30 avril
2015

14:38

Tournai : les festivités de mai 2015

Tout aussi chargé qu'en avril, l'agenda de mai offre un panel d'activités pour petits et grands !

 

Vendredi 1er et samedi 2 : Halle-aux-Draps, "Tournoi International d'Improvisation " avec la participation des équipes de France, Italie, Suisse et Belgique. Le 2 mai, en clôture : Bruno Coppens.

Dimanche 3, sur les quais Notre-Dame et du Marché au Poisson, de 8h à 18h, "Les Chiffonnades", le grand marché textile de seconde main.

Dimanche 3 : Vieux Marché aux Poteries, de 10h30 à 18h30, "le Petit Montmartre", artistes- peintres, dessinateurs... se donnent rendez-vous au pied des cinq clochers.

Dimanche 3 : Café des Etats-Unis, 13h30, départ du "Relais des Trésors", une découverte originale de la ville dans le cadre d'une noble cause "Le relais pour la vie" au profit de la Fondation contre le Cancer.

Dimanche 3 : Office du tourisme, 14h45, départ de la "Visite de la cathédrale Notre-Dame et de son trésor".

Dimanche 3 : 15h30, "Concert de Carillon" par Pascaline Flamme, à l'occasion de ces concerts, le Musée de Folklore ouvre son jardin aux mélomanes afin d'apprécier les mélodies dans la plus grande quiétude.

Mercredi 6 : Hôtel de Ville, Salon de la Reine : "La Dégénérescence maculaire liée à l'âge, un petit coup d'œil s'impose...", conférence par le Dr. Frédéric Hautenauven, ophtalmologue au Chwapi dans le cadre des Conférences Santé 2015.

Jeudi 7 : Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 14h30 : "Abeilles sauvages de Belgique, biologie et causes de leur régression" par Michaël Terzo, Maître assistant à la Haute Ecole de Bruxelles dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Jeudi 7 : Notre Maison, av. des Etats-Unis, 19h, "Les convictions dans le monde d'aujourd'hui" par Paul Scolas, théologien et Jean-Jacques Wyseur, homme politique, une organisation de l'Aumônerie près des Mouvements d'Action Sociale en Hainaut Occidental.

vendredi 8 mai Water Moulin "Calibro 35" et "Little Legs" en concert. 

Du vendredi 8 au dimanche 17 : Esplanade du Conseil de l'Europe, "Foire aux Manèges".

Samedi 9 : église Notre-Dame Auxiliatrice, 20h, "Oser l'espérance" conférence par le Père Guy Gilbert invité par le CRP Les Marronniers.

Samedi 9 : Hall des Sports, 20h, "New Talents" compétition de Boxe Thai et de kick Boxing.

Samedi 9 : plaine des Manœuvres, "Feu d'artifice" dans le cadre de la foire de Mai. 

Samedi 9 (20h) et Dimanche 10 (18h) : salle La Fenêtre, "Continuez tout droit", un spectacle de et avec Christelle Delbrouck (Fritkot) et Patrick Spadille dans le cadre des Samedis des Planches.

Dimanche 10 : 15h30, "Concert de Carillon" par Thierry Bouillet.

Mercredi 13 : Esplanade du Conseil de l'Europe, "Spectacles de clowns et de magiciens" dans les allées du champ de foire.

Mercredi 13 : Froyennes, la petite Fabriek, 19h, "La Notte de la Rumba Tarentella", soirée musicale et dansante sur des rythmes catalans et sardes.

Vendredi 15 : quartier Saint-Pierre, à partir de 19h45, l'annuelle grande nuit "L'Accordéon, Moi j'aime", le rendez-vous incontournable des amoureux du piano à bretelles dans tous ses états.

Samedi 16 : de 18 à 24h, " La Nuit des Musées", voir ou revoir les huit musées tournaisiens sous... un jour différent ! 

Dimanche 17 : place Saint-Pierre, 10h, départ de "La Caravane Vanne", randonnée cyclo familiale en musique reliant Tournai à Baisieux avec pique-nique à la frontière dans le cadre du week-end Franco-Belge de l'Accordéon.

Dimanche 17 : 15h30, "Concert de Carillon" par François Clément.  

Du jeudi 21 au lundi 25 : Esplanade du Conseil de l'Europe, "Euro C.C.", concentration européenne des passionnés de Motor-Home.

Vendredi 22 : Grand-Place, 20h, "L'Envol des Cités" concerts par des artistes et groupes de la Province du Hainaut, à 22h, "Quentin Mossiman" dans le cadre de Tournai en Fête.

Samedi 23 : Parc communal, de 11 à 19h, "Tournai Kids Festival", jeux anciens, "accrobranches", spectacles déambulatoires, sculptures de ballons, atelier "Cup Cake", musique et danses africaines, animations diverses pour toute la famille.

Samedi 23, Faubourg de Lille, au Vieux Moulin, "Les Prometteux d'Bieaux Jours" en concert dans le cadre de "Saint-Lazare en Fête".

Samedi 23 : Grand-Place, 20h, "La Folie des Années 80" avec Jean-Pierre Mader, Cookie Dingler, Début de Soirée, Desireless... dans le cadre de Tournai en Fête.

Dimanche 24, Faubourg de Lille, "inauguration de la ruelle Riquet  rénovée" avec la  participation de la musique des Rigolos de Templeuve, animations musicales, sortie du nouveau géant de quartier Grand'Zof, dans le cadre de "Saint-Lazare en Fête".

Dimanche 24 : 15h30, "Concert de Carillon" par Pascaline Flamme.

Dimanche 24 : Grand-Place, 16h, animation par des artistes de rue.

Dimanche 24 : cathédrale Notre-Dame, 16h, "Trompette et Orgue" concert avec le trompettiste Christian Chuffart et l'organiste Etienne Walhain dans le cadre du "Festival d'Orgue" organisé par l'asbl Syrinx.  

Dimanche 24 : Grand-Place, 19h, concert par le groupe cover tournaisien "Patchwork".

Lundi 25, Faubourg de Lille : annuel marché aux puces, concerts, grimages, course de brouettes et en attraction : "Marco chante Johnny" dans le cadre de "Saint-Lazare en Fête".

Mercredi 27 : Hôtel de Ville, Salon de la Reine, 18h30, "L'Avenir de la Belgique" conférence par Pierre Vercauteren, Politologue, Professeur en Sciences Politiques à l'UCL Mons, Consultant pour les chaînes radio, TV et la Presse belge... une organisation du Cercle des Officiers et des Sous-Officiers de Tournai.

Samedi 30 : au Roy Childéric, rue de Pont, "Mort et Renaissance en Egypte ancienne", conférence organisée par le Cercle d'Egyptologie.

Samedi 30 (19h) et dimanche 31 (16h) : Halle-aux-Draps, "Le Karaoké au Camping du Paradis", l'annuel karaoké des personnalités locales et régionales organisé en faveur de projets pour personnes handicapées.

Samedi 30 : Haute Ecole Condorcet, rue Paul Pastur, 19h, "La Royale Cie du Cabaret Wallon Tournaisien chante pour les enfants du Mali", soirée philanthropique.

Dimanche 31 : 15h30, "Concert de Carillon" par Thierry Bouillet.

Dimanche 31 : cathédrale Notre-Dame, 16h : "concert d'orgue" par Etienne Walhain, organiste de la cathédrale dans le cadre du "Festival d'Orgue" organisé par l'asbl Syrinx.

Dimanche 31, église de Templeuve (B), "Printemps de la Musique" deux concerts par la Royale Union Musicale de Templeuve sous la direction de Mathias Desferet et l'Orchestre à Vent du Conservatoire de Tournai sous la direction de Daniel Buron.

Les expositions :

Jusqu'au 24 mai 2015 : "Les œuvres du photographe anversois Marc Lagrange" au Domaine de Graux à Béclers.

Jusqu'au 8 juin 2015 : "aRTnimal, les tissus de nos démons" au Tamat, place Reine Astrid.

jusqu'au 4 novembre 2015 : "Les animaux et la guerre" au Musée d'Histoire Naturelle.

A partir du 9 mai : exposition de "Manu Tension (Emmanuel Bayon)", le réparateur des chancres urbains, le soigneur des rues des cités qui a officié à Tournai mais aussi à Lille, Lyon, Valence, Mons, Béthune, Ath, Bruxelles, Saint-Quentin en Yvelines, Bully les Mines...).

A partir du 9 mai jusqu'au 31 janvier 2016 : "De Fontenoy à Waterloo" au Musée d'Histoire Militaire de la rue Roc Saint-Nicaise.

(programme susceptible d'ajouts et/ou de modifications).

S.T. avril 2015.

25 avril
2015

10:51

Tournai : expressions tournaisiennes (308)

Edmeond, l'gardénier.

Ave l'ortour des bieaux jours, Edmeond i-passe ses journées dins s'gardin. Fifinne elle m'a dit :

"Si i-aveot fait bieau, jusse avant les Pâques, j'areos pu faire m'grand nettiache à m'n'aisse, Edmeond, eine feos qui est dins s'gardin, i-n'me fout pus l'barpe. D'puis l'meos d'féverrier, i-n'fait que d'aller dins s'cabane pou afuter ses otieus. I-n'a pus ein seul aiwisseu qui passe dins l'rue. J'pinseos d'jà ête fin tranquille, bé ahais... tous les chinq minutes i-m'app'leot, i-cacheot après s'n'louchet ou bin après s'n'instrumint pour déwaroquer, i-n'saveot pus dusqu'i-aveot mis ces fichelles. Te d'vreos vie s'pakusse, I- a ein fourbi pos possipe, ein cat n'ortruèv'reot pus ses jeones. Ein bieau jour, i-a fait eine archelle pour ringer s'matériel, te l'verreos, asteur, elle est rimplie d'agobiles et d'berloufes. M'n'heomme i-n' peut mal d'aller au container, i-tient tout, si on éteot tertous comme li, on pourreot serrer les parcs à Tournai !".

Ein buvant ave mi eine jatte de café, Fifinne elle éteot in train d'faire défiler s'caplet quançqu'Edmeond i-est arrivé.

"Combin d'feos que j't'ai d'mindé d'inl'ver tes chabeots quand te rintres à l'maseon, te n'pinses pos que j'vas toudis ête pa d'rière ti pou frotter l'bédoule que te ramènes".

Inter deux portes, Edmeond nous orwettieot comme ein béard !

"Et l'baudet, i-n'a même pos l'air d'comprinte ce que j'li dis. Bé mo Dieu, on peut dire qu'ave li, j'beos m'sang goutte à goutte. I-a des jours que j'sus lèque, j'ai pus d'mal ave li qu'eine mamère qui a éduqué eine nitée d'infants. Quoisqu'i-a 'cor que te restes ainsin comme ein babenneau ?".

"Bé, j'ai perdu l'crocheon de m'pelle, comme j'deos aller à l'jardinerie, je m'deminde si je n'vas pos acater aussi ein bineot".

