22 oct.
2014

Tournai : l'année 1856 sous la loupe.

Retour dans un (déjà) lointain passé !

Centenaire oblige, après avoir évoqué les évènements qui marquèrent le quotidien des Tournaisiens durant les premières semaines du conflit mondial, nous revenons à notre rubrique retraçant la petite histoire de la cité depuis 1849.

Contexte international.

En cette année 1856, que ce soit dans le Sud des Etats-Unis, dans les colonies africaines ou dans les pays d'Asie, l'esclavagisme a toujours pignon sur rue. On se bat même en Amérique contre son interdiction.

Le 9 février, avec l'ouverture des négociations qui déboucheront sur la signature du Traité de Paris, le 30 mars, la guerre de Crimée prend fin. Depuis 1853, ce conflit opposait la Russie à une coalition composée de l'empire ottoman, de la France, du Royaume-Uni et de la Sardaigne. Ce traité entérine la défaite de la Russie du Tsar, diminue fortement l'influence russe dans cette région et déclare la neutralité de la mer Noire. En découvrant cette page de l'Histoire, on se demande si on est vraiment retourné plus d'un siècle et demi en arrière !

Durant cette année-là, on notera les naissances d'Henri-Philippe Pétain (le 24 avril) et de Sigmund Freud (le 6 mai) et les décès du compositeur allemand Schumann (le 8 juin) et du peintre français Delaroche (le 4 novembre).

Contexte national.

Au cours du congrès de Paris, le ministre français des affaires étrangères de Napoléon III, Alexandre Walewski, avait sollicité l'aide des pays garants de l'indépendance de la Belgique afin de faire pression sur elle pour modifier sa législation sur la presse. La réponse de son homologue belge, Vilain XIIII est cinglante : "Jamais". Il garantissait ainsi la liberté de notre presse qualifiée par Napoléon III de "plaie infectée" et de "serpent venimeux".

Le 21 juillet, le roi Léopold Ier fête ses vingt-cinq ans de règne. A cette occasion, catholiques et libéraux veulent prouver à l'Europe dont l'hostilité à l'égard de la Belgique est encore apparue dans les propos du français Walewski qu'un roi peut être d'autant plus aimé par son peuple en respectant ses libertés.

Sur le plan local.

Pour rappel, le style du quotidien a été conservé, il est lui aussi l'exemple de la mentalité de cette époque.

L'état-civil.  

En janvier, comme chaque année, le journal rapporte les mouvements de la population au cours de l'année écoulée. On apprend ainsi qu'en 1855, il y a eu 784 naissances décomposées comme suit : 355 garçons et 366 filles (721) légitimes, 25 garçons et 38 filles (63) illégitimes. On a enregistré au cours de cette même année 791 décès (404 hommes et 387 femmes), 180 mariages et aucun divorce.

La bienfaisance.

Le dimanche 20 janvier, une matinée musicale est organisée au bénéfice des pauvres, par la Musique du 1er Régiment de lanciers avec le concours, au chant, de Mademoiselle Delia Hamburger et de Mr Jogand.

La "Société des Orphéonistes" distribue le lundi 4 février, à partir de huit heures du matin, 15.000 kilos de pommes de terre de bonne qualité, au prix de 5 cents le kilo, aux personnes munies du billet de médecin délivré par le Bureau de Bienfaisance (ancêtre de notre centre Public d'Aide Sociale). Cette distribution a lieu dans les magasins de la rue Barre Saint-Brice(pour les habitants de la rive droite), dans celui de la rue des Récollets (pour ceux de la rive gauche) et à la rue des Choraux (pour les paroisses Saint-Jacques, Sainte-Marguerite et Sainte Marie-Madeleine). Cent-septante années plus tard, une distribution de colis alimentaires est à nouveau d'actualité, le lundi, dans certaines paroisses de la ville et des faubourgs !

Rubrique judiciaire !

Voici un extrait des audiences du Tribunal Correctionnel de Tournai ayant tenu séance le 18 janvier 1856 :

"Pierre Joseph Leroy, dit le "Mâle", fils de Jean-Baptiste et son fils Pierre-Joseph, de Gaurain-Ramecroix, prévenus de vol de bois vert au préjudice de M. Vifquin et sœur, sont condamnés, le premier, qui a déjà subi cinq condamnations, à 7 jours de prison et 3 francs d'amende, le second, qui a déjà été condamné trois fois, à 5 jours de prison et à la même amende".

Notons que la rubrique des audiences paraît régulièrement, que l'identité des auteurs et des victimes est bien définie, que la peine peut sembler sévère pour ce délit par rapport à celles prononcées aujourd'hui.

Ce sont surtout des vols domestiques effectués par du personnel de maison ou des journaliers qui sont jugés mais on découvre également des condamnations pour coups et blessures, incendies volontaires et diffamations.

Les meurtres et assassinats sont jugés à Mons, comme celui survenu le samedi 26 avril à Vaulx.

"Vers 11h, le dénommé Jean-Baptiste Foucart, âgé de 38 ans, ouvrier de carrière, a reçu un coup d'un instrument contondant sur le crâne. Il est retourné chez lui et ensuite revenu à la carrière où il s'effondra. L'autopsie a révélé une fracture d'un os de crâne. Le meurtrier, originaire d'Havinnes, est en fuite. Celui-ci se constituera prisonnier quelques jours plus tard".

Le journal précise que : "Le dénommé Glorieux est un homme dont les antécédents militent en sa faveur ".

Les faits divers.

