28 oct.
2014

13:10

Tournai : festivités et expos du mois de novembre

 

Avant-dernier mois de l'année, novembre préfigure déjà les longues soirées d'hiver, le programme éclectique des festivités permettra de bien les occuper.

Festivités :

Samedi 1, Maison de la Culture, Salle Jean Noté, 20h : "Cha ch'est cirque !", revue 2014 composée et interprétée par les membres de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien et leurs amis.

Samedi 1 et dimanche 2, Tournai Expo : "Salon Antiquités, Brocante et Collections"

Dimanche 2, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 16h : "Cha ch'est cirque !", revue 2014 composée et interprétée par les membres de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien et leur amis.

Dimanche 2, Froyennes, la Guelière : "spectacle Alphonse Allais"

Mardi 4, Grand auditoire du Séminaire, 14h : Médecine douce et cancer, que peut-on en attendre ? Quels sont les pièges à éviter ?" conférence par le Dr. Didier Vander Stiechel, Directeur médical et scientifique de la Fondation contre le Cancer dans le cadre du cycle "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui".

Mercredi 5, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h : "Vu d'ici", spectacle familial par la compagnie Les Pieds dans le Vent.

Mercredi 5, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h : "Avant que j'oublie" de et avec Vanessa Van Durme.

Jeudi 6, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 14h30 : "Quid du droit social pour une Europe en crise ?" conférence par Pascale Vielle, Professeur à l'U.C.L. dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Jeudi 6, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 17h et 20h : "Douce France, par canaux et rivières" conférence par Maximilien Dauber, dans le cadre du cycle "Exploration du Monde".

Vendredi 7, Maison de la Culture, Bibliothèque Communale, 18h : "Agatha Christie et le roman policier du 19e siècle à nos jours" conférence par Martine Caudière, dans le cadre du salon "Tournai la Page".

Samedi 8, église Saint-Jacques, 20h : "Artistes en guerre et paix" concert-spectacle organisé au profit de l'APEDAF et d'Espace Sourds".

Samedi 8, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 20h : "Le quatuor Modigliani", lauréat de nombreux prix prestigieux, invité au Carnegie Hall de New-York, à Londres, Amsterdam, Vienne, Sienne et Tokyo..., dans le cadre du 13e festival européen de quatuors à cordes "Les Voix Intimes".

Samedi 8, salle La Fenêtre, 20h : "Zineland ou les angoisses d'une célibataire" de Tsela Ceulemans, spectacle interprété et mise en scène par Cécile Marx.

Samedi 8 et dimanche 9, Halle-aux-Draps, "Tournai la Page" salon du livre organisé par les Amis de Tournai, sur le thème du roman policier.

Dimanche 9, place de Lille, 10h et 15h : "Sainte-Marguerite, un quartier, une église, une vie", une organisation de l'association des Guides de Tournai.

Dimanche 9, salle Saint-Lazare, 15h : "Quoi çà est ?" Vaudeville de Jules Bastide interprété par la Relève Saint-Eloi.

Lundi 10, Froidmont, 18h30, "Marche du souvenir", sur une distance de 2,5 km au départ du monument aux morts.

Lundi 10, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 20h : "The Rinogrades" et "Mountain Bike", deux groupes en concert dans le cadre du festival franco-belge "Tour de Chauffe".

Mercredi 12, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 20h : "Karim Garbi", concert de l'auteur-compositeur-interprète et comédien.

Jeudi 13, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 14h30 : "L'Art égyptien" conférence par Grégory Vroman dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Vendredi 14, Maison de la Culture, salle Jean Noté : "Deep Dish", spectacle chorégraphique par la compagnie autrichienne "Liquid Loft" dans le cadre de l'ouverture du Next Festival.

Samedi 15, salle la Fenêtre, 20h :"Les souffleurs de Mots", spectacle d'improvisation.

Samedi 15 et dimanche 16, Tournai Expo : "Salon de la Femme".

Samedi 15 et dimanche 16, Halle-aux-Draps : "Tournai Toys", le salon annuel du jouet et des collections de jouets, une organisation des Amis de Tournai

Dimanche 16, Blandain, Club de l'amitié : "Quoi çà est ?" vaudeville de Jules Bastide interprété par la Relève Saint-Eloi.

Dimanche 16, Mourcourt, église, 15h : "Le 7e festival de chorales fête les Droits de l'Homme" avec la chorale de Mourcourt, la chorale de Béclers-Maulde, la chorale "Porte ouverte à qui viendra", la chorale Saint-Amand d'Havinnes, la chorale "Tertous" de Vezon, la chorale "Jour de Joie".

Lundi 17, Centre de la Marionnette, 13h30, 14h30 et 19h : "Notallwhowanderarelost" de Benjamin Verdonck, dans le cadre du Next Festival 

Lundi 17 et Mardi 18, chapelle du séminaire de Choiseul, 20h : "Giulio  Cesare" par la Sociétas Raffaello Sanzio/Romero, spectacle inspiré de Shakespeare, en italien sur-titré français et néerlandais, dans le cadre du Next Festival.

Mardi 18, Grand auditoire du séminaire, 14h : "Le tragique dans l'art contemporain", conférence par Olivier Duquesne, Professeur au "75" et à l'Académie des Beaux-Arts de Namur, dans le cadre du cycle "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui.

Jeudi 20, Tournai Expo : "Forum emploi Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai".

Jeudi 20, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 14h30 : "Outil pour comprendre l'Islam au cœur de nos villes", conférence par J.M. Corre, politologue dans le cadre de l'Université du temps Disponible.

Jeudi 20, Hôtel de Ville, salon de la Reine, 18h " : "La chirurgie esthétique, de la réparation à la beauté sur mesure", conférence par les docteurs Bylteris, Paternotte, Tourbach et Vandeweyer, chirurgiens plasticiens au Chwapi dans le cadre des Conférences-Santé.

Jeudi 20, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h : "Notre peur de n'être", spectacle par la compagnie belge Artara/ Fabrice Murgia présenté au Festival d'Avignon 2014, dans le cadre du Next Festival.

Samedi 22, Salle la Fenêtre, 20h : "Les Pi-menteurs" l'actualité décalée vue par Loulou Godet, Dominique Watrin, Anne Simon... en invité, Freddy Tougaux, avec lui on peut être certain que "cha va d'aller".

Dimanche 23, salle chez Nous : "Quoi ça est ?", vaudeville de Jules Bastide interprété par la Relève Saint-Eloi.

Mardi 25, Grand auditoire du Séminaire, 14h : "L'Europe à l'épreuve du populisme" conférence par Jérôme Janin, Professeur à l'U.C.L., dans le cadre du cycle "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui".

Mardi 25, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h : "Money" par le Zoo Théâtre/Françoise Bloch, nominé aux prix de la Critique 2014.

Jeudi 27, Maison de la Culture, salle Frank Lucas : "Slovaquie, Renaissance des Couleurs" conférence par Michèle et Jean Meuris, reporters-conférenciers dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Vendredi 28, Centre de la Marionnette, 19h : "Strike" spectacle par le Théâtre d'un jour.

Samedi 29, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h : "Orphée aux Enfers", opéra-comique de Jacques Offenbach par la Compagnie des Bavards d'Europe et la Chapelle Musicale de Tournai.

 

Expositions :

 

Du vendredi 7 au vendredi 21.11, Maison de la Culture : "Projets des étudiants et anciens de la section publicité de l'ESA Saint-Luc".

Jusqu'au 30 novembre, morgue du cimetière du Sud, musée de poche : "Grand-Père, raconte moi la guerre".

A partir du vendredi 14.11, Maison de la Culture : "Les différents projets présentés au concours d'affiches du Carnaval de Tournai".

Du jeudi 20 au jeudi 27 : chapelle de Choiseul : "La grande Guerre" exposition organisée par INV et INIG.

Jusqu'au 7.12, Rasson Art Gallery : "œuvres de Kosta Kulundzic, Eric Liot et Bernard Pras".

Jusqu'au 4 janvier 2015, Musée Militaire : "Tournai en 1914, une ville plongée dans la guerre".

Jusqu'au 4 janvier 2015, Musée des Beaux-Arts : "Martine, une amie pour la vie", évocation de l'œuvre de Marcel Marlier et Gilbert Delahaye.

