14 sept.
2014

Tournai : les journées du patrimoine 2014

La caserne Baron Ruquoy et le souvenir du premier conflit mondial.

Cette journée du samedi 13 septembre a débuté un peu avant dix heures du matin. Comme le thème de ces "Journées du patrimoine" était, cette année, consacré au centenaire de la guerre 1914-1918, nous avions convenu de nous retrouver à la rue de la Citadelle, face à la caserne Ruquoy.

Des petits groupes emmenés par un guide militaire ou ancien militaire pénétrèrent dans l'enceinte ordinairement bien gardée et interdite au public après avoir entendu un exposé sur l'historique du lieu. D'abord citadelle française édifiée par Vauban sur ordre de Louis XIV, ensuite citadelle hollandaise sur une étendue un peu plus restreinte et enfin caserne depuis l'indépendance de la Belgique, ces bâtiments abritèrent le célèbre "Troisième Chasseur à pied", mieux connu des Tournaisiens sous le nom de "3 Chass". La caserne porte le nom du Général Louis Hubert Ruquoy, né à Frasnes-les-Buissenal, le 3 novembre 1861, affecté au Troisième Chasseur à pied, le 26 mars 1913, commandant du régiment, le 26 juin 1914, décédé à Braine l'Alleud, le 24 janvier 1937.

La première visite est consacrée à la reconstitution, grandeur nature, d'une tranchée allemande du front de l'Yser qui débouche sur un no man's land garni de barbelés et miné. Ce travail minutieux de reconstitution a pris trois mois à celui qui l'a réalisé. Les visiteurs découvrent ensuite la cour d'honneur où des générations de soldats ont appris le drill. Trois des quatre coins du quadrilatère central sont occupés par des monuments. Le premier rappelle le souvenir de l'officier Rademaekers, mort sur le front de l'Yser. Le second est élevé en mémoire des 1026 morts des compagnies de troupes de transmission et par extension à celle de tous les morts de ce qu'on appelait anciennement l'Ordonnance et qu'on nomme désormais la Logistique. Le troisième est une statue du "Petit Chasseur", si cher au cœur des Tournaisiens. Le militaire qui a posé pour le sculpteur était, tout comme lui, natif de Gaurain. On dit qu'il n'était pas mécontent de participer à ces longues séances de pose qui lui permettaient d'échapper aux corvées traditionnelle de la vie militaire.  

La visite nous amène ensuite dans les cachots. L'un d'entre eux a été transformé pour l'occasion en mémorial aux sept victimes civiles fusillées lors de la guerre 1914-1918 pour détention de pigeons. Sur les murs blancs d'un autre cachot, on peut découvrir une fresque dessinée par un prisonnier, dessins représentant quatre femmes dont l'une d'elle peut aisément être identifiée comme étant la comédienne Arletty. Ces cachots aux murs chaulés étaient  totalement dépourvus de confort car uniquement composés d'une simple planche inclinée servant de lit et d'une seau hygiénique. Ils étaient privés de lumière naturelle. Ils ont été utilisés jusqu'au début des années septante.

Tout aussi émouvante sera la visite au "Mur des Fusillés", situé le long de l'enceinte du côté de la rue Despars. A cet endroit, sept élèves de terminale de l'Athénée Jules Bara présentent un petit spectacle mis en scène avec la collaboration de leur professeur d'Histoire, Mme Decuyper. Brève évocation de la disparition d'un de ces hommes dont le nom figure sur le mémorial élevé juste après la première guerre, un patriote qui renseignait les alliés sur les mouvements des troupes dans la région par l'envoi de pigeons voyageurs.

Dans la cours principale, des collectionneurs de matériel militaire venant de Belgique et de France présentaient, dans des containers, de nombreux objets de leurs collections, tandis que des véhicules utilisés durant la seconde guerre mondiale étaient également exposés. Dans le bâtiment du B.M. 29, de nombreuses vitrines permettent de se replonger, une fois encore, dans les souvenirs du premier conflit mondial.

Les visiteurs avaient ensuite la possibilité de découvrir les remparts de la citadelle ainsi que les souterrains grâce aux "Amis de la Citadelle" qui œuvrent depuis quelques années pour la conservation et la découverte de ces témoignages du passé militaire de la ville des cinq clochers.

Il était près de midi, lorsque la visite se termina.

L'athénée Royal Jules Bara.

