29 déc.
2014

Tournai : et si un vent d'optimisme soufflait enfin (2)

Raisons subjectives ou objectives d'un mécontentement.

Après avoir relaté, dans l'article précédent, la transformation du visage de la cité des cinq clochers et avoir détaillé les offres culturelles ou récréatives, toujours plus étoffées, il est temps d'aborder ltournai,entreprise disparueses raisons pour lesquelles le Tournaisien aime critiquer sa ville, de se demander pourquoi il est régulièrement aussi négatif ? 

Cette recherche nous amène également à nous interroger sur le rôle que joue la presse locale. Pourquoi celle-ci emboite-t-elle bien souvent le pas aux propos négatifs formulés par une partie de la population ? Pourquoi les amplifie-t-elle ? Ne serait-ce pas pour s'attirer les bonnes grâces de ses lecteurs régionaux en les caressant dans le sens du poil ou pour s'attribuer, comme jadis au temps des conflits mémorables entre presse de gauche et de droite, un rôle d'opposition systématique à la majorité en place ? Remarquons que les majorités changent mais que les critiques demeurent ! De telles justifications ne sont pas absolument certaines car en agissant de la sorte la presse perdrait toute crédibilité par l'abandon de sa neutralité. A l'ombre des cinq clochers, on devrait bannir au plus vite cette mentalité du vingtième siècle qui fut génératrice des plus grands conflits que la planète aient connus et commencer à prôner une solidarité dictée par la sagesse et la compréhension mutuelle. La situation est déjà assez difficile pour qu'on prenne un malin plaisir à la dramatiser davantage.

Les raisons historiques d'un mal-être.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que la ville de Tournai est confrontée à la crise. Avant que l'épisode planétaire actuel ne débute au milieu des années 2000, le Tournaisien avait vu disparaître, en moins d'une quarantaine d'années, tous les fleurons de son activité industrielle. Pour s'en convaincre, il suffit d'en dresser un inventaire le plus complet possible :

- disparition du secteur de la bonneterie avec la fermeture de "la bonneterie Wattiez" à la rue Roc Saint-Nicaise, des "usines Philippart" transformées, sans avoir pu assurer la pérennité, en Daphica et ensuite en Textiles d'Ere, de "la Rayonne" à la rue As-Pois et des "Usines Allard" sur le quai des Salines.

- disparitions importantes dans le secteur de la métallurgie et du travail des métaux avec les fermetures des "Usines Meura" à Warchin, de "l'Union ferronnière" dans le quartier Saint-Piat, de "Poclain" à Vaulx, de l'entreprise de fabrication de jantes en alliage "Amil" sans oublier "Renault" à Orcq,

- disparition dans le monde des cimenteries avec la fermeture des "Bastions" au boulevard Walter de Marvis.

- disparitions dans le monde de l'imprimerie de "Desclée-De Brouwer" à la rue Barthélémy Frison, de la sacherie "Unisac" qui avait succédé au "Monobloc" à l'avenue de Maire, de la sacherie "Sacallain" à Allain, des imprimeries du journal "L'Avenir du Tournaisis" sur la Grand-Place et de celle du "Courrier de l'Escaut", à la rue du Curé Notre-Dame. On a également assisté à des diminutions drastiques des activités de "Casterman", historiquement implantées à la rue des Sœurs Noires ou de l'imprimerie "Lesaffre", située naguère rue de l'Athénée.

- disparitions des dernières brasseries : la "Grande Brasserie du Lion", au quai des Salines, reprise par la brasserie de Jupille avant de disparaître totalement du paysage tournaisien et de la "brasserie Losfeld" à la rue As-Pois,  

- disparitions de la "Malterie Tournaisienne" de l'avenue de Maire, des" Grands Moulins Lefebvre" à la rue Peterinck.

- disparitions de la firme "Colmant et Cuvelier" au boulevard des Combattants, de "Balamo" et du lavoir "Blanchitou" à Kain, de la fabrique de "Bonbons Faignard", de la "Moutarderie Vilain" à la place Verte, des laboratoires de parfumerie "Elina Fantane" à la rue du Glategnies ou de "l'Abattoir communal" à la rue Pasquier Grenier.

Ajoutons à cette liste non exhaustive, la fermeture de la société de pronostics "Prior", le départ vers d'autres cieux des sièges bancaires de la "Société Générale de Banque" à la rue Royale et de la "BBL-ING" au quai Dumon ainsi que la disparition de la société de prêts "Fimen". 

Terminons par la disparition des magasins "Sarma", la première grande surface tournaisienne, "Unic" et de la "Coopérative l'Avenir" à la rue du Rempart.

Notons enfin, les licenciements massifs intervenus ces dernières années dans la Vente par Correspondance, notamment aux "Trois Suisses" à Orcq.  

La désertification économique.

Comme on le voit, lors de ces quatre dernières décennies, ce sont des milliers d'emplois qui ont été perdus à Tournai et, en compensation, les créations, durant la même période, des zones commerciales de Froyennes et des Bastions, de la zone économique de Tournai-Ouest ou des intercommunales Ideta et Ipalle n'ont pu absorber qu'une infime partie des personnes qui se retrouvèrent au chômage. 

L'industrie tournaisienne a été presque totalement sinistrée et personne n'a été réellement conscient du traumatisme que cela a engendré parmi la population locale. Des centaines de familles ont été jetées dans la précarité et il n'y a jamais eu l'ébauche d'un "plan Marshall" pour les aider à en sortir. Les décideurs politiques qui se sont succédés à la tête de la commune ont surtout laissé aux P.M.E., le soin d'embaucher l'un ou l'autre demandeur d'emploi. On parle toujours du sinistre de la sidérurgie liégeoise ou carolorégienne, mais on occulte les fermetures tournaisiennes, tout simplement parce que, durant des décennies, la région de Tournai n'a jamais réellement été prise en compte au niveau régional. 

Durant ces quarante dernières années, les jeunes générations issues du baby-boom d'après-guerre sont venues s'ajouter à la liste des chercheurs d'emplois et la demande d'un travail a largement dépassé l'offre d'une carrière. Un élément social qu'on oublie souvent de mentionner.

Avec les futures pertes d'emplois annoncées au C.P.A.S dont le chiffre varie suivant les sources et la diminution progressive des postes à l'Administration Communale, le futur ne s'annonce pas plus souriant.

Paradoxe qui saute aux yeux, alors que la Flandre toute proche (25 kilomètres nous séparent de Kortrijk) possède des centaines d'emplois à pourvoir, peu nombreux sont les Tournaisiens qui osent franchir le "Rubicon" de la langue alors que des Français du Nord et du Pas-de-Calais, pas plus experts dans la langue de Vondel, n'hésitent pas à occuper les postes offerts et à parcourir quotidiennement autant si pas plus de kilomètres pour avoir un emploi.

Si on excepte les navetteurs "naufragés involontaires" de la trop célèbre ligne 94 qui relie de façon souvent aléatoire Mouscron et Tournai à Bruxelles, les expatriés économiques tournaisiens sont nettement plus rares que ceux de l'Hexagone ou des Flandres.

Le Tournaisien est-il casanier ? Peut-être ! Aime-t-il à ce point sa ville qu'il refuse de la quitter même pour échapper au chômage ? Cela reste à voir car pour la dénigrer, il est malheureusement un champion ! Cinquante années plus tard, la phrase prononcée par ces jeunes du "Modern", établissement depuis longtemps disparu, résonne encore dans les conversations et dans les colonnes des journaux comme nous le verrons dans le prochain article. Les sujets se sont simplement multipliés et la mauvaise foi est parfois au rendez-vous !

S.T. décembre 2014. 

 

11:52 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, entreprise disparues |

Commentaires

Bonjour chers vous deux
Je viens vous souhaiter une merveilleuse journée en ce dernier jour du mois
qu'elle vous soit agréable. Que cette fin d’année se termine dans la joie et la bonne humeur.
Bon réveillon, à l’année prochaine.
Bisous doux pour vous deux.
Je viendrai te lire plus tard.

Écrit par : Mousse | 31/12/2014

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