Jusqu'au 16 mars 2015, Musée d'Archéologie : "Le Kemmelberg, des premiers chasseurs aux princes Celtes".

(programme susceptible d'ajouts et/ou de modifications)

S.T. Octobre 2014   

25 oct.
2014

11:53

Tournai : expressions tournaisiennes (283)

No ville in 2034.

L'visache de l'ville et d'ses habitants s'ra bin différent dins vingt ans.

Ein lindi au matin du meos d'novimpe 2034, eine dizaine d'ouverriers meontent, in cantant, su l'échafaudache de l'cathédrale. Ahais, mes gins, vous avez d'jà compris, l'chantier d'Noter-Dame n'est pos 'core fini. D'jà in 2014, l'Régieon éteot désargintée et i-a bin fallu étaler les budgets. Jusse avant l'week-end, on aveot organisé eine fiête pour l'départ d'Wenceslas, à l'ortraite, l'brafe macheon polonais d'soixante-siept ans n'aveot jamais pinsé rester ichi pindant tout c'temps. I-a ouvré su l'toit de l'cathédrale pindant puque d'vingt-chinq ainnées et i-aveot pu vir bin du cang'mint dins l'cité des chinq clotiers. Ov'là ichi ce qui m'a raqueonté :

"J'ai été obligé d'printe m'pinsieon ceulle ainnée 'chi pasque, in 2035, elle va passer à septante-chinq ans. Hureus'mint qu'on aveot l'ascinseur pou arriver la-héaut pasque si j'aveos grimpé par l'éthielle, j's'reos arrivé presqu'au momint du deîner, au dernier nivéau ! Je n'me plains pos, i-a pire que mi.

Ainsin, les peompiers, à causse du manque de liards, in 2020, i-n'ont pos pu acater d'nouvieau matériel. Adeon, on utilise les vielles peompes à bras su les carettes in beos. I-leu feaut à peu près eine heure pou aller de l'gazerne de l'drèfe de Maire jusqu'à l'intrée du villache d'Ere et si i-feaut meonter l'côte de Saint-Maur quand i-arrif'tent in héaut, bé i-seont tertous morts. Saquer in queurant c'machin aussi pesant, ch'est pus des cosses à faire pa des gins d'soixante ans.

In 2022, l'dernière auteo d'police, elle a rindu l'âme. Pou faire des écolomies, l'consel communal i-a acaté, pou les intervintieons in ville, des véleos et pou les ceusses dins les villaches, eine paire d'qu'vieaux. Les véleos cha va'core sauf quand i-feont grimper l'rue de l'Tiête d'Or, ch'est même pos de l'gymnastique pasque i-marche à l'élestrique mais meonter su l'deos d'qu'vieau à soixante ans pou ces heommes, cha d'minde in intraîn'mint chez Bouglione ! I-z'attintent d'puis six meos après eine poulie et eine corte pou les faire meonter pus facil'mint avant qu'i-sortent !

In 2020, on a cangé d'bourguémette, Mossieur Rudy i-est parti à l'Europe, i-falleot vir s'bénaiss'té, i-n'aveot qu'là qui n'aveot pos acore été. Là-vas, i-est à l'tiête de l'commissieon des pots à fleurs, ch'est pou li eine véritape honneur, ch'est l'départemint qui fleurit tous les ronds-points qui a dins les vingt-siept pays européens. Comme Polo, i-éteot d'puis bin lommint parti à Ipalle pou l'réorganisatieon du ramassache des poubelles et pou l'proprété publique (in puque l'week-end, i-éteot agint d'sécurité et i-monteot d'garde su les quais) et comme Marie-Christine elle est dev'nue Premier Ministre in 2019, ch'est ein écoleo qui est à l'tiête de la ville des chinq clotiers, d'puis quatorze ans. A peine arrivé, i-a du faire face au problème de no Grand-Plache, l'dernier pavé i-s'a désolidarisé. Du queop, comme on n'aveot pus d'liards au budget, ch'est d'l'hierpe qu'on a semée. D'no cité, l'point central est asteur l'pâture communale. Vu que d'puis 2014, on n'pouveot pus utiliser des pesticides, on a acaté des bedeos pou teonte. Hureus'mint i-a rien qui cangé pou les Tournaisiens, au contraire, i-a eaute cosse que des brins d'tchiens. Partout dins nos rues ch'est de l'verdure, on a laiché faire l'nature, l'ville elle est fleurie avec des tapis d'pichoulits !

On a serré l'dernier restaurant su no forum, i-n'aveot pus ein seul client, les gins vienn'tent l'diminche ave des couvertures pou pique-niquer au beau mitan de l'pâture. I-feaut vir l'pétit Joseph menacer ave s'canne, les gins qui n'veul'tent pos deonner les vingt euros qu'asteur i-réclame (ahais, i-a l'inflatieon). Eine feos tous les six meos i-a d'l'animatieon, ch'est l'diminche dusqu'i-a messe à Saint-Quentin !

Au pied du bieffreo, les tourisses vienn'tent vir l'tréo d'vingt mètes d'profondeur qui a fait disparaîte l'parvis, cha s'a passé à l'fin d'l'ainnée 2014 ou bin au début de celle qui a suivi. Suite à eine infiltratieon d'ieau des égouts tout s'a effondré et le tréo n'a pos cessé d'grandir. Si l'bieffreo i-est l'symbole de nos libertés communales, li, i-est celui d'no budget communal. Comme les camieons n'peuve'tent v'nir in ville, ch'est ave des brouettes qu'on l'rimplit, on a pris des ouverriers d'prumière jeonesse mais i-ont d'jà dit : "Mi j'vas pos faire cha jusqu'à mes septante ans".

Allez, mes gins, on ara acore l'occasieon d'orparler d'no futur.

 

(lexique : l'visache : le visage / l'lindi : le lundi / les ouverriers : les ouvriers / canter : chanter / ahais : oui / acore ou 'core : encore / jusse : juste / l'macheon : le maçon / ichi : ici / ouvrer : travailler / puque : plus / l'cang'mint : le changement / raqueonter : raconter / printe : prendre / l'éthielle : l'échelle / les liards : l'argent / acater : acheter / adeon : donc / beos : bois / l'gazerne : la caserne / tertous : tous / saquer : tirer / queurir : courir / des cosses : des choses / pa : par / des écolomies : des économies / les qu'vieaux : les chevaux / ceusses : ceux / l'élestrique : l'électricité / l'deos : le dos / l'corte : la corde / l'bourguémette : le bourgmestre, le maire / l'bénaiss'té : la joie / là-vas : là-bas / lommint : longtemps / l'ramassache : le ramassage / les clotiers : les clochers / du queop : du coup / l'hierpe : l'herbe / asteur : maintenant / l'bedeo : le jeune mouton / teonte : tondre / cangé : changé / eaute : autre / les tchiens : les chiens / laiché : laissé / les pichoulits : les pissenlits / serré : fermé / au beau mitan : en plein milieu / eine feos : une fois / l'bieffreo : le beffroi / l'tréo : le trou / l'ieau : l'eau / prumière : première).

S.T. octobre 2014  

 

11:53 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

22 oct.
2014

13:33

Tournai : l'année 1856 sous la loupe.

Retour dans un (déjà) lointain passé !

Centenaire oblige, après avoir évoqué les évènements qui marquèrent le quotidien des Tournaisiens durant les premières semaines du conflit mondial, nous revenons à notre rubrique retraçant la petite histoire de la cité depuis 1849.

Contexte international.

En cette année 1856, que ce soit dans le Sud des Etats-Unis, dans les colonies africaines ou dans les pays d'Asie, l'esclavagisme a toujours pignon sur rue. On se bat même en Amérique contre son interdiction.

Le 9 février, avec l'ouverture des négociations qui déboucheront sur la signature du Traité de Paris, le 30 mars, la guerre de Crimée prend fin. Depuis 1853, ce conflit opposait la Russie à une coalition composée de l'empire ottoman, de la France, du Royaume-Uni et de la Sardaigne. Ce traité entérine la défaite de la Russie du Tsar, diminue fortement l'influence russe dans cette région et déclare la neutralité de la mer Noire. En découvrant cette page de l'Histoire, on se demande si on est vraiment retourné plus d'un siècle et demi en arrière !

