31 août
2014

18:45

Tournai : Patrick Desauvage nous a quittés !

tournai,patrick desauvage,amis de tournai,fifty one tournai,confrérie des cinq clochers,souvenir franco-belge,la piste aux espoirsIl y a des informations qu'on aimerait ne jamais recevoir, des nouvelles qu'on ne voudrait pas apprendre. Ce dimanche 31 août, vers midi, juste une semaine, heure pour heure, après la commémoration des combats héroïques menés par les soldats territoriaux de Vendée dans le quartier du faubourg de Morelle, Patrick Desauvage, Président du Souvenir Franco-Belge, a été retrouvé mort en son domicile de la rue Roc Saint-Nicaise à Tournai.

L'annonce s'est répandue comme une traînée de poudre à l'ombre des cinq clochers car il faut dire que l'homme était éminemment et sympathiquement connu dans les différents milieux associatifs tournaisiens.

Au début de cette année, il avait officiellement succédé à Mr. Georges Toubeau en qualité de Président du syndicat d'initiative "Les Amis de Tournai". A la tête de l'équipe de dévoués serviteurs de la Ville, il avait notamment œuvré pour redynamiser la journée des Quatre Cortèges. Ce n'est pas seulement le nom de celle-ci, transformé en "Tournai en fête et ses cortèges", mais la structure même de l'organisation qui avait été totalement revue. Aux dires des fidèles participants à ce week-end festif de juin, ce coup d'essai avait été un coup de maître.

Il y a un peu moins d'une vingtaine d'années, Patrick Desauvage avait succédé à son père, Robert, à la tête du "Souvenir Franco-Belge" dont une des tâches principales est de perpétuer le souvenir du sacrifice des soldats territoriaux de Vendée qui, aux prix de nombreuses vies, retardèrent l'avancée allemande, le 24 août 1914, permettant ainsi aux troupes britanniques qui avaient combattu à Mons, la veille, de pouvoir se regrouper. Cette année, il avait été particulièrement heureux d'accueillir des membres de familles de soldats français tués ou blessés à Tournai. En sa compagnie, nous avions visité le Musée Militaire et l'exposition retraçant cet épisode tragique.

Doyen de la "Confrérie des Cinq Clochers", Patrick Desauvage œuvrait également à la réussite de l'annuel Concert Viennois qui se déroule traditionnellement en décembre et dont les bénéfices vont à l'enfance déshéritée du Tournaisis.

Membre du club "Fifty-One", il a collaboré à de très nombreuses initiatives afin de venir en aide aux plus démunis. J'ai le souvenir qu'il y a une quinzaine d'années, il lança une opération "Sapins de Noël" afin d'apporter un petit plus à des adultes handicapés. Ce fut là encore une réussite, au point que la liste des objets souhaités par l'institution bénéficiaire a pu être rencontrée dans son entièreté par des membres ravis de servir des jeunes qui n'avaient pas eu la même chance que d'autres à l'aube de leur vie.

Patrick Desauvage collaborait également à l'organisation de "La Piste aux Espoirs", le festival des arts circassiens qui se déroule tous les deux ans dans la cité des cinq clochers. Sa passion du cirque en avait, là aussi, tout naturellement, fait récemment le Président de cette ASBL. Enfin, il était membre de l'association des "Médaillés et Décorés de Belgique".

Depuis longtemps à la tête d'associations culturelles, du souvenir ou philanthropiques, on a oublié que durant les années septante, Patrick était membre de la section d'athlétisme de la R.U.S.T.A

Ancien employé dans un organisme bancaire, Patrick Desauvage s'en est allé, à l'âge de 63 ans. La semaine dernière, il me confiait sa joie d'avoir pu mener à bien ces journées commémoratives d'août 1914. Travailleur infatigable, il ne recherchait pas les honneurs à un point tel que c'est profondément ému qu'il avait entendu Mme Caroline Jesson des Ecrivains Publics de Wallonie Picarde rappeler tout ce qu'il avait réalisé non seulement cette année mais durant les années antérieures.

Il avait ensuite confié à certains de ses amis qu'il songeait se décharger de quelques responsabilités, peut-être sentait-il poindre une certaine fatigue mais pas au point de redouter une issue fatale.

La ville de Tournai voit partir un de ses grands serviteurs, l'Optimiste perd un ancien collègue et avant tout un ami sincère. Le blog "Visite Virtuelle de Tournai" voit disparaître un de ses fidèles lecteurs.

(photo Jacques de Ceuninck) 

(S.T. août 2014)

 

 

30 août
2014

11:44

Tournai : expressions tournaisiennes (275)

Il survient des moments dans la vie où pour bien peu de choses on témoigne encore de l'envie. L'Optimiste n'a pas échappé à cette règle, aux nombreux petits moments de bonheur a succédé, cet été, le plus grand des malheurs et c'est ainsi qu'a été remisée l'hebdomadaire rubrique, "les expressions tournaisiennes", teintées de connotations humoristiques. Il est des blessures si difficiles à cicatriser qu'on songe parfois à tout arrêter.

Dernièrement, lors du classement d'archives, j'ai retrouvé un texte écrit, il y a bien longtemps déjà, et je l'ai exhumé en pensant à celui qui, au moment de l'écrire, m'avait encouragé, il s'appelait...René Godet.

Avec une pensée pour lui qui nous a également quittés, ce texte, je voudrais le dédier à ces milliers de courageux qui, par tous les temps, enfourchent la bicyclette pour, durant la journée dominicale, parcourir parfois des centaines de kilomètres. Ils ont pour prénom Michel, Muriel, Frédéric, Danicau ou Eddy, c'est à eux que ce petit texte, sans prétention, je dédie.

 

"Je n'sus pos cyclo

Quand j'éteos ein p'tit rotleot, j'passeos mes diminches à lusoter, m'mamère toudis m'diseot qu'i z-aveot'ent été pour cha invintés. Asteur, tout au leong d'ein' sainte sémaine, du lindi au saim'di, j'ouèfe, j'sue, je m'démène, dins l'attinte du septième jour et de... m'lit. Vous adveinez, mes gins, quand j'ai appris, qu'certains, c'jour-là i-infourchent leu bicyclette, j'd'ai été saisi qu'à m'fusil, in m'demindant quoic'qu'i-aveot'ent dins leu tiête.

Mi, l'diminche, j'sus bénaisse, j'm'orpose et j'ingraisse. Siept heures au matin, i-est pos tard, mais m'visin i-infile déjà s'cuissard. Huit heures, j'ouvère timid'mint ein ouel; Michel, li, i-est d'jà in face du câtieau d'Belouel. Nuèv'heures, j'vas acore attinte jusqu'à trente, pindant qu'l'ami cyclo i-peste in plein mitan d'eine pente. Dix minutes pus tard, j'risque ein pied su l'carpette, pindant qu'l'artisse i-avale des kilomètes.

Dins l'boîte à lettes, j'vas printe l'gazette. A la Une : photeo d'Albert et Zézette. Léginte : "A mille, i-z'eont grimpé Jubaru". Eh bé, vingt bougres, ch'est ein véritape cauch'mar d'morue". A onze heures, l'ciel i-ouvère ses éclusses, mi, à c'momint-là, ch'est eine trapisse que j'éclusse. I-fait ein temps à n'pos mette ein tchien à l'porte, mais dins les villaches, les cyclos i-seont cohortes. A midi, j'béfielle in ravisant l'orpas, mais ov'là qu'arrife Michel, i-est au bord du trépas !

J'ouvère l'cassis et j'ingache l'conversatieon. Li, i-attind pou répeonte qu'ormeonte... s'tinsieon. I-a de l'bédoule jusqu'au bord de s'casquette, mais ch'est pou li, ein jour de fiête ! I m'anneonche qu'i-va s'alleonger après-deîner et Madame, elle, après l'orlavache, elle va gardeiner. I-graiss'ra pou l'sémaine qui vient s'bicyclette, pindant que s'feimme, elle donnera ein queop d'raclette.

Du lind'main, i-raqueontra ses esploits au bouleot. Vous n'pinsez pos alfeos qu'tous ces gins i-seont seots, de s'fatiguer ainsin quand ch'est ein jour d'orpeos. Vous adveinez, mes amisses, pourquoi je n'sus pos cyclo.

 

(lexique : ein rotleot : un roitelet, un jeune enfant / lusoter ; flâner / m'mamère : ma mère / asteur : maintenant / j'ouèfe, : je travaille / adveiner : deviner / ête saisi jusqu'à s'fusil : être profondément surpris /  bénaisse ; content / s'orposer : se reposer / siept : sept / m'visin : mon voisin / j'ouvère : j'ouvre / ein ouel : un œil / l'câtieau : le château / nuef : neuf / in plein mitan : au beau milieu / l'artisse : l'artiste / léginte : légende / les éclusses : les écluses / écluser : avaler une bière souvent d'une seule traite / ein tchien : un chien / béfieller : baver de gourmandise / l'orpas : le repas / l'cassis : le châssis, la fenêtre / ormeonter  : remonter / l'bédoule : la boue / anneoncher : annoncer / l'orlavache : la vaisselle / gardeiner : jardiner / in queop : un coup / au bouleot : au boulot, au travail / alfeos : parfois / seots : sots).

S.T. (texte écrit dans le courant des années nonante).  

 

 

11:44 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

25 août
2014

11:36

Tournai : 1914-1918, les carnets du Major-Médecin Léon Debongnie (10)

Le médecin militaire marche vers son destin.

Le 15 octobre 1914, Léon Debongnie note :

"Nous tenons une position près d'Handzame, puis départ en retraite vers Zarren et la forêt d'Houthulst. Nous prenons position au sud de celle-ci. Nous apprenons que nos bagages sont en France au dépôt de cavalerie de Boulogne ou autres dépôts de Dunkerque et Calais. Calais est la base de ravitaillement. Que restera-t-il bientôt de notre pauvre Belgique ! Tous les jours on entend le canon, tristes journées ! ... Nous partons pour Poelcapelle".

La page datée du 16 octobre est la dernière de ses écrits, il signale :

"Le matin, nous partons vers Langemarck où nous passons toute le journée... le brouillard est intense".

La page dédiée au 17 octobre 1914 sur laquelle, il devait noter, comme chaque jour, les évènements restera vierge...

Dans ce carnet qui lui sert d'agenda se trouve une petite enveloppe cachetée contenant une lettre avec ces mots :

Bien Chère Marie,

Au milieu des jours de combat et de dangers, ma pensée est près de toi et des chers enfants. Que Dieu me protège et nous protège ! Mais s'il faut qu'il m'arrive malheur et que ma vie soit sacrifiée dans l'accomplissement du devoir, sache bien que mes dernières pensées seront pour toi que j'ai tant aimée, pour mes chers enfants qui seront désormais confiés à tes soins courageux et pour le salut de mon âme. Au revoir, chère femme et chers enfants. (s) Léon, Wenzele, le 30 septembre 1914".

Tout homme sur le front pensait à la mort et à la séparation !

La journée fatale.

Le 17 octobre, la 1ère division de cavalerie a reçu l'ordre de se porter vers le Sud-Est de la forêt d'Houthulst pour lier ses opérations à celles des divisions de cavalerie françaises et britanniques. Le 2ème régiment des Guides devait prendre une position aux environs de Ondank, près de Stadenberg et la 3ème batterie à cheval qui l'accompagnait devait se mettre en surveillance à l'abri d'un repli de terrain. Le 1er escadron du 2ème Guides reçut l'ordre de se déployer le long des haies à l'Est d'une petite élévation de terrain afin d'assurer la protection de la batterie. Au cours de cette action, le Major-Médecin Léon Debongnie se tenait en compagnie du Major Meulemans, médecin vétérinaire, sur la route de Staden à Zarren. Lorsque la batterie ouvrit le feu vers 10h15, elle essuya directement le feu de la batterie allemande. Les projectiles ennemis tombaient serrés autour du groupe composé du médecin militaire Debongnie, le médecin de l'artillerie Baudoux, de l'aumônier militaire Botte (curé de Sars-en-Fagne) et du médecin-adjoint Lemmens. Ce dernier fit remarquer au docteur Debongnie que l'endroit était peu sûr et reçut cette réponse :

"Qu'importe, je suis tranquille, ma conscience est en règle, je ne crains pas la mort".

Sur ces paroles, le docteur Lemmens s'écarta légèrement du groupe...

La suite est portée à notre connaissance par une lettre d'un des témoins adressée le 17 décembre 1914 à Marie, l'épouse du Major-Médecin Léon Debongnie.

Madame,

J'ai la douleur de vous apprendre que la terrible nouvelle que vous venez de recevoir n'est malheureusement que trop vraie. Il ne peut exister aucun doute à ce sujet. Le Docteur Debongnie a été tué par un obus près de Staden, le dix-sept octobre. Sa mort fut instantanée et l'engin meurtrier qui vous enleva l'époux que vous chérissiez fit en même temps deux autres victimes : un jeune médecin qui succomba quelques instants après et le vétérinaire Meulemans qui fut blessé légèrement. J'étais trop éloigné pour être témoin de cette scène tragique et ce n'est qu'une heure après que j'appris avec une profonde émotion, je dirai même avec des larmes dans les yeux, la mort du chef de service pour lequel j'avais un profond respect et une vive affection. (...)

Je garderai toujours un souvenir ému et reconnaissant du Docteur Debongnie qui fut pour moi un chef de service bienveillant, presque paternel, il est mort glorieusement en faisant son devoir jusqu'au bout et ceux qui le connurent regretteront un homme juste, loyal et dévoué". 

(s) Docteur Spelkens

Au moment où le Docteur Lemmens s'était écarté, un obus arriva en sifflant et explosa au sein du groupe. L'instant suivant, on découvrit le Docteur Debongnie gisant au sol, les membres lacérés, la carotide tranchée. Le Colonel-Médecin Tondreau déclara, le 24 octobre 1914, que pendant qu'il perdait son sang en abondance, il eut encore quelques paroles de tendresse pour les siens et de résignation pour le sacrifice qu'il faisait à son pays. La mort ne fut donc pas aussi instantanée comme l'avait déclaré le docteur Spelkens, probablement soucieux d'épargner à son épouse des détails insoutenables. A côté de lui, le Docteur Baudoux gisait, mortellement blessé.

Avec ses compagnons d'armes, le Major-Médecin Léon Debongnie repose au cimetière d'Houthulst dans la tombe n° 152.

Le 23 octobre 1934, un mémorial a été inauguré dans le grand hall de l'Hôpital militaire de la rue de la Citadelle à Tournai à qui on avait donné, entre-temps, le nom de "Quartier Major-Médecin Léon Debongnie". Cette cérémonie s'est déroulée en présence des plus hautes autorités militaires, de l'évêque Mgr Rasneur et du bourgmestre Edmond Wibaut qui avait été un camarade de collège. Cette plaque a été restaurée lors des travaux de rénovation du bâtiment entrepris en 2008.

Ses descendants ont pu visiter le site rénové, ce dimanche 24 août, dans le cadre des commémorations du centième anniversaire de la Grande Guerre.

Considérations personnelles.