"Eine affaire in puque que te vas mette ein chéchu et que te devras cacher après l'ainnée qui vient... Ein bineot ! Neon... mais on direot que t'as ein camp à ortourner".

"Ein beon courtieu, i-a d'beons otieus !".

Pou détinte l'atmosphère, je m'sus ortourné su Edmeond :

"Et quoisque te queomptes mette dins l'gardin, des légueimes ou bin des fleurs".

J'vas qu'mincher pa planter les penn'tières, avant j'les metteos à l'Saint-Joseph, mais l'tierre elle n'est pos acore assez quéaude, pus tard j'vas mette eine line d'cabusettes - ch'est les seules salates que j'minge -, j' vas semer du cherfoué et des ogneons, ein peu d'pichoulits, de l'barpe d'capuchin, des navieaux, des rameonaches, et puis, après avoir purlé, j'vas mette mes porieons. I-feaut toudis s'démefier, i-peut toudis orgéler".

"Te fais acore cha à l'incienne, in pralinant ?".

"Neon, j'n'ai pus d'fosse d'puis qu'on nous a raccordés à l'égout, ch'est fini l'jus d'basse-campe, ch'éteot pourtant ein beon produit naturel !".

"Si on veut !".

"J'ai aussi des meumeurtes et des tonnes. Dins l'feond du gardin, près de l'nobépeine, les gringottes ch'est d'jà presque la fin, j'vins béteôt avoir des mastuches et des tortiles".

'T'as jamais mis des rôsses ?"

"Neon, cha pique, cha orsanne treop à eine feimme, i-n'a pos d'rôsse sans épeines".  !".

Edmeond est v'nu s'assir à l'tape, ave ses greos déogts incrapés i-a pris ein chuque dins l'chuquerrier et i-a d'mindé à Fifinne :

"Feimme, Mets me ein goutte dins l'chéribeon pou faire eine bistoule".

Fifinne elle m'aime pos quançqu'i-parle ainsin, après tout elle n'est pos s'méquenne et s'répeonse elle est sèque et nette.

"Neon, neon, Chire, t'as d'jà assez bu aujord'hui, deux Moinette à l'apéritif, eine pétite goutte après l'deîner, des pralines à l'liqueur sans queompter tout ce que j'n'ai pos vu, j'voudreos bin vir l'boutelle d'vin qui est dins l'cabane, j'sus seûr et certaine qu'elle est d'jà bin intamée".

"I-a bin lommint qu'elle est finie, j'ai même oblié de l'rimplacher".

J'éteos acore eine feos face à des conversatieons d'bistreot, j'ai essayé, eine feos d'puque, d'canger d'sujet :

"Vous n'avez pos invie d'venir au concert, au soir, l'MusiKaine, elle jeue à l'églisse Saint-Paul, à huit heures au soir, et les bénéfices ch'est pou les infants et adultes hindicapés. Mi, j'vas chaque ainnée et ch'est toudis bin, te n'paies fauqu'dix eureos pou l'intrée et les infants qui n'ont pos douze ans, ch'est gratuit. Des concerts à c'prix là te n'in veos pus bramint".

Fifinne elle m'a ravisé :

"Ch'n'est pos de l'musique de rintchintchin... hein.. pasqu'asteur quand i-a eine soirée, te les intinds berler (dire qu'on appelle cha canter) jusqu'à nulle heure au matin. On direot alfeos les cris des mamères dins les douleurs de l'infant'mant ou bin des gins qui ont eu leu main prise dins eine machine à coper des morcieaux".

"Ch'est de l'beonne musique d'variétés. Mossieu Lahaise, l'chef, ch'est ein orphève in la matière pou queusir des airs que les gins aime'tent bin.

" Ah... bé qui soit, te viens nous querre, vers siept heures et in attindant Edmeond i-va passer dins l'cuvelle, mi je n'vas pos au spectaque ave ein noir fouan... Te mettras t'belle mareonne et t'nouvieau jupeon qu'on a acaté pou l'communieon du p'tit Jules, l'pétit garcheon du visin".

Allez à t'taleur mes gins.

(lexique : l'gardénier : le jardinier / l'ortour : le retour / l'gardin : le jardin / jusse : juste / l'nettiache : le nettoyage / à m'n'aisse : à mon aise, sans stress / eine feos : une fois / foute l'barpe : ennuyer / féverreir : février / afuter : aiguiser / les otieus : les outils / ein aiwisseu : un aiguiseur / ahais : oui / chinq : cinq / cacher après : chercher / l'louchet : la bêche  / déwaroquer : briser les mottes de terre / dusque : où / les fichelles : les ficelles / ein pakusse : mot d'origine flamande provenant de pack huis désigne une remise / ein fourbi : un désordre / ein cat : un chat / les jeones : les jeunes / eine archelle : une étagère / asteur : maintenant / des agobiles : des objets sans valeur, des bricoles / des berloufes : des loques / tertous : tous / serrer : fermer /  faire défiler s'cap'let : littéralement "faire défiler son chapelet" ce signifie dire tout ce qu'on sait à propos d'un sujet / quançque : quand, lorsque / les chabeots : les sabots / toudis : toujours / ëte pa d'rière : être derrière / l'bédoule : la boue / inter : entre / orwettier comme ein béard : regarder comme un nigaud la bouche ouverte / l'baudet : l'âne / ête lèque : être vidé / eine mamère : une mère, une maman / eine nitée : une nichée / quoisque : qu'est-ce que / ein babenneau : un naïf / l'crocheon : partie horizontale située en haut d'un manche de bêche / acater : acheter / ein bineot : sorte de charrue pour biner / in puque : de plus / mette eine chéchu : mettre quelque part / ein camp : un champ / ortourner : retourner / ein courtieu : un jardinier à rapprocher du mot courtil petit jardinet / queompter : compter / les légueimes : les légumes / qu'mincher : commencer / des penn'tières : des pommes de terre / quéaude : chaude / des cabusettes : des laitues pommées / eine salate : une salade / du cherfoué : du cerfeuil / des ogneons : des oignons / des pichoulits : des pissenlits / de l'barpe de capuchin : de la barbe de capucin un des ingrédients de la salade tournaisienne du Lundi Perdu / des navieaux : des navets / des rameonaches : des ramonages, sorte de gros radis noir / purler : puriner, étendre le purin, engrais naturel / les porieons : les poireaux / s'déméfier : se méfier / orgéler : geler à nouveau / praliner : tremper le bas de poireau dans le purin bien souvent sorti de la fosse au moyen d'un seau / l'basse-campe : la latrine / les meumeurtes : les mûres / les tonnes : les groseilles à maquereau / l'nobépeine : populairement l'aubépine / des gringottes : des jonquilles /  béteôt : bientôt / des mastuches : des capucines / des tortiles : des clématites / des rôsses : des roses / orsanner : ressembler / les épeines : les épines / s'assir : s'asseoir / l'tape : la table / les deogts : les doigts / incraper : encrasser / ein chuque : un sucre / ein chuquerrier : un sucrier / l'chéribeon : un excellent café / eine bistoule : un mélange de café et d'alcool en Picardie / l'méquenne : la servante / sèque : sèche / chire : sire / l'deîner : le dîner / vir : voir / seûr : sûr / lommint : longtemps / oblier : oublié / eine feos d'puque : une fois de plus / canger : changer / jeuer : jouer / fauque : seulement / bramint : beaucoup / rintchintchin : de la mauvaise musique / berler : crier / canter : chanter / alfeos : parfois / coper : couper / des morcieux : des morceaux / queusir : choisir / querre : chercher / siept : sept / l'spectaque : le spectacle / ein fouan : une taupe, désigne surtout un homme très sale / l'mareonne : le pantalon / l'jupeon : le veston, mot devenu peu à peu obsolète / l'visin : le voisin / à t'taleur : à toute à l'heure (surtout utilisé en France), à tantôt (plutôt utilisé en Belgique).

S.T. avril 2015. 

10:51 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

24 avril
2015

08:53

Tournai : "Marco" Chantry n'a connu qu'un seul maillot !

Tournai, marco chantry, racing de tournaiMarc Chantry, dit "Marco", est né en décembre 1955 à Boma (dans ce qui était alors le Congo belge). Quelques années plus tard, sa famille revenait à Tournai et s'installait à la rue Saint-Eleuthère. Neveu de René Chantry, un des joueurs de la grande équipe du Racing de Tournai qui évolua en Division II et remporta la Coupe de Belgique en 1956, c'est tout naturellement qu'il se tourna vers le football et s'affilia au club de l'avenue de Maire. Après avoir effectué toute ses classes parmi les équipes de jeunes, en 1975, à peine âgé de vingt ans, il fut sélectionné, pour la première fois, en équipe première. A cette époque, le club Jaune et Noir soufflait le chaud et le froid et voyait défiler des entraîneurs de renom. Lors des dernières saisons, Marcel Bruyninckx, Armand Deroeck, Roland Storme, Robert Ghoetals, Ivan Sztani (ancien joueur du Standard de Liège), le brésilien Cassio Da Silva, Jules Devos, un ancien joueur de la grande époque du club, et ensuite Richard Cornil ont tenté de lui redonner le lustre d'antan.

Durant sa formation dans les équipes de jeunes, il laissa des souvenirs impérissables à ceux qui le côtoyèrent,  ainsi Marcel Soyez, son entraîneur, disait de lui qu'il pouvait traverser le terrain, d'un bout à l'autre, balle au pied sans que celle-ci ne touche le sol.

Hélas, les débuts du jeune talent tournaisien, lors de la saison 1975-1976, coïncidèrent avec la descente du club en Promotion. Au sein de cette quatrième division nationale, les Rats terminèrent à la quatrième place en 1977, décrochèrent la troisième en 1978 et furent sacrés champions en 1979 à l'issue d'un mémorable derby remporté sur le terrain du rival Rouge et Vert. Il faut savoir que les deux clubs se trouvaient à égalité parfaite à la veille de cette importante rencontre.

Titulaire du n°7, évoluant dans l'entrejeu, possédant une excellente vision du jeu, sachant garder une grande maîtrise de soi dans toutes les circonstances et montrant toujours une correction exemplaire, Marco Chantry savait dribbler, armer un shoot puissant et se battre jusqu'à la dernière minute. Son abnégation et son esprit collectif faisaient de lui une plaque tournante de l'équipe. Très souvent, il encourageait ses équipiers de la voix et du geste.

En 1978, il fut appelé avec son ami Patrick Voiturier (passé du Racing à l'Union) en équipe nationale belge des amateurs (photo du Courrier de l'Escaut en début d'article). Sur le stade du Heysel, les joueurs sélectionnés étaient suivis par les prospecteurs des clubs de l'élite mais Marco Chantry n'avait qu'une seule ambition : jouer dans l'équipe à laquelle il appartenait depuis son plus jeune âge.

