11 févr.
2015

Tournai : un plan qui "mobilise" les Tournaisiens !

Une contestation "tous azimuts"

Ces derniers temps, il ne fait pas bon présenter à enquête publique ce que certains espèrent être quelques modifications allant dans le bon sens pour un nouveau visage de la cité. Ainsi, le plan communal de mobilité présenté par l'édilité tournaisienne n'échappe pas à la règle.

Dès qu'on apporte un élément nouveau à l'ombre des cinq clochers, celui-ci focalise, de suite, toutes les frustrations d'une population qu'on pourrait presque qualifier d'autiste tant elle repousse, bec et ongles, les nouveautés considérées, par elle, comme autant d'arrêts de mort.

On n'a jamais vu autant de levées de boucliers, que ce soit contre les éoliennes, l'élargissement du Pont des Trous, City-Parking, l'extension de la zone économique de Marquain, celle de la zone commerciale des Bastions ou... le tout nouveau plan communal de mobilité.

Le Tournaisien est-il rétrograde ? Ce qui se fait ailleurs n'est-il pas envisageable à Tournai ? Voudrait-il vivre comme jadis tout en possédant les avantages du modernisme ? Est-il devenu le champion de l'immobilisme ? Cela demande une analyse !

Le plan de mobilité vilipendé.

Le nouveau plan de mobilité apparu dans nos boîtes aux lettres au mois de janvier a rapidement agité le lanterneau tournaisien. Il est vrai qu'il comporte des inepties qui ne peuvent avoir été commises que par des personnes ne possédant pas la sensibilité tournaisienne ou ayant travaillé sur un plan, dans un bureau, loin de la réalité de terrain.

Il est aussi important de savoir ce qui a été réellement demandé au bureau d'étude par le maître d'œuvre. Sait-on ce que l'on veut ? Il faut bien dire que cela n'a pas toujours paru très clair de la part de nos dirigeants !

Comment voit-on notre future ville ?

On a le choix entre une ville qu'on visite ou une cité qu'on évite. Un lieu vivant ou un simple dortoir !

Si on se place au niveau écologique, on rêve d'une ville sans voiture, où certains (qu'on nomme péjorativement "bobos") pourraient circuler librement à pied ou à vélo. De grandes artères désertées par la polluante automobile, où il ferait bon respirer à pleins poumons lors d'un jogging matinal ! Des rues d'un calme... assourdissant pour retraités retrouvant, avec bonheur, l'ambiance du début de XXe siècle ! Bien sûr, les habitants seraient obligés d'effectuer leurs achats dans les centres commerciaux situés à la périphérie où ils trouveraient de larges zones de stationnement... gratuit. Une solution qui donnerait une triste vision d'une ville futuriste totalement déshumanisée.

Si on se place au niveau économique, on rêve d'une cité, véritable lieu de rencontres et d'échanges culturels qui, comme au Moyen-Age, verrait des milliers de personnes venir faire leurs emplettes dans le centre, remplir les tiroirs caisses des commerçants, s'installer aux terrasses des cafés, fréquenter les restaurants et les salles de spectacle. Hélas, comme on sait que l'homme du XXIe siècle ne peut plus faire un mètre sans son véhicule, on assisterait alors, chaque jour, à des embouteillages homériques, on se déplacerait, paradoxalement, dans une circulation presque à l'arrêt ! "J'ai fait, ma chère, beffroi-Saint-Brice en vingt-cinq minutes, mon Dieu, très chère, vous avez été vite" .

Si on se place au niveau touristique, on conçoit que les visiteurs désireux de découvrir le riche patrimoine de la cité de Clovis souhaitent pouvoir se promener à l'aise, sans devoir, sans cesse, être sur le qui-vive et laisser la place aux véhicules, maîtres du pavé, prenant rapidement une photo-souvenir au risque de se retrouver sous les roues d'un conducteur arrogant. Des touristes quittant rapidement un endroit où ils ne se sentiraient qu'à moitié admis sans s'attarder dans les commerces ou prenant à peine le temps d'une consommation !

Comme on le voit, en fonction des sensibilités de chacun, il est difficile d'organiser un plan de circulation et de stationnement qui pourrait contenter des personnes aux objectifs si différents. Le "mix" est-il possible ? 

Deux problèmes bien distincts.

Le terme mobilité sous-entend deux problèmes bien distincts : la circulation dans la ville et le stationnement des véhicules.

C'est surtout aux heures de pointe que Tournai connait des problèmes de circulation, durant une tranche horaire de deux heures environ, le matin et en fin d'après-midi mais... c'est en permanence que la cité connaît des problèmes de stationnement. En semaine, Tournai accueille quotidiennement des milliers d'étudiants, des centaines de travailleurs et les week-ends, de nombreux promeneurs.