Durant cette année-là, on notera les naissances d'Henri-Philippe Pétain (le 24 avril) et de Sigmund Freud (le 6 mai) et les décès du compositeur allemand Schumann (le 8 juin) et du peintre français Delaroche (le 4 novembre).

Contexte national.

Au cours du congrès de Paris, le ministre français des affaires étrangères de Napoléon III, Alexandre Walewski, avait sollicité l'aide des pays garants de l'indépendance de la Belgique afin de faire pression sur elle pour modifier sa législation sur la presse. La réponse de son homologue belge, Vilain XIIII est cinglante : "Jamais". Il garantissait ainsi la liberté de notre presse qualifiée par Napoléon III de "plaie infectée" et de "serpent venimeux".

Le 21 juillet, le roi Léopold Ier fête ses vingt-cinq ans de règne. A cette occasion, catholiques et libéraux veulent prouver à l'Europe dont l'hostilité à l'égard de la Belgique est encore apparue dans les propos du français Walewski qu'un roi peut être d'autant plus aimé par son peuple en respectant ses libertés.

Sur le plan local.

Pour rappel, le style du quotidien a été conservé, il est lui aussi l'exemple de la mentalité de cette époque.

L'état-civil.  

En janvier, comme chaque année, le journal rapporte les mouvements de la population au cours de l'année écoulée. On apprend ainsi qu'en 1855, il y a eu 784 naissances décomposées comme suit : 355 garçons et 366 filles (721) légitimes, 25 garçons et 38 filles (63) illégitimes. On a enregistré au cours de cette même année 791 décès (404 hommes et 387 femmes), 180 mariages et aucun divorce.

La bienfaisance.

Le dimanche 20 janvier, une matinée musicale est organisée au bénéfice des pauvres, par la Musique du 1er Régiment de lanciers avec le concours, au chant, de Mademoiselle Delia Hamburger et de Mr Jogand.

La "Société des Orphéonistes" distribue le lundi 4 février, à partir de huit heures du matin, 15.000 kilos de pommes de terre de bonne qualité, au prix de 5 cents le kilo, aux personnes munies du billet de médecin délivré par le Bureau de Bienfaisance (ancêtre de notre centre Public d'Aide Sociale). Cette distribution a lieu dans les magasins de la rue Barre Saint-Brice(pour les habitants de la rive droite), dans celui de la rue des Récollets (pour ceux de la rive gauche) et à la rue des Choraux (pour les paroisses Saint-Jacques, Sainte-Marguerite et Sainte Marie-Madeleine). Cent-septante années plus tard, une distribution de colis alimentaires est à nouveau d'actualité, le lundi, dans certaines paroisses de la ville et des faubourgs !

Rubrique judiciaire !

Voici un extrait des audiences du Tribunal Correctionnel de Tournai ayant tenu séance le 18 janvier 1856 :

"Pierre Joseph Leroy, dit le "Mâle", fils de Jean-Baptiste et son fils Pierre-Joseph, de Gaurain-Ramecroix, prévenus de vol de bois vert au préjudice de M. Vifquin et sœur, sont condamnés, le premier, qui a déjà subi cinq condamnations, à 7 jours de prison et 3 francs d'amende, le second, qui a déjà été condamné trois fois, à 5 jours de prison et à la même amende".

Notons que la rubrique des audiences paraît régulièrement, que l'identité des auteurs et des victimes est bien définie, que la peine peut sembler sévère pour ce délit par rapport à celles prononcées aujourd'hui.

Ce sont surtout des vols domestiques effectués par du personnel de maison ou des journaliers qui sont jugés mais on découvre également des condamnations pour coups et blessures, incendies volontaires et diffamations.

Les meurtres et assassinats sont jugés à Mons, comme celui survenu le samedi 26 avril à Vaulx.

"Vers 11h, le dénommé Jean-Baptiste Foucart, âgé de 38 ans, ouvrier de carrière, a reçu un coup d'un instrument contondant sur le crâne. Il est retourné chez lui et ensuite revenu à la carrière où il s'effondra. L'autopsie a révélé une fracture d'un os de crâne. Le meurtrier, originaire d'Havinnes, est en fuite. Celui-ci se constituera prisonnier quelques jours plus tard".

Le journal précise que : "Le dénommé Glorieux est un homme dont les antécédents militent en sa faveur ".

Les faits divers.

Cette rubrique rapporte les accidents survenus dans les rues de la cité ou les chemins de campagne : piétons renversés par des chariots, chevaux qui s'emballent renversant leur tilbury, noyades dans l'Escaut dont la plupart ont pour cause un suicide, incendies... Elle concerne également des accidents ferroviaires survenus sur la ligne reliant Tournai à Bruxelles.

Voici deux exemples assez typiques :

Une bagarre au faubourg de Morelle :

"Le samedi 9 août, vers onze heures du soir, près de la porte Morelle, plusieurs individus dans un état voisin de l'ivresse, se disputaient et allaient en venir à des coups de poing quand survinrent deux gendarmes qui voulurent mettre bon ordre et disperser le nombreux (!) rassemblement que cette scène turbulente avait causé. Malheureusement, les hommes de l'ordre reçurent de plusieurs des tapageurs des coups de poing et de pied tombant comme une pluie d'orage. L'un des deux gendarmes fut terrassé et reçut de graves coups à la figure qui fut toute meurtrie. Des agents de police sont venus prêter renfort, un des coupables a été arrêté et conduit au poste de police. Le dénommé Benoit Valembois, fils, s'est vu décerner un mandat d'arrêt par le juge d'instruction".

Cent-septante années plus tard, les quais de la cité des cinq clochers ont remplacé le faubourg de Morelle, les énergumènes, sous influence, ont toujours le coup de poing facile et les interventions des force de l'ordre sont toujours nécessaires.

Un accident de la circulation à la chaussée de Lille :

"Le dimanche 21 septembre, un accident est survenu à Marquain, vers 7 h 1/2 du soir. La diligence du Sieur Van Gend qui fait le service de Tournay (on trouve encore souvent cette forme) à Lille éprouva soudain un choc violent, l'essieu se brisa et la voiture fut renversée. Une femme qui se trouvait dans la diligence, Madame Veuve Duvivier de Lille, a fait une chute assez malheureuse, on l'a relevée avec la clavicule gauche fracturée".

Plaintes des riverains de la rue de Courtrai :

"Des plaintes nous arrivent journellement au sujet des boues qui couvrent la rue de Courtrai. Cette rue n'est, en effet, qu'un vaste bourbier liquide. Elle fait le désespoir des piétons. Il serait bon de porter remède à cet état des choses. Ne pourrait-on pas enlever cette vase le plus rapidement possible ?".

Cent septante années plus tard....!!!!

Avis à destination des autorités.

"Un jeu fort dangereux et que la police devrait défendre est le jeu de balle, auquel les gamins se livrent avec ardeur dans toutes les rues. Souvent au lieu d'une balle bourrée de crin ou de coton, ils se servent d'une balle en gomme élastique ou, ce qui est pire encore, d'une pierre et il n'est pas rare de voir un passant recevoir un de ces projectiles sur la tête. Le jeu offre encore un grand danger pour les chevaux et pourrait, en certains cas, occasionner de graves accidents".

Un article que n'aurait pas renié Emile Zola.

"L'ivresse est affreuse chez l'homme, elle est mille fois plus horrible encore quand la femme, la mère de famille, s'adonne à cette passion dégradante... L'ivresse conduit à la pauvreté, à l'immoralité, au suicide ! Le lundi 12 novembre, vers huit heures, une femme qui avait bu outre mesure sortait d'un cabaret sis sur les quais. Elle s'avança, en gesticulant, vers le mur qui longe l'Escaut, puis disant qu'elle voulait en finir, elle monta sur le parapet, se disposant à s'élancer dans l'eau. Des enfants qui se trouvaient tout près de là coururent vers cette malheureuse et la saisirent par la robe, la tirant, malgré ses cris, en bas du parapet. Quelques hommes reconduisirent chez elle cette malheureuse. Elle déplore sans doute aujourd'hui sa conduite d'hier. Puisse cela lui servir de leçon".

Les divertissements d'alors

"On annonce des divertissements populaires, le lundi 21 juillet, de 3 heures à 7 heures de relevée (après-midi) dans le cadre du 25e anniversaire de l'inauguration du Roi.