Les supporters tournaisiens se souviennent probablement de cette phase contestées par les inconditionnels des Rouge et Vert lors du derby du 10 avril 1983 remporté 1-3 par les Rats. Ils affirmèrent que Marco Chantry avait inscrit le second but des Racingmen de la main. Les images de No Télé démontrèrent qu'il n'en était rien mais que le but avait été malencontreusement favorisé par une obstruction de l'arbitre sur le joueur unioniste Alain Masuy. Son côté "gentleman des terrains" ne l'aurait d'ailleurs jamais poussé à tricher !

Lorsqu'en 1991, il mit fin à sa carrière de joueur, après dix-sept saisons passées sous le maillot jaune et Noir, Marco Chantry se fit, de moins en moins, présent autour des terrains de football, il s'adonna alors à sa seconde passion, le tennis. On le vit néanmoins encore prendre part à l'une ou l'autre rencontre de l'équipe des Vétérans du Racing, avant tout, dans le but de cultiver cette amitié fidèle qui était une de ses qualités premières. Il s'occupa à plein temps de sa profession d'architecte. Il a ainsi dressé les plans de nombreuses constructions et participait à de nombreuses rénovations d'immeubles à l'ombre des cinq clochers.

Souffrant depuis des années, il s'est éteint le 22 avril 2015, âgé de 59 ans. Il s'en est allé rejoindre René et Alain, d'autres footballeurs Jaune et Noir qui évoluèrent, comme lui, au sein du Royal Racing Club de Tournai.Tournai, marco chantry, racing de tournai  

 

On le voit sur la photo de l'équipe Jaune et Noir, debout à droite, avec sa longue chevelure blonde (photo du Courrier de l'Escaut).

(sources : "Hourra, Voici les Rats" ouvrage de Jacques Lefebvre paru en 1983 et souvenirs Personnels).

S.T. avril 2015

08:53 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, marco chantry, racing de tournai |

22 avril
2015

10:25

Tournai : l'année 1860 sous la loupe.

Notre étude chronologique des événements qui marquèrent la vie locale, durant ces dernières cent cinquante années, progresse, nous abordons une nouvelle décade : 1860-1869.

En septembre de cette année 1860, on fêtera les trente ans de l'insurrection qui mèna à l'indépendance de la Belgique.

Au niveau international, le 16 août, les troupes françaises débarquent en Syrie et au Liban afin de protéger les chrétiens maronites contre les exactions des Druzes. Le 6 novembre, le républicain Abraham Lincoln est élu président des Etats-Unis. Il est connu pour son action contre l'esclavage. Notons les naissances de l'écrivain français Pierre Loti (le 14 janvier), de l'écrivain russe Anton Tchekov (le 17 janvier), du peintre belge James Ensor (le 13 avril) et d'un futur président de la République Française, Raymond Poincaré, le 20 août.

Au niveau national, une loi entre en vigueur le 21 juillet, elle abolit les octrois communaux qui étaient jusqu'alors perçus aux entrées des villes. Le 25 août, un procès qui se tient à Charleroi va apporter de l'eau au moulin des mouvements flamingants. Deux hommes, les dénommés Coecke et Goethaels vont être condamnés à mort. Ceux-ci ont été jugés pour meurtres mais l'interprète qui leur avait été assigné s'exprimait en néerlandais et non dans leur dialecte. Condamnés à la peine capitale, ils n'ont pas compris le déroulement des débats et n'ont donc pu correctement se défendre. Le gouvernement reste insensible aux voix qui s'élèvent au nord du pays. Le 20 avril, un des pères fondateurs de notre pays, Charles de Brouckère, décède à l'âge de 64 ans.

Au niveau local, l'actualité continue à ronronner, comme elle en a pris l'habitude depuis une dizaine d'années déjà. Excepté les nécrologies de personnalités qui nous quittent, ce sont, avant tout, les faits divers qui alimentent principalement la chronique locale ainsi que le courrier des lecteurs. Ce dernier nous donne un aperçu des préoccupations des Tournaisiens. 

Pour rappel, nous avons conservé les tournures de phrases des intervenants de l'époque afin de mieux nous imprégner de l'ambiance qui prévalait.

La population tournaisienne (Courrier de l'Escaut du 23 janvier)

Notre rubrique débute par le recensement de la population et on apprend ainsi qu'au 31 décembre 1859, la ville de Tournai compte 51.062 habitants, soit 125 de plus que l'année précédente.

Dans le détail, on dénombre au niveau des naissances légitimes : 579 enfants de sexe masculin et 580 enfants de sexe féminin pour un total de 759, tandis qu'au niveau des naissances illégitimes, on recense 36 enfants de sexe masculin et 39 de sexe féminin.

(Dans ces chiffres ne sont pas compris les enfants mort-nés et ceux domiciliés dans d'autres communes).  

La rubrique des décès enregistre 357 hommes et 298 femmes soit 655 personnes.

845 personnes sont venues habiter la cité des cinq clochers et 899 l'ont quittée pour un autre lieu de résidence. Ceci nous apporte un solde négatif de 54 personnes.

199 unions ont été enregistrées par l'échevin de l'état-civil :

171 mariages entre garçons et filles, 10 entre garçons et veuves, 12 entre veufs et filles et 6 entre veufs et veuves.

Il est à noter également qu'un divorce a été prononcé !

Le tribunal correctionnel (Courrier de l'Escaut du 28 janvier)

Vols, coups et blessures et fraudes aboutissent souvent devant le juge et on peut dire que la justice est loin de se montrer laxiste. Qu'on en juge si vous me permettez l'expression !

"Adolphe D, Florent L et Victor R, jeunes gens d'Antoing ont fait péché de gourmandise, ils ont mordu à belles dents 32 pêches qu'ils ont pêchées (sic) dans le jardin du prince de Ligne. Un jour de prison pour chacun.

Ont été condamnés pour coups de poings, coups de pieds, soufflets, griffes, atous (NDLR : terme qui n'est plus guère utilisé et ne figure pas ou plus au dictionnaire) et calottes en genre divers : Jules F de Frasnes à un mois de prison et 16 francs d'amende, François D, tailleur à Tournay (NDLR : orthographe de l'époque) à 20 francs d'amende...".

Les accidents du travail (Courrier de l'Escaut du 9 février).

La législation sur le travail, telle que nous la connaissons aujourd'hui, n'existe pas et les accidents du travail sont très nombreux. Certains secteurs sont particulièrement touchés : l'industrie textile, la construction et le travail en carrière l 

Dans les filatures et bonneteries, des ouvriers et ouvrières, souvent très jeunes, ont les mains ou les bras pris dans les machines et doivent parfois être amputés. Dans la construction, ce sont des chutes aux graves conséquences en raison d'un manque de moyens de protection. Dans les carrières, se sont des ouvriers ensevelis (surtout après de fortes pluies) comme ces neuf hommes, heureusement sauvés, en cette année 1860. Dans certains cas, la négligence peut être à l'origine d'accidents :

"Un accident qu'on attribue généralement à l'imprudence de la victime est arrivé, vers 8 heures et demie du matin, au faubourg de Valenciennes. Le nommé Gaspard Coutiaux, ouvrier de carrière et cabaretier à Guegnies (NDLR : Guignies) était occupé à travailler dans la carrière de Mme Vve Dumont lorsqu'une grosse pierre qui avait été lancée par l'explosion lui tomba sur la tête. Sa mort fut instantanée. Coutiaux, qui est âgé de 68 ans, laisse une femme et un enfant".

La météo (Courrier de l'Escaut des 2 et 9.3 et des 23, 24 et 31.12).

On ne parlait pas encore de réchauffement climatique et les saisons étaient sans doute plus marquées qu'aujourd'hui mais les événements météorologiques relatés étaient semblable à ceux que nous subissons :

"La violente tempête d'hier après-midi (NDLR : 28 février 1860) a fait un grand dégât à la tour de l'église de Mont Saint-Aubert. La trappe qui servait de ci-devant plate-forme et qui la recouvrait en partie s'est envolée. Elle est tombée dans la ruelle dite des Pèlerins. Un mètre plus avant, elle écrasait la maison de Pottiaux, le boulanger. Voilà donc cette tour, déjà si misérable, privée de son dernier abri. Si on ne sa hâte pas de la restaurer et de la couvrir de sa flèche projetée, bientôt, il n'en existera plus. C'est une véritable honte pour le Mont Saint-Aubert et pour le Tournaisis de voir cette masure assise sur le point le plus culminant de la province...".

Il s'agit maintenant d'un extrait du courrier des lecteurs.

"Hier, pendant la journée (NDLR : le 8 mars 1860), un terrible accident est survenu dans la commune de Kain. Un moulin, qu'on nomme dans la localité le "Moulin Radis", a été renversé par le violence du vent. Les deux frères Vaucant (NDLR : suivant rectification car ils avaient été désignés tout d'abord sous le nom de Foucart), qui en sont les propriétaires, y étaient durant le danger. L'un d'eux, occupé à battre les meules, entendit un craquement menaçant et avertit son frère qu'il devait se sauver. Il se jeta par le fenêtre et tomba sur le sol. L'autre atteint par les matériaux détruits et par les marchandises eut l'estomac brisé. On parvint à le retirer des décombres et à la conduire à "La Jardinière" où peu d'instants après il cessa de vivre. Il était âgé de trente ans...".

"Le solstice d'hiver (NDLR : le 21 décembre 1860) nous a ramené, cette fois, un temps de saison, de véritables frimas. La neige tombe abondamment depuis deux jours et couvre les campagnes d'une couche épaisse, comme d'un manteau salutaire sur les terres ensemencées. La gelée, jusqu'à présent, n'est pas bien forte. Le thermomètre n'est descendu que jusqu'à 3° en dessous de zéro".

"La circulation est fort difficile dans nos rues et on pourrait y patiner d'un bout à l'autre de la ville. Aussi que de chutes ! ".

"Ceux de nos citoyens qui ont le cœur compatissant feraient bien de jeter quelques cendres ou de la paille hachée dans les rues, la gelée qui a succédé à la neige a rendu la voie publique très glissante et de nombreuses chutes ont eu lieu ces derniers jours. Un honorable fonctionnaire de notre ville s'est, dit-on, cassé un bras en tombant".

"Des compliments sont dus à nos édiles qui ont fait procéder, sans relâche, hier (NDLR : 30 décembre) pendant toute la journée, à l'enlèvement des neiges dans les principales rues de la ville".

Des citoyens (déjà) soucieux de la propreté de leur ville ! (Courrier de l'Escaut du 15.12).

Un lecteur écrit :

"Ne regrette-t-on pas le temps où notre ville était un petit bijou de propreté, objet de l'admiration des étrangers et de la fierté de nos pères ? Aujourd'hui, Tournay a changé sous ce rapport et si les anciens Tournaisiens pouvaient revenir dans leur ville, ils ne la reconnaitraient plus, tellement il y fait sale, tellement la plupart des rues sont mal pavées. J'insiste sur la malpropreté de la ville. A quoi cet état de chose est-il dû ? Au manque d'énergie de notre administration communale !".

La fraude (Courrier de l'Escaut du 9 novembre).

