16 oct.
2014

Tournai : un quartier sinistré en héritage !

On a appris cette semaine que Mr. Robert Delvigne succèdera, au poste d'échevin de la ville de Tournai, à Mme Marie-Christine Marghem, désormais ministre au sein du gouvernement fédéral.

On ne sait pas si de nombreux Tournaisiens lui ont souhaité "bonne chance" dans cette nouvelle fonction. L'homme en aura besoin, car il lui a notamment été légué l'urbanisme et le suivi du projet cathédral, un héritage empoisonné pour ce commerçant qui va devoir affronter la lassitude de ses confrères des rues entourant le prestigieux édifice.

Est-ce en guise de cadeau de bienvenue qu'un journal local a présenté, cette semaine, en première page, une photo de la rue de l'Hôpital Notre-Dame affublée de la légende : "Tournai sous les bombes", titre d'un excellent ouvrage d'Yvon Gahide, paru en 1984 ?

L'Optimiste partage, depuis bien longtemps, cette vision dantesque, cette impression sinistre que laisse le quartier depuis le début de sa rénovation, voici déjà quelques années. Bien sûr, chacun sait qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs et qu'une rénovation débute toujours par une phase, dans le cas qui nous occupe, d'importantes démolitions. Toutefois, quand les ruines deviennent un chancre qui s'installe et perdure, alors là, on comprend que le dossier a été soit mal ficelé, soit mal géré. Dans le cas précis, il y a un peu des deux à la fois et aussi un grain de malchance.

Le remplacement des pavés et trottoirs de la rue de l'Hôpital Notre-Dame a été réalisé "presque" dans les délais prévus (on sait que ce dossier va beaucoup moins vite que ne le laissait prévoir le planning paru à l'origine dans une gazette de chantier qui semble avoir disparu par manque de crédibilité).

L'immeuble du Courrier de l'Escaut est vide depuis le départ du journal pour de nouveaux locaux, d'abord situés à la rue de Paris et ensuite à l'avenue de Maire. Cela fait donc déjà quelques années. Les ateliers d'impression ont été rasés et la dalle de béton est devenue au fil du temps, un zone de parking sauvage entourée de barrière Héras formant un site digne d'une des plus célèbres scène du film "West Side Story". 

Juste à côté, l'imposant bâtiment qui abritait le cinéma Palace, ses cinq salles de projection et le magasin de pralines a été rasé, voici plus de trois ans et sert désormais de dépôt à l'entreprise chargée des travaux de rénovation du quartier. Monts de terre, de sable, de pierres, de briques, engins de chantier composent, depuis longtemps, un paysage que n'aurait pas renié Joris Yvens pour son film "Misère dans le Borinage".

Le restaurant italien situé à l'angle que fait la rue de l'Hôpital avec celle de l'Arbalète a été le théâtre des exploits des démolisseurs, il y a quelques mois déjà. Depuis tout est resté en l'état, comme pour narguer le passant soucieux de l'esthétisme de sa ville, une imposante grue a pris ses quartiers tout en haut du tas de gravats. Entre l'ancien couvent abritant des classes de l'Académie des Beaux-Arts et la cathédrale drapée dans les voiles de l'indifférence, elle semble veiller sur "Le petit monde de Don Camillo".

La raison de cet immobilisme est simple. Pour ne pas défoncer le revêtement qui vient d'être posé, l'évacuation des déchets ne peut se faire au moyen de semi-remorques. Est-ce pour cela, que ce mardi soir, l'Optimiste a vu, dans la pénombre, une bande d'individus emporter des pierres dans un caddy de supermarché ! Ces gens-là devaient penser : "La nuit est à nous".

Dans la rue du Curé Notre-Dame, les fenêtres des bureaux du Courrier de l'Escaut ont été obturées par des panneaux de bois afin d'éviter les squatteurs. Cet immeuble est aussi voué à la démolition. Hélas, le projet de construction, à cet emplacement, d'appartements de standing présenté par la firme Dherte tarde à se concrétiser en raison du rejet par les services de l'Urbanisme de la première mouture des plans. Il est vrai qu'il ne s'intégrait pas dans le paysage et qu'il devait faire l'objet de quelques modifications. Voir un jour s'élever un bâtiment flambant neuf, cela devient peu à peu :"La grande illusion".

Juste à côté, l'ancien espace Pic-Puce accueille désormais une agence immobilière, bien réelle et active (une activité commerciale, c'est devenu rare dans le quartier) et le toujours futur "Espace Depardieu" que les Tournaisiens comparent déjà à "L'Arlésienne", celle dont on parle tout au long de la pièce mais qu'on ne voit jamais (précision pour les gens qui n'ont pas la veine théâtrale).

A l'angle de la place Paul-Emile Janson, la pharmacie, installée dans le quartier depuis des lustres a, définitivement, fermé ses portes, tandis que les compagnies d'assurances se battent toujours en justice pour découvrir la société responsable de l'importante fuite d'eau qui a obligé les autorités communales à faire évacuer la résidence en janvier dernier. En attendant, la place reste inaccessible, une grande partie du nouveau revêtement ne pouvant être posé au cas où de nouvelles recherches seraient nécessaires. Terminer cette place, cela semble être "Mission impossible" et le nouveau Centre de Tourisme de la Ville de Tournai risque d'encore rester longtemps sur "L'île du bout du monde" !

Probablement jalouse, la rue de l'Hôpital fraîchement rénovée a voulu, elle aussi, jouer les martyres. Le magnifique fil d'or (du laiton) qui occupe la ligne médiane des rues du quartier cathédral a commencé par jouer les castagnettes au passage des véhicules (un souvenir de "Taxi, roulotte et corrida") et a rapidement "divorcé" du revêtement en pierre. Tout cela fait... qu'il ne fait pas bon passer là lorsqu'il fait noir, ce coin de Tournai devient alors : "La cité de l'indicible peur".

Les égouts du parvis du beffroi sont en mauvais état, ils perdent les eaux qui leur sont confiées, on a interdit la circulation à tout véhicule motorisé et le rassemblement de foules est interdit (heureusement il n'y a pas de championnat d'Europe de football avant 2016 et les clubs belges n'iront pas très loin au niveau des présentes coupes européennes). On va les "chemiser", c'est-à-dire les tapisser d'une résine pour les rendre étanches. Après l'enfer, ils deviendront :  "Les égouts du paradis".

Tout cela bien examiné, doit-on supposer que, lasse de ce dossier qui avance au rythme de la procession d'Echternach, Marie-Christine Marghem a préféré partir à Bruxelles ? C'est possible, mais alors... elle vient de découvrir là-bas une autre atmosphère (atmosphère, atmosphère...) et depuis deux jours, au parlement, elle doit se souvenir de ce film qu'elle a peut-être vu dans sa jeunesse :  "Règlement de compte à O.K. Corral" ! 

S.T. octobre 2014.

 

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