10 juin
2015

Tournai : l'histoire du Corps des Volontaires-Pompiers Tournaisiens (4)

Vers le professionnalisation.

Un an après la fin du second conflit mondial, le Corps des Volontaires-Pompiers Tournaisiens va célébrer ses 125 années d'existence. A cette occasion, il organise le Congrès de la Fédération des Sapeurs-Pompiers de Belgique.

Le 1er avril 1949, le commandant Beghin est remplacé par le Capitaine Charles Cambier. Ce dernier restera à la tête du corps durant dix ans. Le 8 mai 1959, Louis Verbanck lui succède, cet homme est bien connu des Tournaisiens, il tient une poissonnerie à la rue Gallait.

En mars 1961, on installe le centre de secours "900" qui va couvrir les zones d'Ath et de Tournai.

Le 25 octobre 1963, le Conseil communal créée une section professionnelle. A cette occasion la dénomination est modifiée en : "Corps des Sapeurs-Pompiers de la Ville de Tournai".

Jusqu'alors, lorsqu'un sinistre se déclarait, la sirène du beffroi appelait les hommes. Je me souviens de Mr. Derbaudrenghien, marchand de cycles à la chaussée de Willemeau. Dès que la sirène retentissait, il enfilait capote, bottes et casques et se rendait à vélo au local de la place Saint-Pierre. Il avait astucieusement monté un système de sonnerie sur son vélo.

En 1963, le Conseil communal envisage de transférer le corps des Sapeurs Pompiers dans un bâtiment qui sera construit à la rue Perdue. Cent quatorze années après l'avoir quittée, les pompiers y revenaient. Je me souviens qu'à cette occasion des voix se sont élevées, puisqu'on quittait le cœur de la cité pourquoi ne pas construire ce nouveau bâtiment le long des boulevards de ceinture facilitant ainsi les départs. La première pierre de la nouvelle station d'incendie sera posée le 17 octobre 1968 par le Ministre de l'Intérieur de l'époque, Mr. Herman Vanderpoorten. L'avenir a donné raison à ceux qui critiquaient le projet, car, avec l'augmentation de la circulation aux heures de pointe, les départs des camions et ambulances se faisaient au sein d'une circulation dense jusqu'au moment d'atteindre le carrefour de la Porte de Lille.

Durant le mois de juillet 1970, les pompiers vont donc déménager à la rue Perdue. Cette nouvelle station d'incendie est l'œuvre de l'architecte René Piepers, lui-même Lieutenant volontaire. La nouvelle caserne sera officiellement inaugurée le 7 décembre par le Ministre de l'Intérieur L. Harminigies.

L'année 1971 marque le 150e anniversaire de la fondation du corps. Les 1er, 2 et 3 mai, sont organisés, à Tournai, l'Assemblée Générale annuelle de la Fédération Royale des Corps des Sapeurs Pompiers de Belgique et le Congrès annuel de l'Union Provinciale des Corps de Sapeurs Pompiers du Hainaut. A la fin de cette même années, Louis Verbanck part à la retraite.

Le 1er janvier 1972, le Capitaine-Commandant Francis Lechevin devient le 12e Capitaine-Commandant de corps des pompiers mais également le premier officier professionnel en charge du service incendie. Il est entré en 1956 en qualité de pompier volontaire.

Nous aurons l'occasion de parler ultérieurement des tâches qui sont imposées au service incendie. En 1973, il est nécessaire de procéder au recrutement de pompiers professionnels, ceux-ci seront bientôt soixante, soit presque autant que le cadre des volontaires. En 1974, trois officiers professionnels sont recrutés, il s'agit des Sous-Lieutenants Jean-Claude Mondo, Daniel Tourneur et Jacques Vanderhoost.

Dès les années septante, l'appel des hommes se faisaient par une sonnerie de téléphone et non plus systématiquement par la sirène du beffroi.

L'arrivée de professionnels va s'avérer judicieuse, les sinistres sont de plus en plus nombreux et complexes dans leur approche. Ainsi le 20 juin 1975, vers 19h00, les hommes sont appelés au magasin "Drouillon", à la rue de Pont. Cette maison tournaisienne bien connue est spécialisée en produits phytopharmaceutiques. Les volutes d'une fumée noire sont visibles à des kilomètres à la ronde et la visibilité est presque nulle dans ces rues et ruelles du quartier Saint-Brice. Au bout d'une heure d'efforts, les "firemen" seront maîtres de la situation.