Après les bouchers qui ne voulaient pas baisser leur prix en 1859, cette fois, c'est une fraude sur le poids du beurre qui est constatée ".

L'hygiène publique (Courrier de l'Escaut du 30 mai).

"les Fossés Peterinck continuent à exhaler une odeur pestilentielle. Hier, pendant toute la journée, ils étaient presque à sec. Beaucoup de personnes se plaignent en raison de cet état de choses qui est devenu pour ainsi dire permanent. Plus de 70 cas de typhus se sont déclarés depuis le début de l'année dans le quartier de la Magdeleine (NDLR : orthographe de l'époque) qui a le triste privilège de ces exhalaisons".

Distraction ou... endormissement (Courrier de l'Escaut du 24 mai);

"Le garde des bois de Breuze (NDLR : au Nord de Tournai) qui était en tournée dans cette propriété, s'est arrêté au milieu du bois, se reposant sur le canon de son fusil. Abandonné à ses réflexions, il a oublié que l'arme était chargée. Tout à coup, une détonation se fit entendre et le coup partit en labourant le bras droit de ce garde infortuné !".  

Transparence (Courrier de l'Escaut du 5 août).

Chaque mois, la Caisse d'Epargne tournaisienne publie les mouvements enregistrés. Ainsi pour le mois de juillet 1860, on peut lire :

"Il a été versé par 301 déposants dont 27 nouveaux : 30.665,71 francs et il a été retiré par 70 personnes : 25.175,81 francs".

Visite royale (Courrier de l'Escaut du 2 octobre).

A peine trente ans après son instauration, la royauté suscite un élan extraordinaire dans la population belge et la visite du Roi et de la famille royale, le 1er octobre, est bien loin de démentir cette constatation :

Le journal paraît avec un énorme titre à la une : "Vive le Roi !".

Avec énormément de lyrisme, les journalistes nous décrivent cette visite sur les deux pages centrales.

Les rues sont ornementées de mats ornés d'écussons et d'oriflammes, des arcs de triomphe sont dressés et celui de la rue de la Tête d'Or est particulièrement remarquable. A l'arrivée du souverain en gare, des salves d'artillerie retentissent. Sur le parcours, la foule est tellement dense que le cortège royal a bien des difficultés pour se frayer un chemin vers l'évêché. Un cortège est organisé en l'honneur du roi sur la Grand-Place, toutes les compagnies, toutes les associations de plaisir ou caritatives, toutes les professions défilent durant près de trois heures trente. Sur l'Escaut, les bateaux sont pavoisés aux couleurs nationales. La ville est en liesse !

Il n'y a pas de fêtes patronales sans... (Courrier de l'Escaut du 8 décembre).

"Ce n'est pas qu'à Tournay que la fête de Saint-Eloi, patron de tous ceux qui font usage du marteau, a donné lieu à de copieuses libations suivies de querelles et d'horions. A Kain, commune fertile ou les procès-verbaux du garde-champêtre poussent avec la même abondance que les asperges au printemps, il y a eu, dit-on, le premier décembre, une véritable grêle de coups de pieds et de coups de poings. Le sang a même coulé en plusieurs rencontres. Au "Musicien", il y a eu une prise de bec entre un jeune villageois et un citadin. Les combattants seront appelés aux prochaines audiences du tribunal correctionnel".

Un projet ! (Courrier de l'Escaut  du 25 février).

"On assure que le gouvernement a le projet de faire ériger sur la Grand'Place (NDLR : orthographe de l'époque), une statue représentant Marie de Lalaing (NDLR : Christine !), princesse d'Espinoy, la vaillante héroïne qui défendit, avec tant de cœur, notre ville assiégée par les espagnols au XVIe siècle".

Ainsi s'écoulait le temps à l'ombre des cinq clochers dans une petite ville ou richesse et pauvreté, beauté et laideur, bourgeois et ouvriers se côtoyaient probablement de façon plus voyante que de nos jours.

(sources : les éditions  du Courrier de l'Escaut de l'année 1860).

S.T. avril 2015.

18 avril
2015

10:12

Tournai : expressions tournaisiennes (307)

Dreôle de drame !

Vous allez pétête acroire que j'vous raqueonte acore des bleusses mais ch'est l'pure vérité (d'puis l'temps que vous lisez mes babillartes, vous m'connissez bin et vous savez que je n'sus pos ein garcheon à vous dire des mintiries) : eine personnalité de l'télévisieon a mis fin à ses jours dins l'carrière de l'Orient à Tournai. Bin seûr que ch'n'est pos ein pisseon d'avril, on est d'jà l'quinze du meos. Ch'est no bourguémette faisant fonctieon (ou bin si vous préférez l'échevin délégué à l'fonctieon mayorale) qui nous l'a annonché. Pindant l'nettiache du plan d'ieau de l'carrière de l'Orient, qui a eu lieu l'sémaine dernière, on a orpéqué l'corps sans vie d'... Bob l'Eponche. Ch'éteot in momint tragique et j'espère qui n'aveot pos treop d'jeones pa d'vant l'poste. Vous vous rindez queompte, Bob l'Eponche ! J'veos acore, dins l'reportache de No Télé, s'beonne tiête ave ein larche sourire hissée dins l'barque. Jamais ein noyé n'aveot eu ein air aussi contint. On areot dit qu'i-éteot tout bénaisse d'avoir été orsaqué déhors pa ein d'nos édiles. I-éteot tout plat comme eine éponche qui aveot rindu s'n'ieau. Du héaut des bras jusqu'au bas des gampes, i-f'seot bin ein mète vingt d'hauteur ! D'puis l''temps qu'i-éteot là, ch'éteot pus l'peine d'li faire du bouque à bouque, on n'areot pos su l'orgonfler !

Pétête, qu'ein infant qui l'aveot orchu ein jour pou l'Saint-Nicolas ou l'Noë, i-d'aveot eu marre d'jeuer ave ceulle poupée d'dessins animés ou bin que s'mopère, l'veyant traîner dins tous les coins de l'maseon ou du gardin, aveot décidé de l'ruer dins l'carrière, vite fait, bin fait, tout à la mine de rien. Attintieon, là j'vous arrête, je l'dis tout net, tout ruer à l'carrière, ch'est pos des cosses à faire : vous d'vez comprinte que l'carrière n'est pos ein fien d'rue et qu' ch'est dins les containers que ces vieus'rie on les rue. I-feaut bin mette dins s'tiête qu'i-a des gins qui, à l'beonne saiseon, i-veont nager là-d'dins !

On a aussi ortrouvé des canettes (vous allez m'dire que ch'n'est pos fort original pasque qu'on in truèfe partout) et des boutelles qui ont probablemeint fini au feond d'lieau après avoir désaltéré ein buveu, ein automobilisse s'éteot débarrassé d'eine vielle chambreà air et ein heomme, mate d'vir "The Voice", "L'Ile de l'Tintatieon", "Les feux d'l'Amour" ou des eautes bernettes du ginre aveot été là-vas noyer s'télévisieon. Tous les programmes pou loleos cha comminche à taper su l'hariqueot !

Après avoir fait l'chasse aux poubelles laichées pindant l'week-end su les trottoirs, après avoir orlevé les chintaines d'brins de tchien que des maîtes sans scrupules oblient su l'voie publique, après avoir traqué les papiers gras su no Grand-Plache, ov'là que no Polo n'hésite pos à s'mette à l'ieau (dins ein canot quand même et ave ein gilet d'sauv'tache, prudint mais pos téméraire) pou traquer les déchets lanchés pa dessus bord pa les ceusses qu'on n'peut pos app'ler autermint que des sales gins. Eine carrière, ein treo, ein fossé, ch'est asteur l'rindez-vous des plafieux et des pourchéaux. In attindant, l'projet à Polo ch'nest pos, comme in mille nuef chint soixante-nuef, d'aller su la lune mais bin d'mette, in deux mille quinze, dins toute no ville l'propreté à la une !

Et l'paufe heomme i-n'risque pos d'minquer d'ouvrache car d'puis lommint d'jà no ville elle deot faire face à ein binde d'annochints qui prenne'tent les façades des maseons comme théâte de leus exploits. No policiers i-in ont arrêté six pindant l'sémaine, tertous des sujets d'Mossieu Hollande venus faire des esbroufes à Tournai, pétête inscrits dins eine heaute école artistique dusqu'i-n'seont seûrmint pos des leumières. I d'a ein qui a même vu no bourguémette faisant fonctieon s'pourméner in ville in ravisant in bas des portes des cabarets et des restaurants, ch'est pasque ch'est l'indreot dusque tous les clients i-sortent pou aller feumer eine pétite cigarette et l'sol i-est alfeos rimpli d'mégots.

Mi je n'sus pos fort hureux quand dins l'gazette j'lis qu'on appelle no n'échevin "l'Shériff". I-areot eu des shériffs dins l'temps, on n'in s'reot pos arrivé là, on a treop laiché faire pou avoir des veox et surtout n'pos déméplaire et i-est toudis difficile d'faire machine arrière.

Les gins n'ont pus d'éducatieon, i-n'respectent pus rien. On cante et on berle comme des fuchéaux dins l'ruache pindant l'nuit, on fait aller l'musique à feond dins les auteos ou dins les fiêtes comme s'i-falleot dérévier ein sourd, on soulache eine vessie ein peu treop pleine in plein mitan du pavé et, alfeos, on batielle comme des tchiens pou eine carabistoule. On a l'impressieon d'ête orvenu au Moyen-Ache ou bin d'vife dins eine tribu d'sauvaches.

A Tournai, on va béteôt pouvoir tourner ein nouvieau film qu'on ira vir à Imagix : "Règlement de compte à O.K. Corral" deviendra pou l'occasieon "Règlemint de queompte sur les quais d'Noter-Dame" mais l'pus grand des succès, cha va ête "Sheriff, fais moi peur !" pasque ch'est l'histoire d'ein orprésintant d'la loi tout seu mais qui n'a pos l'esquite face à des chintaines d'mauvais garcheons.

Vous veyez, à Tournai, ch'est comme partout ailleurs, i-a des brafes gins et d'z'albrans, i-a des gins qui ouèf'tent et des eautes qui lusotent, i-a des corageux et i-a des wiseux, i-a des gins qui pourmènent in costume et bieau capieau et des quervassins amaroulés qu'on veot, alfeos, bourler dins l'ruchéau, i-a des gins bin nipés et des paufes déloqu'tés. I-a des édiles de proximité et d'eautes qui s'muchent qu'on n'rinconte jamais, i-a des gins qui rit'ent et d'eautes qui brait'ent, i-a des taiseux et des fafious, i-a des greos et des maiguerleots, i-a des adreots et i-a des guéauches, i-a des riches colas et des dégotés... I-a avant tout des gins qui adorent les chinq clotiers et qui, quanç'qu'i-seont leon d'leu cité, i-n'pinse'tent qu'à ratrotter.

(lexique : dreôle : drôle / pétête : peut-être / acroire : croire / des bleusses : des mensonges, des inventions / les babillartes : les lettres / ein garcheon : un garçon / des mintiries : des mensonges / bin seûr : bien sûr / ein pisseon : un poisson / l'meos : le mois / l'bourguémette : le bourgmestre en Belgique, le maire en France / annoncher : annoncer / l'nettiache : le nettoyage / l'plan d'ieau : le plan d'eau / orpéquer : repêcher / l'momint : le moment / l'jeone : le jeune / pa d'vant : devant / l'tiête : la tête / larche : large / bénaisse : content / orsaquer : retirer / les gampes : les jambes / l'bouque à bouque : le bouche à bouche / orgonfler : regonfler / orchu : reçu / jeuer : jouer / ceulle : cette / s'mopère : son père / l'gardin : le jardin / ruer : jeter / des cosses : des choses / ein fien d'rue : un dépôt d'ordure / ortrouver : retrouver / on truèfe : on trouve / ein buveu : un buveur / mate : fatigué / des bernettes : des niaiseries / les loleos : les innocents / commincher : commencer / le hariqueot : le haricot, l'expression taper su l'hariqueot signifie barber / laicher : laisser / orlever : relever / les chintaines : les centaines / les brins d'tchien : les déjection canines / oblier : oublier / lancher : lancer / autermint : autrement / ein treo : un trou / asteur : maintenant / les plafieux : les rustres / les pourchéaux : les cochons, les porcs / nuef : neuf / l'paufe heomme : le pauvre homme / ouvrache : ouvrage, travail / lommint : longtemps / annochints : innocents / l'maseon : la maison / tertous : tous / faire des esbroufes : expression prise ici dans le sens de "se faire valoir bêtement" / dusque : où / seûrmint : sürement / des leumières : des lumières / s'pourméner : se promener / raviser : regarder / l'indreot : l'endroit / feumer : fumer / alfeos : parfois / hureux : heureux / laicher : laisser / des veox : des voix / déméplaire : déplaire / toudis : toujours / canter : chanter / berler : hurler, crier à tue-tête / des fuchéaux : des putois / l'ruache : le quartier populaire / dérévier : éveiller / on soulache : on soulage / in plein mitan : au beau milieu / on batielle : on se bat / eine carabistoule : une chose, un parole sans importance / vife : vivre / l'queompte : le compte / ein orprésintant : un représentant / tout seu : tout seul / avoir l'esquite : avoir peur / des albrans : des garnements, des mauvais garçons / i-ouèf'tent : ils travaillent, du verbe ouvrer qui signifie travailler / lusoter : flâner / des wiseux : des paresseux, des fainéants / ein capieau : un chapeau / ein quervassin : un ivrogne / amaroulés : malpropres, peu soignés / bourler : tomber / l'ruchéau : le ruisseau / niper : habiller / déloqu'té : déguenillé / s'mucher : se cacher / braire : pleurer / des fafious : des bavards / des maiguerleots : des maigrelets / des adreots : des adroits / des géauches : des gauches, des maladroits / des riches colas : de fameux crétins / des dégotés : des rusés / le clotiers : les clochers, les chinq clotiers expression connue pour les cinq clochers de la cathédrale Notre-Dame / quanç'que : quand / ratrotter : revenir ).

S.T. avril 2015.

 

10:12 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

16 avril
2015

09:53

Tournai : le point sur les chantiers.

Trois nouveaux chantiers !

Ils ont, tous les trois, débuté cette semaine et l'un d'entre eux va provoquer quelques embarras de circulation.

Le plateau de la gare.

Depuis des années, celui-ci était en mauvais état, les bus, taxis ou voitures particulières venant déposer ou reprendre des navetteurs devaient slalomer, lorsque cela était possible, entre des nids de poule d'une certaine ampleur. Par temps de pluie, le parvis était même parsemé de mares plus ou moins profondes. On en vient finalement à se demander si les rues formées d'un pavé d'un autre âge peuvent encore supporter le poids des véhicules de transport en commun de plus en plus longs (bus à soufflets) et chargés à l'extrême, aux heures de pointe.

L'Echevin des Travaux a annoncé sur les antennes de No Télé que la solution mise actuellement en œuvre serait provisoire, le chantier consistant en l'enlèvement des pavés, à la préparation de la fondation et à la pose d'un tarmac.

Sauf aléas pouvant survenir en raison de la météo, les travaux devraient être terminés pour les grandes vacances.

Les abords du Chwapi.

Lorsque le nouveau Centre Hospitalier de Wallonie Picarde sera totalement opérationnel, la circulation et le stationnement des véhicules sera beaucoup plus important dans le voisinage immédiat. Là aussi les rues datent de plusieurs dizaines d'années et ont besoin d'un sérieux lifting.

Ce lundi, le chantier de rénovation a débuté à l'angle de la chaussée de Willemeau et de la rue Général Piron. Dans un premier temps, on procèdera à la pose d'impétrants, ensuite on enlèvera, uniquement dans la section comprise entre la chaussée de Willemeau et la rue des Sports, les pavés datant d'un autre âge que ne rejetteraient pas les organisateurs de Paris-Roubaix. Ce chantier est prévu jusqu'aux vacances mais connaît déjà des aléas suite à la découverte de canalisations souterraines non renseignées sur les plans du sous-sol, preuve, une fois de plus, que l'organisation au niveau des travaux de terrassement est une notion et surtout une préoccupation relativement récente.

La rue Saint-Martin.

Moins spectaculaire sont les travaux entrepris depuis cette semaine à la rue Saint-Martin et au pied du beffroi. Il s'agit de remédier à un travail bâclé, réalisé il y a quelques mois, certains pavés du trottoir ayant été placés à la hâte et sans un grand souci d'obtenir une surface plane. Dans le cas présent, se pose la question des limites des appels d'offres obligatoires lors de travaux publics. Pour remporter la soumission, certaines entreprises n'hésitent pas à casser les prix au point qu'elles sont obligées d'engager un personnel peu qualifié pour ce genre de travail (en espérant qu'elles ne rognent pas non plus sur la qualité des matériaux). On nous dit que les bons paveurs n'existent plus mais de là à faire réaliser l'ouvrage par de mauvais bricoleurs la marge est grande. En attendant, comme on dit parfois : "faire et défaire, c'est de l'ouvrage".

Chantier en cours depuis quelques semaines.

Quartier Saint-Pierre.

On procède actuellement à la réfection de la rue du Chevet Saint-Pierre dont les pavés placés, il a une dizaine d'années, étaient descellés

Les constructions et rénovations d'immeubles.

Le chantier de rénovation de la cathédrale Notre-Dame concerne actuellement les deux tours Nord, celles qui surplombent la place Paul Emile Janson, on peut dire que l'entreprise respecte les délais estimés.

D'autres chantiers progressent ou sont même en voie d'achèvement, ils sont très nombreux : rue Jean Cousin, chaussée de Willemeau, chaussée de Douai, îlot Desclée à la rue Barthélémy Frison, église Sainte-Marguerite à la place de Lille, rue des Maux, rue Frinoise, site de l'ancien Casino, anciennes Usines Allard au quai des Salines, rue Saint-Eleuthère, rue Galterie Saint-Jean, rue Paul Pasture, site des Bastions, site de Sacallain à la rue de la Lys...

Comme je le laissais entendre dans un article précédent, Gérard Depardieu dont le magasin a été fermé à Estaimpuis a également déserté l'Espace Pic-Puce. La cellule dans laquelle sa vinothèque devait être installée a été reprise par une commerçante tournaisienne qui compte ouvrir son magasin à la veille des vacances après quelques travaux.

Il n'y a toujours pas de fumée blanche en ce qui concerne les chantiers de constructions d'appartements et de commerces à l'emplacement de l'ancien siège du Courrier de l'Escaut à l'angle de la rue de l'Hôpital Notre-Dame et du Curé Notre-Dame, ni pour ceux qui devraient être érigés sur le site de l'ancien cinéma Palace. Il n'y a pas, non plus, d'informations nouvelles pour l'important projet Technicité à Saint-Piat ou celui, plus lointain, de la ZAC Morel.

Par contre, il y a peut-être une fumée blanche en ce qui concerne la pose du "fil d'or" dans les rues rénovées du quartier cathédral, un essai a semble-t-il été réalisé entre la place Paul Emile Janson et la rue de l'Hôpital Notre-Dame. "Wait and see !" diraient les Anglais "Orwette et tais-te !" comme on dirait plutôt à Tournai !

S.T. avril 2015.

14 avril
2015

10:11

Tournai : le blog "Visite Virtuelle de Tournai" fête ses huit ans !

Huit ans déjà !

C'est le 15 avril 2007 que le blog "Visite Virtuelle de Tournai" a vu le jour !

Durant ces huit années, nous avons évoqué les événements qui ont marqué l'actualité tournaisienne entre 1849 et 1859 et entre 1900 et 2011 au travers de la rubrique "L'année sous la loupe".

Nous avons également rappelé des dates restées présentes dans la mémoire collective des habitants de la cité au travers des articles "Ce jour-là".

Nous avons dressé les "Portraits" de Tournaisiens connus dans différents domaines (artistiques, politiques, littéraires...) contemporains ou disparus.

Nous avons évoqué les "Mémoires" du Général Antoine de Villaret concernant les combats du 24 août 1914 ou du Major Médecin Léon de Bongnie, un Tournaisien qui décrivit les premiers mois de la guerre 1914-1918 jusqu'au moment de sa mort sur le front de l'Yser et dont le nom a été donné à l'Hôpital Militaire. 

Nous avons suivi "Les chantiers en cours et programmés", décrivant ainsi la lente modification du paysage de la cité (rénovations des voiries, constructions d'immeubles nouveaux, disparitions de témoignages du passé, restaurations d'immeubles anciens ou de monuments, grands travaux qui bouleversent la vie des habitants...).

Nous avons rendu hommage à son patois au travers des "Expressions tournaisiennes" et avons ainsi fait la connaissance de ce couple mythique que forment Edmeond et Fifinne et de leurs amis, d'autres personnages tout aussi Tournaisiens.

Nous avons, lors de chaque fin de mois, annoncé "L'agenda des festivités" programmées(théâtre, concerts, conférences, festivals, venues d'artistes...).

A ce jour, le blog riche de 1.628 articles a enregistré près de 751.000 visites et a reçu 1.138 commentaires provenant parfois de Tournaisiens exilés loin des cinq clochers et qui gardent au travers de lui un lien indéfectible avec leur cité natale ou de personnes désireuses de mieux connaître la cité de Clovis. Relevons également que près de 160 personnes se sont inscrites à "Newsletter".

Pour fêter cet anniversaire, le blog fait aujourd'hui une petite pause, une respiration bien nécessaire afin de  trouver le second souffle pour poursuivre ce travail sur la capitale de la Wallonie Picarde.

S.T. avril 2015 

 

10:11 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, anniversaire, huit ans |

12 avril
2015

10:04

Tournai : expressions tournaisiennes (306)

Ov'là eine nouvelle qui va in orfroidir pus d'ein !