Jeu de Dragon à la rue Aux Poids (As Pois), Jeu de cuvette au quai des Salines, Jeu de l'anneau à la rue des Campeaux, Jeu de Colin-Maillard à la rue des Ingers, jeu de l'œuf à la rue Saint-Georges, Carrousel à l'eau à la place Saint-Pierre, jeu de la clochette à la rue Garnier, jeu de la lunette à la rue de la Tête d'Or, courses en chars imitées des Romains et autres jeux antiques sur le quai Saint-Brice, jeu de corbeau au Vieux Marché aux Toiles, jeu de boule au quai des Salines, jeu du ruban au quai des Quatre Bras, jeu de l'oiseau au carreaulé à la rue du Louvre".

Entretien et réparations des routes.

"Le public est informé que la circulation par la porte de Marvis sera interrompue, le dimanche 27 juillet depuis 4 heures du matin jusqu'à 2 heures de relevée, à cause de travaux de pavage qu'on doit effectuer en dehors de la dite porte".

Vous avez bien lu : en 1856, on pavait les routes, le dimanche ente 4 et 14 heures, probablement pour éviter les files de carrioles, de diligences, de brouettes ou de tombereaux le lundi matin !!! Que le SPW en prenne de la graine, cent-septante ans plus tard, on n'hésite pas à faire perdre des centaines d'heures à ceux qui se rendent quotidiennement à leur travail en oubliant que cela joue sur la production et sur l'indice du produit national brut que nos politiciens voudraient tant voir remonter !

(sources : "Le Courrier de l'Escaut" - éditions de l'année 1856

S.T. Octobre 2014

 

13:33 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, 1856 |

20 oct.
2014

13:49

Tournai : expressions tournaisiennes (282)

"Cha, ch'est cirque" !

In s'pourménant in ville, on peut vir les affiches de l'Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien qui anneonche s'n'orvue 2014.

"Cha ch'est cirque", ov'là ein vaste programme. Comme dit m'n'amisse Edmeond : "I-suffit d'ouvère l'gazette ou orwettier l'télévisieon pou trouver du sujet l'inspiratieon". Edmeond, i-parle bin, ch'est ein malin, même que d'temps in temps, j'l'appel'reos bin Edmond Rostand.

"Cha ch'est cirque" à la Chambre ! On a ichi vu, ceulle sémaine, ein véritape combat d'fauves dins l'arène du parlemint. Eine tigresse inragée attaquant l'dompteu. On a jamais vu ein spectaque parel chez Bouglione. On intindeot des rugiss'mints, pa momint, des groul'mints. Cha s'invectiveot, cha s'traiteot d'tout les neoms d'ozieaux, i-d'aveot qui berleot'ent pus fort que l'z'eautes. On a intindu parler d'ein Jambon d'Anvers (à m'mote qui n'a pos l'air aussi beon que l'ceu d'Ardenne) et d'ein eaute minisse que certains i-aveot'ent osé comparer à Frankenstein. A l'velle d'Haloween, ch'éteot l'cirque des horreurs qui plongeot dins l'désespoir les électeurs. Au mitan, i-aveot l'Prumier minisse libéral qui areot bin voulu ête mossieu Loyal. Quand j'ai vu cha à l'télé, cha m'a fit ormonter l'raminvrance du temps dusqu'on j'éteos à l'Athénée, quand l'préfet d'l'époque i-preneot des décisieons unilatérales qui n'aveot'ent pos l'assintimint des étudiants et du corps professoral, on orfuseot alors d'rintrer in cours et tertous éteot'ent alignés l'leong des murs de l'cour. A l'différince d'nos députés discutant à propeos d'ein rapport, li, tout seu, i-f'seot s'n'apparitieon dins ein silence de mort. Vir quate chints élèfes, dins l'cour de récréatieon, l'raviser, dins les is tout dreot, sans rien dire ch'éteot pus impressionnant que si i-z'aveot'ent berlé comme des fuchéaux !

"Cha ch'est cirque" au Standard de Liège ! L'club liégeois, des Claessen, Nicolay, Semmeling, au passé si glorieux, i-a même été battu pa Zulte-Waregem, l'dernier, à peine meilleu qu'ein club d'divisieon deux. Adeon, ov'là les standardmen tout à l'douche, à treos points de l'lanterne rouche, ch'est vrai et qu'on arrête à Sclessin d'botter in touche ! Pindant les vingt prumières minutes, on areot intindu eine mouque voler, chest ainsin que les supporters vouleot'ent s'moutrer mais, cha n'pouveot pos durer, tout au bout du queompte, on a vu ein riche berdélache à l'fin de la rinconte. Des jeones tatoués, l'visache caché comme pou eine attaque à main armée, avant l'fin i-ont sauté su l'terrain, l'arbite i-a eu peur in veyant ces maladrins, i-a arrêté l'match et les joueus, pos fiers, i-ont détalé comme des lapins. I-resteot deux à treos minutes à jeuer quançque les incidints i-ont éclaté. Si i-aveot des fauves au parlemint, ichi, i-aveot des clowns su l'terrain. L'luméreo qu'i-ont présinté n'a fait rire perseonne et à commincher pa l'intraîneu, i-eteot bin leon et i-n'pouveot pos l'cacher, d'ête gai Luzon. Mossieu Duchatelet, l'heomme qui a dépinsé bramint d'liards pour faire eine équipe de berleos, i-a parti pa l'pétite porte, vir... l'match à Saint-Trond. Ch'est ein niveau d'fotbal pus in rapport ave ses connissances de ce sport.

"Cha ch'est cirque" au Fotbal Club de Tournai. I-seont beons derniers, les "Sang et Or" et de l'division 3, i-veont béteôt ête dehors. A forche d'racler les feonds d'tiroirs pou acater les joueus que même l'moinse malin d'ein p'tit club n'veut, les dirigeants du stade Luc Varenne, toudis bin inspirés, i-ont fini pa ridiculiser no beonne ville de Tournai. Avant, on canteot fier'mint : "Ch'est l'Unieon qui s'amène" ou bin "Hourrah, voici les Rats", asteur nos "Sang et Or" i-prenne'tent des piles à tour de bras. L'bieau stade d'Kain, i-a vu déserter bramint d'Tournisiens et l'fotbal de l'cité des chinq clotiers, i-s'ra mort à l'fin d'l'année.

"Cha ch'est cirque" dins les aéroports ! Tertous i-a l'esquite d'l'attraper d'puis qu'l'Ebola i-est là ! Bé pou n'pos orvenir avec i-suffit tout simpl'mint de n'pos aller là-va. Mi, j'comprinds les gins qui ouèfent à Zaventem, j'me sus mis mi-même in quarantaine, je n'sors pus, j'ai mis ein pédiluve pou l'désinfectieon des gins qui intrent à m'maseon. Tout les chinq minutes, j'prind m'timpérature et j'ai l'pépète quand j'orsins eine courbature. Quand, hier, j'ai eu des nausées, j'ai dit à m'feimme tout inquiété : "j'pinse que cha comminche comme cha quançqu'on on a attrapé l'virus Ebola". Ahais qu'elle m'a dit, mais cha arrife aussi alfeos quand on a chifflé treos ou quate Brunehéaut. M'visin qui a ouvré chez Dapsens, li i-est toudis plein d'bon sens, i-m'a dit, "Cha sert à rien d'printe l'timpérature in sortant d'l avieon, si l'fièfe elle comminche l'lind'min à s'maseon. "Ah mais que j'li ai répeondu, nos heommes politiques i-save'tent pourquoi, ainsin on n'pourra pos leu reprocher de n'pos avoir fait eine séquoi" !

In attindant, j'vas ichi jeuer l'rôle du batteu d'caisse, même si cha n'sappelle pus l'orvue de l'karmesse, av'nez, à la Maseon de l'Culture, av'nez mes gins, vous pouvez ête seûrs qui va avoir d'l'amus'mint et que contrair'mint au Parlemint, à Sclessin ou à Kain, à parel spectaque, vous in aurez pou vot' argint !