Cette rubrique rapporte les accidents survenus dans les rues de la cité ou les chemins de campagne : piétons renversés par des chariots, chevaux qui s'emballent renversant leur tilbury, noyades dans l'Escaut dont la plupart ont pour cause un suicide, incendies... Elle concerne également des accidents ferroviaires survenus sur la ligne reliant Tournai à Bruxelles.

Voici deux exemples assez typiques :

Une bagarre au faubourg de Morelle :

"Le samedi 9 août, vers onze heures du soir, près de la porte Morelle, plusieurs individus dans un état voisin de l'ivresse, se disputaient et allaient en venir à des coups de poing quand survinrent deux gendarmes qui voulurent mettre bon ordre et disperser le nombreux (!) rassemblement que cette scène turbulente avait causé. Malheureusement, les hommes de l'ordre reçurent de plusieurs des tapageurs des coups de poing et de pied tombant comme une pluie d'orage. L'un des deux gendarmes fut terrassé et reçut de graves coups à la figure qui fut toute meurtrie. Des agents de police sont venus prêter renfort, un des coupables a été arrêté et conduit au poste de police. Le dénommé Benoit Valembois, fils, s'est vu décerner un mandat d'arrêt par le juge d'instruction".

Cent-septante années plus tard, les quais de la cité des cinq clochers ont remplacé le faubourg de Morelle, les énergumènes, sous influence, ont toujours le coup de poing facile et les interventions des force de l'ordre sont toujours nécessaires.

Un accident de la circulation à la chaussée de Lille :

"Le dimanche 21 septembre, un accident est survenu à Marquain, vers 7 h 1/2 du soir. La diligence du Sieur Van Gend qui fait le service de Tournay (on trouve encore souvent cette forme) à Lille éprouva soudain un choc violent, l'essieu se brisa et la voiture fut renversée. Une femme qui se trouvait dans la diligence, Madame Veuve Duvivier de Lille, a fait une chute assez malheureuse, on l'a relevée avec la clavicule gauche fracturée".

Plaintes des riverains de la rue de Courtrai :

"Des plaintes nous arrivent journellement au sujet des boues qui couvrent la rue de Courtrai. Cette rue n'est, en effet, qu'un vaste bourbier liquide. Elle fait le désespoir des piétons. Il serait bon de porter remède à cet état des choses. Ne pourrait-on pas enlever cette vase le plus rapidement possible ?".

Cent septante années plus tard....!!!!

Avis à destination des autorités.

"Un jeu fort dangereux et que la police devrait défendre est le jeu de balle, auquel les gamins se livrent avec ardeur dans toutes les rues. Souvent au lieu d'une balle bourrée de crin ou de coton, ils se servent d'une balle en gomme élastique ou, ce qui est pire encore, d'une pierre et il n'est pas rare de voir un passant recevoir un de ces projectiles sur la tête. Le jeu offre encore un grand danger pour les chevaux et pourrait, en certains cas, occasionner de graves accidents".

Un article que n'aurait pas renié Emile Zola.

"L'ivresse est affreuse chez l'homme, elle est mille fois plus horrible encore quand la femme, la mère de famille, s'adonne à cette passion dégradante... L'ivresse conduit à la pauvreté, à l'immoralité, au suicide ! Le lundi 12 novembre, vers huit heures, une femme qui avait bu outre mesure sortait d'un cabaret sis sur les quais. Elle s'avança, en gesticulant, vers le mur qui longe l'Escaut, puis disant qu'elle voulait en finir, elle monta sur le parapet, se disposant à s'élancer dans l'eau. Des enfants qui se trouvaient tout près de là coururent vers cette malheureuse et la saisirent par la robe, la tirant, malgré ses cris, en bas du parapet. Quelques hommes reconduisirent chez elle cette malheureuse. Elle déplore sans doute aujourd'hui sa conduite d'hier. Puisse cela lui servir de leçon".

Les divertissements d'alors

"On annonce des divertissements populaires, le lundi 21 juillet, de 3 heures à 7 heures de relevée (après-midi) dans le cadre du 25e anniversaire de l'inauguration du Roi.

Jeu de Dragon à la rue Aux Poids (As Pois), Jeu de cuvette au quai des Salines, Jeu de l'anneau à la rue des Campeaux, Jeu de Colin-Maillard à la rue des Ingers, jeu de l'œuf à la rue Saint-Georges, Carrousel à l'eau à la place Saint-Pierre, jeu de la clochette à la rue Garnier, jeu de la lunette à la rue de la Tête d'Or, courses en chars imitées des Romains et autres jeux antiques sur le quai Saint-Brice, jeu de corbeau au Vieux Marché aux Toiles, jeu de boule au quai des Salines, jeu du ruban au quai des Quatre Bras, jeu de l'oiseau au carreaulé à la rue du Louvre".

Entretien et réparations des routes.

"Le public est informé que la circulation par la porte de Marvis sera interrompue, le dimanche 27 juillet depuis 4 heures du matin jusqu'à 2 heures de relevée, à cause de travaux de pavage qu'on doit effectuer en dehors de la dite porte".

Vous avez bien lu : en 1856, on pavait les routes, le dimanche ente 4 et 14 heures, probablement pour éviter les files de carrioles, de diligences, de brouettes ou de tombereaux le lundi matin !!! Que le SPW en prenne de la graine, cent-septante ans plus tard, on n'hésite pas à faire perdre des centaines d'heures à ceux qui se rendent quotidiennement à leur travail en oubliant que cela joue sur la production et sur l'indice du produit national brut que nos politiciens voudraient tant voir remonter !

(sources : "Le Courrier de l'Escaut" - éditions de l'année 1856

S.T. Octobre 2014

 

13:33 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, 1856 |

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