Batisse ch'n'est pos ein mauvais garcheon mais i-traîne d'puis toudis eine dreôle d'réputatieon. Dins l'ruache, les gins qui l'connaisse'tent ein peu l'appelle'tent d'puis lommint l'roi des coulteux. Li, i-n'attind pos l'prumier avril et l'jour du pisseon pou raqueonter, à tertous, des histoires de s'n'invintieon.

"L'ville elle est in faillite" qu'i-a dit pos pus tard que l'sémaine dernière "et on va vinte l'meublier d'tout l'hôtel de ville aux inchères". L'feos d'avant, i-a dit que no bourguémette qui aime bin faire du véleo i-alleot faire Paris-Roubaix ave l'mailleot d'l'équipe Lotteo et qu'in guisse d'intraîn'mint, i-monteot et i-déquindeot l'rue Saint-Martin et que même i-tranneot su s'selle qançqu'i-rouleot dins l'rue de l'Citadelle. I-paraît qu'i-va ainsin de l'Dorcas à la cité militaire pou s'habituer aux pavés du boyéau d'Arenberg. L'vielle Lalie, l'sœur de s'mopère qui habite à Saint-Piat s'deminde toudis dusqu'i-va querre tout cha. "Bé ch'est dins m'tiête qui dit l'minteu ave ein air biête"

I-feaut vir alfeos l'tiête des ceusses à qui l'albran i-fout des bleusses. In l'acoutant comme des biec-beos, i-d'a qui mordent d'dins, et à leu tour, i-raqueontent l'affaire in ayant l'air d'riches annochints.

L'connissant aussi bin qu'ein et ein feont deux, je m'déméfie toudis des propeos de c'gonfleu ! Ainsin j'ai eu des doutes pos pus tard qu'hier, quançqu'i-m'a dit : "te sais que no ville elle est presque dernière !".  

"Quoisque t'as acore là trouvé, l'amisse, comme radotache ?".

"Bé j'te parle simplemint du Moustique et de s'sondache ! ".

Comme j'n'aveos pos l'air de percuter et m'a alors tout espliquer. Mi, j'pinseos qui alleot m'parler des Sang et Or qui de l'Divisieon treos seont béteôt déhors. Neon, néon, ch'est l'class'mint d'ein hebdomadaire qui d'minde aux habitants si d'leu ville i-seont fiers !

On a posé bramint d'questieons aux gins, on a d'mindé commint i-éteot l'invironn'mint, commint on jugeot dins l'commune l'mobilité, on a posé l'questieon de l'propreté et du sintimint d'sécurité, on a évalué l'vie in société, si tertous i-éteot'ent  fin contints, si i-deveot'ent attinte lommint pou eusses avoir ein log'mint. Bin seûr, cha n'pouveot pos rater din ein parel sondache, i-a bin fallu qu'on parle aussi du taux d'implois et du d'chômache.

"Et alors, m'fieu, quoisqu'i-ont répeondu à tout cha, les Tournisiens ?".

"Bé, on n'peut pos dire, bin leon d'là, qu'on a orchu ein bieau bulletin !".

I-a deux chints soixante-siept villes de Wallonie qui ont été classées et te sais quoi... ch'est Charleroi qui-est dernier !".

"Cha, ch'est pos eine surprisse, on l'areot bin adveiné, ch'est malhureux mais ch'est eine ville sinistrée et les politiciens qui, dins l'temps, l'ont dirigée, on n'peut pos dire qui li ont fait eine belle publicité, d'ailleurs l'nouvieau bourguémette que ch'est Mossieu Paul Magnette i-n'veut pus qu'on dise du mal de s'cité, asteur quand te vas l'visiter, te deos absolumint l'incinser. I-a acore deux ou treos ainnées, i-d'aveot beauqueop qui s'amuseot'ent à dire que ch'éteot Chicago, cha ch'n'est pos bin, on n'dit pos des affaires ainsin, ch'est fini, asteur ch'est in Amérique qu'on appelle l'ville de Chicago, l'Charleroi américain".  

"I-n'feaut pos critiquer les eautes qui seont acore pus mau classées, i-feaut examiner quoisqu'i s'a passé pou no vieux Tournai ?". Pou comprinte i-n'feaut pos ête ein visionnaire, i-suffit d'lire ave attintieon l'questionnaire".

"Te sais bin que pou l'mobilité, à Tournai, i-a eu eine levée d'boucliers et l'plan de stationn'mint i-n'a fait que des mécontints. En ce qui concerne l'sécurité, i-suffit d'aller s'pourméner su les quais, i-a des bindes organisées d'Outre-Quiévrain qui vienn'tent ichi, l'verdi et saim'di, pou faire l'queop d'poing. L'propreté des rues, elle laiche à désirer, les sacs poubelles i-seont sortis alfeos treos jours avant l'tournée et ch'est là le hic, ch'est pos normal dins eine ville touristique. Pou les tasques on est les prumiers, on bat des orcords d'puis d'z'ainnées. Pou évaluer, au pus jusse, l'pauvreté et no pouvoir d'achat, i-feaut aller vir l'Maseon du Pichou à Saint-Piat, pasque là-vas, in orvenant au temps de l'soupe populaire, on moutre à tertous qui a acore bin de l'misère".

"Je m'déméfie quand même des sondaches et d'leu sincérité, on vit eine époque dusque les gins aime'tent bin démépriser. Ainsin, si on truèfe qui fait sale dins les rues de l'cité, bin les gins qui y habitent i-n'eont qu'à commincher à nettier. Si on saveot acore faire dix mètes à pied, on areot pétête pus d'facilité pou parquer ou s'déplacher. On est tertous dev'nu, un peu à l'feos, des handicapés au point que dins l'magasin ave l'auteo i-feaudreot rintrer".

Bin seûr, dins l'vie d'ein heomme politique tout n'est pos toudis rosses et violettes mais i-n'feaut surtout pos mette l'sondache de l'gazette aux oubliettes, nos édiles doive'tent faire bin attintieon pasque tout cha, cha orsanne à ein vote sanctieon.

Après, Batisse i-a comminché à parler du lindi d'Pâques au Meont et de s'traditionnelle et bin connue "marche à bâteons".

"Ch'est chinq mille unijambistes qu'on a là réunis, ch'est l'Courrier d'l'Escaut qui l'a écrit : "Chinq mille bottines à l'assaut du Mont" et jusse après chinq mille chinq chints marcheux à l'marche à bâteon". Fais l'queompte si te sais acore faire eine multiplicatieon, ou bin les gins aveot'ent mis eine bottine et ein sorlet, ou bin l'ceu qui a fait l'artique i-n'sait pos bin queompter".

J'sus abonné à ceulle gazette d'puis d'z'ainnées et j'aime bin quand les cacoules des eautes i-nous feont ormarquer mais ichi ce que j'vas dire ch'nest pos bieau mais pou eine feos l'bac i-s'a ortourné su l'pourchéau".

Inter nous, j'sus d'jà in train de d'minder quoisque, ceulle sémaine, Batisse i-va acore invinté. Si jamais i-dit que la Smala Festival, su l'plaine, elle-n'a pos fait d'bruit, mi qui n'a pas beauqueop dormi de l'nuit, j'vas acore vite comprinte que ch'est eine mintirie !

(lexique : orfroidir : refroidir / l'ruache : le quartier / lommint : longtemps / ein coulteu : une personne qui raconte des bobards / ein pisseon : un poisson / tertous : tous / l'meublier : le mobilier / l'bourguémette : le bourgmestre en Belgique, le maire en France / in guisse : en guise / déquinte : descendre / tranner : trembler / quançque : quand, lorsque / ainsin : ainsi / l'mopère : le père / toudis : toujours / querre : chercher / l'minteu : le menteur / biête : bête / vir : voir / alfeos : parfois / les ceusses : ceux / l'albran :  le mauvais garçon / les bleusses : les mensonges /  acouter : écouter / ein biec-beos : un naïf / ein annochint : un innocent / s'déméfier : se méfier / ein gonfleu : un qui raconte des histoires à dormir debout / quoisque : qu'est-ce que / béteôt : bientôt / bramint : beaucoup / bin seûr : bien sûr / parel : pareil / m'fieu : en patois picard utilisé pour garçon ou fils / les Tournisiens : les Tournaisiens / bin leon : bien loin / orchevoir : recevoir / adveiner : deviner / asteur : maintenant / beauqueop : beaucoup / les eautes : les autres / s'pourméner : se promener / l'verdi : le vendredi / l'saim'di : le samedi / l'queop : le coup / laicher : laisser / les tasques : les taxes / l'orcord : le record / jusse : juste / orvenir : revenir / moutrer : montrer / dusque : où / démépriser : mépriser, dire du mal / on truèfe : on trouve / commincher : commencer / nettier : nettoyer / pétête : peut-être / s'déplacher : se déplacer / des rosses : des roses / pasque : parce que / orsanner : ressembler / l'queompte : le compte / ein sorlet : un soulier / eine cacoule : une plaisanterie, un bobard / l'pourchéau : le cochon, ici l'expression signifie tout s'effondre, on a le choc en retour / inter : entre / eine mintirie : un mensonge);

S.T. avril 2015.

10:04 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

08 avril
2015

10:53

Tournai : les maisons de commerce disparues !

Lors d'un article récent, j'ai abordé la crainte affichée par l'Association des commerçants tournaisiens face à l'extension du complexe commercial des Bastions situé le long du boulevard Walter de Marvis. Le doublement des surfaces commerciales et l'arrivée de nouvelles enseignes auront-ils un effet néfaste sur un commerce local, peu florissant en ce moment en raison de la crise et des chantiers du centre-ville qui s'éternisent ?

Le nombre de cellules commerciales vides semble, hélas, leur donner raison. Ainsi rien que dans la rue Gallait, trois magasins voisins ont déjà fermé ou vont fermer prochainement leurs portes (MS-Mode, Phildar et Eros) tandis que plus loin, la vitrine du "Love me Tender" affiche encore les décors de Noël peints par un artiste pour rendre la rue moins triste en cette période de fêtes. Le phénomène est le même dans les rues du Curé Notre-Dame (où Gérard Depardieu semble avoir renoncé à ouvrir sa vinothèque), de l'Yser ou des Chapeliers, rues commerçantes par excellence.

Le blog "Visite Virtuelle de Tournai" a pour vocation de raconter la cité des cinq clochers au travers de l'Histoire, des grands et petits événements qui ont marqué les différentes époques de cette ville comptant parmi les plus anciennes de Belgique avec Arlon et Tongres. Il dresse le portrait de citoyens connus contemporains ou disparus, il fait vivre son patois et évoque l'actualité.

La disparition des magasins est-elle un phénomène récent ?

La nature humaine semble ne retenir que les faits du présent et il est vrai qu'actuellement, lors de chaque promenade à Tournai, force nous est de constater la disparition rapide d'enseignes commerciales. Toutefois, il y a aussi la création de quelques nouveaux commerces sans pour autant que ce soient ces éternels magasins de nuit ne proposant qu'alcool, cigarettes, tabac et cartes de téléphone.

