12 mai
2015

Tournai : l'année 1863 sous la loupe.

Note : En raison de l'absence d'archives du journal "Le Courrier de l'Escaut" pour l'année 1862, à la bibliothèque de Tournai, nous passons directement à l'année 1863.

Sur le plan international, l'année 1863 enregistre la fondation, à Genève, le 9 février, de la Croix-Rouge, organisation internationale humanitaire, par Henri Dunant (Prix Nobel de la Paix 1901). Aux Etats-Unis, la guerre de Sécession entre dans sa troisième année, elle est marquée par la bataille de Chancellorsville, en mai, qui voit la victoire du sudiste Lee, suivie deux mois plus tard par celle, très sanglante, de Gettysburg qui enregistre, cette fois, la défaite des Confédérés. En novembre, le Sud est coupé en deux grâce à une nouvelle victoire de Grant. On note les naissances du Baron Pierre de Coubertin, le 1er janvier, il sera le père des Jeux Olympiques de l'ère moderne, d'Henri Ford, le 30 juillet, le premier grand constructeur automobile américain ou de Jules Destrée, le 21 août, homme politique belge. Parmi les disparitions, il y a celles du peintre français Eugène Delacroix, le 13 août, et du poète Alfred de Vigny, le 17 septembre.

Sur le plan national, l'actualité est marquée par les élections législatives de juin qui voient un sensible affaiblissement de la majorité libérale. Celle-ci conserve néanmoins 57 sièges pour 51 à l'opposition emmenée par le parti catholique. A Tervueren, à l'auberge du Renard, va s'installer le peintre tournaisien, Hippolyte Boulanger. Le lieu deviendra le rendez-vous des peintres paysagistes qui fonderont "l'Ecole de Tervueren". La Belgique négocie avec les Pays-Bas, le rachat du péage de l'Escaut.

Sur le plan local, parmi les faits divers, parfois sordides, un fait domine l'actualité de l'année : la misère qui est omniprésente.

Les mouvements de la population tournaisienne en 1862 (Courrier de l'Escaut du 11.01).

Au 31 décembre 1862, le nombre d'habitants s'élève à 31.184, soit 97 unités de moins par rapport à l'année précédente;

Au niveau des naissances, on a enregistré :

légitimes de sexe masculin : 347, légitimes de sexe féminin : 336.

illégitimes de sexe masculin : 32, illégitimes de sexe féminin : 34 soit au total : 749 naissances.

Les décès concernent :

Enfants de sexe masculin : 197, enfants de sexe féminin : 168

Célibataires de sexe masculin : 55, célibataires de sexe féminin : 62

Mariés de sexe masculin : 90, mariées de sexe féminin : 63

Veufs, 49, veuves : 77    soit au total : 761 décès (excédent de 12 par rapport au naissances)

Personnes venues élire domicile à Tournai : 799, personnes ayant quitté la ville : 884

(excédent des départs sur les arrivées : 85).

L'état-civil a officialisé 188 mariages :

garçons et filles : 164, garçons et veuves : 9, veufs et filles : 10, veufs et veuves : 5.

Aucun divorce n'a été prononcé.

(NDLR : pour la première fois les catégories de personnes sont bien définies. Il est remarquable de constater que les chiffres sont de plus en plus affinés. Malgré l'informatique, l'état-civil qui paraît aujourd'hui dans les journaux est beaucoup plus rudimentaire que celui d'il y a cent cinquante ans. Cela nous permet de constater l'importance de la mortalité infantile). 

Un pont de Fer bien chancelant (Courrier de l'Escaut du 14.01).

En séance du 13 janvier, le conseil communal a pris la décision suivante :

"Le passage sur le pont "dit de fer", près de la station (NDLR : la gare se trouvait alors sur le quai de l'Arsenal, actuel quai Sakharov) est interdit aux voitures de roulage et exclusivement réservé aux piétons et aux voitures suspendues. La circulation des voitures de roulage pourra avoir lieu par le pont Notre-Dame, par la rue de l'Hôpital et par le quai Notre-Dame, décision prise vu l'état préoccupant dudit pont de Fer".

Les fortifications (Courrier de l'Escaut du 2.03).

"Suite à l'interpellation de l'honorable Mr. B. Du Mortier, Mr le Ministre de la Guerre (NDLR : le vocabulaire a changé, on l'appellera par la suite le Ministre de la Défense) vient de donner des ordres pour commencer le travail de démolition des fortifications de notre ville. La démolition devra commencer par les points où les fortifications peuvent menacer la citadelle, c'est-à-dire les portes de Saint-Martin et de Valenciennes".

La misère (Courrier de l'Escaut, éditions des 23, 26 mars, 1er avril et 26 juillet).

