13 nov.
2014

Tournai : 1914-1918, les écrits du Général Antoine de Villaret (1)

Un récit inédit.

Découvrons, page par page, ce qu'a écrit le général Antoine de Villaret, à la prison de Thorgau (Allemagne) où il fut détenu, au sujet de cette journée du 24 août 1914 restée dans la mémoire collective tournaisienne. Il s'agit d'un témoignage important car il émane d'un des principaux acteurs de ce combat qui décrit la situation presque minute par minute. Nous avons recopié le texte sans y apporter la moindre modification, toutefois nous avons traduit, lorsque cela s'avérait nécessaire, les lieux cités dans l'environnement actuel pour une meilleure vision et afin d'éviter la confusion.

En route vers Tournai, ville à protéger.

3h50 : le jour se lève. Les colonnes formées par le 2e Bataillon du 83e Territorial, la 6e Cie à l'avant-garde, et le 1er Bataillon du 84e Territorial, la 7e Cie du 83e qui a rejoint avec retard et ferme la marche, franchissent la frontière.

L'escadron du 3e Dragons envoyé reconnaître Tournay (NDLR : orthographe encore usitée à l'époque), confirme les informations reçues des habitants, la ville est vide d'ennemis.

5h00 : à Ere, où l'Etat-Major fait halte avec le bataillon Delahaye du 83e, le Général dicte l'ordre suivant :

Ordre d'occupation de Tournay

Ere, le 24 août 1914, 5h00.

I. Tournai (NDLR : le nom apparaît ici sous sa deuxième forme orthographique, celle utilisée aujourd'huin'est plus occupé par l'ennemi.

II. L'escadron de dragons prendra position vers l'embranchement des routes Tournai-Renaix et Tournai-Frasnes (NDLR : l'actuel carrefour dit de la Verte-Feuille) surveillant les directions N et Est.

 L'escadron de cuirassiers en position vers Froyennes fera surveiller les directions N et N-O sur la rive Ouest de l'Escaut.

III. Le bataillon du 84e occupera la ville de Tournai et la mettra en état de défense. Il fera occuper en particulier tous les ponts de la ville et leurs débouchés immédiats sur la rive droite.

IV. Le bataillon du 84e ira occuper une position sur la route Tournai-Rumillies, à peu de distance de la gare et fera occuper par des postes les localités de Vaulx, Warchin et Kain.

V. Le bataillon du 84e est désigné pour rester à Tournai et en assurer l'occupation de défense jusqu'à nouvel ordre.

Les escadrons de cavalerie et le bat. du 83e quitteront leurs positions et gagneront les cantonnements qui leurs seront assignés lorsque l'ordre leur en sera donné.

VI. Le général se tiendra à la station où chaque escadron et bataillon détachera auprès de lui un agent de liaison.

(sé) de Villaret

Conformément à l'ordre du Général d'Amade prescrivant la réoccupation de Tournay, le général de division devait se trouver à 5h00 à la ferme de la Bleue-Vache (NDLR : à Wannehain, village français frontalier d'Esplechin, au lieu dit "le Bureau") et exécuter avec le reste de la division en s'appuyant sur la base Warchin-Tournai, un mouvement en avant vers le Nord destiné à nettoyer des coureurs ennemis tout le terrain compris entre cette base et la défense de Lille.

Vers 4h00 : la tête du Bataillon Mayer (colonne de gauche) atteint l'entrée de Tournai.

Vers 4h35 : la 1ère Cie (Cap. Giguet) est envoyée vers la gare pour surveiller les débouchés Nord.

La 2e Cie (Cap. Vervoort) est envoyée sur la route de Bruxelles pour surveiller les débouchés N-E.

La 3e Cie (Cap. Laval) et la 4e Cie (Cap. Tardieu) sont maintenues au carrefour voisin de l'Eglise à l'Est du Pont aux Pommes (NDLR : actuel Pont-à-Pont).

La 7e Cie du 83e qui avait suivi le mouvement forme les faisceaux et se repose près de là.

Après le départ du Lieutenant Mairesse qui rejoint Ere, le Cdt Mayer envoie la 7e Cie du 83e  garder les quatre ponts sur l'Escaut (Pont aux Pommes, pont en amont et les deux ponts en aval).

Il ramène les 1ere et 2e Cie en arrière et les place en réserve sur la Gd Place (arrivée vers 7 heures).

Peu après, désirant faire garder tous les ponts sur l'Escaut, il charge la 3e Cie d'aller garder les 3 ponts Ouest et la 4e Cie d'aller garder les 3 ponts Est (NDLR : on assure dès lors la protection de six ponts)

Il pousse la 7e Cie du 83e en avant en la chargeant de garder la gare, le Viaduc (NDLR : pont Morel) et la Chaussée de Bruxelles.

Vers 5h45, ces mouvements ne sont pas encore terminés et le Cdt Mayer venait de faire relever les ponts, lorsque le Lt Mairesse lui remet l'ordre d'occupation de Tournay du Général de Villaret.

5h00 : le Bataillon Delahaye se met en marche (Ere).

6h00 : entrée dans Tournai du 2e Bataillon du 83e.

La compagnie d'avant-garde est suivie du Général de Villaret et du Lt Lemaire.

La population acclame la colonne aux cris de "Vive la France".

Avant d'arriver à la cathédrale, le Baron Stiénon du Pré, Sénateur-Bourgmestre, souhaite la bienvenue au Général de Villaret au nom de la population tournaisienne.

Au carrefour de la cathédrale, le Lt Col Schrebech, Chef d'EM de la 176e Brigade, rejoint en automobile.

6h25 : traversée de l'Escaut aux Pont à Pommes.

6h30 : le Bat. Delahaye rejoint par la 7e Cie (Cap. Delaliau) poursuit sa route en franchissant le viaduc de la route de Rumillies (NDLR : le pont Morel).

Le général (à cheval) va s'installer à la gare qui est encore fermée.

Le sous-chef de gare lui explique que la veille... (NDLR interruption du récit).

6h50 : un aéroplane ennemi survole la ville, on entend des coups de feu (ce sont les dragons qui tirent sur lui).

7h20 : un télégramme arrive avertissant que depuis 1h00 du matin environ 20.000 allemands passent St Genois (Note : confusion avec Sint Eloois-Winkel ?) en se dirigeant vers Menin avec artillerie, automobiles et barques aluminium. Renseignement transmis au Général d'Amade à Arras.

7h30 : L'adjudant du Cdt Delahaye annonce que l'ennemi se montre à Rumillies; le général lui répond "Qu'il résiste".

Nouveau télégramme annonçant que la voie ferrée a été coupée par l'ennemi vers Ath et qu'il poursuit son mouvement débordant vers le N-O avec des forces de plus en plus considérables.

L'adjudant du Cdt Delahaye revient pour dire que le Bat. est attaqué par des forces importantes et qu'il ne pourra tenir longtemps.

7h40 : Le général envoie le Lt Mairesse dire au Cdt Mayer de lui envoyer 2 de ses compagnies.

"En engageant du premier coup et sans hésiter le plus clair de ma réserve, j'abandonne toute possibilité de décrochage... Mon rôle est tout tracé, je dois engager ce détachement à fond et lui faire opposer une résistance acharnée, c'est ce que je tâcherai de faire". 

7h50 : Un immense capitaine du 9e Cuirassiers arrive flanqué d'un Lt de l'escadron qui arrive de Lille et son premier mot est de faire observer que ses chevaux (de réquisition) sont très fatigués après les 40 kilomètres qu'ils viennent de faire.

Je lui prescris aller occuper le nouveau Pont de Chin sur l'Escaut à 4 kilomètres de Tournai.

En y arrivant, il butte sur des forces allemandes considérables qui traversent l'Escaut; il bat en retraite vient repasser l'Escaut à Tournai et disparaît (vers Lille ?).

8h00 : C'est au tour du Cap. cdt l'escadron du 3e Dragons et son Lt de faire rapport en s'avançant au-delà de Rumillies, l'escadron a butté sur des grosses forces ennemies qui lui ont tué ou blessé quelques hommes et quelques chevaux.

Il lui est donné pour mission de surveiller la chaussée de Bruxelles, de couvrir au S-E et de prolonger la droite.

Arrive un cycliste envoyé par le Cdt Delahaye pour dire qu'il est débordé et demande du renfort.

A son retour, le Cdt Delahaye a été tué.

8h10 : le premier coup de canon résonne.

8h15 : Le général se rend à l'entrée du viaduc (NDLR au pont Morel) côté Tournai, gardé par les territoriaux du 84e.

(à suivre)

sources : écrits remis à Charles Deligne, conservateur du Musée Militaire de Tournai par Madame Claire de Villaret, petite-nièce du général Antoine de Villaret.

S.T. novembre 2014.

 

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