L'étude à laquelle je me suis adonné va probablement paraître intimiste et ne rappeler des souvenirs qu'aux plus vieux Tournaisiens, c'est cela aussi le but de ce blog, remémorer des lieux disparus.

Si on veut dresser un bilan des disparitions de magasins ou de maisons bien connues à Tournai, il ne nous faut pas remonter jusqu'à Mathusalem, mais s'arrêter aux cinquante dernières années. On serait surpris du résultat !

Magasins disparus (depuis 1965).

Dans le secteur vestimentaire :

Adria (rue de l'Hôpital Notre-Dame), A la Bonne Fermière (rue des Puits l'Eau), A la Bourse (Grand-Place), A la Diva (rue Royale), A Paris-Mode (rue de la Cordonnerie), Au Canadien Nylon (rue Tête d'Argent)? Au Coin de Paris, Maison Vitos (rue de Courtrai), Aux Milvêtements (rue du Curé Notre-Dame), Au Renard Bleu (angle de la rue Saint-Martin et de la rue du Parc), Auteuil Couture (rue de Courtrai), Au Soldeur (rue des Puits l'Eau), Babyshop (rue du Curé Notre-Dame), Baprix (rue du Curé Notre-Dame), De Meire (rue de l'Yser), Dhondt-Van Peteghem (rue du Cygne), Exclusif (Grand-Place), Favril (rue des Chapeliers), Haute Couture Sélection (rue Royale), Ganterie Chemiserie Bruxelloise (rue de l'Yser), Hit Boutique (Grand-Place) Impersport (rue des Chapeliers), Inedit Couture (Grand-Place), La Chemiserie Eton (rue de l'Yser), La Corsetière Madame Glorieux (rue Gallait), La Maison Amelinck-Lenoir (Grand-Place), La Maison du Bas (place de l'Evêché), Le Palais de l'Enfant (rue de Courtrai), Le Palais des Enfants Mme Picq (Vieux Marché aux Poteries), la Maison Courtois (rue Gallait), La Maison Decocq (rue de la Cordonnerie), la Maison Defontaine (rue de l'Hôpital Notre-Dame), La Maison Jules (rue des Chapeliers), La Maison Muyle (rue des Puits l'Eau), La Maison Vilain-Durieux (rue des Puits l'Eau), la Maison Waterproof-Scheefhals (Quatre Coins Saint-Jacques), le Magasin Français (rue des Puits l'Eau), le tailleur Meurant (angle de la rue Soil de Moriamé et de la place Paul Emile Janson), les Magasins Réunis (rue Royale), Madame Herman (rue de Pont), Les Tissus Ryckaert (rue de l'Yser), Les Tissus Vervietois (rue Royale), Lindor (rue de Courtrai), Lintex (rue Royale), Luxeuil (Grand-Place), Marvan (rue de Pont et ensuite rue de la Wallonie), Pacherchic (rue Royale), Printania (rue de Courtrai), Pour Elle (rue Saint-Martin) Toufait (rue des Chapeliers)...

Les chaussures :

A la Mule du Pape (rue du Cygne), Alki (Grand-Place), Alva (rue de la Cordonnerie), Coisne (rue du Cygne), les Aubaines Coisne (rue de Courtrai), Les Chaussures Pavot (rue de la Tête d'Or), Chauss-Beau (rue Royale), les chaussures Delmée, Des-Bo (place Saint-Pierre), Daniel Bouchery chausseur (place Verte), Izegem Shoe Maison Driesens (rue de la Wallonie), La Maison Delvalle (rue du Chambge), Le cordonnier Louis Ducoulombier (place de Lille), la Maison Degobert (place de Lille), La Maison Dumoulin-Gillart (place Saint-Pierre), Nef (rue de Courtrai), Tivoli Boutique (rue des Chapeliers), Tivoli Galerie (rue de l'Yser), Tournai-Smel (quai du Marché aux Poissons), les chaussures Henry (rue des Chapeliers)....

Ces deux longues listes, non exhaustives, un peu fastidieuses à lire pour un lecteur étranger à la ville ne sont qu'un pâle reflet de ce que fut la disparition de commerces depuis 1965. Il en est de même pour les magasins de proximité : les boulangeries (trois dans la seule rue Saint-Martin), boucheries (plus d'une douzaine dans l'intra-muros), les poissonneries, (il n'y en a plus qu'une le long du quai du Marché aux Poissons), les crèmeries.

Des commerces plus spécifiques ont connu la même tendance : les magasins de jouets (Monnier à la rue Saint-Martin, Ménart à la rue des Chapeliers, Christiansen à la rue Royale), les drogueries (Waroquier à la rue de Pont, le Crocodile à la rue des Maux, Raverdy à la place Saint-Pierre, Mercier, A la ruche d'Or à la rue Royale...), les maroquineries (Delobbe à la rue des Chapeliers, Bagatelle à la rue de Pont, Favot à la rue de l'Yser), les chapelleries (Lecat à la Grand-Place, Lucas à la rue de Pont, Au Chapeau de Paris à la rue de la Madeleine...), les lustreries, les "poëleries" (Delcourt à la rue des Fossés, Holvoet à la rue Morel, Bayet à la rue de l'Yser, Wilfart rue du Curé Notre-Dame...), les merceries (Lefebvre-Leroy à la rue de Pont, Delwarde à la Grand-Place), les papeteries (Masse Fourez à la rue des Chapeliers, Lienard-Pottiez à la rue de Pont, Bouret à la rue de la Cordonnerie, Lesage au quai Saint-Brice, Michenaud à la rue Joseph Hoyois), les magasins meubles (Au Bon Marché à la rue Saint-Piat, Scholaert au pont Morel, les Meubles Ronse, les Meubles Lefebvre et Imexcotra à la rue Saint-Martin, Meuble-Centre à la rue du Curé Notre-Dame, EM Décor et Meurop à la rue de Pont, la Maison de Zutter à la rue de la Tête d'Or, Toubois à la rue du Cygne, la Galerie Saint-Jacques, rue des Maux, ...), d'électro-ménagers, téléviseurs (Le Coin Becquerelle, Delannay à la rue de Pont,  Blondez à la rue du Cygne, Futura Grundig à la rue de la Cordonnerie, Clinic-Radio à la rue de Courtrai, La Maison Duhaubois à la Grand-Place, les Ets Merchez à la rue Royale, Modern-Radio Snoeck à la rue Tête d'Argent, Electrolux à la rue de Courtrai, Ets Omer Fontaine à la rue des Jardins, les Ets Ch. Vandeputte à la place Crombez, les Ets Ervin-Olivier à la rue Saint-Piat), de cadeaux (Lecrénier à la rue des Chapeliers, la Maison Belin à la rue Royale, la Galerie Coquereau à la rue des Puits Wagnon,), d'instruments de musique (Smets à la rue Royale, J. Kerkhofs à la rue du Cygne) les teintureries (Nett-Eclair à la rue Royale et Godet rue du Bourdon Saint Jacques) et tant d'autres...

Les portraitistes Sam (rue des Maux), Jean-Pierre (rue de la Wallonie), Jules Messiaen (rue Royale), Séverin Messiaen (rue Saint-Martin)... ont rangé leur matériel de photographie ? Le numérique ayant eu raison de leur savoir-faire et de leur art !

De grandes maisons, véritables institutions tournaisiennes, ont fermé leurs portes : la Coopérative l'Avenir, les Tapis Leveugle, les magasins Sarma et Unic, les sièges régionaux des grandes banques (suite aux différentes fusions intervenues à la Banque de Bruxelles, à la Société Générale de Banque et à la banque Nationale), la Moutarderie Vilain, les Pronostics Prior, la Brasserie du Lion, l'Union des Coopérateurs du Tournaisis en abrégé U.C.T...

Lorsqu'on se promène par les rues de la ville, on découvre désormais beaucoup plus de restaurants qu'il y a cinquante ans. A cette époque, la Maison Prandini (rue des Corriers), le Charles-Quint (Grand-Place), l'Ecu de France (Grand-Place), le Trou Normand (Grand-Place), les Neuf Provinces (place Crombez) ou le Grand Hôtel de la Cathédrale (place Paul Emile Janson), tous disparus, étaient les adresses les plus régulièrement fréquentées par la bourgeoisie tournaisienne. Aujourd'hui, outre la gastronomie française, on trouve le choix entre des restaurants italiens, espagnols, turcs, asiatiques, maghrébins, japonais, des pizzerias, des kebab ou des lieux de restauration rapide, ces "fast-food" qui se sont multipliés au cours de ces dernières décennies, autres temps, autres goûts ! 

On peut très certainement attribuer la disparition des commerces du secteur de l'alimentation à la multiplication des grandes surfaces en périphérie parce que tout se trouve dans le même magasin et il n'y a surtout aucun stress concernant la recherche d'un endroit de stationnement ou pour le temps passé au magasin. Dans l'intra-muros, l'horodateur ou les contrôleurs de City-Parking sont devenus de véritables générateurs de stress pour l'acheteur qui doit faire la file dans un magasin ! On peut aussi attribuer le succès des chaînes commerciales à la flexibilité des horaires dont elles font preuve et qui permet aux personnes qui travaillent d'encore pouvoir effectuer leurs commissions en soirée.

En ville, c'est à l'apparition de nouveaux magasins à laquelle on assiste désormais depuis quelques années, mentalité de notre époque oblige, celle des agences de voyages, immobilières ou d'intérims.

Les cellules vides quant à elles se transforment, de plus en plus souvent, en éphémères "magasins de nuit" tenus parfois par des personnes en situation irrégulière, lieu parfois de rassemblement d'individus désœuvrés, inconsciemment responsables d'un sentiment d'insécurité parmi la population tournaisienne et notamment les personnes plus âgées. Parfois, elles mutent temporairement en simples vitrines de promotion pour un magasin du quartier .

Pour conclure, il eut été plus facile pour moi de rechercher les maisons qui existaient déjà en 1965 et qui ont encore pignon sur rue en cette année 2015 (il y a en encore) mais là, ce n'aurait plus été un article "historique" mais un article publicitaire non autorisé par la charte de la plate-forme qui héberge mon blog.

Le secteur "Horeca" sera-t-il uniquement l'avenir du centre-ville ?

S.T. avril 2015. 

04 avril
2015

10:43

Tournai : expressions tournaisiennes (305)

I-a des s'maines ainsin qui seont durtes.

Jeudi au matin, j'ai rincontré à Froyennes, mes amisses de l'rue Montifaut, Edmeond et s'feimme. Cha f'seot quate sémaines que je n'les aveos pus vus, j'deos vous l'avouer, l'heomme  j'l'ai à peine orconnuSaquant s'caddy, i-aveot du mau à avancher, à chaque queop d'vint on areot dit qu'i-alleot orculer.

"Bé vingt milliards... i-t'in feaut acore bin du temps, t'es acore pris d'tes gampes, espèce de bruant ?".