En 1978, la nouvelle centrale "900" est opérationnelle, elle remplace celle installée en 1961. Le Ministre de l'Intérieur Gramme viendra visiter les installations. Le Lieutenant professionnel Jean-Claude Mondo est promu au grade de Capitaine, 1er adjoint au chef du service.

En 1980, le Conseil communal décide d'acquérir des immeubles sis 7-9, 11 et 13 de la rue Dorée. Ceux-ci serviront à l'agrandissement de la caserne. Ils serviront par la suite au service ambulances devenu entretemps le service "100".

Quelques sinistres qui marquèrent les témoins.  

L'année 1980 sera marquée par un des plus importants sinistres connus dans la cité des cinq clochers depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En milieu de matinée de ce lundi de Pâques, une imposante colonne de fumée s'élève au-dessus du quartier Saint-Jacques, la galerie du "Tournai-Shopping" est la proie des flammes. Tous les hommes disponibles sont appelés ainsi que la Protection Civile. Le tout nouvel élévateur "Comet" va y subir son baptême du feu. Cet incendie spectaculaire qui, heureusement, se déroulait à proximité de l'Escaut va rester dans la mémoire des centaines de Tournaisiens qui assistèrent durant toute la journée au combat sur plusieurs fronts des hommes du feu. La crainte de découvrir des victimes fut heureusement vaine.  

Durant les années qui vont suivre, les sapeurs pompiers tournaisiens vont être confrontés à de nouvelles catastrophes : le 10 avril 1985, vers 19h, dans une station-service située à proximité du pont du Viaduc, le long du boulevard Delwart, une cuve d'un contenu de 15.000 litres de LPG (gaz liquéfié) fuit. Invisible, le gaz se répand sur la chaussée alors que des véhicules stationnent au feux qui règlent encore la circulation à cette époque (NDLR : le carrefour a été depuis lors réaménagé, la station-service a été rasée et un vaste rond-point canalise le flot de véhicules). Une étincelle et c'est l'embrasement, une personne prisonnière de sa voiture y perdra la vie, deux autres seront gravement brûlées et de nombreux témoins seront emmenés à la clinique Notre-Dame toute proche, en état de choc. Au péril de leur vie, les pompiers vont arroser sans cesse la cuve afin de la refroidir au maximum évitant ainsi une catastrophe encore bien plus grande pour le quartier, parvenant à ce que le feu ne se propage pas à la voie ferrée qui surplombait les lieux du sinistre.

Le 9 février 1995, dans la soirée, le magasin "Au roi du Matelas" situé dans le zoning commercial de Froyennes est la proie des flammes. Le rougeoiement de l'incendie est visible partout en ville.

Le 16 avril 1995, vers 6h15, en ce lundi de Pâques, ce sont les usines "Unisac", à l'avenue de Maire, qui sont en feu. Par son ampleur et aussi en raison du jour durant lequel il s'est déclaré, cet incendie rappelle à beaucoup celui du Tournai-Shopping qui a eu lieu 15 ans auparavant. Il faut savoir que cette usine travaille en continu au niveau de son département extrusion (étirage de polyéthylène). On ne déplorera pas de victime.

La nuit du 26 au 27 juin 1995, c'est au tour d'une pizzeria située au 15 de la rue Saint-Martin d'être détruite par un incendie.

Le 8 novembre 1995, vers 2h40, une patrouille de police détecte un incendie dans une maison du quai Sakharov, les deux policiers appellent les pompiers et sauvent une jeune dame et sa maman. L'incendie est criminel, on a accumulé des matériaux inflammables contre la porte d'entrée et on y a bouté le feu.

Le 13 juillet 1998, en début de soirée, c'est au tour d'une entreprise spécialisée dans le ramassage des déchets située à la rue Terre à Brique dans la zone industrielle de Tournai-Ouest d'être ravagée par le feu. Au cours de cette intervention, un pompier gêné par les importantes fumées dégagées parle sinistre fait une chute de sept mètres dans une trémie. Il souffre d'une fracture du bassin, du fémur et d'un poignet. N'écoutant que son courage, un des collègues se précipitent pour lui porter secours, au cours de cette intervention, il sera gravement intoxiqué.

