23 févr.
2015

Tournai : Michel Cordier, un "globe-biker" !

Bouger pour conserver la santé, pour ne pas s'encroûter, ne pas s'ankyloser, pour rester en forme et garder sa jeunesse, je connais un habitant de Kain qui respecte à la perfection ces recommandations du monde médical. En matière de bicyclette, on peut même dire qu'il en connait un fameux rayon. Je prie les puristes de la langue française de m'excuser pour l'utilisation d'un néologisme, les temps sont révolus où on parcourait le monde uniquement en marchant, les cyclistes ont aussi le droit d'entrer dans le dictionnaire !

Portrait d'un cyclo.

La soixantaine bien sonnée, la crinière et la barbe blanchissantes, le regard pétillant derrière des lunettes, le Tournaisien Michel Cordier a probablement été vacciné, durant son jeune âge, avec un rayon de bicyclette. Pour surmonter les séquelles d'un grave accident dont il avait été victime dans le cadre professionnel, il a décidé, un jour, d'enfourcher le vélo. Je me souviens d'une première (et unique) sortie effectuée en sa compagnie, un circuit Tournai-Lille-Mouscron-Tournai organisé, un dimanche d'été, à l'occasion de l'anniversaire du beffroi de Lille. Sur la fin du parcours, montant à son rythme, il m'avait proprement largué sur les pentes du Mont Saint-Aubert. Totalement dégoûté par cette souffrance encourue pour hisser ma maudite carcasse au sommet de ce "redoutable" mont culminant à 146 mètres (!) d'altitude  avec un raidillon final de 10%, je me suis juré de ne plus rouler sur de longues distances tandis que lui avait confirmé là sa nouvelle passion. C'est donc tout naturellement qu'il s'est tourné vers un club de cyclotouristes, les "Audax de Tournai" créé quelques années auparavant. Pépinière de grands rouleurs, celui-ci a compté en son sein des hommes comme Maurice Vertonghen, Raymond Vallée, André Tignon... d'insatiables dévoreurs de kilomètres, connus sur toutes les routes de France et de Navarre qu'ils ont parcourues à maintes reprises. 

Avant d'en devenir le président en 1994, Michel Cordier participa aux randonnées du dimanche et aux différents brevets qui lui permettaient d'engranger des kilomètres mais l'homme avait faim de découvrir des horizons plus lointains, il rêvait peut-être en secret de parcourir l'Europe, voire le monde !

A son palmarès, on relève 18 diagonales françaises, ces randonnées réalisées en solitaire, sur une longue distance, faites d'une succession de journées d'efforts ponctuées de quelques heures de repos. Au départ des villes de Dunkerque, Brest, Hendaye, Perpignan, Menton et Strasbourg, elles sont neuf qui peuvent être parcourues dans les deux sens. Lors d'Euro-diagonales, Michel a aussi rallié Inverness (au Nord de l'Ecosse) à Brest, Dunkerque à Copenhague, Strasbourg à Budapest...

Cependant, l'épreuve, la plus chère et la plus exigeante aux yeux d'une majorité de cyclotouristes confirmés, reste Paris-Brest-Paris, créée en 1891 et qui a accueilli les premiers randonneurs en 1931. Il s'agit de parcourir les 1.200 km, soit à allure libre (les randonneurs), soit à la vitesse moyenne de 22,5 km/h (les Audax). Cet exploit demande 50 à 90 heures de selle avec quelques brefs moments de repos lors de ravitaillements. Michel Cordier en a réalisé six (cinq dans la catégorie randonneurs et une dans celle des audax).

2015, l'Amérique du Sud : la Colombie. 

Quitter l'Europe, rouler sur un autre continent, c'est le rêve de beaucoup de cyclotouristes. Un autre Tournaisien, Daniel Cauchie, connu sous le surnom de Danicau, avait, voici quelques années, déjà parcouru l'Alti-Plano (il conte ses voyages sur son site http://randonneurs.skynetblogs.be), Après avoir déjà roulé en Thaïlande, en janvier 2010, cette fois, Michel Cordier a décidé lui de parcourir la Colombie en participant à un voyage itinérant organisé et guidé par Christian Differding d'Alternative Cycle. 

