24 déc.
2014

Tournai : conte de Noël aux cinq clochers.

Le bonheur au cœur de la nuit.

Un vent désagréable soufflait en rafales en cet après-midi du 24 décembre. Passant au pied du sapin majestueusement dressé au centre de la Grand-Place, Frédéric releva le col de son manteau. Il ne faisait pas particulièrement froid en cette veille de Noël, pourtant il frissonna ! Précédée d'un air de carillon, l'horloge du beffroi sonna deux coups.

Contournant les cinq clochers enveloppés dans leur manteau blanc plastifié depuis de longs mois déjà, à grands pas, il marchait vers la clinique où Paul, son fils, avait été hospitalisé d'urgence quelques semaines auparavant, victime d'un accident de la circulation. Paul avait quinze ans, il était fils unique et Frédéric en avait la garde depuis que sa femme l'avait quitté ayant succombé au charme d'un homme beaucoup plus jeune qu'elle, un beau parleur qui lui avait promis monts et merveilles.  

Le choc de la séparation passé, père et fils s'étaient peu à peu organisés et, chaque soir après l'école, Paul aidait son père du mieux qu'il pouvait. Il avait appris le fonctionnement des appareils électro-ménagers et lorsque Frédéric rentrait du travail, la table était dressée pour le repas du soir. Les résultats scolaires de Paul comblaient de joie un père qui avait craint une juste baisse de régime après le départ de son épouse. Au contraire, Paul semblait oublier sa profonde tristesse en se plongeant dans les matières scolaires.

Le bonheur n'était peut-être pas complet, mais l'homme et le garçon faisaient front à cette forme d'adversité avec courage.

La période de fin d'année approchant, Frédéric n'avait pu obtenir congé durant les vacances de Toussaint, Paul était donc resté seul à la maison. C'est en allant faire les commissions que le drame survint. S'engageant sur le passage pour piétons face à une grande surface du centre-ville, il était loin d'imaginer que l'auto qu'il voyait arriver ne respecterait pas sa priorité. Hélas, comme beaucoup d'autres à notre époque, le conducteur n'était pas attentif à la route, trop occupé à rédiger un SMS pour informer un collègue d'un léger retard. Le choc fut violent, le jeune garçon fit un soleil et atterrit sur le capot de la voiture avant de chuter lourdement sur le sol. Il était inconscient lorsque les secours l'emmenèrent au service des Urgences. On diagnostiqua un sévère traumatisme crânien. Depuis lors, Paul était plongé dans un profond coma.

Passant devant la petit chapelle de la rue de Courtrai, Frédéric y pénétra et alluma une bougie. Il répétait ce geste depuis le lendemain de l'accident, la porte du petit édifice religieux, toujours ouverte, semblait être une invitation à rentrer quelques instants.

Lorsqu'il arriva à la clinique, avant de pénétrer dans la chambre, comme lors de chaque visite, il s'adressa à l'infirmière qui occupait le bureau juste en face de celle-ci.

- "Comment va-t-il ?".

Cette question, il l'avait cent fois posée.

- "Son état reste stable" lui répondit-elle.

Et cette réponse ne variait guère. Ce dialogue se répétait comme un rituel.

Après avoir retiré son manteau, il approcha doucement une chaise du lit de Paul et resta là jusqu'au soir, lui caressant les cheveux, lui murmurant des mots qui se voulaient rassurants. La respiration de Paul était régulière mais pas un seul petit mouvement n'animait ce corps allongé.

Le soir, au moment de quitter la chambre, il croisa le médecin qui soignait son fils.

- "Cela peut encore durer des semaines, mais plus le temps passe moins les chances sont de notre côté" lui expliqua le praticien.

- "Si son état devait empirer, si quelque chose de grave devait survenir, puis-je en être informé de suite, même au milieu de la nuit ?" lui demanda Frédéric qui aurait voulu rester en permanence au chevet du jeune homme.

Il rentra chez lui, remonta le thermostat, alluma la télévision par habitude mais ne prêta aucune attention aux programmes présentés. Il s'endormit.

Il fut soudainement réveillé par la sonnerie du téléphone. Les aiguilles de la vieille pendule se superposaient pour n'en former qu'une tout en haut du cadran.

Au bout du fil, il reconnut la voix de l'infirmière.

- "Pouvez-vous venir nous rejoindre rapidement" lui dit-elle avec énormément d'émotion.

En raccrochant, Frédéric tremblait. Ce coup de téléphone tant redouté depuis des semaines venait de lui parvenir. Il monta dans la chambre et prit la petite valise avec les habits de Paul qu'il avait préparée pour faire face à toute éventualité. Il avait choisi son plus beau costume, celui des jours heureux.

Quand il arriva dans le couloir de l'hôpital, il constata une grande animation, le personnel entrait et sortait de la chambre en courant. Son cœur battit très fort au moment de franchir la porte.

Là, sur ce lit qu'il occupait depuis près de trois mois, il vit son fils allongé et s'approcha, le regard brouillé par les larmes.

- "Pourquoi pleures-tu ?" entendit-il murmurer.

Cette voix, il l'aurait reconnue entre mille, bien qu'elle se fut tue depuis trop longtemps. Paul le regardait avec un faible sourire et tendait vers lui une main un peu tremblante.

Frédéric prit son fils dans ses bras et resta un bon moment sans bouger, les larmes de tristesse se muèrent en larmes de joie.

La porte s'ouvrit et une infirmière prononça :

"Joyeux Noël !".

Pour le père et le fils, c'était sans nul doute le plus joyeux des Noëls.

Au fond de lui-même, il aurait souhaité que son épouse soit là, qu'ils puissent, à trois, redémarrer une nouvelle vie, mais il se dit qu'il venait d'obtenir un cadeau extraordinaire, un présent rare qu'on obtient parfois durant cette nuit magique et il ne pouvait réclamer tout l'or du monde !

S.T. 24 décembre 2014

09:29 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, conte, noël, beffroi |

Commentaires

Bonjour cher Serge,
Que la magie de Noël transforme ton foyer en un havre de paix, où règnent bonheur et gaieté !
Je te souhaite un excellent Noël à toi et à ta chère épouuse, rempli d’amour et d’amitié. Mes amitiés.

Écrit par : Mousse | 25/12/2014

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