(lexique : in s'pourménant : en se promenant / vir : voir / anneoncher : annoncer / l'orvue : la revue / eine amisse : un ami / ouvère : ouvrir / orwettier : regarder / ichi : ici / ceulle : cette / ein spectaque parel : un pareil spectacle / des groul'mints : des grondements / les ozieaux : les oiseaux / berler : crier, hurler / à m'mote : selon moi, à mon idée / l'ceu : celui / l'velle : la veille / au mitan : au milieu / ormonter l'raminvrance : remonter le souvenir / dusque : où / orfuser : refuser / tertous : tous / raviser : regarder / les is : les yeux / les fuchéaux : les putois / rouche : rouge / tout à l'douche : tout doucement / eine mouque : une mouche / moutrer : montrer / l'queompte : le compte / l'berdélache : la manifestation de mécontentement / des jeones : des jeunes / quançque : quand / l'luméreo : le numéro / bin leon : bien loin / bramint d'liards : beaucoup d'argent / des berleos : des veaux / béteôt : bientôt / à forche : à force / l'moinse : le moins / canter : chanter / asteur : maintenant / les chinq clotiers : les cinq clochers / avoir l'esquite : avoir peur / orvenir : revenir / ouèfent : travaillent / avoir l'pépète : avoir peur / commincher : commencer / treos ou quate : trois ou quatre / l'fièfe : la fièvre / eine séquoi : quelque chose / l'batteu d'caisse : le batteur de caisse, celui qui faisait une annonce / av'nez : venez / seûrs : sûrs).

S.T. octobre 2014. 

 

 

13:49 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

16 oct.
2014

15:18

Tournai : un quartier sinistré en héritage !

On a appris cette semaine que Mr. Robert Delvigne succèdera, au poste d'échevin de la ville de Tournai, à Mme Marie-Christine Marghem, désormais ministre au sein du gouvernement fédéral.

On ne sait pas si de nombreux Tournaisiens lui ont souhaité "bonne chance" dans cette nouvelle fonction. L'homme en aura besoin, car il lui a notamment été légué l'urbanisme et le suivi du projet cathédral, un héritage empoisonné pour ce commerçant qui va devoir affronter la lassitude de ses confrères des rues entourant le prestigieux édifice.

Est-ce en guise de cadeau de bienvenue qu'un journal local a présenté, cette semaine, en première page, une photo de la rue de l'Hôpital Notre-Dame affublée de la légende : "Tournai sous les bombes", titre d'un excellent ouvrage d'Yvon Gahide, paru en 1984 ?

L'Optimiste partage, depuis bien longtemps, cette vision dantesque, cette impression sinistre que laisse le quartier depuis le début de sa rénovation, voici déjà quelques années. Bien sûr, chacun sait qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs et qu'une rénovation débute toujours par une phase, dans le cas qui nous occupe, d'importantes démolitions. Toutefois, quand les ruines deviennent un chancre qui s'installe et perdure, alors là, on comprend que le dossier a été soit mal ficelé, soit mal géré. Dans le cas précis, il y a un peu des deux à la fois et aussi un grain de malchance.

Le remplacement des pavés et trottoirs de la rue de l'Hôpital Notre-Dame a été réalisé "presque" dans les délais prévus (on sait que ce dossier va beaucoup moins vite que ne le laissait prévoir le planning paru à l'origine dans une gazette de chantier qui semble avoir disparu par manque de crédibilité).

L'immeuble du Courrier de l'Escaut est vide depuis le départ du journal pour de nouveaux locaux, d'abord situés à la rue de Paris et ensuite à l'avenue de Maire. Cela fait donc déjà quelques années. Les ateliers d'impression ont été rasés et la dalle de béton est devenue au fil du temps, un zone de parking sauvage entourée de barrière Héras formant un site digne d'une des plus célèbres scène du film "West Side Story". 

Juste à côté, l'imposant bâtiment qui abritait le cinéma Palace, ses cinq salles de projection et le magasin de pralines a été rasé, voici plus de trois ans et sert désormais de dépôt à l'entreprise chargée des travaux de rénovation du quartier. Monts de terre, de sable, de pierres, de briques, engins de chantier composent, depuis longtemps, un paysage que n'aurait pas renié Joris Yvens pour son film "Misère dans le Borinage".

Le restaurant italien situé à l'angle que fait la rue de l'Hôpital avec celle de l'Arbalète a été le théâtre des exploits des démolisseurs, il y a quelques mois déjà. Depuis tout est resté en l'état, comme pour narguer le passant soucieux de l'esthétisme de sa ville, une imposante grue a pris ses quartiers tout en haut du tas de gravats. Entre l'ancien couvent abritant des classes de l'Académie des Beaux-Arts et la cathédrale drapée dans les voiles de l'indifférence, elle semble veiller sur "Le petit monde de Don Camillo".

La raison de cet immobilisme est simple. Pour ne pas défoncer le revêtement qui vient d'être posé, l'évacuation des déchets ne peut se faire au moyen de semi-remorques. Est-ce pour cela, que ce mardi soir, l'Optimiste a vu, dans la pénombre, une bande d'individus emporter des pierres dans un caddy de supermarché ! Ces gens-là devaient penser : "La nuit est à nous".

Dans la rue du Curé Notre-Dame, les fenêtres des bureaux du Courrier de l'Escaut ont été obturées par des panneaux de bois afin d'éviter les squatteurs. Cet immeuble est aussi voué à la démolition. Hélas, le projet de construction, à cet emplacement, d'appartements de standing présenté par la firme Dherte tarde à se concrétiser en raison du rejet par les services de l'Urbanisme de la première mouture des plans. Il est vrai qu'il ne s'intégrait pas dans le paysage et qu'il devait faire l'objet de quelques modifications. Voir un jour s'élever un bâtiment flambant neuf, cela devient peu à peu :"La grande illusion".

Juste à côté, l'ancien espace Pic-Puce accueille désormais une agence immobilière, bien réelle et active (une activité commerciale, c'est devenu rare dans le quartier) et le toujours futur "Espace Depardieu" que les Tournaisiens comparent déjà à "L'Arlésienne", celle dont on parle tout au long de la pièce mais qu'on ne voit jamais (précision pour les gens qui n'ont pas la veine théâtrale).

A l'angle de la place Paul-Emile Janson, la pharmacie, installée dans le quartier depuis des lustres a, définitivement, fermé ses portes, tandis que les compagnies d'assurances se battent toujours en justice pour découvrir la société responsable de l'importante fuite d'eau qui a obligé les autorités communales à faire évacuer la résidence en janvier dernier. En attendant, la place reste inaccessible, une grande partie du nouveau revêtement ne pouvant être posé au cas où de nouvelles recherches seraient nécessaires. Terminer cette place, cela semble être "Mission impossible" et le nouveau Centre de Tourisme de la Ville de Tournai risque d'encore rester longtemps sur "L'île du bout du monde" !

Probablement jalouse, la rue de l'Hôpital fraîchement rénovée a voulu, elle aussi, jouer les martyres. Le magnifique fil d'or (du laiton) qui occupe la ligne médiane des rues du quartier cathédral a commencé par jouer les castagnettes au passage des véhicules (un souvenir de "Taxi, roulotte et corrida") et a rapidement "divorcé" du revêtement en pierre. Tout cela fait... qu'il ne fait pas bon passer là lorsqu'il fait noir, ce coin de Tournai devient alors : "La cité de l'indicible peur".

Les égouts du parvis du beffroi sont en mauvais état, ils perdent les eaux qui leur sont confiées, on a interdit la circulation à tout véhicule motorisé et le rassemblement de foules est interdit (heureusement il n'y a pas de championnat d'Europe de football avant 2016 et les clubs belges n'iront pas très loin au niveau des présentes coupes européennes). On va les "chemiser", c'est-à-dire les tapisser d'une résine pour les rendre étanches. Après l'enfer, ils deviendront :  "Les égouts du paradis".

Tout cela bien examiné, doit-on supposer que, lasse de ce dossier qui avance au rythme de la procession d'Echternach, Marie-Christine Marghem a préféré partir à Bruxelles ? C'est possible, mais alors... elle vient de découvrir là-bas une autre atmosphère (atmosphère, atmosphère...) et depuis deux jours, au parlement, elle doit se souvenir de ce film qu'elle a peut-être vu dans sa jeunesse :  "Règlement de compte à O.K. Corral" ! 

S.T. octobre 2014.

 

13 oct.
2014

13:30

Tournai : accident de Joseph Collie, le football tournaisien en deuil !