Enfin en 1999, la firme New-Unisac à l'avenue de Maire  qui avait succédé à la société Unisac est à nouveau la proie des flammes. L'enquête déterminera qu'il s'agit, à nouveau, d'un incendie criminel. Cette fois, le but est atteint, la société ne se relèvera plus de ses cendres.

Au cours de cette décennie qui se termine, on relèvera encore l'important incendie du café-dancing "L'Indigo", en haut de la rue Saint-Martin et les explosions de la rue Albert Asou et de la rue Garnier toutes les deux provoquées par le gaz.

Après le départ de Francis Lechevin, c'est Jean-Claude Mondo qui lui succèdera. Il connaîtra un nouveau déménagement puisqu'en 2005, après trente-cinq années de présence à la rue Perdue, les hommes vont emménager dans un bâtiment flambant neuf à l'avenue de Maire, là où se trouvait, avant la fusion des clubs de football tournaisiens, le terrain du Royal Racing Club.

Une image restera gravée à jamais dans le souvenir des pompiers et des voisins lorsque les dernier camions quittèrent l'ancienne caserne par la rue des Bouchers Saint-Jacques. Sur le pas de sa porte, Lucette, la marraine des pompiers, la gorge serrée, leur faisait un dernier signe de la main, elles voyait partir ses "petits" comme elle disait. Elle, qui, depuis des années, allait leur porter des biscuits pendant la journée. Lucette Menu s'éteignait deux ans plus tard, non sans avoir souvent été invitée à boire le café et déguster un morceau de tarte à l'avenue de Maire. C'est cela aussi la mentalité tournaisienne ! 

Jean-Claude Mondo partira en retraite le 1er mars 2013.

De quoi demain sera-t-il fait ?

Les hommes mais aussi la population tournaisienne se posent la question. Le Corps des Pompiers, fondé il y a près de deux cents ans, ne va-t-il pas se couper de ses racines profondément implantées dans le cœur des Tournaisiens ? Désormais son commandant de zone, originaire de Mouscron, risque de ne pas avoir la fibre tournaisienne, d'être avant tout administratif. Il faut savoir que le poste de commandement de la zone est désormais implanté à Tournai-Ouest. L'harmonie a déjà changé d'appellation, les musiciens porteront-ils encore l'uniforme si apprécié des anciens ? Les fêtes de Sainte-Barbe et de Sainte-Barbette seront-elles encore organisées ? Que deviendront ces souvenirs, ces trésors de guerre accumulés durant près de deux siècles d'existence ? Où iront les nombreuses caisses d'argenteries frappées aux armes de la Ville utilisées lors des banquets notamment dans la prestigieuse salle "Gahylle" à l'étage de l'hôtel de la rue de l'Hôpital Notre-Dame ? Les étendards seront-ils déposés au musée de folklore ? L'ancien matériel exposé lors des portes ouvertes sera-t-il encore visible par les jeunes afin de reconstituer l'histoire du corps et peut-être leur donner la vocation de servir ? Y aura-t-il encore des portes ouvertes à la caserne ? N'oublions pas que depuis l'entrée en application du système "Rinsis", lorsqu'on forme  le "112" afin de recevoir une aide urgente, l'appel atterrit désormais à Mons et non plus à Tournai, un jour peut-être, le call-center se trouvera délocalisé en Pologne ou en Afrique du Nord pour les sempiternelles raisons d'économies chères à nos politiciens. 

Il ne semble pas, actuellement, avoir à Tournai une volonté de reconnaissance à l'égard d'un corps qui a sauvé tant de vies, protégé le patrimoine et animé les rues de la cité !

(sources : "plaquette" éditée en 1981 par le service incendie à l'occasion de son 160e anniversaire - "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière - "Biographie tournaisiennes des XIX et XXe siècle" de G. Lefebvre - presse locale et souvenirs personnels - mes remerciements vont aussi à Mr. Guy Petit, ancien pompier, pour les infos transmises).

S.T. juin 2015.

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