05 mars
2015

Tournai : le siège de 1340

Un peu d'Histoire.

Sans remonter à Mathusalem, on se rappellera que Tournai fut, tour à tour, une cité romaine au premier siècle de notre ère, ensuite gallo-romaine, franque au cinquième siècle et française au douzième lorsque la ville tomba dans le giron de Philippe-Auguste.

Origines du conflit qui marqua le XIVe siècle.

Au tout début du XIVe siècle, en 1303, le roi de France Philippe le Bel s'empare de la châtellenie et des droits de justice que le pouvoir flamand détenait encore sur la cité des cinq clochers et dote Tournai d'une nouvelle enceinte afin de posséder un point fort face aux vassaux flamands. En 1320, à la suite du traité conclu, le 5 mai, entre la France et la Flandre, cette dernière est forcée de céder les châtellenies de Lille, Douai et Béthune (une région alors appelée la Flandre gallicane). En 1323, les trois grandes villes flamandes que sont Bruges, Ypres et Gand imposent leur autorité et s'arrogent le privilège de l'exercice de la draperie. La révolte gronde dans les campagnes à l'encontre de cette mainmise de la haute et riche bourgeoisie flamande. 

Vers 1335-1336, l'Angleterre va refuser d'importer draps et laine en provenance de l'étranger. Cette décision plonge la plus grande partie de la Flandre dans la misère. Jacques Van Aertevelde, représentant des riches marchands de draps, va prendre la tête d'un mouvement qui refuse de sacrifier la Flandre à la France et se déclare partisan d'une entente avec l'Angleterre. Il conclut une alliance avec celle-ci et les deux signataires se promettent une assistance mutuelle en cas d'attaque. C'est alors que débute la guerre de Cent Ans, le roi d'Angleterre, Edouard III montrant des prétentions à la couronne de France. Les Flamands, encouragés par Jacques Van Aertevelde, prennent le parti des Anglais. Edouard III est décidé d'incorporer Tournai et le Tournaisis au comté de Flandre. Nous sommes au printemps de l'année 1340.

Le rôle de Tournai.

Au début, il n'est pas très clair, il faut bien l'avouer. Les marchands tournaisiens voient d'un mauvais œil ce roi de France qui les privent d'une partie de leur droit de commune et préjudicie leur commerce, en raison du conflit latent contre l'Angleterre. Les marchands tournaisiens ont perdu la clientèle flamande, anglaise, hennuyère et brabançonne. Pourtant, en 1339, les bourgeois tournaisiens n'hésitent pas à envoyer une compagnie de 1.100 hommes pour aider le roi de France à chasser l'Anglais de Cambrai. Selon Paul Rolland, il est fait référence à cet épisode dans l'hymne de la cité : "Les Tournaisiens sont là" (Le roi de France s'ortournant su s'n'officier d'ordonnance...).

En avril 1340, les Flamands s'emparent du château que possède l'évêque de Tournai à Helchin (Helkijn), celui-ci qui est à la tête de leur diocèse, les a excommuniés. Jacques Van Aertevelde et ses troupes marchent ensuite vers Tournai et s'arrêtent à Ramegnies-Chin. Deux émissaires sont envoyées aux portes de la ville mais les Tournaisiens refusent les propositions d'Edouard III de leur rendre tous les droits de commune. Ils se déclarent fidèles au roi de France. On renforce les points les plus faibles de l'enceinte communale. Les habitants des faubourgs viennent se réfugier en ville.  

En juin 1340, une nouvelle compagnie composée d'un millier d'hommes est envoyée à Thun pour aider Philippe de Valois à défendre cette ville du Nord de la France.

Durant cette période des gentilhommes tournaisiens vont faire de brèves incursions avec quelques hommes armés vers les villages pris par les Flamands et y faire des prisonniers.

Le roi de France a envoyé de nombreux hommes dans la cité des cinq clochers, ainsi en juillet, des cavaliers et fantassins sous le commandement du comte de Foix, Gaston d'Eu, père de Gaston Phébus, arrivent en ville. Bientôt la ville comptera 14.000 servants d'armes.

Le 18 juillet, Edouard III vient camper à Helchin et, trois jours plus tard, il rejoint les Flamands à Chin. Les forces en présence comptent plusieurs dizaines de milliers d'hommes. On dit que Tournai abrite pas loin de 120.000 hommes ! Tournaisiens et Français font face à une coalition composée d'Anglais, Flamands, Hollandais, des hommes du Comté du Hainaut et de Brabant, tous unis contre le roi de France.

Le siège de Tournai va bientôt débuter.

(à suivre)

(sources : "Chronique de la Belgique" - "Histoire de Tournai et du Tournésis" de Chotin - "Histoire de Tournai" par Paul Rolland).

Commentaires

Je n'en avais jamais entendu parler. Article très intéressant. Bon week-end Serge.

Écrit par : Un petit Belge | 07/03/2015

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