Pour répondre à cette constatation, les concepteurs du plan ont tout simplement décidé de :

- chasser les véhicules qui n'ont rien à y faire, en décourageant au maximum la circulation dite de "transit". De nombreux véhicules traversent, en effet, la ville sans s'y arrêter. A ceux-là, on conseille d'emprunter les boulevards périphériques. Cette sage solution doit cependant être attractive pour l'automobiliste soucieux d'économiser du carburant en réduisant son nombre de kilomètres mais voilà, pour différentes raisons (couloirs de bus, Chwapi, écoles, vire-à-droite...) on réduit les boulevards à une seule voie de circulation dans chaque sens du carrefour des Résistants à la gare en passant par le rond-point de l'Europe. Multiplier la circulation, c'est aussi multiplier la longueur des files ! 

- modifier en ville certains sens de circulation pour fluidifier le trafic avec parfois des inepties comme l'interdiction de remonter la rue Saint-Martin. Il ne faut pas connaître notre ville pour simplement oser proposer une telle solution. Celle-ci fait l'unanimité contre elle,  

- supprimer le double sens de circulation sur la Grand-Place et supprimer également le stationnement afin d'attirer les conducteurs vers le parking souterrain de la rue Perdue en sous-exploitation depuis son ouverture. La réaction des commerçants du forum laisse beaucoup de Tournaisiens dubitatifs. Ils ont réclamé ce parking durant des années. Ils n'encouragent pas son occupation mais au contraire le décrivent comme un lieu peu sûr, trop cher, encore trop éloigné de leurs commerces... Par rapport à la situation qui prévalait sur l'ancienne Grand-Place, la surface des terrasses des cafés et des restaurants a été largement multipliée. Des centaines et des centaines de personnes s'y donnent rendez-vous quotidiennement, ce qui doit normalement aussi profiter aux autres commerçants. Des deux tables et quatre chaises sous un pauvre parasol dont disposaient, jadis, la plupart des cafetiers, on est passé à des dizaines de tables, rarement libres entre les mois de mai et d'octobre,

- réduire le parking de quelques places, à certains endroits, comme sur le Pont-à-Pont, afin d'orienter les voitures-ventouses vers les aires situées aux entrées de ville comme sur l'esplanade du Conseil de l'Europe, la prison ou celui de la gare.

Que penser de ce plan ?

Les autorités communales ont peut-être pensé que ce plan de mobilité passerait comme une lettre à la poste, ils n'ont probablement pas anticipé la réaction épidermique des commerçants pour qui le discours est depuis longtemps bien rôdé : "no cars, no business" (pas de voitures, pas de commerce). Pour eux, ce plan sonne, ni plus, ni moins, le glas du commerce tournaisien.

Ils proposent d'autres solutions :

Certains souhaitent équiper la Grand-Place d'un système de barrières d'entrée et de sortie avec 30 ou 45 premières minutes gratuites (système qui a fait ses preuves dans la plupart des hôpitaux).

Certains reprochent que le parking de la rue Perdue est peu signalé, force est d'admettre, qu'ils ont totalement raison. Il faut pratiquement emprunter cette rue pour le découvrir. Dans d'autres grandes villes, de larges panneaux annoncent les parkings disponibles et signalent s'ils sont "libres" ou "complets". Pourquoi Tournai ne s'inspirerait-il pas de ces exemples au lieu de toujours se démarquer par... de l'à peu près !

Certains commerçants vont même jusqu'à brûler ce qu'ils ont adoré, ils veulent la réouverture du piétonnier de la Croix du Centre à la circulation, sous forme d'espace partagé, appliquant ainsi le principe du "tout à l'auto". A cela, on a envie de suggérer d'aller plus loin encore dans la réflexion et de donner satisfaction à une clientèle qui ne sait plus faire un mètre à pied en transformant leur commerce en "drive-in".

Certains critiquent la mise en sens unique d'une partie de la rue de Courtrai, obligeant les véhicules à faire le tour des établissements scolaires qui s'y trouvent. Pour une question de simple sécurité des usagers, ils n'ont pas tort, il suffirait d'interdire, le stationnement d'un côté de ce petit tronçon de façon à permettre aux véhicules de se croiser sans danger.

Conclusions.

Le plan communal de mobilité soulève pas mal de problèmes. Au point que des réunions ont été organisées, un peu en catastrophe, pour écouter les doléances et éteindre un début d'incendie parmi la population tournaisienne.

Soyons honnêtes, ce plan focalise tout d'abord des années de frustration connue par les commerçants des (trop) nombreuses rues en travaux. Ces chantiers qui durent depuis trop longtemps ont chassé le client tournaisien qui a pris d'autres habitudes en se rendant dans les grandes surfaces périphériques ou même dans d'autres villes. Combien de fois n'a-t-on pas entendu cette réflexion : "Je ne vais plus en ville pour me tordre les pieds, marcher dans la boue ou avaler de la poussière". Nos édiles se promènent-ils régulièrement dans les rues de la cité pour faire du lèche-vitrine ? Cela reste à prouver !

A propos du parking de la Grand-Place, les concepteurs ont, paraît-il, réalisé des comptages et ont remarqué la présence journalière de voitures ventouses pendant plusieurs heures. On est en droit de se poser la question : "Que font les contrôleurs de City-ParkingY-a-t-il des propriétaires de véhicules qui profitent d'un statut particulier" ? Personnellement, je signale que je n'ai jamais bénéficié d'un tel copinage et que les trois fois où j'ai dépassé, légèrement, l'horaire, avec le sens civique qui me caractérise, j'ai acquitté immédiatement ma dette envers l'administration communale ! 

Sans supprimer de places sur le forum, on pourrait déjà améliorer la situation en verbalisant systématiquement ceux et celles qui, au mépris de la sécurité des autres, stationnent, pour un temps plus ou moins long (pas pour une course rapide) là où c'est interdit : entre Halle-aux-Draps et le beffroi ou au pied du beffroi, réduisant l'espace à une seule bande de circulation et interdisant le croisement des véhicules, ceux qui stationnent sur les trottoirs ou aux coins de rues, sur la piste cyclable de la rue Perdue ou ceux qui débordent sur la voie de circulation de la Grand-Place. Il y a aussi les adeptes de l'arrêt en double file persuadés que les feux de détresse ont été placés à cet usage .

Pou amener un trafic plus fluide, il s'agit là uniquement d'une volonté politique afin d'éviter le laxisme qui a longtemps prévalu dans la cité des cinq clochers et de combattre une forme d'anarchie.

Que va-t-il ressortir des différentes réunions alors qu'on constate que les intérêts des uns et des autres sont diamétralement opposés et surtout que pense la "majorité silencieuse", ces Tournaisiens qui subissent depuis longtemps tous les désagréments et qui ont peur de donner leur avis de peur de mécontenter les uns ou les autres ?

(S.T. février 2015)

Commentaires

félicitations pour ton texte et tes idées
le tournaisien aime renié ce qu il a adoré
grand place sans voitures, il n y a pas de commerces sur la grand place excepté des cafés et des banques (peut etre 2 pharmacies et un boulanger)
plus personne ne sait encore marcher regardez a la sortie des écoles toutes ses bonnes femmes qui iraient bien dans la cour de récréation pour y déposer leurs rejetons
a Lille , Mons et Brugge pas de parking sur la grand place, tournai toujours un siecle de retard
amitiés

Écrit par : MOULRON | 11/02/2015

Répondre à ce commentaire

Bonjour Serge,
Ce PCM est nocif, toatalement, en raison surtout de sa globalité. Il veut solutionner 1. des problèmes existants peu ou prou 2. une ville dont les spécificités nées de l'Histoirene sont pas rencontrées.
Pour être simple.
1. Transitec parle toujours de "véhicules en transit". Tu connais des gens qui, venant de la chée de Lille vont traverser Tournai pour aller chée de Bxl? Tu peux prendre tous les axes et ce sera pareil. Le transit n'existe pas, ceux qui rentrent en ville y ont une activité, brève ou longue.
2. Circulation douce: Les exemples sont toujours ceux de diverses grandes villes, notamment Gand ou la Hollande. Mais il y fait tout plat, les artères nouvelles ont permis de tracer des pistes cyclables.
Mais a-t-on demandé aux édiles de ces villes si les centres ne sont pas désertifiés? s'il n'y a pas, comme à Bruges, un exode vers l'extérieur des habitants du centre?
Ty est ville ancienne, son relief n'est pas à railler, j'en sais quelque chose; et ses pavés, que je défends, sont une autre obstacle.
Alors, venir à vélo ou a pied au centre ville? Pour faire quoi? Boire un verre, OK. Faire des courses? allons donc, c'est une utopie.
3. Penses-t-on à ce qui arrivera -et arrive déjà- aux centres désertés? On y voit apparaître une population hybride, une mixité sociale, certes mais qui fait fuir les habitants de condition sociale meilleure. Exemples: rue des Carliers où il ne reste quasi plus de proprios et true des Chapeliers -et oui- où un regard sur les rideaux pendouillant aux baies des anciens commerces montre bien où l'on va.
Il serait possible de gloser encore sur ce projet inutile et dangereux. Mais à quoi bon, les décideurs disent écouter, mais j'en doute. Ainsi, ce détour à la rue de Courtrai pour tomber sur les étudiants de l'école des Frères n'est pas dû à Transitec mais à la ville. Faut-il d'autres arguments?
Bien à toi, amitiés à vous deux, Etienne

Écrit par : Boussemart Etienne | 11/02/2015

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.