Le ciel était gris, ce dimanche 12 octobre après-midi. Vers 15h45, un cyclo roulait vers Tournai. Lorsqu'il aborda, à hauteur de Barry, l'important carrefour où la chaussée de Mons qu'il venait de quitter rejoint la chaussée de Bruxelles, il fut soudainement happé, par l'arrière, par un automobiliste venant de la Nationale 7. Que s'est-il passé ? Laissons à l'enquête le soin de le déterminer; .

L'infortuné cycliste a été projeté à une trentaine de mètres du point d'impact et est décédé sur le coup.

Voilà malheureusement un triste fait divers comme il s'en passe chaque jour sur les routes du Hainaut.

Quelques heures plus tard, l'identité de la victime connue, la nouvelle va rapidement se propager non seulement à Tournai, mais dans toute la région et jusque dans le Borinage : 

Joseph Collie a trouvé la mort dans cet accident.

Au moins tous les sportifs de la région connaissent Joseph Collie. Agé de 68 ans, il était originaire du village de Molenbaix, au pied du Mont Saint-Aubert, où il fit son apparition en équipe première. C'était durant la saison 1963-1964, au sein de l'équipe locale évoluant alors au niveau de la troisième Provinciale. Repéré par les "scouts" du Royal Racing Club Tournaisien, il y fut transféré, un an plus tard, passant directement de cette série inférieure à la troisième division Nationale.

C'est lors d'une rencontre remportée par les "Rats" tournaisiens au Racing de Malines en février 1965, qu'il fit ses débuts en équipe fanion (0-2 en faveur de Tournai). La semaine suivante, il fut à nouveau aligné contre le V.G. Ostende en visite à la drève de Maire. Cette rencontre fut à nouveau remportée par le club "Jaune et Noir" sur le score de 2-1. En deux dimanches, le petit gars de Molenbaix avait marqué trois des quatre buts de son équipe.

A la fin de la saison 66-67, il fêtera la montée du club en division deux Nationale et remportera avec l'équipe le "challenge Pappaert" attribué au team ayant, durant la saison, réalisé la plus longue série de rencontres sans défaite (14). Hélas, dans le courant de celle-ci, il fut victime d'une fracture d'un orteil et ne put être aligné que durant 21 rencontres.

Lors de la saison 1969-1970, lors de la rencontre disputée à domicile contre le C.S. Verviers, il fut désigné par l'entraîneur pour remplacer le gardien Michel Wilfart, blessé. Durant une mi-temps complète, il se démena comme un beau diable dans la cage tournaisienne et... le Racing l'emporta sur la marque de 2-1. 

Au cours de la saison 1971-1972, il fera une courte infidélité à son club puisqu'il évoluera au sein de l'Albert Elisabeth Club de Mons. Avec les Rouge et Blanc montois, il a failli décrocher le billet pour la première division nationale, devancé par le club du Standard de Lokeren.

En août 1972, il revient à Tournai et il permet de suite aux Racing de créer l'exploit, en coupe de Belgique, en s'imposant au Football Club Malinois, pensionnaire de l'élite, sur le score de 0-1. Il fut l'auteur de cet unique et précieux but.

En 1975, il quittera le Racing et signera pour le club voisin et rival de l'Union Sportive Tournaisienne. Il apportera à l'équipe sa science, sa maîtrise du jeu et son sens du but. Il évoluera ainsi avec les Patrick Voiturier, Marcel Rouneau, Claude Carbonnelle, Jacques Durieux, Philippe Engels, Dany Duquesne mais côtoya également les Jean-Jacques Casterman, Jean Marc Debaisieux, Pascal Depret , Jean Marc et Pierre Thonnard, Gildo Foda et Didier Quain.

Après six années passées au service des "Rouge et Vert", Joseph Collie devint joueur-entraîneur au Sporting Club de Quevaucamps et passa ensuite comme entraîneur au Football Club d'Hautrage.

Joseph Collie laissera également des regrets à ceux qui fréquentèrent le collège Sainte-Marie de Saint-Ghislain où il était un professeur de mathématiques apprécié.

Le football tournaisien a perdu un de ceux qui marqua de son empreinte sa longue histoire avant la catastrophique fusion voulue par l'ancien bourgmestre Christian Massy.

Il restera pour tous, un gentleman de stades.

(sources : "Hourra, Voici les Rats" de Jacques Lefebvre - "la R.U.S.T, des infants aux quater-vingt cheonq candelles" de Serge Tranchant" - presse locale)

S.T. octobre 2014

 

11 oct.
2014

13:05

Tournai : expressions tournaisiennes (281)

Propeos d'ein lusoteu.

I-feaut profiter des derniers bieaux jours.

Béteôt, su no Grand-Plache désertée on va rintrer les terrasses des cafés, les tourisses i-veont oblier no cité jusqu'aux prochains meos d'avril ou d'mai et l'soir i-va caire d'pus in pus teôt, surtout qu'on cange les heures à l'fin du meos. Tournai, no belle cité, va hiberner à l'ombre maternelle des cheonq clotiers.

Adeon, profitant de ceulle sémaine baignée d'solel, j'ai fait eine dernière pourménade pa rues et les ruelles.

Vous aurez bin du mal à accroire ce que j'vas ichi vous faire savoir, j'ai été pus souvint qu'à m'tour au mitan du pavé que su les trottoirs dusqu'i-est pos facile d'mette ses pieds.

J'ai pu constater que pou les travéaux, i-aveot acore bin du pain su l'planche. I-in a beauqueop et on saureot pos dire que cha avanche. Si j'dresse ichi  ein leong l'bilan, ch'est pos ein "mise in boite" pou m'n'amisse Armand (pou les ceusses qui ne l' save'tent pos, Armand, ch'est l'échevin des travéaux).

Ainsin, l'pose du nouvieau revêt'mint à l'rue d'Courtrai, ch'est tout bouboule qu'on est in train de l'réaliser, i-a eine mitan de l'rue qui est d'jà dallée, su l'eaute i-n'veaut mieux pos passer.  Asteur qui a moinse d'visiteus au Centre du Tourisme, su l'plache Paul Emile Janson, on a infin qu'minché à mette les dalles l'leong des maseons. A l'plache de l'incien cinéma Palace, à l'rue d'l'Hôpital, à ciel ouvert, pou les ingins d'chantier, ch'est toudis ein garache et i-a toudis ein bull-dozer tout in héaut d'ein meont d'gravats qui attind l'ouvrache  !

Dins l'rue Royale, les ouverriers continuent à poser les tuauts, inter l'Becquerelle et l'rue des Campeaux obligeant ainsin les automobilisses venant d'la gare à passer pa d'vant l'bureau d'police et si l'intercommunale Ideta elle est dins ses nouvieaux et riches locaux, su l'coin du Becquerelle, d'puis ein beon meos, les trottoirs i-sont toudis interdits aux piéteons, on deot seul'mint les orfaire mais quand, ch'est là l'questieon.

Dins l'rue des Croisiers, i-a là ein malhureux boulinger, si te veux aller querre du pain, te peux statieonner t'carrette à pus d'chint mètes du magasin. Si te veux éviter d'caire ou d'pidouler, i-feaut absolumint t'équiper d'bottines d'sécurité. J'pinse d'puis m'dernière visite que cha n'a pos l'air d'aller fort vite. Eine feimme du quartier, elle m'a dit : "ch'est du leong mais ch'est même pos du beon, avant quand l'pluèfe, à l'rache du corps, elle cayeot, les égouts n'saveot'ent pos absorber toute l'ieau, asteur, l'ieau elle rinte bin d'dins mais cha dégobille ein peu pus leon à causse des mal'faceons. Ave les dernières grosses averses qu'on a eues, ch'éteot ein véritape bassin d'natatieon à la plache de l'rue.

L'Plache Verte elle n'a jamais si bin porté s'neom, cha fait deux ans asteur et cha paraît leong, i-a tant d'hierpe inter les pavés d'puis qu'on peut pus passer que les riverains i-ont l'impressieon que ch'est dins ein gardin qui veont parquer.

L'pose des impétrants elle est terminée, pos leon de m'maseon, à l'avenue des Peupliers, on a ouvert les trottoirs et à l'plache on a mis du laitier, l'interprisse qui d'veot les finir, bé, on n'la veot pos v'nir. Les gins veont rester ainsin ave de l'tierre pétête jusqu'à l'fin du prochain hiver.

