02 juin
2015

Tournai : l'histoire du Corps des Volontaires-Pompiers Tournaisiens (1)

Chronique d'une disparition annoncée.

En vertu de la Loi du 15 mai 2007, la Belgique est désormais subdivisée en trente-quatre zones de secours créées dans le cadre de la Réforme de la Sécurité civile belge. Le but de celle-ci est de mieux coordonner les interventions lors d'incendies ou de catastrophes, d'améliorer la formation et le statut du personnel, de répartir plus équitablement les moyens avec pour corolaire de réaliser des économies d'échelles au niveau du financement.

Les zones de secours se mettent, peu à peu, en place. Celle de Wallonie picarde est effective depuis le 1er janvier 2015. Antérieurement à cette importante réforme, la Belgique comptait pas moins de 251 services incendie placés sous l'autorité des bourgmestres. On estime que la totalité de ceux-ci représentait environ 12.000 volontaires et 6.000 professionnels.

Sans cette réforme mise sur pied par le Ministre de l'intérieur, le service incendie de la Ville de Tournai, communément appelé par le citoyen, le Corps des Volontaires-Pompiers, aurait fêté dans six ans, en juin 2021, son deux-centième anniversaire. Deux siècles au service de la population tournaisienne, deux cents ans pendant lesquels les sapeurs-pompiers ont soutenu les habitants de la cité des cinq clochers et des villages voisins dans des moments difficiles, au cours d'incendies, d'accidents ou de catastrophes.

C'est pour rendre hommage à ces hommes du feu, à ceux qui souvent risquent leur vie pour sauver leurs semblables que l'Optimiste a décidé de raconter leur histoire.

L'eau et le feu.

L'eau et le feu, deux éléments nécessaires à la vie mais également deux éléments souvent pourvoyeurs de mort. L'eau et le feu, deux ennemis héréditaires qui, se déchaînant, sont à l'origine des plus grandes tragédies. Qu'on se rappelle l'incendie de Rome en 64 après J.C., qu'on se souvienne des terribles inondations qui touchèrent les côtes belges et hollandaises, le 1er février 1953, un effet d'une violente tempête dont les vents soufflaient dans le sens d'une marée exceptionnellement haute.

"Au feu !", une exclamation qui faisait jadis trembler les populations à l'époque où les maisons étaient en bois, couvertes de chaume, serrées les unes contre les autres dans des ruelles étroites. La plus petite étincelle, la moindre lampe à huile qui basculait volontairement ou involontairement, la plus petite braise qui s'envolait d'un foyer et c'était un quartier tout entier qui risquait de partir en fumée ! 

"Au feu !", à ce cri, la solidarité s'organisait, tout le monde avait intérêt à empêcher cet ennemi implacable de progresser, de dévorer habitation après habitation, de réduire à néant le logis de pauvres gens. On faisait la chaîne, sur plusieurs dizaines, voire centaines de mètres, au moyen des récipients en bois, on allait puiser l'eau du puits communal ou directement dans l'Escaut.

La lutte contre le feu s'organise.

Bien avant l'indépendance de la Belgique, alors que notre région était encore administrée par le régime hollandais, le Conseil de Régence avait mis à la disposition de la ville, quatre pompes pour combattre les incendies. Selon les archives, celles-ci étaient entreposées dans un local de la rue du Corbeau, une voirie située dans le quartier Saint-Pierre qui reliait, à cette époque, les rues de la Lanterne et du Chevet Saint-Pierre, son nom venant d'une maison qui avait un corbeau pour enseigne nous dit Bozière.

Des particuliers avaient été formés à leur utilisation, ces hommes exerçaient différentes professions : des portefaix, des hommes dont le métier était de porter de lourds fardeaux, des marchands de charbon habitués à déplacer de lourdes charges, des mesureurs de grains et même... des marchands de beurre ! Ce sont les commissaires de police qui étaient responsables de ces hommes et du matériel mis à disposition. Ils avaient pour missions de commander les hommes et de maintenir les pompes en bon état de fonctionnement.

Naissance du Corps des Volontaires Pompiers.

L'acte de naissance officiel du service incendie de Tournai est daté du 12 avril 1821, c'est, en effet, à cette date que le Conseil de Régence prend la décision de fonder ce qui est appelé : le "Corps des Volontaires-Pompiers Tournaisiens". En regard de la pénibilité du travail et des risques encourus par les hommes, des avantages et des récompenses annuelles ont, dès le départ, été institués. Au-delà de la notion de dédommagement, cette marque de reconnaissance par les autorités communales de l'importance du travail accompli conférait un caractère honorable au Corps des Volontaires-Pompiers Tournaisiens.

Sept mois plus tard, le 28 novembre 1821, le Conseil de Régence fixe le cadre du Corps des Pompiers à 65 hommes mais ne peut trouver un accord en son sein en ce qui concerne la nomination du premier commandant. C'est donc le lieutenant Payen qui assurera cette fonction jusqu'à la désignation d'un chef de corps. A cette époque, les hommes disposent de cinq pompes réparties de la façon suivante : trois sont toujours conservées à la rue du Corbeau, une au Becquerelle et une au Parc communal.

Le 15 juillet 1822, les hommes se réunissent pour la première fois dans le bâtiment dit des "Célestines". Il s'agit d'un ancien couvent abritant l'ordre des Célestines, appelées également Filles bleues en raison de la couleur du scapulaire qu'elle portaient au-dessus de leur robe de laine blanche. Un cloître, une chapelle, un bâtiment principal et des dépendances avaient été érigés à la fin du XVIIe siècle en haut de l'actuelle rue des Jésuites, sur des terrains faisant face à l'abbaye de Saint-Martin. Cet ordre avait été supprimé par le décret de Joseph II et les religieuses avaient quitté le couvent en 1782. 

Ce n'est qu'en 1823 que l'autorisation sera donnée aux hommes du feu de porter un uniforme. Dans le courant de cette même année, on installe un poste de garde au théâtre occupé par trois hommes lors des représentations. Rappelons qu'à cette époque l'éclairage n'était pas encore électrique et que les risques d'embrasement devaient être pris au sérieux.

En juin 1824, le premier commandant est nommé. Le choix du Conseil s'est porté sur Mr. Presin-Duhennocq qui est élevé au grade de Capitaine-Commandant. Il reçoit le premier étendard des mains du Bourgmestre, le comte Bernard Antoine Joseph de Béthune (1777-1832), celui-ci présidait à la destinée de la Ville depuis le 8 mars.

Quinze mois plus tard, le 29 septembre, le premier commandant présente déjà sa démission. Pour le remplacer, le Conseil de Régence nomme Mr. Dominique Brunin, en date du 18 juin 1826.

En 1827, un chirurgien est attaché au corps des pompiers.

Le 3 mars 1830, le cadre passe de 65 à 76 hommes. En septembre éclate la révolution qui débouchera sur l'indépendance de la Belgique, l'occupant hollandais est bouté dehors, le 29, ce sont les pompiers qui entreront les premiers dans la citadelle et un de leurs officiers va arborer le drapeau aux couleurs nationales.

(à suivre)

S.T. juin 2015.

  

 

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