"La belle fondation que Mr. de Bettignies a fait au Béguinage en faveur de neuf pauvres femmes veuves de notre ville est sur le point de recevoir son exécution. Déjà les titulaires sont désignées et elles iront prochainement prendre place dans le logement riant et salubre que leur fournit la charité du généreux donateur. (...) Logements commodes et agréables, ils se composent de deux pièces, l'une au rez-de-chaussée, l'autre à l'étage, d'un grenier, d'une cave, d'une cour, d'un "curoir" et d'un hangar, d'une citerne et d'un puits à l'usage commun. Chaque pourvue recevra un pain par semaine. Voilà donc neuf femmes à l'abri de la misère et qui pourront, à l'aide de leur travail quotidien, élever honorablement leurs petits enfants". (NDLR : style mélodramatique qui n'est plus d'usage de nos jours).

"Une distribution de pain et de viande a été faite aux enfants pauvres de la paroisse Notre-Dame qui ont été admis à la première communion par notre bourgmestre, Mr. De Rasse, dont l'un des fils y a été admis".

"Le nombre de bénéficiaires de la classe indigente s'accroit de jour en jour dans notre ville. Nous apprenons, avec la plus vive satisfaction, que Mr. Constentin Chaffaux va personnellement remettre en vigueur cette admirable institution du Moyen-Age qu'est la table des pauvres. A ses frais, le premier vendredi de chaque mois, Mr. Chaffaux réunira à sa table dix pauvres vieillards auxquels il servira, de ses propres mains, une magnifique portion de morue et de pommes de terre".

"Depuis quelques années, le Bureau de Bienfaisance de Tournay (NDLR : pour rappel , orthographe de l'époque) fait distribuer par l'intermédiaire des comités de charité des paroisses, des lits en fer aux indigents inscrits sur la liste qui justifie le besoin de cet objet de couchage. Ces lits ne sont confiés qu'à titre de prêt et restent la propriété de l'administration, aussi portent-ils l'estampille de cette dernière pour que personne ne puisse prétexter cause d'ignorance. En conséquence tous les détenteurs de pareils lits ne peuvent s'en dessaisir au profit d'un tiers et seront poursuivis correctionnellement du chef d'abus de confiance et punis conformément aux lois. Seront également poursuivis tous ceux qui en deviendraient possesseurs à titre d'achat, d'échange ou de toute autre manière. Les agents du Mont de Piété sont invités à ne pas les recevoir et à signaler les délinquants au Bureau de Bienfaisance".

Résultats des élections (Courrier de l'Escaut du 11 septembre).

Les élections se sont tenues le 10 septembre. Dans le canton de Tournai,  3.038 personnes ont exprimé un vote, (NDLR : seuls les hommes issus de la bourgeoisie et selon leur richesse sont admis au vote), billets blancs : 0, billets nuls : 7. Louis Dumortier (parti Catholique) : 1.270 voix, Charles Rogier (Parti Libéral) : 1.759 voix.

Le journal comporte le sous-titre suivant : Le succès de Mr. Rogier à Tournay est l'œuvre d'une corruption épouvantable).

La "Foire de Septembre" est misérable (Courrier de l'Escaut du 19 septembre).

"Rien de plus misérable que notre foire cette année. Quelques tristes baraques, un cochon tatoué, l'éternelle tentation de Saint-Antoine, et un chien-lion en composent, pour ainsi dire, tout le menu. La Dame d'Espinoy et Mr. Rogier doivent, d'après les apôtres du libéralisme tournaisien, tenir lieu de toutes espèces de divertissement" (NDLR : on inaugure en effet, en ce mois de septembre, la statue de Christine de Lallaing, princesse d'Espinoy).

Le journal parle d'elle en termes peu élogieux, mettant à mal une légende, celle de la femme qui, en l'absence de son mari parti guerroyer, galvanisait les troupes du haut des remparts pour sauver Tournai des troupes d'Alexandre Farnèse.

Une dernière petite information qui fait sourire.

"Nous avons appris qu'un individu, en profond état d'ivresse, dans un café du faubourg Saint-Martin, avait été arrêté par le Police pour avoir volé... une vache sur le marché de Tournai. (NDLR : pas facile à dissimuler une pareille pièce, son forfait accompli avait-il conduit le bovidé à... la rue Muche-Vache ???).

Ainsi va la vie à Tournai en l'an de grâce 1863. Le clivage de la population est bien net et les pauvres sont majoritaires.

(Sources : le Courrier de l'Escaut, éditions de l'année 1863)

S.T. mai 2015.

 

12:55 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, 1863, misère, rogier, pont de fer |

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