On a fait ein grand treos à l'Porte Saint-Martin et on n'veot jamais ein ouverrier d'dins et... j'pourreos ainsin  continuer m'litanie comme ein curé car ch'est vrai que pou vir l'fin des travéaux à Tournai, bé, les gins i'n'save'tent pus à quel saint s'vouer.

Mais l'sous-sol de no cité, i-est train d's'orvinger, i-a comme qui direot des treos qui seont apparus au pied d'no bieffreo. L'origine de ceulle affaire, ch'est ein égouttache qui datereot, comme on m'a dit, du moyen-âche. I-passe dins nos égoût tant d'produits chimiques que cha a fini, comme vous l'adveinez, pa minger les briques. L'pire dins ceulle affaire, ch'est qu'on n'sait pos commint on va faire, on a interdit l'circulatieon aux camieons et aux auteos et on comminche à surveiller, du coin d'l'ouèl, les passants ein peu treop greos. J'creos même que ch'est pou béteôt, i-feaudra faire ein détour si on pèse pus d'chint kileos.  

J'veos d'jà ichi l'tablature, cha va ête du sport que d'faire meonter à tous les greos l'rue de l'tiête d'Or. J'vas commincher ein régime draconien pou n'pos devoir canger d'quémin.

(lexique : ein lusoteu : un flâneur / oblier : oublier / L'meos : le mois / caire : tomber / les cheoncq clotiers : les cinq clochers / adeon : donc / ceulle : cette / eine pourménade : une promenade / accroire : croire / au mitan : au milieu / dusque : où / avanche : avance / leong : long / ein amisse : un ami / les ceusses : ceux / asteur : maintenant / l'plache : la place / qu'mincher ou commincher : commencer / les ingins : les engins / toudis : toujours / les ouverriers : les ouvriers / les tuauts : les tuyaux / querre : chercher / pidouler : patauger dans la boue / eine feimme : une femme / l'pluèfe : la pluie / à l'rache du corps : de toutes ses forces / dégobiller : vomir / à causse : à cause / l'hierpe : l'herbe / l'gardin : le jardin / pos leon : pas loin / l'interprisse : l'entreprise / pétête : peut-être / s'orvinger : se venger / l'bieffreo : le beffroi / adveiner : deviner / l'ouèl : l'œil / l'tablature : la situation gênante, anormale, ridicule / canger d'quémin: changer de chemin).

S.T. Octobre 2014. 

13:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

04 oct.
2014

21:32

Tournai : expressions tournaisiennes (280)

Les considératieons d'Edmeond.

Ch'est acore d'Edmeond que j'vas ichi vous parler. I-n'areot pos existé, i-areot fallu l'invinter.

Adeon, Edmeond que j'ai rincontré ceulle sémaine, ein matin, dins l'quartier de l'Madeleine, pos leon du béguinache, i-m'a invité à aller boire ein verre su l'Grand-Plache.

"Te m'conneos, mi j'n'beos qu'du café" que j'li ai dit avant d'accepter.

"Pou mi, l'seul café qui est beon, ch'est l'ceu qu'Fifinne elle fait à l'maseon, ch'est eine répurgatieon d'tes boyéaux, cha réveillereot ein qui dort à Navieaux, cha t'met l'cœur à l'ouvrache, pou l'athlète, ch'est ein veritape dopache".

J'l'ai ravisé in coin, ave s'carrure de boutelle de bière, i-peut hardimint boire tout l'cafetière.

Li, in train d'béffier in ravisant s'crasse pinte, mi, toulliant m'morcieau d'chuque dins m'jatte, ch'est ainsin qu'on a comminché à orfaire l'meonte.

"Quoisque te pinses d'l'élargiss'mint d'l'Esqueaut, à t'mote, cha va s'faire ou pos ?".

"J'n'ai pos eine boule de cristal, tout c'que j'sais j'l'ai li dins l'journal. Inter la France qui voudreot bin mais qui n'a pos d'liards (mais ein bieau déficit d'vingt et un milliards), l'régieon walleonne qui est toudis forte in gueule à l'télé mais bin paufe in projets réalisés (ravisse, inter Hertain et Kain, l'autoroute, elle va béteôt passé toutoute), Mossieu Demotte qui exige des compensatieons pou orfaire les quais du Luchet au Peont des Treos et les gins du port de Vaulx qui voudreot'ent qu'on qu'minche les travéaux, i-a pos mal d'inconnues à l'équatieon".

"Adeon... ch'est pos d'main l'velle" qui m'a dit Edmeond in chifflant s'prumière boutelle.

"Ormettez in eine, garcheon !"

"I-paraît qu'on va orfaire l'plache Saint-Pierre et l'rue Poissonnière, ch'est pos dammache, les pavés i-z-ont l'trimblote"

"Ahais, mais si ch'est fait comme su l'plache de Lille, on n'va pus avoir d'trimblemints mais i-ara des fameusses mares d'ieau in plein mitan du qu'min. Va ichi vir in face du boulanger, les pavés i-ont été orfaits, cha été bin chiminté mais ch'est d'jà tout affaissé".

"Adeon, dins quate ou chinq ans, on pourra tout orfaire" qui a conclu in finissant s'deuxième verre.

"Ormettez ichi eine tournée, garcheon !" qu'i-a commindé sans façeons. 

"Pou mi j'ai assez ave deux jattes d'café, j'vas ichi ortourner tout énervé".

"Te veux un coca" qui m'a dit l'riche colas.

"Neon, neon, garcheon, donnez me puteôt ein s.p.a chitreon"

"J'ai vu au journal télévisé d'No télé que l'grosse tour aveot été visitée pa des Inglais, i-n'ont pos dû vir grand cosse ave s'n'échafaudache, cha fait six ans asteur qu'i-a là ein rude dallache, je m'deminde commint on a pu leur espliqué pourquoi que l'tour elle éteot dins ein parel corset"

"Cha ch'est vraimint pos difficile, te peux faire confiance à nos édiles, on a dit comme on a l'habitude à Tournai, bé...que les travéaux i-alleot'ent béteôt qu'mincher. Ch'est ein argumint bin rôdé et qui a d'jà d'nombreusses feos utilisé, tiens-te bin à t'cayère pou n'pos caire pa tierre : pou l'églisse de l'Mad'leine, l'incien Courrier de l'Escaut, l'cinéma Palace, l'bâtiment des vieux Prêtres, l'incienne bibliothèque communale, l'Musée du Folklore... J'vas m'arrêter là ...mais i-d'a'cor".

"Allez va, l'Optimisse, i-n'in manque pos, te d'as bin acore ein !"

"Bé, ahais, l'espace Depardieu qui va ête inauguré à... l'saint Glinglin".

Edmeond i-éteot tout ébeubi et pou s'ormette i-a avalé s'troisième demi.

"Garcheon, i-faudreot humidifier l'éponche que j'ai dins l'gosier".

"Te pinses qu'on va avoir eine panne de l'élé, de l'élés... de l'élestrique" qui m'a alors d'mindé ave eine dictieon beauqueop moins dynamique.

"Pindant l'hiver, si i-fait moinse dix degrés pindant treos ou quate jours, bé, au début d'l'an, te peux ête seûr et certain qu'on ara pus d'courant. Tout i-va s'arrêter, les usines, les trains, les feux rouches, l'cauffache d'nos maseons, l'internet, l'télépheone..."

I-n'aveot pos l'air saisi sauf quand j'li ai dit :

"Et... même les brasseries".

I-a orwettié s'verre in pinsant et i-a commindé ein chinquième in disant :

"Garcheon, ormettez eine Judas, i-feaut l'boire tant qu'i-n'd'a".

Au soir, jusse après l'souper, Fiffine, pa télépheone, m'a appelé :

"Te sareos dire ce qu'Edmeond i-a foutu aujord'hui, i-est orvenu ichi total'mint cuit, j'l'aveos invéyé querre du boudin, à l'boucherie au bas de l'rue Saint-Martin et i-est rintré aux trois quarts plein. I-raqueonte des histoires d'seots, i-dit qui a vu ein heomme qui connisseot. Ch'éteot pétête ein d'ses amisses mais cha d'veot ête ein bieau pessimisse. I-li a dit seûrmint pos mal de cacacoules et in attindant ch'est ave m'n'heomme j'ai de l'détoule".

J'sus pou l'paix de ménaches, j'n'ai pos voulu foute Fifinne in rache :

"Paufe feimme, je n'sareos pos t'aider, j'ai passé tout m'matinée pa d'vant eine jatte de café".

