17 nov.
2014

Tournai : 1914-1918, les écrits du général Antoine de Villaret (2)

Note sur les positions du 2e Bataillon du 83e.

NDLR : nous poursuivons la retranscription des notes du Général Antoine de Villaret concernant la journée du 24 août 1914. La première partie présentait les différentes positions adoptées par les 83e et 84e bataillon à leur arrivée à Tournai et la description du début de l'engagement. Dans la seconde partie, le général se focalise plus spécifiquement sur le bataillon commandé par le commandant Delahaye. C'est en effet à Rumillies et le long de la chaussée de Renaix que le combat va être engagé, le pont Morel étant, à cet endroit, le lieu de franchissement de la voie ferrée. Nous sommes à quelques centaines de mètres de la gare de Tournai.

6h30 : le Bat. rejoint par la 7e Cie franchit le viaduc (Pont Morel) et s'engage sur la route de Rumillies. Dès que la dernière Cie est passée, le Cdt Delahaye réunit les cdts de Cie pour donner ses instructions en face de l'école des Frères (Evoque-t-il ici le couvent situé le long de la chaussée de Renaix ou l'école où étaient logés des séminaristes, le long du chemin menant de Rumillies à Warchin ?).

La 8 Cie (Lt Guérin) sera chargée de la défense du secteur Vaulx-Warchin.

la 6e Cie (Cap. Surcouf) défendra Rumillies.

La 7e Cie (Cap. Delaliau) se portera à Kain, défendra cette localité et un passage à niveau sur la voie ferrée.

La 5e Cie (Cap. Ferrand) représenté seulement par une section (Lt Lemauf) en réserve.

Critique du général de Villaret :

Cette disposition était vicieuse.

Au lieu de faire occuper Vaulx, Warchin, Rumillies et Kain par de simples postes comme il en avait reçu l'ordre, c'est-à-dire au maximum par des sections, il y employait 3 Cies trop éloignées l'une de l'autre pour se soutenir et ne gardait en réserve qu'une section. Il en résultait que d'où que vint l'attaque, sa ligne était enfoncée à coup sûr.

L'avant-garde allemande se présenta par les routes de Frasnes et de Renaix et refoula sans peine l'escadron du 3e Dragons et se trouva immédiatement au contact de la 6e Cie (Lt Surcouf).

8h15 : comme je l'ai dit, à 7h40, j'avais envoyé Mairesse demander au Cdt Mayer de m'envoyer 2 compagnies. Il se rendit rapidement place de l'Hôtel de Ville et transmit l'ordre.

Mais le Cdt Mayer, je ne le sus que plus tard, n'obéit qu'en maugréant et en faisant observer, assez haut pour être entendu de ses voisins, civils et soldats, que c'était absurde de vouloir défendre une ville de 40.000 habitants avec aussi peu de monde, que les territoriaux n'étaient pas fait pour être placés ainsi en première ligne, etc, etc... Néanmoins, en présence de l'insistance de Mairesse, il prescrivait aux deux compagnies réunies sur place, près de lui, de suivre l'officier d'Etat-major, mais il se gardait bien de les accompagner comme il aurait dû.

Vers 7h55, les deux compagnies (1ère, Capitaine Giguet et 2e, Capitaine Vervoort) sous les ordres du Capitaine Giguet, se mettent en marche vers le viaduc (rappel : le pont Morel) précédées par Mairesse qui fait abaisser le pont aux Pommes (Pont-à-Pont) qu'on avait relevé, et m'envoie le Cap. et le Lt de l'escadron de dragons, qu'il trouve de l'autre côté du pont, avec leurs hommes, prêts à filer à l'anglaise.

Le Cap. Giguet place la 1ère Compagnie en réserve, à l'abri des maisons du mail, à une cinquantaine de mètres environ à l'arrière de l'entrée du viaduc et prescrit à la 2e compagnie (Cap. Vervoort) de se porter en 1ère ligne en avant du viaduc et de la passerelle. Ce viaduc par lequel la route de Tournay à Frasnes, par Rumillies, traverse la voie ferrée à une assez grande hauteur, est en construction, mais il est presque terminé. Le tablier n'est pas encore posé (les travaux avaient débuté en 1912, d'après une photo de l'époque, il le garde-fou n'avait pas encore été posé) mais le sol est bétonné sur le point d'être cimenté. En attendant qu'il soit achevé, le viaduc est longé, du côté sud par une assez large passerelle en bois, permettant le passage des piétons et des voitures.

Chargé de défendre l'accès du viaduc et de la passerelle, le Cap Vervoort a placé une demi-section commandée par l'adjudant Gréau sur la route de Rumillies, derrière une barricade construite le matin vers 5h1/2 par la 1ère Compagnie et commandant la route de Rumillies ainsi qu'un chemin à gauche, parallèle à la voie ferrée (NDLR : probablement l'actuel boulevard Eisenhower).

Il a placé 2 sections 1/2 à l'entrée du viaduc; une demi-section derrière les madriers de l'estacade de la voie ferrée, à gauche du viaduc, une section derrière une levée de terre qui barre le viaduc et une couchée sur la passerelle.

La 4e section a été laissée à l'entrée ouest du viaduc, du côté de la ville, derrière les madriers de clôture de la voie ferrée, à droite de la passerelle, battant de son feu la ligne de chemin de fer ainsi que les jardins des maisons de Rumillies, à droite de la passerelle vers Warchin.

Tel est le dispositif que je trouve à mon arrivée, dispositif sur lequel, à ce moment, même, l'ennemi dirige un feu violent de mousqueterie et l'artillerie.

Je vais d'abord à la 1ère compagnie dont les hommes quoique à l'abri des maisons du mail sont très émus par le bruit des projectiles qui frappent à leur gauche et derrière eux. Je les rassure et adresse quelques mots d'encouragement à leur chef, le lieutenant Dhoste dont l'attitude, quoiqu'un peu agitée, est excellente.

Je me porte ensuite, toujours suivi de Lemoine et de Mairesse, vers le viaduc et la passerelle. J'y trouve le Capitaine Giguet, seul, examinant avec beaucoup de calme le terrain et étudiant la façon dont il pourra utiliser pour soutenir la retraite éventuelle de la 2e Cie (Cap. Vervoort) qui défend l'autre bout du viaduc.

Je le félicite pour son calme et son sang-froid, qualités particulièrement nécessaires avec des soldats impressionnables, comme nos territoriaux, je cause un instant avec lui : "On tiendra, mon général" me dit-il très crânement quand je le quitte.  

(à suivre)

sources : écrits remis à Charles Deligne, conservateur du Musée Militaire de Tournai, par Madame Claire de Villaret, petite-nièce du général Antoine de Villaret.

 

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