école : le maître, l'instituteur / les liards : l'argent / commincher : commencer / quisque ch'est : qui est-ce / eine lette : une lettre / vir : voir / oblier : oublier / ceulle : cette / partir in douche : filer à l'anglaise / eine file : une fille / i-soiche : il soit / tertous : tous / quoisque : qu'est-ce que / l'meonte : le monde / l'ceu : celui / on truèfe : on trouve / les artiques : les articles / démépriser : mépriser / à leu n'aisse : à leur aise / les interprisses: les entreprises / warder : garder / vife : vivre / laicher : laissé / l'lanque : la langue / faire acroire : faire croire / ein biec-beos : un innocent / printe : prendre / l'deul : le deuil / l'soris : la souris / l'juche : le juge / bramint : beaucoup / là-vas : là-bas / du chuque : du sucre / l'deos : le dos / pétête : peut-être / orvir : revoir / faire ein ouvrache à much'tenflute : faire un travail sans soin, bâclé / ein mouqieu : un mourdreux / ein décholeu : une personne qui éjecte une autre pour prendre sa place / beteôt : bientôt / raviser : autre mot pour regarder / des mintiries : des mensonges / qu'mincher : autre forme pour commencer / anneoncher : annoncer / ein canteu : un chanteur / lommint : longtemps / l'parlache : le langage / eine séquoi : quelque chose / l'langache : autre mot pour langage plus proche de l'expression française / ein agozil : un balourd / ête fin réhusse : être embarrassé / l'cat : le chat / les jeones : les jeunes / guéaunes : jaunes / l'tarte au risse : tarte au riz, spécialité wqllonne / l'drisse : la diarrhée /  morir biête : mourir idiot / pasque : parce que / ein morcieau : un morceau / du chucolat : du chocolat / l'visin : le voisin / ainsin : ainsi / pa d'vant : devant / ein meot : un mot / inveyer : envoyer / adeon : donc / l'plache : la place / l'éthielle : l'échelle / l'gardin : le jardin / l'heyure : la haie / l'cassis : le châssis / l'prumier : le premier / ouvère : ouvrir / avisse : avis / l'moumint : autre mot pour moment / ein ortraité : un retraité / l'pinsieon : la pension, ce mot désigne en Belgique la retraite / ein ivrone : un ivrogne / quervé : ivre / eine serpette : une fille hargneuse, désobéissante / l'ferniête : la fenêtre / ortrouver : retrouver / l'âche : l'âge / acouter : écouter / les coméraches : les commérages, propos de commères / orvenir : revenir / nos mopères : nos pères / nos mamères : nos mères).

S.T. juin 2015.  

19:39 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

17 juin
2015

10:13

Tournai : asphalte ou pavés ?

L'état des rues de la cité des cinq clochers.

Bien rares sont les rues de notre cité qui permettent de circuler avec le meilleur confort. Qu'elles soient asphaltées ou pavées, les emprunter fait souvent songer à des parcours sur de la tôle ondulée ! A ce sujet, la rue de la Citadelle, est probablement la meilleure approche pour ceux qui rêvent de disputer un jour un raid comme le Paris-Dakar ! 

Le plus ancien revêtement connu est le pavé, il est utilisé depuis l'époque romaine. Ces blocs cubiques en pierre, appelés grès dans nos régions, possèdent la particularité de laisser percoler les eaux de pluies tout en empêchant les véhicules de s'embourber. L'asphalte (pierrailles de calcaire enrobées de bitume) est surtout apparu après la guerre. Fraîchement posé, il transforme la voirie en un véritable billard mais son imperméabilité envoie les eaux dans les égouts avec risques d'inondations si ceux-ci sont sous-dimensionnés (ce fut le cas au quartier Saint-Jean durant des années) . 

Force est de constater, qu'à l'usage, pavés et asphalte vieillissent très mal. Il suffit de se promener en ville pour constater ce phénomène.

Petit historique.

Jusqu'à l'aube du second conflit mondial, la presque totalité des rues de Tournai était réalisée en grès. A partir des années cinquante, de nombreuses rues pavées ont disparu. L'exemple le plus marquant fut le remplacement des pavés de la Grand-Place, à l'aube des années soixante, par un asphaltage de l'entièreté de la surface du forum tournaisien.

Les défenseurs de ce nouveau revêtement mettaient en évidence ses qualités acoustiques et sa facilité d'entretien. Cédant à la vague de modernisme, l'édilité d'alors fit asphalter un très grand nombre de rues : de l'Athénée, Duquesnoy, Morel, de Monnel, Childéric, Saint-Brice, Galterie Saint-Jean, des Croisiers (entre autres dans le quartier Saint-Brice) Saint-Jacques et son prolongement la rue de la Madeleine, les rues Frinoise, Blandinoise, des Augustins, Piquet (entre autres dans le quartier Saint-Jacques), des Clairisses, Saint-Piat, Albert Asou, de la Justice et les ruelles du quartier Saint-Piat, As-Pois, Roquette et Roc Saint-Nicaise, Jean Noté, des Aveugles, de France, Saint-Georges (entre autres dans le quartier Sainte-Marguerite) etc...( la liste est beaucoup trop longue, fastidieuse à dresser et plus encore à lire). Pour peu, toutes les artères de la ville allaient bénéficier de ce nouveau traitement.Heureusement pour les amoureux de notre patrimoine, un décret est paru, il y a une trentaine d'années environ, stipulant qu'il fallait garder les pavés au centre des cités. Malheureusement pour les entreprises chargées de la rénovation des rues, les bons paveurs avaient, entretemps, disparu.

Il a fallu déchanter, le décret demandant de préserver le caractère ancestral de nos villes a été, bien vite, "détourné", "bafoué" par des architectes étrangers, peu au courant des us et coutumes et des lois de nos régions, imposant, lors des dernières rénovations, des dalles lisses comme on en trouve désormais du Nord au Sud de la France, un matériau d'une grande banalité mais avant tout économiquement intéressant.

Quelle(s) solution(s) retenir ?

Les opposants aux pavés vont nous dire que ce type de revêtement n'est plus adapté à la circulation du XXIe siècle et ils auront probablement raison. Les camions d'important tonnage qui traversent la ville de part en part pour livrer les commerces et les transports en commun dont la longueur des véhicules a été multipliée par deux, sont, en grande partie, responsables de cet état déplorable dans lequel se trouvent les rues Saint-Martin, Royale, des Jésuites, la placette aux Oignons... Il est curieux de constater qu'après avoir été à la base de ces dégradations certaines sociétés de transports refusent désormais d'emprunter ces rues.

Les opposants à l'asphalte rétorqueront que lors de chaque intervention pour des travaux concernant les impétrants (eau, gaz, électricité), les réparations sont exécutées si sommairement que l'endroit se transforme rapidement en un excroissance ou bien, tout simplement, s'affaisse. Pour s'en convaincre, il suffit d'entrer en ville par la rue de la Madeleine, on ne fait pas cinq mètres sans rencontrer un cassis !

De quoi demain sera-t-il fait ?   

Quel sera l'avenir du dallage actuel qui couvre tout le quartier cathédral ? Résistera-t-il au charroi quotidien ? Déjà des semi-remorques, trahis peut-être par leur système de navigation, se retrouvent sur la place Paul Emile Janson ou dans la rue de l'Hôpital Notre-Dame !

Le lobbying de l'asphaltage a encore de beaux jours devant lui. Il suffit de voir la rénovation du parvis de la gare, les pavés disjoints, effondrés, dangereux pour les usagers... ont été enlevés et remplacés par... une surface bitumée.

Bien sûr, comme lors de chaque critique, on nous promet que cela est une solution transitoire et que cela sera revu dans le cadre du projet de rénovation de ce quartier. On veut bien croire nos édiles mais on leur rappellera que lors de la levée de boucliers qui a concerné l'asphaltage de la rue Piquet, une rue typique, à deux pas de la Grand-Place, les responsables d'alors qui, comme tous les édiles ne font que passer à la gestion de la ville, avaient déclaré que cette situation était provisoire... On appelle cela du provisoirement définitif ou une excuse pour calmer les ardeurs des défenseurs du patrimoine de notre cité !

En conclusion, pavés, asphalte ou bien dalles, ce n'est pas le matériau qui fait la solidité de la voirie, c'est l'usage qu'on fait de celle-ci !

(S.T. juin 2015)

10:13 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, pavé, asphalte, rues |

16 juin
2015

14:19

Tournai : le point sur l'immobilier

A deux semaines de la période des congés dans le secteur de la construction, il est temps de faire un point sur les chantiers qu'on découvre aux quatre coins de la cité des cinq clochers.

Rue Jean Cousin :

Ce chantier abandonné, dans un premier temps, par un promoteur en raison d'une faillite a été repris et touche désormais à sa fin. La première phase est terminée depuis quelques mois et les appartements sont occupés. La seconde phase de la "Résidence Jean Cousin" est en cours, le second bâtiment, parallèle au premier, sera probablement terminé avant la fin de cette année puisque les travaux de finitions sont bien avancés.

Chaussée de Douai :

La deuxième phase de construction de la "Corne Saint-Martin" est également terminée. Vingt-sept appartements et trois studios sont mis en vente. A terme, ce projet immobilier doit normalement comporter cinq immeubles à basse consommation d'énergie érigés sur un terrain de plus d'un hectare et demi entourant un plan d'eau.

Rue Barthélémy Frison :

La rénovation de l'ilot Desclée se poursuit, elle consiste en la transformation de l'ancienne imprimerie Campin, mieux connue des Tournaisiens sous le nom d'imprimerie Desclée ou Gédit. Une première phase située à front de rue est déjà occupée, les autres bâtiments sont en cours d'aménagement. A terme 47 lofts de standing auront ainsi été créés.

Place de Lille :

La rénovation de l'église Sainte-Marguerite touche à sa fin. La phase de vente des trois appartements de très haut standing bénéficiant d'un vue imprenable sur la ville est en cours, précisons que le prix d'achat n'est pas à la portée de toutes les bourses. La salle du rez-de-chaussée prévue au départ pour être à vocation culturelle est actuellement occupée par une exposition inaugurée le 6 juin. L'ensemble redonne vie à un quartier en pleine mutation. Espérons que le promoteur poursuivra le chantier pour donner une plus fière allure au clocher qui, désormais, fait tache face à la magnifique rénovation de la nef et du chœur.

Rue Frinoise :

Le chantier de la résidence construite à l'emplacement de l'ancien cinéma Eden est terminé. En face, à l'arrière de l'ancienne brasserie Saint-Yves, les appartements construits par le Logis Tournaisien sont en phase de finition.

Avenue de Troyes

Face au jardin de la Reine, dont elle tire d'ailleurs son nom, la résidence érigée à l'emplacement de l'ancien Casino de Tournai est en voie d'achèvement. Trente appartements sont mis en vente, des bureaux vont s'installer au rez-de-chaussée. Cette implantation a été réalisée au centre d'un vaste ilot de verdure, à une entrée principale de la ville. 

Quai des Salines :

L'imposante usine des Textiles Allard qui abrita durant quelques années un atelier de travail adapté est en pleine mutation. De nouveaux bâtiments s'élèvent, sur l'arrière, à la rue de l'Ecorcherie. La rénovation de l'immeuble situé sur le quai, à proximité du Pont des Trous, a débuté, il y a quelques semaines.

Rue Galterie Saint-Jean :

Un groupe d'immeubles insalubres, inoccupés depuis des décennies, a été démoli il y a quelques mois, la construction d'un immeuble a démarré, la phase de gros-œuvre est en cours de réalisation.

Rue Paul Pastur :

Un chantier abandonné durant près d'une année a été repris par le Logis Tournaisien qui y réalise de nombreux appartements. Le gros-œuvre se termine, on peut envisager la mise à disposition des appartements durant les premiers mois de l'année 2016.

Les projets qui devraient démarrer bientôt :

Des demandes de permis de bâtir ont déjà été affichées aux valves de l'Hôtel de Ville pour la transformation de l'ancien "car-drink", situé à l'avenue Van Cutsem, en appartements de standing, de même que pour la construction d'un hôtel à l'emplacement des anciens établissements Goossens entre la rue de Marvis et l'avenue Bozière.

Les chancres qui n'évoluent guère :

Ils sont malheureusement tous situés dans le quartier cathédral, au pied même des cinq clochers, détruisant, par leur vision, le cachet qu'on a voulu donner à cet environnement. Il s'agit de la transformation de l'immeuble occupé jadis par le journal "le Courrier de l'Escaut" (pour éviter que le bâtiment ne soit squatté, les fenêtres ont été murées). Il s'agit également du terrain vague exploité comme lieu de stockage des matériaux de chantier par la firme chargée de la rénovation des rues du quartier, un terrain qui se situe sur le site de l'ancien cinéma "Multiscope Palace". Il s'agit enfin du pôle muséal prévu dans le bâtiment dit des "Anciens Prêtres" sur la place de l'Evêché et la place Paul Emile Janson.  

La rénovation de l'ilot Cherequefosse ne devrait bientôt plus être qualifiée "d'Arlésienne tournaisienne", à la lecture des dernières informations parues dans la presse locale, il semblerait que le dossier progresse lentement auprès des autorités compétentes. Si des démolitions d'immeubles dans la rue Madame (notamment l'ancienne piscine) sont prévues en cette fin d'année, le véritable chantier ne verra pas le jour avant 2016, voire 2017. Et surtout qu'on ne me taxe pas, dans les milieux concernés, de pessimisme, car depuis le temps que ce projet fait l'objet de présentations multiples (et différentes) aux gens du quartier, nous avons appris à rester prudent.

S.T. juin 2015

 

   

 

 

14:19 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, rénovations, chantiers, immobilier, résidences |

12 juin
2015

18:52

Tournai : expressions tournaisiennes (314)

Si Pinocchio i-éteot né à Tournai.

Pinocchio, j'sus seûr que les inciens i-ont d'jà tertous intindu parler d'li pasque ch'éteot eine histoire que nos mamères nous raqueonteot'ent au momint d'aller au lit. Cha n'vous dit rien, allez, vous vous rapp'lez bin d'Pinocchio, l'ceu que s'nez i-grandisseot à chaque feos qui minteot.

L'prumière cacoule, l'prumière cosse qu'on n'vous a jamais appris ch'est que s'mopère i-n's'app'leot pos du tout Carlo Collodi, ch'éteot l'neom de s'mamère qu'aveot pris ein écrivain italien qui de s'vrai neom s'app'leot Carlo Lorenzini. On peut ainsin dire que Mossieu Collodi, ch'éteot d'jà ein espert in mintiries.

Je m'sus souvint d'mindé quoisqu'i-se s'reot passé, si no Pinocchio i-éteot né à Tournai. Ch'est à l'rue Saint-Martin qu'i-areot pus naîte, des mains d'ein créateur du Musée de l'Marionnette ou bin à l'maseon d'ein eaute artiste, Mr. Clément, qui éteot m'nusier-ébeniste.

Tout p'tit, l'menant tout douch'mint pa des fichelles, s'mopère l'areot conduit à l'école maternelle. Feaut dire que l'école ch'éteot pos s'fort, i-préféreot puteôt resté dehors. Ave Alice, l'file d'ein visin, eine pétite safriquette, no Pinocchio i-a bin vite appris à faire queuette. Tout au leong d'eine journée i-alleot'ent jeuer su l'plaine ou bin vir les glaines et les canards du gardin d'la Reine. S'mopère li d'mindeot ce qu'i-aveot appris quand i-rintreot l'soir à s'maseon, tout fier'mint i-répondeot qui aveot vu les bédeos et aussi les pisseons.

"N'viens pos ichi m'raqueonter des bleusses, Pinocchio, je n'sus pos aveule, j'ai bin vu que t'nez i-grandisseot !".

Défoutu pa ses mintiries, sans souper, s'mopère l'inveyeot faire dodeo, in s'disant : "Après tout on n'minche pos quançqu'on est in beos".

Dins s'lit, l'pétit pantin alors brayeot in saquant su ses fils, i-areot tant voulu, comme l'z'eautes devenir ein vrai p'tit rambile. I-s'metteot alors à prier s'marraine, l'beonne fée bleue, pou qu'ein jour elle l'intinte et exhausse infin son vœu.

L'miraque tant attindu i-s'a passé ein bieau soir d'hiver quançque su Saint-Brice, l'neiche s'éteot mise à caire. Dequindant de s'bieau carrosse ave elfes et toute sa clique, no fée bleue éteot partie s'porméner dins l'quartier d'no Roi Childéric.

"Marraine, marraine, n'partez pos... j'vous in prie.. j'vous d'minde d'faire eine séquoi pou mi. Comme vous l'veyez, je n'sus qu'ein paufe petit pantin et j'voudreos tant orsanner à tous les eautes gins !".

Amiteusse, la fée l'ravisa ave bramint d'attintieon et li dit alors : "J'vas pinser à ti après l'z' électieons, si t'mopère i-met ein vote pa d'rière m'neom, foi d'moi, l'jour même te  seras ein p'tit garcheon".

Pindant des semaines, tous les jours, Pinocchio i-a foutu l'barpe à s'mopère, qui pinseot que ch'éteot pétête acore eine coule mais neon...s'nez i-aveot toudis l'même air.

L'grand jour pou Pinocchio i-est infin arrivé, s'mopère i-l'a pris ave li pou aller voter.

"Te vas bin rester su l'banc pindant que j'sus dins l'isoloir et te vas m'promette de n'pos acore faire d'histoires".

Chinq minutes après, quançqu'i-est orvenu auprès du banc, i-a constaté que Pinocchio i-éteot foutu l'camp.

"J'm'in douteos qui n'm'areot pos attindu, j'voudreos savoir dusqu'i-est acore queuru !".

Ch'est alors que l'infant qu'i-éteot su l'banc, commincha à l'orwettier tout in souriant.

"Vous n'devez ainsin pos vous in faire, j'sus vot' garcheon et vous êtes m'mopère".

L'heomme n'in croyeot pos ses is, i-éteot saisi jusqu'à s'fusil. Ainsi pindant des meos i-l'aveot rindu malate mais final'mint ch'éteot pos des couilleonnates.

Et ch'est à l'main d'ein vrai p'tit garcheon que l'heomme i-est ortourné à s'maseon, l'jour des électieons.

Après six ainnées, s'marraine a voulu l'rincontrer.

"J'ai eine séquoi à t'deminder, te pourreot pétête m'aider. Te sais que j'ai asteur des nouvelles responsabilités..."

"Ahais, même qu'i-a des mauvaisses lanques qui vous appellent l'fée... électricité !".

"Pinocchio, j'n'ai pos invie d'rigoler, d'puis des meos j'sus bin infoufiée"

"I-a pos d'problème, d'mindez me tout c'que vous voulez, marraine, vous savez qu'après tout ce que vous avez pou mi combin j'vous aime".

"J'deos ichi printe l'décisieon d'prolonger l'vie des cintrales nucléaires mais i-a bramint d'gins autour de mi à qui cha n'a pos l'air d'plaire, alors j'ai pinsé... te n'voudreos pos ête m'conseiller et v'nir dire à l'commissieon qui n'a pos d'dinger".

"J'voudreos bin vous aider mais i-a eine séquoi que vous avez oblié, j'ai acore m'nez qui frisse quançque j'raqueonte des bétisses".

"Ch'est pos grave, t'as pos ormarqué, les minisses... i-ont toudis et tertous l'nez qui frisse, pou réussir à l'tiête d'ein ministère, i-feaut savoir faire passer pou eine vierche s'belle-mère".

Depuis l'jour dusque Pinocchio i-a accepté d'aider s'marraine, des cacoules et des couilleonnates elle est devenue l'reine. Si ch'est in forgeant qu'on d'vient forgeron, ch'est in mintant qu'on gagne, l'rue d'la Loi, l'Elysée ou bin Matignon et cha... Collodi, i-n'l'a pos dit ! 