"Bé Mo Dieu, Mo dieu, ch'est bin malhureux, si Edmeond i-t'aveot rincontré i-n's'reot pos aussi mal arringé".

(lexique : acore : encore / adeon : donc / ceulle : cette / pos leon : pas loin / l'béguinache : le béguinage / beon : bon / l'ceu : celui / répurgatieon : nettoyage / Naviaux : nom donné au cimetière du Nord à Tournai / l'ouvrache : le travail, l'ouvrage / raviser : regarder / beffier : baver / touiller : mélanger : l'chuque : le sucre / l'jatte : on utilise souvent ce mot à Tournai pour tasse / véritpe : véritable / à t'mote : selon toi, à ton idée / li : lu / les liards : l'argent / toudis : toujours / bin paufe : bien pauvre / béteôt : bientôt / passer toutoute : passer au travers / orfaire : refaire / qu'mincher : autre forme pour commencer / l'velle : la veille / chiffler : siffler, avaler d'un trait / l'prumière : la première / ormettre : remettre / ch'est pos dammache : ce n'est dommage / l'trimblote : la tremblote, être atteint de tremblements / l'plache : la place / in plein mitan : au beau milieu / du qu'min : du chemin / va ichi vir : va ici voir / chiminté : cimenté / quate ou chinq : quatre ou cinq / ave : avec / ortourner : retourner / ein colas : un geai mais aussi un niais, un crétin, un innocent / puteôt : plutôt / chitreon : citron / les inglais : les anglais / vir grand cosse : voir grand chose / l'dallache : le désordre / parel : pareil / l'feos : la fois / l'cayère : la chaise / caire pa tierre : tomber à terre / ébeubi : stupéfait / l'éponche : l'éponge / l'élestrique : l'électricité / beauqueop : beaucoup / moinse : moins / seûr : sûr / jusse : juste / aujourd'hui : aujourd'hui / orvenu : revenu / querre : chercher / seots : sots / pétête : peut-être / amisses : amis / des cacoules : des mensonges, des inventions / avoir de l'détoule : avoir des misères / les ménaches : les ménages / foute in rache : mettre en colère, en rage).

S.T. octobre 2014.

21:32 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

02 oct.
2014

14:06

Tournai : la kermesse est finie !

Une kermesse qui dure trois semaines, est-ce encore rentable ?

Celle qu'on appelle aussi "la foire de septembre" a pris fin le dimanche 28. Les métiers sont démontés, les forains ont repris la route.

Aux dires des professionnels, cette foire ne fut pas un grand succès financier malgré une météo extrêmement favorable. Est-ce à cause de cette crise qu'on a pris l'habitude de rendre responsable de tous les échecs ? Est-ce en raison de la localisation du champ de foire sur la plaine des Manœuvres ? Est-ce la responsabilité des parcs d'attractions ou tout simplement une  évolution des mentalités ?

Il y a probablement un peu de tout cela !

Il y avait à peine une cinquantaine de métiers, peu de nouveautés et des attractions assez mièvres qu'on retrouve souvent dans les plus petites fêtes de quartiers tel ce toboggan gonflable. Un petit tour de manège pour l'enfant, deux ou trois minutes sur un métier qui décoiffe pour les ados, une gaufre ou un cornet de beignets pour papy et mamie et l'éternelle loterie où tout le monde gagne, voilà dépensé, en moins d'une heure, pour une famille, autant que le prix d'entrée à Disneyland, Walibi ou Bellewaerde.

Les établissements forains alignés le long de l'avenue des Frères Rimbaut et répartis en deux allées intérieures ne donnent pas l'image de ce village festif que devrait représenter une kermesse. Contrairement à la Grand-Place où on pouvait faire plusieurs fois le tour du champ de foire, ici on se contente de monter le boulevard et de le redescendre sans avoir la possibilité de s'arrêter dans une brasserie pour se reposer et prendre un verre. Il y a bien un chapiteau, type fancy-fair, pour prendre une consommation, mais celui-ci ne remplacera jamais la chaleureuse ambiance des cafés et brasseries de notre forum.

Par son transfert en dehors du centre-ville, la kermesse a perdu son âme !

Il est peut-être temps de poser la question à nos édiles : que veulent-ils réellement faire du centre-ville ? Les petits commerces qui avaient pignon sur rue disparaissent les uns après les autres au profit des deux grandes zones commerciales situées à Froyennes ou aux Bastions (dont on érige une nouvelle extension). Les foires de mai et de septembre ont été bannies du centre-ville et les ducasses de quartier ne sont plus organisées en raison d'un changement des mentalités. La grande procession défile dans des rues cruellement vides et le cortège ne fait plus recette que sur la Grand-Place ou dans quelques rues dotées de cafés ! Le dernier cinéma a déserté le pied de la cathédrale pour s'établir sur les boulevards de ceinture.

Pour les commissions et les distractions, c'est désormais hors les murs de la cité !

Un autre phénomène chasse les badauds de l'avenue des Frères Rimbaut, le sentiment d'insécurité quand vient le soir. L'espace est occupé par des individus qui n'ont plus rien à envier aux bons vieux blousons noirs qu'on voyait, jadis, draguer les filles aux abords des autos-scooter. Bardés de clous, de piercings, décorés de tatouages couvrant la totalité du corps (visible !), accompagnés de molosses, ils font fuir les braves familles qui se sont un peu attardées. Même sans faire d'esclandre, il provoque une sensation de malaise.

Doit-on faire surveiller le champ de foire comme c'est déjà le cas pour les rencontres de football ?

Rétablir la kermesse sur la Grand-Place ?

Il ne faut pas rêver, un retour en arrière est difficilement envisageable, voire matériellement impossible. La place a entretemps été (mal) rénovée. Elle devait être uniquement réservée aux modes doux de circulation (piétons, vélos...), hélas, quand on parle de supprimer la voiture à Tournai, on doit faire face à une levée de boucliers. A croire que notre cité est habitée par des personnes qui ne savent plus faire un seul mètre à pied ! A cause du passage des autocars, des bus et des gros camions de livraison, les pavés sciés, insuffisamment profonds pour bien s'ancrer, sont pour la plupart descellés et les effondrements résultant du passage des véhicules se multiplient. Les professionnels du secteur Horeca ont pris d'autres habitudes en installant de larges terrasses prises d'assaut durant la période estivale et notamment au mois de septembre.

Pour éviter de détériorer un peu plus le forum, il faudrait y autoriser l'installation des métiers les plus légers et réserver la place Reine Astrid aux attractions les plus importantes, privant pendant le mois de mai et de septembre l'automobiliste tournaisien de près de trois cents places de parking au centre-ville, or on sait que celui-ci est de plus en plus réduit depuis la réalisation des travaux du projet cathédral.

Des solutions ?

La foire de mai connaît encore le succès pour deux raisons : les métiers sont plus spectaculaires, les attractions parfois inédites et, surtout, la foire ne dure qu'une semaine (deux dimanches et le jeudi de l'ascension).

Il est temps que les autorités communales sécurisent les lieux de fêtes comme elles devraient sécuriser les rues de la ville envahies par trop de marginaux souvent alcoolisés, parfois violents, transformant leurs campements quotidiens en dépotoirs.  Il est temps que les forains comprennent que pour être rentable, la foire de septembre doit être plus courte et mieux "achalandée" en termes d'attractions. Souhaiter une prolongation d'une semaine pour faire une liaison avec la Foire de Liège n'apporte pas plus de clientèle car durant la semaine de nombreux métiers restent fermés !

Ces deux conditions sont nécessaires pour faire revenir les familles et "descotcher" les jeunes de leurs tablettes et de leurs jeux vidéo.

En conclusion.

Elle n'existe plus la kermesse qui a marqué notre jeunesse, les cages à écureuils, les petits avions ont depuis bien longtemps disparu de la circulation. La femme à barbe a découvert le rasoir, il n'y a plus de demoiselles sur les balançoires. La chenille où se cachait les amoureux n'a plus fait recette, la femme pesant deux cents kilos n'est plus qu'une pauvre vieille maigrelette. Les garçons n'attendent plus leur dulcinée auprès du Juke-Box des scooters Besanger.

S.T. septembre 2014 

 

  

 

14:06 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |