19 janv.
2015

Tournai : 1914-1918, le dernier mois d'occupation !

Nous voici donc arrivés à la mi-octobre, même si on rapporte que les alliés gagnent peu à peu du terrain, les Tournaisiens ne peuvent pas encore s'imaginer que la fin de la guerre est proche. Le pire reste à venir, la libération de la cité des cinq clochers va coûter de nombreuses vies et apporter des ruines supplémentaires.

L'ordre d'évacuation de la ville.

Le dimanche 13 octobre, un arrêté pris par l'occupant est placardé. Il stipule que les habitants de Tournai sont libres de quitter la ville par Havinnes, Maulde ou Melles mais que, dans quelques jours, l'évacuation forcée de l'ensemble de la population sera ordonnée à destination de Louvain. La majorité des Tournaisiens temporise, quelques familles quittent néanmoins la ville.

Le lundi 14, cinq chariots sont en attente sur la plaine des Manœuvres, ils sont à la disposition des civils souhaitant partir. Personne ne se présente.

Selon Alexandre Carette, une liste d'un millier de noms de notables a été remise à l'occupant par l'administration communale afin de les transporter en train, s'ils en expriment le désir, vers une région occupée mais moins menacée par l'avancée des alliés.

Les alliés se rapprochent de la frontière.

Des avions alliés bombardent des habitations à la rue des Jésuites, au quai Dumon et à la rue du Viaduc.

Le mardi 15 octobre, les Allemands affichent l'ordre d'évacuation de force des habitants. Celle-ci aura normalement lieu le lendemain. La ville de Tournai est entrée dans la zone des opérations, la défense de l'Escaut nécessite cette mesure énergique et humanitaire. Les Allemands commencent le placement d'explosifs sur les différents ponts. Sur intervention de l'administration communale, le Pont des Trous est épargné.

Le vendredi 18, les hommes entre 17 et 50 ans qui sont restés dans le village de Chercq sont emmenés par le pont d'Allain vers Bruxelles.

Le samedi 19, une rumeur circule en ville, elle annonce que les Alliés sont à Ascq et Bachy (NDLR : deux localités du Nord de la France proches de la frontière). Durant la nuit, pour retarder leur progression, les Allemands font sauter tous les ponts de la ligne de chemin de fer reliant Tournai à Orchies (Nord de la France).

Le dimanche 20 octobre, l'occupant exige l'évacuation de tous les habitants des faubourgs et des boulevards, ils doivent se diriger vers les villages ou vers le centre de la ville. Les maisons de la rive droite de l'Escaut sont transformées en une ligne de défense. On y place des mitrailleuses aux fenêtres et des pièces de gros calibre sont placées à l'avenue Van Cutsem et face à l'école Marvis. Pendant ce temps, les Allemands creusent des tranchées aux entrées de ville situées sur la rive gauche dans le but de retarder l'avancée des troupes alliées.

L'école communale de la porte de Lille et une maison du boulevard Lalaing sont incendiées "accidentellement" par des soldats allemands.

Le mercredi 23, on annonce que les premiers soldats alliés sont arrivés au faubourg de Lille et à la plaine des Manœuvres mais qu'ils ont été forcés de reculer sous le feu nourri des Allemands tapis dans les tranchées du boulevard Bara.

Le vendredi 25 octobre, les Anglais sont signalés dans le bois d'Ere et sur une ligne allant du hameau de Barges au cimetière du Sud. Les Tournaisiens les plus pauvres (la populace comme les désigne Alexandre Carette qui montre une fois de plus son esprit bourgeois) pillent le charbon de l'usine Deruyter abandonnée par les Allemands.

Le dimanche 27, le ciel est lumineux et la température un peu fraîche lorsqu'une vingtaine d'avions lâche sur la ville des petits bulletins sur lesquels on peut lire : "Confiance, vous serez libérés le 28". L'après-midi, le village de Rumillies subit un violent bombardement, de nombreuses maisons, encore debout, sont touchées, notamment à la "cité Delneste" au faubourg Morelle. Un habitant, Mr; André Hivre, réfugié à l'hôpital civil qui sert d'observatoire pour les guetteurs allemands, est tué par la chute d'un obus.