Quelle émotion de retrouver, l'après-midi, un bâtiment quitté il y a près de quarante-cinq ans. Guidé par des professeurs d'Histoire, on eut l'occasion de redécouvrir une chapelle magnifiquement restaurée, il y a une vingtaine d'années. On oublie parfois que ce sont les Jésuites qui créèrent cet établissement bien avant d'en être chassés par la Révolution française. Devenu par la suite "collège Saint-Paul", il fut transformé en Athénée sous le régime hollandais. Il est le plus vieil Athénée de Belgique. Les bâtiments, entièrement rénovés ces dernières années, accueillaient environ 450 élèves durant les années soixante et septante avant de voir ce nombre porté à près de 1.000 durant les années nonante. Actuellement, il compte environ 590 élèves. 

On arpenta les locaux fonctionnels du sous-sol au grenier. Dans les caves subsistent les catacombes, septante niches avaient été créées pour recevoir les corps des Jésuites, une trentaine étaient occupées lors de la remise en état du lieu. A proximité, une grande cave, fermant par une porte étanche, servait d'abri lors des bombardements de 1940 et 1944, il y avait là une de pièce de décontamination avec douches (car on redoutait le gaz utilisé en 1914) et le PC de la Défense passive.

La visite se terminait par une évocation des journées du 24 août élaborée par des élèves de la classe d'Histoire de Mme Decuyper, décidément fort sollicitée en ce début d'année scolaire. Sur le sol de la chapelle, un jeu de l'oie intitulé "le mystère du tertre" permettait de rappeler le sacrifice des soldats territoriaux de Vendée commandés par le Général Antoine de Villaret et le commandant Delahaye, héros des combats de la journée du 24 août 1914 à Tournai.

Quand nous sortîmes, deux heures venaient de s'écouler, deux tours d'horloge durant lesquels, Histoire locale et nostalgie, intimement mêlées, furent au rendez-vous.

La grande procession historique

Le samedi soir, à l'issue d'un office en la cathédrale célébré par l'évêque de Tournai, Mgr Guy Harpigny et rehaussé par l'accompagnement musical de la Maîtrise et des grandes orgues, le bourgmestre Rudy Demotte venu avec les représentants des corporations et leurs bannières remit au responsable du diocèse la clé de la Ville, perpétuant ainsi un geste datant du Moyen-Age. Par cette action symbolique, autorisation était officiellement donnée à la procession de parcourir les rues de la cité, le dimanche matin.

Instituée par l'évêque Radbod en 1092, la procession a toujours parcouru les rues de la ville durant la matinée. C'est lors du huitième centenaire de sa sortie, en 1972, que le comité prit l'initiative de la déplacer durant l'après-midi. Depuis l'année dernière, la décision a été prise de revenir à la tradition et c'est, à nouveau, à dix heures que le cortège quitte la place de l'Evêché. Si ce changement d'horaire a permis de sérieusement étoffer les groupes aux costumes chatoyants, il a également révélé que les spectateurs, habituellement massés le long du parcours, font sans doute la grasse matinée. Il en est même qui vinrent l'après-midi ignorant probablement le changement intervenu l'année dernière. A notre avis, la procession souffre d'un déficit de publicité hors les murs de la cité et de nombreuses paroisses du diocèse la boudent pour Dieu seul sait quelle raison ! Les responsables doivent penser que le matin, le Tournaisien est retenu au lit et que l'après-midi, il a bien du mal de... sortir de table ou d'écourter sa sieste ! Paresse et gourmandise semblent faire bon ménage à l'ombre des cinq clochers.

La braderie de l'association des commerçants.

Ce lundi 15 septembre, il faudra encore se lever de bonne heure si on veut participer à la Braderie qui débute à huit heures pour se terminer à dix-huit heures. Commerçants locaux et ambulants vont occuper le pavé. Il faudra se munir d'une excellente paire de chaussures de marche car cette année, le "chineur" devra affronter des tronçons en chantier mais cela ne va certainement pas altérer l'enthousiasme des "bradeux" et nous pensons particulièrement aux joyeux drilles de la "Guilde du Mutiau et de la Mutiau" installés à la rue de l'Hôpital Notre-Dame et aux dévoués membres de la "Fondation Follereau", section locale des Amis du Père Damien, qui, eux, nous donnent rendez-vous à la rue de Courtrai et à la rue de la Wallonie. Au-delà des bonnes affaires, la braderie est aussi l'occasion de régaler le palais.

Je me souviens que les anciens disaient que la braderie de Tournai était la dernière occasion de se distraire à l'ombre des cinq clochers avant que n'arrive l'hiver. Déjà qu'on n'a pas eu d'été !

(S.T. septembre 2014) 

 

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