Aussi, le 12 janvier dernier, avec bagages et matériel, il décollait de Zaventem à destination de Bogota via une escale à Madrid. Au départ de la capitale colombienne, ils étaient une douzaine de cyclos à s'être donné rendez-vous, ils étaient venus d'Ath, Tournai, Orly, Roanne, Paris, des Ardennes françaises et même du Québec. Ce groupe hétéroclite d'hommes et de femmes, unis par la passion du vélo, était composé de retraités, d'un taximan, d'un chef en restauration, d'un informaticien, d'un moniteur, d'un patron d'une entreprise de menuiserie et d'une employée d'imprimerie. Ils étaient accompagnés d'une voiture d'assistance technique transportant les valises d'étape en étape.

Voici des extraits du long récit que Michel Cordier m'a fait parvenir.

14.1 Bogota (alt. 2.640 m) à Gacheta (alt. 1719 m) sur une distance de 97 km.

Au moment du départ, Michel Cordier est légèrement inquiet, il craint de ne pas être en mesure de faire bonne figure car, le 23 décembre, après s'être entraîné, de nombreuses fois, à monter et remonter le Mont Saint-Aubert pour s'habituer à la succession de dénivelés auquel il allait devoir faire face, il a, au cours d'une randonnée en solitaire, fait une chute qui l'a contraint à quelques heures d'hôpital et provoqué dix jours d'arrêt. Néanmoins, tout se passe bien, en cette journée inaugurale malgré le raidillon final à 15%.

15.1 Gacheta (alt. 1713 m) - Tenza (alt. 1.562 m) sur une distance de 74 km.

Il ne s'agit pas de routes, nos cyclos découvrent des pistes en terre battue ou en gravillons. Ils font même une étrange rencontre, celle d'une vache tuée par un camion. Heureusement, le soir, c'est un steak de zébu qui ravigote nos pédaleurs.

16.1 Tenza (alt. 1562 m) - Villa de Leyva (alt. 2.130 m) sur une distance de 126 km.

Etape difficile en raison de l'altitude. Le soir, Michel Cordier déclare avoir mal aux cuisses, souffrir d'une légère blessure au périnée. La figure, les mains et les bras sont cuisants malgré la crème de protection appliquée généreusement. 

18.1 Villa de Leyva (alt. 2.130 m) - Landazuri (alt. 941 m) sur une distance de 119 km.

Après une journée de repos consacrée au tourisme, le périple reprend et va être marqué par un fait qui aurait pu être très grave. Vers 15h, Michel Cordier, qui était en queue de groupe pour pouvoir photographier le paysage, découvre Raymond, son compagnon de chambre originaire des Ardennes françaises, étendu sur le ventre, inanimé. Il respire mais saigne du nez et du front. Des gens de l'endroit apportent des couvertures, une famille circulant en 4X4 se propose de le conduire à l'hôpital. Michel prend place à ses côtés, à l'arrière du véhicule. Chemin faisant, ils croisent l'ambulance se rendant sur le lieu de l'accident, transféré, l'infortuné cyclo arrive à l'hôpital de Velez où il sera recousu et plâtré. Il ne souffre pas de blessures graves mais sa traversée de la Colombie s'arrête là. Pendant ce temps, un camionneur s'est présenté à l'hôpital, il rapporte les vélos restés sur la route, une marque d'honnêteté et de solidarité extraordinaire. Michel Cordier va reprendre son itinéraire et refaire la première partie de l'étape qu'il avait déjà parcourue le matin.

19.1 Landazuri (alt. 941 m) - Puerto Berrio (alt. 112 m) sur une distance de 101 km.

Au cours de cette étape, le cyclo tournaisien s'écarte inconsciemment du tracé et se retrouve dans un quartier peu recommandable, il sera aimablement ramené à l'hôtel par une camionnette de la "Policia".

20.1 Puerto Berrio (alt. 112 m) - Yolombo (alt. 1.462 m) sur une distance de 108 km.

Si durant la nuit de violentes averses s'abattent sur la ville, la cité, elle, doit faire face à une importante coupure d'eau, ce qui empêche nos cyclos de prendre leur douche réparatrice. Le thermomètre indique 40°, c'est à la nuit tombée que le groupe est arrivé à l'hôtel.

21.1 Yolombo (alt. 1.462 m) - Santa Rosa des Osos (alt. 2.553 m) distance de 108 km.

Après une nuit orageuse, levé à 5h30, Michel Cordier va soudainement perdre le contact avec le groupe, les jambes ne tournent pas. En fait, le vieux briscard des randonnées cyclotouristes souffre tout simplement de la fringale, occupé à photographier les magnifiques paysages qu'il rencontre, il a oublié de s'alimenter. C'est une fatale erreur qui cale le moteur ! Les autres cyclos ont fini le repas de midi quand il les rejoint au restaurant. L'après-midi se passe en continuelles montées et descentes.

23.1 Santa Rosa de Osos (alt. 2.553 m) - Santa Fé de Antioquia (alt. 567 m) 121 km.

Le groupe a perdu Cinthya, venue du Québecq, quand elle le rejoindra plus tard, on apprendra qu'elle a souffert de Tourista, une affection courante dans ces pays où la chaleur règne.

24.1 Santa Fe (alt. 567 m) - Dabeida (alt. 420 m) sur une distance de 131 km.

Une étape marquée par un long faux-plat au départ, un vent contraire, des chantiers routiers et une piste poussiéreuse sur la fin de parcours. Tout cela sous une température frôlant les 35°.

25.1 Dabeida (alt. 420 m) - Chigorodo (alt. 34 m) sur une distance de 110 km.

Les cyclos progressent dans le décor typique des routes tropicales : des arbres, des fougères, de modestes habitations fleuries, du linge qui pend aux clôtures. La route les mène vers la Mer des Caraïbes.

26.1 Chigorodo (alt. 34 m) - Necocli (alt. 12 m) sur une distance de 95 km.

Au cours de celle-ci, ils découvrent la "route des bananiers", ce ne sont que plantations situées de part et d'autres de longues lignes droites balayées par un vent assez fort. Les bananes sont tentantes mais malgré d'âpres négociations dans le but de les acheter, ils ne s'en procureront aucune : toutes, jusqu'à la dernière, sont réservées pour l'exportation ou les restaurants locaux, de plus, il leur expliqué qu'elle ne sont pas comestibles crues mais destinées à la cuisine des restaurants. Le repas du soir (soupe et poisson) est rythmé par le bruit de la mer.

27.1 Necocli (alt. 12 m) - Arboletes (alt. 12 m) sur une distance de 78 km.

Route alternant tarmac et terre battue, longues lignes droites, une promenade en bord de mer.

29.1 Arboletes (alt. 12 m) - Santa Maria de los Vientos (alt. nulle) distance 118 km.

Vingt-cinq kilomètres contre le vent et quarante-cinq kilomètres de pistes d'où s'élèvent des tourbillons de poussière. Les cyclos atteignent le point le plus bas de leur périple. Le souper se déroule dans un grand bâtiment, sans mur, recouvert de feuilles de palmiers.

30.1 Santa Maria de los Vientos (alt nulle) - Tolu (altitude nulle) sur 80 kilomètres.

De longues lignes droites en tarmac, sans vent, et une entrée de ville qui fait songer aux abords de Naples avec ses déchets, ses détritus, ses plastics tout au long de la route.

31.1 Tolu - Cruz del Viso sur une distance de 99 kilomètres.

Au cours de cette étape, les cyclos vont découvrir un effondrement qui s'est produit au beau milieu de la route empêchant le passage du véhicule d'accompagnement et les obligeant à un détour par des pistes en terre et en gravillons.

1.2 Cruz del Viso - Carthagènes des Indes sur une distance de 54 kilomètres.

La dernière étape d'un long périple, la température oscille entre 39 et 41°. A l'approche de cette grande ville portuaire, les cyclos sont absorbés par une circulation très dense.

Le 2 février, fourbu mais heureux, le groupe regagne Bogota en avion (une heure de vol) d'où il s'envole pour Madrid qu'il atteindra après dix heures de vol. Il sera nécessaire de patienter encore cinq heures pour prendre un avion les amenant à Zaventem après 1h30.

C'est l'heure du bilan. :

Revenu chez lui, à deux pas du Mont Saint-Aubert, Michel Cordier a dû, durant les premiers jours, s'habituer à une importante différence de température car, sauf au sommet des cols, il y a une différence d'environ 30° à cette époque de l'année entre la Colombie et la Belgique, il faut aussi faire face au décalage horaire et, travail important, classer plus de 2.000 photos prises tout au long de ce "raid". Les cyclos ont parcouru près de 1.600 kilomètres et grimpé au total 22.000 mètres. Une magnifique expérience, un excellent sujet pour une soirée du cycle de conférences "Exploration du Monde".

Si vous voulez voir de nombreuses photos de cette randonnée hors du commun, je vous invite à rejoindre le site : http://tignon.andre.free.fr/ cliquez dans la colonne de gauche sur 16.2.2015 "Michel Cordier raconte son voyage en Colombie".

S.T. février 2015. 

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