L'jour que Fifinne elle va li parler tout in doucheur, ch'est quand elle ara compris qu'i-vit s'dernière heure".

Inter les portes du magasin, dusqu'elle l'attindeot, i-a infin orjoint s'feimme, i-falleot vir comme i-tranneot, combin i-éteot à bout de s'n'haleine.

"Mo bé... Edmeond, j'te truèfe ichi tout raplati, quoisque t'as eu, t'as attrapé eine maladie ?".

"J'areos préféré ramasser eine maladie au moinse là, j'areos pu rester tout l'jour dins m'lit...Bé neon, neon, te n'saras jamais t'imaginer l'sémaine que Fifinne et mi on a passée".

"Si te veux me l'raqueonter, eh bé, mi, j'vas t'acouter".

"Te t'rappelles acore du solel qu'on aveot eu jeudi passé au matin, du queop, j'ai profité pou aller ouvrer eine paire d'heures à m'gardin. Comme j'éteos in forme et que je m'sinteos fin bin, ave m'louchet, pou mes penn'tières, j'ai fouï ein p'tit coin et comme d'puis lommint j'sus conte l'briscadache, j'ai fait, comme dit à No Télé, du compostache et jusse après l'deîner, j'ai acore été rat'ler mais au soir, au momint d'aller m'coucher, m'romatique i-a comminché à m'faire danser, je n'saveos pus plier mes gu'noux, j'éteos lèque des pieds jusqu'à m'cou, m'cœur buqueot, mes mains brûleot'ent et j'aveos m'deos in compote".

"Au matin, Mossieu l'grand Mimile, i-alleot tout avaler, mais au soir, l'Pétit Edmeond, i-alleot presque défunquer".

Quand Fifinne elle est in rache, cha s'veot tout d'suite su s'visache.

"Deux jours qu'i-a fallu pou m'ormette, j'te jure que je n'valeos pos tripette".

"Comme cha alleot mieux, on a été au marché, querre des légueumes su l'plache Crombez. On a eu l'malheur d'caire su l'greos Firmin, ein flamind qui habite eine cinse à Eperchin"

"Beste vrienden, on va aller dans le café pou boire un bière, c'est pas parce que ton femme est là que tu dois faire le fier".

I-n'a pos fallu lommint pou comprinte ce qui éteot arrivé quand j'ai vu Fifinne m'raviser ave ein air mauvais.

"Ah cha, on peut dire qu'i-n'éteot pus fier après avoir infilé chinq ou six bières, i-a fait des jeones de cat tout l'leon du qu'min et l'pire ch'est qu'i-berleot à mitan in flamind. I-a voulu orwettié l'course à l'télé et i-a dormi tout l'après-deîner. Quanç'qu'i-s'a déréveillé, l'prumière cosse qu'i-a d'mindé ch'est quis'qu'i-aveot gagné, j'li ai répeondu que ch'éteot l'prumier et i-est dev'nu comme ein inragé, ein possédé, j'ai pinsé qui areot fallu l'déchorchéler. I-éteot tell'mint débalté qu'à huit heures au soir, i-est meonté coucher. Ch'éteot pos fini, ch'est même là que tout à continué pasqu'i-aveot eine cosse qu'on aveot obliée, pou l' pus grand des malheurs, ch'éteot l'nuit du cang'mint d'heure. Cha fait quarante ainnées que c'nonoche, i-s'liève à deux heures au matin pou canger les horloches".

"D'puis quarante ainnées on dit à l'télé que ch'est à deux heures qu'on deot les canger, je n'sus pos ein wiseu qui l'cange au matin pou avoir l'escusse d'avoir dormi pus lommint !"

"Ahais, à deux heures de l'nuit quand l'coucou cante, l'arsoule i-va faire l'tour de toutes les toquantes, ch'est alors que t'intinds seonner ainsin l'horloche du saleon, l'big-ben, l'pindule de l'cuisine et l'carilleon. I-va aussi vir à l'télé et à l'ordinateur si cha s'a bin mis tout seu à l'heure. Quand i-a fini l'ouvrache et qui ormeonte, ch'est à c'momint là que l'moutarte elle me meonte, à chaque feos i-dit : l'ov'là tout est à l'beonne heure, te peux dormir tranquille, mon p'tit cœur, l'pétit coeur i-fait tell'mint des beonds qui li fout'reot su s'guife ein bieau et riche cachireon. A treos heures au matin (nouvelle heure), j'ai préparé l'déjeuner et à huit heures, l'deîner i-éteot d'jà prêt, à midi i-n'a pus eu qu'à l'récauffer, acore hureux, i-n'a pos eu d'détoule, ein sanche que j'aveos fait de l'ratatoule, eine sorte d'hoch'peot ave du bouli, d'z'hariqueots, des porgneons et des navieaux. J'ai toudis dit tout cha ch'est acore des manipulatieons et on n'sareot même pos dire l'bénéfice qu'on a à l'fin de l'saiseon. A l'Europe pou tout cha i-seont forts mais pou l'écolomie, là, i-feont l'mort. L'queoq et les glaines i-s'foutent pos mal du cang'mint, i cantent et i-glousse'tent toudis au même momint. Dins les étapes, les vaques on les trait à l'même heure tout au leon d'l'ainnée".

L'paufe Fifinne elle éteot tell'mint démeontée que si elle areot vu ein politicien elle l'areot déferloupé.  

"I-est beon va, on dormira bin l'nuit qui vient" li aveot dit Edmeond in s'mettant dins l'fauteul pa d'vant l'télévisieon.

"Ahais, on peut l'dire, pou cha, on a bin dormi, ch'est seûr, on a eu des queops d'vint à du chint à l'heure, l'meublier i-s'a involé de l'terrasse d'chez m'visin, j'ai attrapé, eine à eine, toutes les cayères dins m'gardin et l'lind'min au matin, ce quervé qui aveot dormi comme ein bébé, i-a berlé comme ein fuchéau dins tout l'ruache qu'on l'aveot volé. L'nuit d'mardi à mercredi, j'n'ai pos 'cor beauqueop dormi. Ceulle feos ichi, ch'est à causse de Fifinne qui a, comme à chaque feos au meos d'avril, acore fait eine zine. Pou les Pâques, obliant m'n'âche, elle a voulu faire l'grand nettiache, elle m'a fait ortirer les tapes, les armoires et les garnitures pou passer l'wassinque et inl'ver les arnitoiles qui aveot su les murs. Tout cha éteot tell'mint lourd que j'ai pinsé faire mes treos tours. J'lai prévenue, si te continues ainsin à m'arlocher, ch'est au Moulin à Cailloux que j'vas t'placher.

Acore tout ramati, Edmeond i-m'a dit :

"Oh quelle nuit" canteot dins l'temps Sacha Distel, mi j'areos pus aussi l'canter... mais au pluriel !"

"Ahais, Mossieu va canter, avanche toudis Sacha Distel et comminche pa mette dins l'machine les boutelles et n'oblie pos d'orsaquer l'ticket, sineon l'rimboursemint i-va acore nous passer sous l'nez".

I-a des ménaches ainsin qui seont toudis à l'tiête de l'ein l'eaute, on direot que les deux conjoints i-feont toudis à leu mote mais si i-restent insanne après autant d'ainnées, be... tout simplem'nt ch'est pasqu'i-n'eont jamais cessé d's'apouchenner!

(lexique : ainsin : ainsi /durte : dure / mes amisses : mes amis / quate : quatre / orconnu : reconnu / saquer : tirer / avoir du mau : avoir mal / avancher : avancer / ein queop : un coup / orculer : reculer / les gampes : les jambes / ein bruant : désigne un hanneton mais qualifie un paresseux / in doucheur : en douceur / inter : entre / dusque : où / tranner : trembler / j'truèfe : je trouve / ête raplati : être anéanti par suite d'infortune / quoisque : qu'est-ce que / raqueonter : raconter / acouter : écouter / acore : encore / ouvrer : travailler / l'gardin : le jardin / l'louchet : la bêche / les penn'tières : les pommes de terre / fouïr : bêcher / lommint : longtemps / l'briscadache : le gaspillache / jusse : juste / rat'ler : ratisser / m'romatique : mon rhumatisme / commincher : commencer / les gu'noux : les genoux / buquer : frapper, cogner très fort / l'deos : le dos / défunquer : trépasser / l'rache : la rage / l'visache : le visage / s'ormette : se remettre / n'pus valoir tripette : ne plus valoir grand'chose / querre : chercher / des légueumes : des légumes / caire : tomber / eine cinse : une ferme / Eperchin : Esplechin, petit village au Sud de Tournai, à quelques hectomètres de la frontière française / comprinte : comprendre / raviser : regarder / chinq : cinq / faire des jeones de cats : vomir / tout l'leon du qu'min : tout le long du chemin / berler : hurler / à mitan : à moitié / orwettier : autre mot pour regarder / quanç'que : quand / déréveiller : réveiller / l'cosse : la chose / inragé : enragé / déchorcheler : exorciser / oblier : oublier / l'cang'mint : le changement / l'nonoche : le crétin / l'horloche : l'horloge / ein wiseu : un fainéant / ahais : oui / canter : chanter / l'arsoule : l'arsouille / vir : voir / tout seu : tout seul / l'ouvrache : le travail / l'moutarte : la moutarde / des beonds : des bonds / s'guife : sa figure / ein cachireon : une gifle / récauffer : réchauffer / hureux : heureux / avoir de l'détoule : avoir des misères / eine sanche : une chance  l'ratatoule : la ratatouille, le ragoût / ein hoch'peot : ragoût avec viande et légumes / du bouli : du bouilli / des hariqueots : des haricots / des porgneons : des poireaux / des navieaux : des navets / toudis : toujours / des écolomies : des économies / l'queoq (ou l'queo) : le coq / les glaines : les poules / s'foute pos mal : bien se moquer / les étapes : les étables / les vaques : les vaches / ête démeontée : être dans une colère noire / déferlouper : mettre en charpie / pa d'vant : devant / seûr : sûr / l'meublier : le mobilier / l'visin : le voisin / les cayères : les chaises / l'quervé : l'ivrogne / berler comme un fuchéau (ou fussieau) : crier comme un putois / ceulle feos ichi : cette fois-ci /  à causse : à cause / faie eine zine : être d'humeur difficile et avoir une idée en tête / l'âche : l'âge / l'nettiache : le nettoyage / les tapes : les tables / l'wassinque : la serpillière / les arnitoiles : les toiles d'araignée / faire ses treos tours : expression signifiant mourir / arlocher : secouer / l'Moulin à Cailloux : maison de retraite située au Nord de la ville à l'emplacement d'un ancien moulin / placher : placer / ramati : fatigué (à rapprocher de l'expression être mate) / orsaquer : retirer / les ménaches : les ménages / faire à leu mote : faire à leur mode, faire ce qu'on a envie sans s'occuper de l'autre / insanne : ensemble / s'apouchenner : se dorloter, bien se soigner).

S.T. avril 2015.

 

10:43 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |