12 nov.
2014

Tournai : 1914-1918, les écrits du Général Antoine de Villaret

Recherche constante de la Vérité.

Le but de toute personne passionnée par l'Histoire est de découvrir ce qui s'est réellement passé, de recomposer les différents faits, pièce par pièce, comme on assemble un puzzle.

Pour ce faire, il y a la tradition orale, celle que des témoins directs ont transmis à leurs descendants et qui se racontait encore, il y a quelques années, le soir, à la veillée, avant que la télévision ne vienne balayer ces moments riches de connaissances des fait locaux. Cette source est intéressante mais elle présente néanmoins une faiblesse : avec le temps qui passe, avec l'accumulation des conteurs, le récit se déforme. Suivant le caractère de la personne qui le narre, il peut être de plus en plus minimisé mais il peut être, également, en fonction d'un certain lyrisme, magnifié jusqu'au point de devenir un véritable roman, une épopée. La vérité se trouve entre les deux mais où ?

Il y a des reportages de journalistes, déjà beaucoup plus fiables, qui ont vécu à l'époque des faits. Cependant durant le premier conflit mondial, la presse a cessé de paraître pendant une période plus ou moins longue et les nouvelles datent parfois de plusieurs mois.  

Il y a, surtout, les écrits, ceux laissés par des témoins directs ou mieux encore par des acteurs des faits.

Les évènements les plus importants ont été étudiés, racontés, écrits maintes et maintes fois. L'Histoire possède ses sentiers battus. Ainsi de nombreux historiens comme Adolphe Hocquet et Paul Rolland ont traité le sujet chacun avec sa sensibilité propre. Plus près de nous, Céline Detournay et Jacqueline Delrot on consulté les carnets laissés par Alexandre-Carette-Dutoit, un Tournaisien, demeurant à la chaussée d'Antoing, qui a tenu un journal pendant les années d'occupation.

Des thèses révisionnistes ?

L'époque actuelle se démarque par la venue de nouveaux "auteurs". Il est dans l'air du temps de ne pas épouser les thèses officielles, celles qui ont été depuis toujours enseignées. Les partisans de cette méthode recherchent alors, tous azimuts, des informations qui peuvent apporter de l'eau à leur moulin. Contester, minimiser, nier est leur crédo, ce n'est que grâce à cela que leur voix sera écoutée par une foule avide de nouveautés. Pour eux, il est vain de se rallier à la thèse officielle, celle-ci est connue de tous, il est plus intéressant de se mettre en évidence en prônant des antithèses, en dérangeant, en faisant du sensationnel. Ils nous disent que "les Français ont détalé comme des lapins" ou que "la mort (d'autres) ne doit pas donner prétexte à une modification des faits dans le contexte de l'histoire locale et générale". Selon leur version, on nous a donc menti pendant un siècle, l'élévation du tertre où sont enterrés certains Vendéens, les commémorations annuelles, la venue des familles relèveraient d'un folklore local. Il faut être sérieux, connaissant le sentiment de supériorité des officiers allemands de l'époque, on peut également penser que dans leurs rapports aux autorités supérieures von der Martwitz et Von Klück aient eu envie de minimiser la résistance de l'ennemi afin de se valoriser (rien n'arrête la marche de notre glorieuse armée). Nous verrons pourtant que la progression des troupes du Kaiser a subi un certain retard grâce à la présence des soldats vendéens à Tournai et même si cela n'a pas changé radicalement le sort de la guerre, cela fait partie de ces nombreux grains de sable venus enrayer le plan germanique qui devait prendre à revers les Français. Le sacrifice de ces hommes n'a pas été vain et ils ont le droit d'être traités en héros.

Récemment, la journée du 24 août 1914 et le sacrifice de soldats venus de Vendée ont fait l'objet de ce genre d'écrit, censé apporter la célébrité et la reconnaissance à leur auteur. Celui-ci nous explique que la consultation des archives allemandes semblent démontrer qu'il ne s'est (presque) rien passé en cette journée estivale à Tournai. Il s'appuie sur des rapports de l'armée du Kaiser qui évoquent la faible résistance française, de nombreux français tués, une mission dérisoire qui dans sa forme adaptée était simplement vouée à l'échec. Laissons à cet auteur le bénéfice du doute et voyons plutôt la version qui nous est donnée par un homme qui était sur le terrain, le Général Antoine de Villaret qui était à la tête du 2e Bataillon du 83e Territorial et du 1er Bataillon du 84e Territorial de Vendée.

Des informations prises à la source.

Ces écrits originaux ont été transmis à Charles Deligne, conservateur du Musée Militaire de Tournai, par Madame Claire de Villaret, petite nièce de ce haut militaire français, présente à Tournai en août. Je la remercie ainsi que mon ami Charles de me les avoir transmis et de m'avoir permis de les publier afin de rechercher la vérité sur cette journée commémorée depuis près de cent ans par le "Souvenir franco-belge" dont je viens de recevoir la mission très difficile de succéder à son Président Patrick Desauvage, un ami de longue date, décédé tragiquement en août dernier. Celui-ci avait réalisé de main de maître la commémoration du centenaire de ce combat quelques jours auparavant.  

Tout comme pour les carnets du Major-Médecin Léon De Bongnie publiés précédemment, je resterai totalement fidèle au récit fait par son auteur, sans y changer une virgule, sans y ajouter un sentiment personnel, témoin totalement neutre d'un sanglant combat qui va se dérouler, heure par heure, devant notre regard. Je vous invite à m'accompagner dans cette visite littéraire. Imaginez être le 24 août 1914 à 3h45 du matin, l'histoire commence !

(à suivre)

S.T. novembre 2014. 

 

Commentaires

Je lis toujours avec avidité ce que tu met en ligne; bravo pour tes commentaires même s'ils sont trop modérés à mon goût et j'attends de lire les carnets dès leur parutuion. A bientôt, amitiés sincères, Etienne

Écrit par : Boussemart | 12/11/2014

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