(lexique : seûr : sûr / inciens : anciens / tertous : tous / pasque : parce que / l'mamère : la mère / raqueonter : raconter / l'ceu : celui / l'feos : la fois / mintir : mentir / eine cacoule : un mensonge / eine cosse : une chose  / s'mopère : son père / l'neom : le nom / les mintiries : autre mot pour mensonges / quoisque : qu'est-ce que / naîte : naître / eaute : autre / l'm'nusier : le menuisier / douch'mint : doucement / les fichelles : les ficelles / puteôt : plutôt / l'file : la fille / ein visin : un voisin / eine safriquette : une petite fille éveillée / faire queuette : brosser les cours, faire l'école buissonnière / au leong : au long / jeuer : jouer / les glaines : les poules / l'gardin : le jardin / les bédeos : les jeunes moutons, les agneaux / les pisseons : les poissons / des bleusses : encore un autre mot pour mensonges / aveule : aveugle / défoutu : déçu / faire dodeo : aller dormir pour un enfant / quançque : lorsque / on n'minche pos : on ne mange pas / in beos : en bois / braire : pleurer / saquer : tirer / ein p'tit rambile : un petit gamin souvent espiègle / intinte : entendre / l'miraque : le miracle / caire : tomber / déquinte : descendre / s'porméner : se promener / eine séquoi : quelque chose / paufe : pauvre / orsanner : ressembler / amiteusse : aimable / raviser : regarder / bramint : beaucoup / pa d'rière : derrière / ein garcheon : un garçon / foute l'barpe : barber / pétête : peut-être / eine coule : une plaisanterie / neon : non / toudis : toujours / acore : encore / chinq : cinq / foute l'camp : fuir, s'enfuir / dusque : où / queurir : courir / l'infant : l'enfant / commincher : commencer / orwettier : autre mot pour regarder / les is : les yeux / ête saisi jusqu'à s'fusil : être profondément surpris, être stupéfait / des meos : des mois / malate : malade / des couilleonnates : des plaisanteries, des inventions / ortourner : retourner / asteur : maintenant / ahais : oui / les lanques : les langues / invie : envie / infoufié : embarrassé / ichi : ici / printe : prendre / avoir l'nez qui frisse : avoir un légèrement resserrement des narines montrant l'embarras / ormarquer : remarquer / eine vierche : une vierge).

S.T. juin 2015. 

18:52 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

10 juin
2015

11:12

Tournai : l'histoire du Corps des Volontaires-Pompiers Tournaisiens (4)

Vers le professionnalisation.

Un an après la fin du second conflit mondial, le Corps des Volontaires-Pompiers Tournaisiens va célébrer ses 125 années d'existence. A cette occasion, il organise le Congrès de la Fédération des Sapeurs-Pompiers de Belgique.

Le 1er avril 1949, le commandant Beghin est remplacé par le Capitaine Charles Cambier. Ce dernier restera à la tête du corps durant dix ans. Le 8 mai 1959, Louis Verbanck lui succède, cet homme est bien connu des Tournaisiens, il tient une poissonnerie à la rue Gallait.

En mars 1961, on installe le centre de secours "900" qui va couvrir les zones d'Ath et de Tournai.

Le 25 octobre 1963, le Conseil communal créée une section professionnelle. A cette occasion la dénomination est modifiée en : "Corps des Sapeurs-Pompiers de la Ville de Tournai".

Jusqu'alors, lorsqu'un sinistre se déclarait, la sirène du beffroi appelait les hommes. Je me souviens de Mr. Derbaudrenghien, marchand de cycles à la chaussée de Willemeau. Dès que la sirène retentissait, il enfilait capote, bottes et casques et se rendait à vélo au local de la place Saint-Pierre. Il avait astucieusement monté un système de sonnerie sur son vélo.

En 1963, le Conseil communal envisage de transférer le corps des Sapeurs Pompiers dans un bâtiment qui sera construit à la rue Perdue. Cent quatorze années après l'avoir quittée, les pompiers y revenaient. Je me souviens qu'à cette occasion des voix se sont élevées, puisqu'on quittait le cœur de la cité pourquoi ne pas construire ce nouveau bâtiment le long des boulevards de ceinture facilitant ainsi les départs. La première pierre de la nouvelle station d'incendie sera posée le 17 octobre 1968 par le Ministre de l'Intérieur de l'époque, Mr. Herman Vanderpoorten. L'avenir a donné raison à ceux qui critiquaient le projet, car, avec l'augmentation de la circulation aux heures de pointe, les départs des camions et ambulances se faisaient au sein d'une circulation dense jusqu'au moment d'atteindre le carrefour de la Porte de Lille.

Durant le mois de juillet 1970, les pompiers vont donc déménager à la rue Perdue. Cette nouvelle station d'incendie est l'œuvre de l'architecte René Piepers, lui-même Lieutenant volontaire. La nouvelle caserne sera officiellement inaugurée le 7 décembre par le Ministre de l'Intérieur L. Harminigies.

L'année 1971 marque le 150e anniversaire de la fondation du corps. Les 1er, 2 et 3 mai, sont organisés, à Tournai, l'Assemblée Générale annuelle de la Fédération Royale des Corps des Sapeurs Pompiers de Belgique et le Congrès annuel de l'Union Provinciale des Corps de Sapeurs Pompiers du Hainaut. A la fin de cette même années, Louis Verbanck part à la retraite.

Le 1er janvier 1972, le Capitaine-Commandant Francis Lechevin devient le 12e Capitaine-Commandant de corps des pompiers mais également le premier officier professionnel en charge du service incendie. Il est entré en 1956 en qualité de pompier volontaire.

Nous aurons l'occasion de parler ultérieurement des tâches qui sont imposées au service incendie. En 1973, il est nécessaire de procéder au recrutement de pompiers professionnels, ceux-ci seront bientôt soixante, soit presque autant que le cadre des volontaires. En 1974, trois officiers professionnels sont recrutés, il s'agit des Sous-Lieutenants Jean-Claude Mondo, Daniel Tourneur et Jacques Vanderhoost.

Dès les années septante, l'appel des hommes se faisaient par une sonnerie de téléphone et non plus systématiquement par la sirène du beffroi.

L'arrivée de professionnels va s'avérer judicieuse, les sinistres sont de plus en plus nombreux et complexes dans leur approche. Ainsi le 20 juin 1975, vers 19h00, les hommes sont appelés au magasin "Drouillon", à la rue de Pont. Cette maison tournaisienne bien connue est spécialisée en produits phytopharmaceutiques. Les volutes d'une fumée noire sont visibles à des kilomètres à la ronde et la visibilité est presque nulle dans ces rues et ruelles du quartier Saint-Brice. Au bout d'une heure d'efforts, les "firemen" seront maîtres de la situation.

En 1978, la nouvelle centrale "900" est opérationnelle, elle remplace celle installée en 1961. Le Ministre de l'Intérieur Gramme viendra visiter les installations. Le Lieutenant professionnel Jean-Claude Mondo est promu au grade de Capitaine, 1er adjoint au chef du service.

En 1980, le Conseil communal décide d'acquérir des immeubles sis 7-9, 11 et 13 de la rue Dorée. Ceux-ci serviront à l'agrandissement de la caserne. Ils serviront par la suite au service ambulances devenu entretemps le service "100".

Quelques sinistres qui marquèrent les témoins.  

L'année 1980 sera marquée par un des plus importants sinistres connus dans la cité des cinq clochers depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En milieu de matinée de ce lundi de Pâques, une imposante colonne de fumée s'élève au-dessus du quartier Saint-Jacques, la galerie du "Tournai-Shopping" est la proie des flammes. Tous les hommes disponibles sont appelés ainsi que la Protection Civile. Le tout nouvel élévateur "Comet" va y subir son baptême du feu. Cet incendie spectaculaire qui, heureusement, se déroulait à proximité de l'Escaut va rester dans la mémoire des centaines de Tournaisiens qui assistèrent durant toute la journée au combat sur plusieurs fronts des hommes du feu. La crainte de découvrir des victimes fut heureusement vaine.  

Durant les années qui vont suivre, les sapeurs pompiers tournaisiens vont être confrontés à de nouvelles catastrophes : le 10 avril 1985, vers 19h, dans une station-service située à proximité du pont du Viaduc, le long du boulevard Delwart, une cuve d'un contenu de 15.000 litres de LPG (gaz liquéfié) fuit. Invisible, le gaz se répand sur la chaussée alors que des véhicules stationnent au feux qui règlent encore la circulation à cette époque (NDLR : le carrefour a été depuis lors réaménagé, la station-service a été rasée et un vaste rond-point canalise le flot de véhicules). Une étincelle et c'est l'embrasement, une personne prisonnière de sa voiture y perdra la vie, deux autres seront gravement brûlées et de nombreux témoins seront emmenés à la clinique Notre-Dame toute proche, en état de choc. Au péril de leur vie, les pompiers vont arroser sans cesse la cuve afin de la refroidir au maximum évitant ainsi une catastrophe encore bien plus grande pour le quartier, parvenant à ce que le feu ne se propage pas à la voie ferrée qui surplombait les lieux du sinistre.

Le 9 février 1995, dans la soirée, le magasin "Au roi du Matelas" situé dans le zoning commercial de Froyennes est la proie des flammes. Le rougeoiement de l'incendie est visible partout en ville.

Le 16 avril 1995, vers 6h15, en ce lundi de Pâques, ce sont les usines "Unisac", à l'avenue de Maire, qui sont en feu. Par son ampleur et aussi en raison du jour durant lequel il s'est déclaré, cet incendie rappelle à beaucoup celui du Tournai-Shopping qui a eu lieu 15 ans auparavant. Il faut savoir que cette usine travaille en continu au niveau de son département extrusion (étirage de polyéthylène). On ne déplorera pas de victime.

La nuit du 26 au 27 juin 1995, c'est au tour d'une pizzeria située au 15 de la rue Saint-Martin d'être détruite par un incendie.

Le 8 novembre 1995, vers 2h40, une patrouille de police détecte un incendie dans une maison du quai Sakharov, les deux policiers appellent les pompiers et sauvent une jeune dame et sa maman. L'incendie est criminel, on a accumulé des matériaux inflammables contre la porte d'entrée et on y a bouté le feu.

Le 13 juillet 1998, en début de soirée, c'est au tour d'une entreprise spécialisée dans le ramassage des déchets située à la rue Terre à Brique dans la zone industrielle de Tournai-Ouest d'être ravagée par le feu. Au cours de cette intervention, un pompier gêné par les importantes fumées dégagées parle sinistre fait une chute de sept mètres dans une trémie. Il souffre d'une fracture du bassin, du fémur et d'un poignet. N'écoutant que son courage, un des collègues se précipitent pour lui porter secours, au cours de cette intervention, il sera gravement intoxiqué.

Enfin en 1999, la firme New-Unisac à l'avenue de Maire  qui avait succédé à la société Unisac est à nouveau la proie des flammes. L'enquête déterminera qu'il s'agit, à nouveau, d'un incendie criminel. Cette fois, le but est atteint, la société ne se relèvera plus de ses cendres.

Au cours de cette décennie qui se termine, on relèvera encore l'important incendie du café-dancing "L'Indigo", en haut de la rue Saint-Martin et les explosions de la rue Albert Asou et de la rue Garnier toutes les deux provoquées par le gaz.

Après le départ de Francis Lechevin, c'est Jean-Claude Mondo qui lui succèdera. Il connaîtra un nouveau déménagement puisqu'en 2005, après trente-cinq années de présence à la rue Perdue, les hommes vont emménager dans un bâtiment flambant neuf à l'avenue de Maire, là où se trouvait, avant la fusion des clubs de football tournaisiens, le terrain du Royal Racing Club.

Une image restera gravée à jamais dans le souvenir des pompiers et des voisins lorsque les dernier camions quittèrent l'ancienne caserne par la rue des Bouchers Saint-Jacques. Sur le pas de sa porte, Lucette, la marraine des pompiers, la gorge serrée, leur faisait un dernier signe de la main, elles voyait partir ses "petits" comme elle disait. Elle, qui, depuis des années, allait leur porter des biscuits pendant la journée. Lucette Menu s'éteignait deux ans plus tard, non sans avoir souvent été invitée à boire le café et déguster un morceau de tarte à l'avenue de Maire. C'est cela aussi la mentalité tournaisienne ! 

Jean-Claude Mondo partira en retraite le 1er mars 2013.

De quoi demain sera-t-il fait ?

Les hommes mais aussi la population tournaisienne se posent la question. Le Corps des Pompiers, fondé il y a près de deux cents ans, ne va-t-il pas se couper de ses racines profondément implantées dans le cœur des Tournaisiens ? Désormais son commandant de zone, originaire de Mouscron, risque de ne pas avoir la fibre tournaisienne, d'être avant tout administratif. Il faut savoir que le poste de commandement de la zone est désormais implanté à Tournai-Ouest. L'harmonie a déjà changé d'appellation, les musiciens porteront-ils encore l'uniforme si apprécié des anciens ? Les fêtes de Sainte-Barbe et de Sainte-Barbette seront-elles encore organisées ? Que deviendront ces souvenirs, ces trésors de guerre accumulés durant près de deux siècles d'existence ? Où iront les nombreuses caisses d'argenteries frappées aux armes de la Ville utilisées lors des banquets notamment dans la prestigieuse salle "Gahylle" à l'étage de l'hôtel de la rue de l'Hôpital Notre-Dame ? Les étendards seront-ils déposés au musée de folklore ? L'ancien matériel exposé lors des portes ouvertes sera-t-il encore visible par les jeunes afin de reconstituer l'histoire du corps et peut-être leur donner la vocation de servir ? Y aura-t-il encore des portes ouvertes à la caserne ? N'oublions pas que depuis l'entrée en application du système "Rinsis", lorsqu'on forme  le "112" afin de recevoir une aide urgente, l'appel atterrit désormais à Mons et non plus à Tournai, un jour peut-être, le call-center se trouvera délocalisé en Pologne ou en Afrique du Nord pour les sempiternelles raisons d'économies chères à nos politiciens. 

Il ne semble pas, actuellement, avoir à Tournai une volonté de reconnaissance à l'égard d'un corps qui a sauvé tant de vies, protégé le patrimoine et animé les rues de la cité !

(sources : "plaquette" éditée en 1981 par le service incendie à l'occasion de son 160e anniversaire - "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière - "Biographie tournaisiennes des XIX et XXe siècle" de G. Lefebvre - presse locale et souvenirs personnels - mes remerciements vont aussi à Mr. Guy Petit, ancien pompier, pour les infos transmises).

S.T. juin 2015.

08 juin
2015

11:00

Tournai : l'histoire du Corps des Volontaires-Pompiers Tournaisiens (3)

La première moitié du XXe siècle.

Le vingtième siècle débute par la désignation, le 23 janvier, d'un nouveau Capitaine-Commandant en la personne d'Albert Dutoit, celui-ci succède à Oscar Dapsens qui a démissionné de ses fonctions six semaines plus tôt.

En 1904, la pompe à vapeur, inaugurée en 1876, ayant rendu de multiples services est remplacée par une autre du système Béduwé.

Un événement important pour le corps des pompiers se déroule le 21 mai 1905. Dans le cadre des festivités organisées pour marquer le 75 anniversaire de la Belgique, le Prince Albert de Belgique (qui deviendra le roi Albert Ier en 1909) vient inaugurer la distribution d'eau.

Le 10 juin de cette même année, le Corps des Volontaires-Pompiers Tournaisiens participe au concours international de manœuvre d'incendie, de sauvetage et d'ambulance d'Ivry sur Seine (F). Il regagne la cité des cinq clochers avec le 1er prix de manœuvres, deux premiers prix de théorie et deux premiers prix de pratique aux ambulanciers Lardinoy et Leroux. Le corps reçoit, en outre, les félicitations spéciales du jury pour la bonne tenue des hommes et du matériel.

Le 25 juin, le Conseil Communal vote un crédit important pour l'acquisition du matériel nécessaire pour l'utilisation des bouches incendie.

L'année suivante, les 9 et 10 juin 1907, c'est à Valenciennes que les Volontaires-Pompiers Tournaisiens obtiennent le premier prix d'honneur de manœuvre, le prix d'honneur d'ambulance ex aequo, tandis que le Commandant Dutoit se voit décerner la médaille d'argent de 2e classe de la République par le Gouvernement français.

Lorsqu'il participe pour la seconde fois au concours international d'Ivry sur Seine, les 30, 31 mai et le 1er juin, le Corps des Volontaires-Pompiers ne redoute peut-être pas encore le cataclysme qui va bientôt se déchaîner sur l'Europe. Il remporte trois premiers prix au concours d'ambulance, un premier prix au concours de manœuvre tandis que le prix d'honneur lui est offert par le Président de la République. A cette même occasion, le Sous-Lieutenant Zoude reçoit la médaille d'honneur de 2è Classe de la République.

Le premier conflit mondial éclate. L'occupant allemand interdit l'utilisation du tocsin. Pour pallier à cette situation, chaque nuit, une garde composée d'un officier, d'un sous-officier, de six hommes et d'un "fontainer" de l'usine des eaux assure une permanence. Quand se dérouleront les combats pour la libération de la Ville, les Volontaires-Pompiers seront de service, nuits et jours, pour combattre les incendies qui éclatent, secourir les personnes ensevelies sous les décombres, soigner et évacuer les blessés, transporter les morts.

A la fin de la guerre, l'instauration du service militaire obligatoire qui remplace le vieux (et disons-le injuste) système du tirage au sort annuel marque la fin de la Garde Civique à laquelle le corps était rattaché depuis 1848. Désormais, l'engagement au sein du corps des volontaires-pompiers sera l'expression d'un libre-choix, celui de se mettre au service de la population.

Le Commandant Dutoit souhaite moderniser le corps en introduisant la motorisation. Il fait acquérir un camion de récupération de l'armée pour le transport des hommes et du matériel.

En 1921, lors des festivités organisées dans le cadre du 100e anniversaire de sa fondation, le Corps des Volontaires-Pompiers de la cité des cinq clochers est passé en revue par le roi Albert Ier.

Au début de l'année 1925, le corps va être confronté à d'importantes inondations, les pluies diluviennes qui s'abattent sur le pays depuis la seconde quinzaine du mois de décembre vont être à l'origine du débordement de l'Escaut, on ne compte plus le nombre de caves inondées, les maisons cernées par les eaux, notamment à la limite des villages de Warchin et de Rumillies. Il faudra même évacuer totalement une ferme au Bas-Follet.

En 1926, on note la mise en service d'une moto-pompe de type Drouville qui remplace la pompe à vapeur.  

Le 26 février 1927, vers 3h50, le quartier du faubourg de Morel est le théâtre d'un très violent incendie qui se déclare suite à l'explosion d'une lampe à huile dans un atelier. Malgré la rapide intervention des hommes du feu tournaisiens, bâtiment et contenu (60.000 œufs prêts à être expédiés) seront détruits.

En 1928, la modernisation se poursuit, les pompiers sont désormais équipés d'un camion Chevrolet pour le transport d'hommes et de matériel. La pompe Drouville y est attachée en remorque. Partant en intervention, les hommes prenaient place sur des sièges alignés de chaque côté du camion.

Ce transporteur d'hommes sera utile lorsqu'on prend connaissance des nombreux sinistres auxquels doivent faire face les "firemen" tournaisiens. Au hasard, rappelons celui du 14 avril 1930, vers 8h15, qui éclate à l'huilerie et savonnerie Pollet située dans la rue Saint-Brice, au cœur d'un des quartiers les plus peuplés de la cité des cinq clochers. Les bâtiments en feu ne sont heureusement pas occupés mais jouxtent une "courée" de la rue Clercamps. Les pompiers vont batailler pendant plus d'une heure pour protéger ces logis occupés par de pauvres gens. Les bâtiments et réserves de la savonnerie seront gravement endommagés mais on ne déplorera aucune victime et le voisinage fut sauvegardé.

L'année 1931 sera également marquée par de nombreux sinistres comme celui qui éclate, le 18 janvier vers 23h30, à la rue des Chapeliers, à deux pas du local de la place Saint-Pierre. La chapellerie Forrez-Bouchez est la proie des flammes, ce sinistre fera deux victimes, le couple qui dort à l'étage surpris dans son sommeil, des voisins s'échapperont par les toits. Comme celui, également, qui éclate à la rue Duquesnoy, le 16 février, dans le commerce d'un colporteur ou encore celui de la nuit du 29 au 30 mai, dans une ferme de la chaussée de Willemeau où un voisin aidant à l'évacuation du matériel se retrouvera coincé sous une poutre.

Le 26 avril 1932, le commandant Dutoit quitte la direction du Corps des Pompiers. Il y laisse le souvenir d'un homme compétent, d'un homme qui avait su, en trente-deux années, le moderniser, d'un homme qui était à l'écoute de ses hommes mais qui faisait aussi preuve d'une autorité indiscutée. C'est son adjoint, la capitaine Charles Declercq qui est appelé à lui succéder. Il poursuivra l'œuvre de modernisation entreprise par son prédécesseur en dotant le corps d'un transport léger assurant les premiers départs, de deux moto-pompes centrifuges, d'un camion de transport d'hommes et de matériel et d'une moto-pompe portative de 600 litres.

Comme l'avait fait avant lui le commandant Dutoit, durant la période 1914-1918, il assurera avec le corps de pompiers la sécurité de la population tournaisienne pendant le second conflit mondial. Les hommes seront sur la brèche pratiquement tous les jours en raison des bombardements et des incendies qu'ils gênèrent. Durant cette période, le corps recevra également pour mission de fournir un renfort en hommes et matériel aux villes voisines touchées par des bombardements massifs.

Le 23 août 1945, le commandant Declercq démissionne, pour son remplacement, le choix est loin d'être pléthorique, le Lieutenant Léon Beghin est le seul officier encore en activité. Le Conseil communal lui demande d'assurer l'intérim de commandement, il sera confirmé dans ses fonctions et nommé Capitaine-Commandant, le 15 février 1947, par décision du Gouverneur du Hainaut.

(à suivre)

S.T. juin 2015