Le mercredi 30, de nombreuses maisons sont touchées par des obus, c'est le cas des habitations de Madame Vasseur Delmée située au pied du beffroi, de Madame Jacob et de sa fille au boulevard Léopold (NDLR : Melle Louise Jacob avait 19 ans en ce mois de novembre 1918, elle fut par la suite professeur, sa maison était située entre l'école d'Horticulture et le rue Saint-Eleuthère, elle est décédée en août 1982, à l'âge de 83 ans, elle se déplaçait toujours en bicyclette) mais aussi de maisons situées à la rue des Clairisses, à la rue des Chapeliers ou sur la Grand-Place.

Le 1er novembre, le cimetière du Sud étant situé en zone interdite, personne ne se rend sur la tombe d'un défunt à l'occasion de la Toussaint ou du Jour des Morts. Cinq personnes ont perdu la vie sur la place du Parc (NDLR : actuelle place Reine Astrid) et une au domicile de Madame Germiny Duquesne.

Le dimanche 3, vers 7h du matin, les Allemands dynamitent le clocher de l'église Saint-Antoine à la chaussée de Saint-Amand mais celui-ci résiste. La population tournaisienne se terre dans les caves car les bombardements anglais sont désormais quotidiens, les rues de la cité des cinq clochers sont désertes.

Le lundi 4, un avion anglais est abattu par l'artillerie allemande, il tombe dans l'Escaut à hauteur du pont Notre-Dame, l'aviateur est recueilli et fait prisonnier.

Le mercredi 6, par pur vandalisme, les Allemands dynamitent la statue de Barthélémy Dumortier qui se dresse sur le quai des Salines. L'Administration communale proteste et reçoit de vagues excuses de la part des responsables. Cette statue ne représentait pourtant pas un objectif stratégique.

Durant la nuit du 7 au 8 novembre, une série d'explosions secouent la ville, les Allemands pour protéger leur retraite font sauter les ponts sur l'Escaut y compris le pont d'Allain.

Le 8 novembre, un employé du service des eaux, venu examiner la rupture d'une conduite à hauteur du Pont de Fer est abattu par un Allemand. Ceux qu'on ne nomme plus que "Boches" font un dernier baroud d'honneur (ou d'horreur) en déversant quantité d'obus sur la rive gauche touchant le beffroi, la cathédrale et de nombreuses maisons. Dans l'exercice de ses fonctions, le garde-champêtre Lethorey est tué par un éclat d'obus à la chaussée de Lille.

Ce 8 novembre 1918, à midi, les Anglais arrivent à l'Hôtel de Ville, les soldats allemands ont emporté leur drapeau qui y flottait depuis quatre ans. Le drapeau belge le remplace aussitôt !

(à suivre)

S.T. janvier 2015.

Commentaires

Bonjour Serge,
Tu mentionnes à la date du 4 novembre 1918, un avion anglais, abattu par l'artillerie allemande et qui tombe dans l'Escaut quelques instants après 10 heures du matin.
Il s'agit du biplan Sopwith Snipe du 4° A.F.C. - Australian Flying Corps, piloté par le lieutenant-pilote E.J. GOODSON qui devint prisonnier de guerre ... à une semaine de l'Armistice. Il fut abattu par les tirs de l'artillerie anti-aérienne allemande. Oui ! cela existait déjà depuis 2 à 3 ans. A ce moment-là se déroulaient de violents accrochages aériens au dessus du Tournaisis entre un important groupe de l'AFC et des avions, notamment de la Jagstaffel 2 avec l'Oberleutnant Karl Bolle. ( infos : The sky, their battlefield ) --- Jacques DCK

Écrit par : jacques De Ceuninck | 20/01/2015

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Merci, Jacques, pour cette précision qui ravira certainement ceux et celles qui souhaitent obtenir un maximum d'informations sur cette période de notre Histoire.

Écrit par : serge | 20/01/2015

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