Comme de nombreux anciens tournaisiens, je connaissais le nom du Major-Médecin Léon Debongnie. Sa mort, dans des circonstances tragiques, rejoint celle de mon père, Fernand Tranchant, sous-officier, tué le 16 juin 1949, lors de manœuvres à Wickede en Allemagne. Ce fut le dernier jour qu'on tirait à balles de guerre ! C'est, en effet, dans la chapelle de l'hôpital militaire portant le nom de ce héros du premier conflit mondial qu'il fut veillé par ses compagnons d'armes, dans l'attente de ses funérailles. Grâce à l'importante documentation qui m'a été transmise par sa famille, j'ai découvert l'histoire de ce médecin militaire tournaisien, j'ai pu participer, par la pensée, au périple effectué par ces troupes belges devant se replier, peu à peu, vers l'Yser face à la poussée d'une armée plus importante en nombre et mieux armée.

J'ai aussi découvert l'homme, son patriotisme, son amour pour sa famille, son dévouement pour ses hommes, sa passion pour son métier.  

Depuis quelques années, on parle beaucoup d'ergonomie, cette notion d'adaptation du travail à l'homme et non pas le contraire comme cela s'est fait durant des centaines d'années. Le Major-Médecin Léon Debongnie a laissé de nombreuses études démontrant qu'il était déjà un ergonome, même si le mot n'était pas encore utilisé comme il l'est aujourd'hui. Une douzaine de pages portent sur la qualité des bottines de l'époque, mal adaptées et génératrices de maux pour ceux qui les portaient. D'autres sont consacrées aux rations de nourriture destinées aux soldats sans doute dans le but des les optimaliser...

Décrypter ses archives fut pour moi un travail enrichissant.

Une dernière précision à l'attention des puristes : vous trouverez l'orthographe du nom de famille présenté sous la forme de "Debongnie" ou de "De Bongnie". Les écrits ne m'ont pas permis de "trancher" car bien souvent, il m'est apparu sous les deux formes.

(S.T. août 2014)

Je rappelle que toute utilisation des articles parus sur le présent blog "Visite Virtuelle de Tournai" est soumise à une demande préalable que je ne rejette jamais pour autant que la source soit citée.

11:36 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, 1914-1918, major-médecin léon debongnie |

19 août
2014

17:11

Tournai : 1914-1918, la Ville se souvient

Les commémorations.

Comme d'autres villes l'ont fait avant elle ou le feront prochainement, la cité des cinq clochers va commémorer, à partir de ce week-end, le centenaire du sacrifice d'hommes et de femmes qui donnèrent leur vie pour notre liberté lors de la "Grande Guerre" de 1914-1918.

Le vendredi 22 août.

A 18h00, au cimetière du Sud, tombes du Commonwealth, hommage aux aviateurs britanniques Vincent Waterfall (pilote) et Charles Baily (observateur) du 5e squadron Royal Flyng Corps, abattus aux commandes de leur AVRO, le 22.8.1914 à Marcq-les-Enghien. Leurs dépouilles ont été transférées à Tournai en 1924. Ce sont les deux premiers aviateurs alliés abattus par l'ennemi.

Cette cérémonie sera suivie d'un verre de l'amitié au Centre du Tourisme en présence de Mr. le Consul d'Angleterre. Jacques De Ceuninck et Charles Deligne évoqueront ce fait.

tournai,1914-1918,cérémonies du souvenir,exposition,marche du souvenir,parution du livretournai,1914-1918,cérémonies du souvenir,exposition,marche du souvenir,parution du livre

Le samedi 23 août.

A 18h30, à l'Office du Tourisme, place Paul Emile Janson, par l'atelier théâtre de Yola Her : mise en voix des récits de mémoires familiales recueillies par les Ecrivains publics et coordonnées par Caroline Jesson à l'occasion de la sortie du livre " Au nom de tous les nôtres, mémoires de descendants". Abondamment illustré, l'ouvrage sera en vente dès ce jour, à un prix réellement démocratique.  

A 20h, au salon de la Reine de l'Hôtel de Ville : concert piano et voix dans une œuvre inédite de Charles Scharrès composée durant la guerre 1914-1918 avec Flavien Casaccio au piano et Marie-Laure Coenjaerts, récitante.

Le dimanche 24 août.

dès l'aube : 7ème marche du souvenir.

A 5h30, départ, avec covoiturages prévus, des participants à la marche du souvenir reliant Wannehain à Tournai. Le rendez-vous des marcheurs et accompagnateurs a lieu à l'église du Sacré-Cœur, chaussée de Renaix à Tournai.

La marche prend son départ à Wannehain, petit village frontalier du Nord de la France (bien connu des amateurs de la course cycliste Paris-Roubaix). Elle débute au moment du lever du soleil pour rejoindre Tournai par les chemins de campagne comme le firent les 1.500 territoriaux de Vendée le 24 août 1914. La distance à parcourir est d'environ 14 kilomètres.

A 10h30 : cérémonie religieuse du souvenir.

Celle-ci, rehaussée par l'interprétation d'œuvres musicales, se déroule en l'église du Sacré-Cœur située au cœur même du quartier qui vit se dérouler les terribles combats entre les soldats français et les troupes allemandes dans un rapport de forces de un à neuf.

A 11h45 : cortège du souvenir.

Celui-ci partira de l'église, emmené par le "Marching Band" du Conservatoire de Tournai sous la direction de Jean-Claude Dewasme. Il rejoindra le monument érigé à la mémoire des soldats de Vendée à l'avenue du Commandant Delahaye.

A 12h00 : cérémonie civile du souvenir

Au pied du Géant vendéen, cérémonie officielle en présence des autorités avec la participation de l'Orchestre du Grand Tournai dirigé par Daniel Buron et Dominique Musy, de l'Ensemble vocal du Conservatoire et du chœur d'enfants des écoles communales du Château, de la Justice, de Froidmont et libres du Sacré-Coeur et du 24 août dirigés par Michel Jakobiec, directeur du Conservatoire de Tournai.

Expositions.

A partir de ce 24 août et jusqu'au 14 septembre, exposition de documents et d'objets de l'époque dans la crypte du centre de Tourisme place Paul Emile Janson (tous les jours, durant les heures ouvrables). Possibilité d'acquérir le livre publié à cette occasion.

Au Musée Militaire, rue Roc Saint-Nicaise, exposition 1914-1918 jusqu'à la fin de l'année.

Les 13 et 14 septembre.

A 11h, à la caserne Baron Ruquoy, dans le cadre des journées du patrimoine : concert chœurs et orchestre dans un répertoire de 14-18. Lectures de lettres de patriotes fusillés par l'atelier théâtre Yola Her.

(photos : Jacques De Ceuninck, voir l'article que nous lui avons consacré) 

S.T. août 2014.

16 août
2014

14:42

Tournai : 1914-1918, les carnets du Major-Médecin Léon Debongnie (9)

Octobre 1914, l'Allemagne gagne du terrain, les hommes tombent !

Haut lieu de la résistance à l'envahisseur, Anvers, la grande ville portuaire, tombe aux mains des Allemands, le 9 octobre, l'armée belge n'abandonne pas le combat et se retire peu à peu vers l'Yser. Le 14, l'armée française gagne la région d'Ypres. A l'Est, les troupes allemandes doivent battre en retraite suite à une importante percée de l'armée russe le long de la Vistule. A la fin du mois, les Turcs bombardent Odessa, le second port de l'Empire russe. Depuis le début des hostilités, de nombreux hommes ont perdu la vie, parmi eux : l'écrivain français Charles Péguy, mort au combat au début du mois de septembre sur la Marne, quelques semaines plus tard, sur le front de la Meuse, l'auteur du "Grand Meaulnes", Alain Fournier et le peintre allemand August Mack en Champagne, à la fin du mois, l'athlète français, possesseur de nombreux records du monde, Jean Bouin.

Le Major-Médecin tournaisien Léon Debongnie note :

"Le 10 octobre, nous avons pris position dans les tranchées à Oostaker, mais on a repassé ensuite le pont de Langerbrugge pour cantonner dans un château à Wondelgem. Que de hauts et de bas dans l'existence de la guerre ! Le dimanche 11, on garde encore le pont mais pour le repasser le soir et la nuit on le fait sauter... Mérendré, Foucques, Hansbeke, la marche continue. Nous avons rencontré des fusiliers marins français et des soldats de la cavalerie anglaise. Le 12, durant la nuit, on a fait sauter les ponts tandis que les Anglais amorçaient un mouvement de retraite. Le 13, position et défense du canal de dérivation de la Lys et du canal de Bruges. Pertes au 1er Régiment des Guides : 30 officiers ! Retraite dans la pluie et grande fatigue par mauvais chemins. Pluie diluvienne et persistante. Cantonnement à Reghem (Tielt). Le tableau devient lugubre...".

Depuis quelques jours, par surcroît, un nouveau souci, d'ordre familial, hante l'esprit du docteur Debongnie. Depuis Kalken, il écrit à sa femme :

"S'il faut, pour sauver Henri de la conscription, filer en Hollande ou en Angleterre, fais-le".

En effet, les Allemands veulent lever, à leur profit, les classes belges de 1914, 1915 et 1916. Henri est de la classe 1917 ! Cette nouvelle déconcertante s'est rapidement répandue et dès lors cette préoccupation ne quitte plus le médecin militaire.

Léon Debongnie est perplexe et écrit à son frère Alphonse et à son cousin, Joseph Hoyois (celui-ci, écrivain et avocat, est député de l'arrondissement de Tournai-Ath depuis 1900 et le restera jusqu'à sa mort au camp de Holzmildem où il sera déporté le 2 septembre 1917), pour les presser de donner aux siens, en cette grave question, un conseil judicieux.

Le cours des événements dans le pays achève d'ailleurs d'assombrir ses pensées. A son fils, le Père Pierre Debongnie qui lui avait annoncé son ordination pour le 11 octobre à Esschem, il écrit :

"Les jours sont sombres, les heures sont graves, la patrie, plus que jamais, en danger. Aujourd'hui, dimanche, jour où je devrais me trouver près de ma femme et de mes enfants, je me sens entouré d'un grand vide et l'esprit comme torturé par de sombres pressentiments. Il est à la guerre, pour tous, des jours de démoralisation profonde... Puisse-tu, Cher Pierre, au jour de ton ordination et au jour où tu célèbreras ta première messe, prier pour qu'il me conserve la vie et m'aide à supporter les fatigues de la guerre, qui sera longue encore... Prie pour notre chère Belgique et ses défenseurs, prie pour ma pauvre famille si courageuse jusqu'ici dans ses cruelles épreuves. Il y a tant à craindre des Allemands et à la pensée que mon Henri pour être envoyé par eux contre les Russes, je suis terrifié ! ... Je souffre moralement bien plus que physiquement. Puisse Dieu et tes bonne prières relever mon courage !".

Entretemps, la retraite continue, à bonnes étapes, vers l'Ouest. Le 14, les Guides prennent position à Zwevezeele, le long de la route qui mène de Bruges à Courtrai.

A ce moment, Léon Debongnie note :

"Canonnade, fusillade puis départ pour Licthtervelde et cantonné à Gits".

A Tournai, la vie est difficile.

La situation géographique de Tournai place la ville dans la "zone frontière" (Grenszone). Elle subit donc constamment les fluctuations du front. Néanmoins, dans un premier temps, durant deux années, la ville est rattachée au gouvernement général.

La presse local est absente, les journaux ne paraîtront plus avant le dernier trimestre de 1915.

Nous devons donc nous référer aux souvenirs de guerre laissés par Alexandre Dutoit-Carette.

Qui était Alexandre Carette-Dutoit ?

L'homme est d'origine française, né à Roubaix, le 12 juillet 1851 (il a donc 63 ans quand le conflit éclate), fils de médecin, il se destine à la carrière d'avocat. En 1876, il épouse une jeune tournaisienne, Jeanne, Héloïse, Dutoit. Un an plus tard, sa femme donne naissance à une fille, Magdeleine. Enfant unique du couple, elle décèdera très jeune, en 1895.

Alexandre Carette anime, dans sa ville d'adoption, la Société française de bienfaisance et est membre du Cabinet littéraire. Il exploite avec son beau-frère, Paul Dutoit, la carrière de Barges située aux portes de Tournai, près du village d'Ere. Faisant partie de la haute bourgeoisie locale, il est d'opinion libérale. Il habite une vaste demeure située au n° 1 du Boulevard du Midi, à proximité de ce qui est appelé alors le pont d'Allain, à l'emplacement de l'actuelle clinique "La Dorcas". La famille aisée emploie un chauffeur, un femme de chambre, un couple de concierges logé dans une maison attenante... Il se déplace en automobile et est parmi les rares Tournaisiens à déjà posséder le téléphone.

Dans ses écrits, il se révèle très critique à l'égard du prolétariat qu'il considère comme faible et peu enclin au travail mais aussi envers les bourgeois qui vont profiter de la guerre pour s'enrichir.

Une de ses considérations est même violente, il écrit :

"Alors qu'on refusait des secours à de braves travailleurs parce qu'ils étaient propriétaires de leur maison, on se montrait d'une générosité excessive envers les ivrognes, les paresseux, les imprévoyants et les prodigues. Non seulement la masse populaire se fia sur le Bureau de bienfaisance ou la charité privée pour lui assurer sa subsistance, mais on vit bien des besogneux se refuser à tout travail. Comme les campagnards souffraient moins que les ouvriers industriels de la crise des affaires, on commença à assister à ce spectacle écœurant : des bandes de joueurs de football, de boules, etc.. se faisant transporter en ville en véhicules de rencontre, même en semaine, y retrouvant tous les désœuvrés, ces derniers souvent volontaires et, après des parties bruyantes et animées, remplissant les cabarets, puis regagnant leur pénates avec accompagnement de cris et de chansons bacchiques (sic)".   

Alexandre Carette-Dutoit ne semble pas démontrer une grande admiration pour le conseil communal de l'époque et, principalement, son bourgmestre Stiénon du Pré, membre du Parti catholique. Les journaux d'avant-guerre prouvent à suffisance que dans les sphères libérales d'alors, l'anticléricalisme était fréquent !

Ses souvenirs ont été rédigés en 1924, soit six ans après la fin de la guerre, et ont été recueillis par son beau-frère, Albert, conseiller communal et commandant des pompiers.

Alexandre Carette-Dutoit est décédé à Tournai, le 17 juillet 1929. Son épouse en 1950.

Ce sont ses souvenirs que nous continuerons à suivre.

(sources : voir articles précédents) 

S.T. août 2014.

14 août
2014

08:46

Tournai : 1914-1918, les carnets du Major-Médecin Léon Debongnie (8)

L'automne est arrivé.

Le mois de septembre se termine, la guerre a éclaté voici deux mois déjà, elle oppose désormais l'Allemagne à la France, à la Belgique, à l'Angleterre et au Japon, l'Autriche-Hongrie à la Serbie et à la Russie. Durant les trente jours qui viennent de s'écouler de nombreux faits sont à signaler, le général von der Goltz a été installé comme gouverneur général à Bruxelles (le 2), le gouvernement français a quitté Paris pour Bordeaux (le même jour), les taxis parisiens ont été réquisitionnés par le général Gallieni pour amener des troupes en renfort de la VIe armée dans la Marne, cet épisode portera le nom des "taxis de la Marne" (le 4), la ville de Maubeuge est prise par l'ennemi (le 8), au cours de la bataille de la Marne (jusqu'au 13), les soldats français ont contraint les troupes allemandes à un repli de plusieurs dizaines de kilomètres, quant aux troupes belges, elles se retrouvent à l'ouest d'une ligne partant d'Anvers vers Courtrai. Le 28 débute le siège de la grande ville portuaire.

Le Major-Médecin tournaisien Léon Debongnie écrit.

"Durant la nuit, on entend le bombardement des forts de la première enceinte d'Anvers" (le 1er octobre).

"La division continue de garder la rive gauche de l'Escaut près de Wetteren. Journée froide, pluvieuse, on se réchauffe au feu de bois près de l'abri de la mitrailleuse" (le 5 octobre).

"Hélas, on apprend de mauvaises nouvelles d'Anvers, les forts sont pris, l'armée de campagne est probablement en retraite" (le 6 octobre).

"Le découragement est général" (le 7 octobre).

"L'ennemi a traversé l'Escaut près de Berlaar" (à proximité de Termonde).

Le 2ème régiment des Guides se retire à son tour, le 8 octobre, il fait route vers Lochristi, dans la direction de Gand et le 9, il est confronté au flux important et désordonné de l'armée en retraite. A cette même date, après dix jours de siège, la ville d'Anvers se rend. 

A ce moment, Léon Debongnie note :

"Départ à 4 heures du matin. Toute la nuit, dans l'obscurité, ont passé des troupes d'Anvers allant vers l'Ouest. Triste impression. Nous allons à l'entrée de Lokeren, puis à Exaerde, avant de retourner à Lokeren... On revient sur Exaerde, puis Moerbeke et Wachtebeke, vers Zelzate. C'est la retraite de la 2eme division par cette route. Encombrement, on retourne sur Moerbeke qui est bombardé. Terrible, les troupes sont meurtries par l'artillerie. Le Docteur Truyens est tué. J'ai vu ce triste cortège. Nous partons vers Wipelgem où nous arrivons à 10 heures du soir. 18 heures à cheval, la plus terrible étape".

Le régiment reste cependant encore à l'est du canal de Gand à Terneuzen.

Le 11 octobre, la décision est prise, elle sera notifiée au gouvernement français le même jour : l'armée belge ne quittera pas le territoire national, elle se battra sur l'Yser.

A Tournai pendant ce temps.

Le 1er octobre, au petit matin, les troupes françaises et l'Etat-Major belge avec à sa tête le Général-Major Franz arrivés dans la matinée du 28 septembre quittent la ville. De jeunes Tournaisiens, au péril de leur vie, quittent également la cité des cinq clochers. Leur but est de rejoindre les lignes belges qui se sont installées le long de l'Yser.

Le même jour un convoi ferroviaire allemand chargé de munitions, se rendant de Saint-Ghislain vers Orchies va essuyer des coups de feu à hauteur du village de Warchin. Les Allemands feront stopper le convoi et ouvriront le feu, on évoque quelques blessés et tués. Le convoi fera machine arrière.

La panique s'est emparée de la population, hommes, femmes, enfants, vieillards rassemblant ce qu'ils peuvent emporter se mettent en route. On voit partir sur les chemins, un étrange et long convoi composé de brouettes, de carrioles... La population se souvient de la barbarie allemande à Dinant où des centaines de civils avaient été massacrés. Alexandre Carette-Dutoit estime cet exode à 25.000 ou 30.000 personnes. Si ce nombre est exact, alors la ville entière avait pratiquement été désertée.

Leur escapade ne dura pas longtemps, la plupart s'arrêtèrent dans les villages situés au sud de la cité des cinq clochers à Froidmont, Orcq, Froyennes, d'autres allèrent jusqu'à Rumes et même Tourcoing. Alexandre Carette-Dutoit et sa famille étaient restés à Tournai, ce témoin décrit la ville comme lugubre, totalement déserte avec le bruit omniprésent de la canonnade lointaine.

Un premier affrontement va se dérouler le vendredi 2 octobre, une trentaine de gendarmes belges et quelques membres de la garde civique tournaisienne montent la garde aux environs de la prison. Durant l'après-midi, vers 2 heures, une quinzaine de soldats allemands arrivent par la chaussée d'Antoing. Cette fusillade fera deux blessés légers et un cabaretier tournaisien atteint par une balle allemande succombera deux jours plus tard.

Toute personne osant s'aventurer dans les rues de la cité des cinq clochers est automatiquement considérée comme suspecte. Deux prêtres en mission de charité seront arrêtés et rapidement relâchés.

Le 4 octobre, la ville est occupée par les troupes allemandes réapparues la veille. Ses habitants ignorent qu'ils en ont ainsi pour quatre longues années, quarante-neuf mois de souffrance !

Dès son arrivée, l'occupant prend des otages qu'il garde à l'Hôtel des Neuf Provinces, sur la place Crombez. Il veut ainsi s'assurer le calme des habitants.

Sur ordre de l'envahisseur, la députation permanente réquisitionne ce qui reste d'automobiles, de vélos et d'accessoires. Les cultivateurs sont obligés par l'occupant de battre tous les blés et de les remettre à la disposition de l'autorité militaire en ne conservant juste que les grains nécessaires aux nouvelles semailles.

L'occupation ne va certainement pas se faire en douceur, le changement sera brutal pour la population car, dès son arrivée, l'occupant interdit aux jeunes Tournaisiens d'obéir aux ordres militaires belges et rend les familles responsables en cas d'infraction. L'exportation du bétail et des denrées alimentaires vers l'étranger est interdite. Il met sa propre monnaie en circulation et l'impose dans les transactions au cours de : 1 mark = 1,25 F.B. La ville est frappée d'une énorme contribution de guerre, au point qu'à la fin du mois d'octobre, Tournai devra emprunter 5,5 millions.

Dans la nuit du 9 au 10 octobre, des cyclistes belges parviennent à longer la voie de chemin de fer à Barry-Maulde, gagnent ensuite la gare de Vaulx et font sauter quelques aiguillages. Les détonations se font entendre jusqu'au centre de Tournai.

 

 (sources : "écrits du Major-Médecin Léon Debongnie" me remis par la famille - "1914-2004 Aux Géants de Vendée tombés pour la justice et le droit, plaquette écrite par Etienne Boussemart et éditée en 2004 par le Souvenir Franco-Belge - "Tournai 1914-1918, chronique d'une ville occupée", édition des souvenirs d'Alexandre Carette-Dutoit, étude de Jacqueline Delrot, Licenciée en Histoire - extraits de la presse locale).

S.T. août 2014

11 août
2014

11:47

Tournai : la propreté, c'est l'affaire de tous !

"La propreté, c'est l'affaire de tous", voilà une phrase qui tourne en boucle, depuis quelque temps, sur les panneaux d'informations de la ville de Tournai.

Voici une intention des plus louables de la part des autorités communales qui souhaitent interpeller leurs concitoyens et répondre ainsi à ceux qui se plaignent de la saleté qui a envahi, depuis quelques années, les rues de la cité des cinq clochers mais qui ne font absolument rien pour que cela change.

Et pourtant !

"Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître" comme aurait chanté Charles Aznavour dans la Bohème. Tournai, à ce temps-là, respirait la propreté car ses habitants sacrifiaient encore quelques heures dans la semaine pour nettoyer, non seulement leur habitation, mais aussi ses abords, notamment le trottoir qui longeait leur propriété.

On appelait cela "faire son rang", d'autres avec un sourire convenu disaient "faire le trottoir" (mais... en tout bien, tout honneur !). Le plus souvent, le vendredi, on voyait les ménagères ou les servantes brosser vigoureusement les dalles de ciment au savon noir et les rincer à grandes eaux avant de chasser celles-ci dans la rigole en prenant soin d'enlever les quelques détritus qui s'y trouvaient. De même, en hiver, après d'importantes chutes de neige, muni de pelles ou de raclettes, on voyait, devant chaque maison, un des habitants dégager un passage et épandre du sel pour éviter que les piétons ne chutent. Parfois cela se faisait en famille et dans la bonne humeur.

Il est bien loin ce temps-là ! 

En promenant par les rues de la ville, il est bien rare, désormais, de voir une personne entretenir ou faire entretenir son trottoir. Ce lieu de passage destiné aux piétons est désormais envahi par des herbes folles, des pissenlits, de la mousse, est jonché de canettes et décoré de déjections canines. Que dire des publicités qui, débordant des boîtes aux lettres, s'envolent au moindre coup de vent ? Que dire des sacs contenant les immondices déposés sur la voirie parfois 48 heures avant le passage du service de propreté publique, ceux-ci, en self-service, font le régal des chats errants et des rats qui les trouent et laissent ainsi échapper leur contenu nauséabond ? Que dire des véhicules (voitures ou mobylettes) stationnés, sans vergogne, sur les trottoirs laissant échapper l'huile de moteur qui s'imprègne dans le ciment des dalles ? Que dire des devantures de cafés parsemées de centaines de mégots de cigarettes jamais balayés ? Que dire des encombrants qu'on abandonne sur les terrains vagues bien qu'il existe des déchetteries (parcs à conteneurs), des "ressourceries" et même un service de ramassage à domicile ? Tout cela est à porter au passif d'un bilan de la propreté publique !

On reproche également aux autorités communales les débordements des poubelles publiques car cela donne une mauvaise image de la ville aux touristes qui la visitent, mais on oublie, trop souvent, que celles-ci sont uniquement destinées à recevoir les quelques déchets des passants et ne sont pas là pour se substituer à réceptionner des ordures ménagères. Pour faire l'économie d'un sac, de nombreuses personnes n'hésitent pas à se débarrasser de leurs déchets ménagers, quotidiennement, en toute discrétion, lors d'une petite promenade vespérale. Finalement, le ramassage des immondices de ces particuliers est à charge de la collectivité ! 

Tout cela prouve que la mentalité a bien changé et que l'hygiène n'est plus une des premières préoccupations de l'homme d'aujourd'hui. Précisons que ce phénomène n'est pas propre (c'est le cas de la dire) à la cité de Clovis mais que beaucoup de villes belges connaissent la même situation. Que voulez-vous, le temps consacré jadis au nettoyage l'est désormais à la télévision, aux consoles de jeux, à Internet, à Facebook et autres futilités. C'est un effondrement total des valeurs !

Comme si le manque de propreté ne suffisait pas, il y a aussi ce phénomène qu'on appelle les "tags", ces signes cabalistiques et ces signatures ridicules qui vandalisent les façades, exploits nocturnes nés au sein de cerveaux débiles probablement imbibés d'alcool ou de substances toxiques. Dire que plusieurs individus qui s'adonnent à ce genre de "décorations", interceptés par la police, se sont révélés être, pour la plupart, des ... étudiants en arts graphiques, probablement en mal d'activités après une soirée trop arrosée.

Si on veut faire le procès de la saleté à Tournai, il faut cependant instruire à charge et à décharge et certains peuvent mettre en avant pour leur défense des circonstances atténuantes : les travaux qui défigurent notre ville touristique depuis le début du présent siècle. La poussière soulevée par les engins de chantier en été et la boue envahissante en hiver ne sont pas des encouragements à nettoyer. Il y a toujours une société pour ouvrir des tranchées ou pour dépaver les rues de la cité : Ores, Belgacom, Ipalle, la SWDE et les firmes chargées des travaux du quartier cathédral. Malheureusement quand le travail est terminé, on constate que, quelques temps plus tard, on pourrait déjà le recommencer (place de Lille, Grand-Place, place Saint-Pierre, rues piétonnes vers les quais...). On a toujours la qualité en fonction du prix de l'offre qu'on a acceptée et beaucoup de firmes n'ont plus le souci du travail solide et bien fait.

Si on désire que le visiteur venu admirer le riche patrimoine de notre cité scaldéenne se sente bien chez nous, il est grand temps de retrousser ses manches et de consacrer, comme jadis, quelques heures à l'entretien des abords de sa maison, un peu d'exercice est salutaire pour la santé et le travail de chacun profitera à tous. En disant cela, on peut encore rêver !

(S.T. août 2014)

 

11:47 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, propreté, tags, travaux |

06 août
2014

11:44

Tournai : 1914-1918, les carnets du Major-Médecin Léon Debongnie (7)

A Tournai, le mois de septembre 1914 fut plutôt calme.

Durant la dernière décade du mois d'août, Tournai a donc connu de tragiques événements et si le mois de septembre paraît plus calme, ce n'est pas pour cela que la vie a repris comme avant.

Le 3, des soldats prussiens de passage saccagent la caserne d'infanterie Baron Ruquoy,

Le 5, l'administration communale invite les habitants à accepter les "Bons de guerre" émis par la ville.

Ceux-ci se présentent de la façon suivante : 

-----------------------------------------------------------------------------------------------------

Consortium des Banques de la Ville de Tournai                                       le 1er septembre 1914

Banque Nationale - Banque Jules Houtart et Cie - Banque Centrale Tournaisienne - Banque Jules Joire - Banque d'Escompte de Tournai - Banque Henri Leman.

                      Bons de Guerre de : (suivi de la valeur 1, 2, 5 et 10 francs)

Payables en monnaies coursables en Belgique aux guichets des Banques mentionnées ci-dessus dans les trois mois qui suivent la rançon de guerre de la Ville de Tournai du 24 août 1914.

Ce présent bon fait partie d'une série de DEUX MILLIONS de francs créés en coupure de UN, DEUX, CINQ et DIX francs et émis avec l'autorisation de l'Autorité Communale.

(s) Henri Leman  et (s) illisible

-----------------------------------------------------------------------------------------------------

 

Le 10, un comité de secours aux sinistrés s'est constitué au faubourg Morelle, il demande des dons en espèces, du linge, du mobilier...

Les Allemands continuent de traverser la ville, il est donc recommandé aux habitants de circuler avant la tombée du jour et aux cyclistes, de rouler à allure très modérée, lorsqu'ils croisent un convoi de militaires.

Une colonne installe son campement transitoire sur la plaine des Manœuvres, les officiers logent à l'hôtel de l'Impératrice, rue des Maux, sous la caution du bourgmestre Stiénon du Pré et d'échevins pris comme otages.

(Le Baron Alphonse, Marie, Pierre Stienon du Pré, comte pontifical, a été nommé bourgmestre de la Ville de Tournai, le 1er mars 1908, il restera à ce poste jusqu'à sa mort survenue le 26 juillet 1918. Au début de la guerre, il est âgé de 61 ans. Il est décrit comme un homme au sens artistique le plus raffiné, organisateur d'événements musicaux dans la cité des cinq clochers, Président de la Société de musique des Grands concerts de Tournai depuis 1888, il fit notamment venir César Franck. A ses concerts furent invités le futur roi Albert 1er en 1894 et la reine Elisabeth de Belgique en 1912. Il fut le promoteur du brillant et pittoresque Cortège-tournoi de la chevalerie en 1913, rappelant celui organisé par Henri VIII, cinq cents ans plus tôt en 1513).

Le 12, le premier soldat tournaisien tombe au combat, Jean est le fils d'Octave Leduc, avocat et président des hospices civils de Tournai depuis 1911.

Le 15 septembre, une bonne nouvelle parvient aux Tournaisiens, sur le front de la Marne, les soldats français ont enfoncé les lignes ennemies. Entre Senlis et Verdun, l'ennemi a reculé de plus de septante kilomètres.

Hélas, la joie est éphémère puisque le 26 septembre, on apprend que la ville d'Orchies, distante d'une vingtaine de kilomètres de la cité de Clovis aurait été, en grande partie, incendiée par les Allemands.

Les lois de la guerre sont pourtant bien définies : le conflit se déroule entre les armées des belligérants, toute action envers des civils est considérée comme crime de guerre. Les "Boches" n'en ont cure. Tout ce qui entrave leur marche en avant déchaîne chez eux une barbarie jusqu'alors non égalée (on l'a vu à Liège, Dinant, Andenne et Tournai). Malheureusement, depuis lors, on n'a jamais plus refermé cette boîte de Pandore.

Le dimanche 27, un régiment français d'infanterie, en provenance de Lille, descend en gare de Tournai tandis que par la route arrivent des goumiers algériens qui, par leur habillement, attirent la curiosité des Tournaisiens.

La nuit du 27 au 28, les soldats vendéens blessés, encore soignés au couvent de la Sagesse sont rapatriés vers la France. Des éclaireurs français se dirigent, en reconnaissance, vers Gaurain et Antoing.

Le 29, l'Etat-Major belge réinstallé suite à l'arrivée des Français annule tous les arrêtés promulgués par l'envahisseur un mois plus tôt.

Le lendemain, apprenant le départ prochain des Français et de l'Etat-Major belge, certaines familles tournaisiennes prennent la décision de quitter la cité des cinq clochers. C'est l'évacuation !

Le Major-Médecin Léon Debongnie raconte

Le médecin militaire Tournaisien se trouve toujours à Anvers. Il vient d'apprendre le retour de son fils au sein de sa famille après son escapade pour retrouver son père. Sa joie est grande mais elle serait ternie, à ce moment, s'il connaissait la raison pour laquelle son fils a mis tant de temps pour rejoindre sa mère. Sur le chemin qui le ramenait à Bruxelles, Henri a été arrêté par les Allemands. Son passeport était en règle mais il transportait quelques lettres. Il n'en fallait pas plus pour qu'il soit suspecté, malgré son jeune âge, d'espionnage. Il restera quinze jours emprisonné, d'abord à la Kommandantur installée dans le bâtiment du 6 rue de la Loi à Bruxelles et, après un rapide jugement, à la prison de Saint-Gilles. Il sera relâché le 3 octobre.

Apprenant cette nouvelle, Léon Debongnie écrira le 7 octobre :

"Lu avec intérêt et remords le récit de notre aventurier. Remords de l'imprudence commise par moi de l'avoir fait messager(..) Je félicite Henri des qualités viriles qu'il a montrées...".

La bonne nouvelle du retour sain et sauf de son fils aîné est suivie d'une seconde, sur le plan militaire cette fois : les troupes belges ont appris la victoire française sur la Marne.

Il note :

"Bonnes nouvelles de la guerre, les 16 et 17 septembre. La retraite des Allemands semble se poursuivre. Si elle pouvait se faire en Belgique, quel bonheur ! Espérons que Dieu soutiendra notre pauvre pays ! J'ai pleuré sur ses ruines".

Hélas, après une accalmie, la guerre reprend de plus belle en Belgique. Le 25 septembre, le 2e régiment des Guides est envoyé, par train, d'Anvers à Gand pour être ensuite dirigé sur la ligne de la Dendre. Il a pour mission de couvrir les retraites éventuelles de l'armée au sortir d'Anvers. Le 26, il est à Hofstade, pas loin d'Alost, et le 27 à Denderleeuw. Les Guides vont ensuite reculer le long de l'Escaut en direction de Wetteren et de Kalken. Leur chemin croise celui de la population d'Alost qui fuit la "cité des oignons". Le canon allemand tonne sur Alost, le belge lui répond à Assche.

Le mois de septembre se termine. Sur le front comme à Tournai, les événements vont se précipiter, la guerre va s'intensifier.

(sources :  documents me remis par la famille du Major-Médecin Debongnie, étude de Giovanni Hoyois - "1914-2004, Aux géants de Vendée tombés pour la justice et le droit", plaquette éditée en 2004 par le Souvenir Franco-Belge, écrite par Etienne Boussemart - "La Grande Guerre sous le regard de l'élite tournaisienne occupée" par Céline Detournay, étude parue en 2003 dans les Publications extraordinaires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Tournai - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" par Gaston Lefebvre, ouvrage édité par la société d'Archéologie industrielle de Tournai en 1990 - "Tournai 1914-1918, Chronique d'une ville occupée" édition des souvenirs d'Alexandre Carette-Dutoit par Jacqueline Delrot, licenciée en Histoire, parue dans les Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai en 1989).

S.T. août 2014

 

04 août
2014

12:13

Tournai : 1914-1918, les carnets du Major-Médecin Debongnie (6)

Les habitants de la cité des cinq clochers marqués par le déchaînement de la violence.

Des témoins racontent la réaction de la population durant les jours qui suivirent les combats du 24 août.

A partir des écrits de Mr. Alexandre Carette-Dutoit, rédigés en 1924, sur base d'un journal qu'il a tenu, au jour le jour, dès le début de la guerre, on apprend que le 28 août, ce dernier visite les ambulances (c'est ainsi qu'on nommait alors les endroits où étaient soignées les victimes) de la Verte-Feuille et de l'Hôpital militaire.

"Français et Boches y vivent en groupes séparés. Il y reçoivent les mêmes soins mais quel contraste dans leur attitude ! Le Français est bon enfant. S'il se sent frappé à mort, il n'exprime qu'un seul regret, c'est d'être à jamais séparé de ceux qui lui sont chers. Il ne se résigne pas et n'a pas un seul mot de colère contre l'ennemi. S'il est en voie de guérison, il est gai et déclare qu'il est prêt à faire de nouveau son devoir. L'Allemand, lui, le "Gibraltar", reste furieux et haineux. J'en ai entendu, à l'Hôpital militaire, un frappé à mort déclaré qu'il ne regrettait qu'une chose, de n'avoir pas assez tué de Belges et de Français, qu'il ne demandait à se remettre sur pied que pour en massacrer le plus possible".

En ville, on signale quelques vols de bicyclettes et de chevaux commis par l'envahisseur.

Le soldat allemand, le "feldgrau", réapparaît dans la cité des cinq clochers le 1er septembre et se manifeste par des arrêtés telles l'interdiction de parution des journaux français, la fermeture des débits de boissons à 8h du soir...

Alexandre Carette-Dutoit évoque également un fait qui se déroula à la suite de la capitulation du camp retranché de Maubeuge, le 9 septembre 1914. Quelque cinq cents soldats français avaient pu s'échapper et avaient pris un train d'assaut du côté de Callenelle. Arrivés à Tournai, ils purent repartir le lendemain pour Dunkerque grâce à la complicité du chef de station et des employés de la gare de Tournai. Probablement informés à postériori, les Allemands gardèrent tous les ponts sur l'Escaut, dès le lendemain de leur départ.

Les informations laissées par le Major-Médecin Debongnie.

Son fils l'ayant quitté le 13 août, le médecin militaire est inquiet, il n'a pas de nouvelles de son retour en famille, or son itinéraire a forcément dû croiser celui des troupes allemandes ayant quitté Tirlemont vers Diest. Il reçoit deux correspondances de son épouse, Marie, datée du 16 août et elle ne parle pas du retour de leur fils aîné. Il écrit :

"Je suis dans une inquiétude mortelle à son sujet. J'ai passé une nuit atroce à la pensée qu'il était arrivé malheur à Henri".

Le 22 août, il notera :

"Dieu soit loué ! J'ai trop de préoccupations pour que cette aventure se renouvelle". Il vient d'apprendre qu'Henri est rentré, sain et sauf, à son domicile.

Son cœur est sans cesse auprès des siens. Constamment dans les lettres qu'il envoie à son épouse, il les félicite et les engage à tenir, voici un extrait de celle datée du 30 août :

"Prends courage et si la séparation est longue encore, plus nous avons souffert, plus nous nous aimerons quand nous serons tous réunis".

Le 3 septembre, il écrit à Marie :

"Puisses-tu conserver le calme et le courage dont tu as fait si vaillamment preuve dès les premières semaines de notre séparation (...) Serrez-vous tous, les uns les autres, dans une étroite union courageuse".

Léon Debongnie a pris l'habitude de coucher sur papier les informations dont il dispose en provenance des forces armées. Il les note sur des certificats médicaux dont l'aspect est tout à fait semblable à ceux encore utilisés actuellement. On peut y lire :

L. De Bongnie

Docteur en médecine

Chirurgie et Accouchements

rue Stevin, 91

Bruxelles

Consultations de 1 à 3h.

Si on a bien souvent des difficultés à déchiffrer l'écriture d'un disciple d'Esculape, il n'en est pas de même de celle du médecin tournaisien qui est bien lisible, légèrement penchée vers la droite, une écriture aux lettres bien fermées.

Le jeudi 10 septembre, il écrit :

Berlin, 6 septembre : l'ambassade d'Autriche-Hongrie publie la dépêche suivante qui lui a été transmise par le ministre des affaires étrangères de Vienne : "l'information russe au sujet de la bataille de Lemberg et la prise triomphale de cette ville est un mensonge. La ville ouverte de Lemberg a été abandonnée par nous pour des raisons stratégiques et humanitaires".

Berlin, 8 septembre : le prince impérial qui commandait en dernier lieu avec le grade de colonel une division de la garde a été promu par l'empereur au grade de lieutenant général.

Londres, 9 septembre (de l'agence Reuter). Une escadre allemande composée de deux croiseurs, quatre torpilleurs a capturé 15 barques de pêcheurs anglais dans la Mer du Nord et conduit de nombreux prisonniers à Wilhelmshaven. Le service annonce que le croiseur allemand Dressen a fait couler un navire à charbon anglais sur la côte brésilienne. En outre, deux navires de transport anglais auraient touché des mines. D'après les informations viennoises, deux croiseurs anglais gravement endommagés se trouveraient dans le port d'Alexandrie, tous les deux montrent de fortes traces de coups de feu.

Rome, le 8 septembre : le Cardinal Mercier, archevêque de Malines qui se trouvait ici est reparti pour la Belgique avec un sauf-conduit en traversant les troupes allemandes. Cette protection a été obtenue pour le cardinal par le ministre de Prusse près le Vatican.

Vienne, le 9 septembre (communications officielles) : On apprend au sujet des récents combats déjà relatés de l'armée autrichienne contre laquelle l'ennemi (russe) avait amené par le chemin de fer des renforts considérables que l'armée commandée par le lieutenant feld-maréchal Kesbrask (illisible) a repoussé avec de sanglantes pertes une forte attaque russe. A cette occasion de nouveaux prisonniers ont été ramenés. A part cela un calme relatif a régné sur la théâtre de la guerre russo-autrichienne.

Londres, le 9 septembre : bien que le recrutement des volontaires continue de façon satisfaisante, la semaine prochaine aura lieu à Birmingham, en vue de donner un nouvel essor à ce mouvement, un grand meeting où Mrs Churchill et Chamberlain prendront la parole.

Berlin, le 9 septembre : sans cesse nos troupes trouvent, le long de tout le front, entre les mains des prisonniers français et anglais, des balles dum-dum (Note de la rédaction : balle de fusil, dont l'ogive, cisaillée en croix, produit des blessures particulièrement graves, ces balles portent le nom d'un cantonnement anglais de l'Inde où ce projectile fut inventé) emballées selon toutes les règles en usage dans les fabriques et qui ont été fournies par l'administration militaire. Cette flagrante violation de la Convention de Genève par des nations civilisées ne peut être assez condamnée. Ce procédé de Français et Anglais forcera l'Allemagne de répondre à ce mode de barbarie et à faire la guerre par des moyens analogues.

Comme le souligne le médecin militaire, il s'agit d'informations publiées par le gouvernement allemand et la propagande est loin d'y être absente.

A Tournai.

Pendant ce temps, à Tournai, Alexandre Carette-Dutoit constate que le pont d'Allain a vu défiler, le 12 septembre, six à sept régiments d'infanterie, deux ou trois régiments d'artillerie légère et lourde, suivis de transports militaires et surtout de véhicules particuliers de toute espèce, réquisitionnés ou volés en cours de route. L'effectif de cette colonne pouvait atteindre trente mille hommes. La colonne prit la route en direction de Valenciennes.

(sources : "Tournai 1914-1918, chronique d'une ville occupée" édition des souvenirs d'Alexandre Carette-Dutoit, sous la plume de Mme Jacqueline Delrot, licenciée en histoire, ouvrage paru en 1989 dans le tome VI des Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Tournai - "écrits du Major-Médecin Léon Debongnie" remis par sa famille)

(à suivre)

S.T. août 2014.

 

02 août
2014

15:08

Tournai : 1914-1918, les carnets du Major-Médecin Léon Debongnie (5)

Tournai, le 25 août 1914.

Comme Liège, Bruxelles ou Mons, la ville de Tournai a connu les combats et la barbarie allemande. La veille, vers 17h, une importante partie des troupes allemandes qui avaient livré bataille aux valeureux soldats territoriaux venus de Vendée a quitté la cité des cinq clochers en direction de Péruwelz et de Condé-sus-Escaut. La ville va, peu à peu, se vider de ceux qui mirent les quartiers du Nord de la cité à feu et à sang. Jusqu'au 29 août, le cité tournaisienne n'est pas occupée.

Des soldats français, poursuivis par l'ennemi, s'étant fondus dans la population durant l'après-midi du 24 août, l'Administration Communale fait paraître l'avis suivant :

"Il est formellement interdit d'abriter chez soi un SOLDAT FRANCAIS. Ce fait, comme celui de se livrer à tout acte de nature à nuire à l'armée allemande exposerait LA VILLE aux plus graves dangers. Le Bourgmestre et tous les Membres du Conseil Communal supplient leurs concitoyens de se conformer strictement à ces défenses. SINON LES PIRES MALHEURS SONT A CRAINDRE POUR LA VILLE".

Cette supplique ne va pas empêcher des habitants de porter secours aux soldats découverts dans leur propriété. Dans la brochure éditée en 2004 par le souvenir Franco-Belge, l'excellent historien qu'est Etienne Boussemart cite de nombreux cas dont celui du bourgmestre du village d'Ere, situé aux portes de la ville, sur l'itinéraire emprunté par les soldats tentant de regagner la France :

précédant les Allemands, un militaire Vendéen se réfugia dans la ferme de la Longuesault, propriété du bourgmestre, Jules Couplet. On lui donna des vêtements civils. Arrivés peu de temps après, les Allemands firent réunir tous les ouvriers de la ferme parmi lesquels se trouvait le soldat français et on les enferma dans les petites caves. Le bourgmestre et le personnel masculin de la famille furent gardés dans une pièce du rez-de-chaussée tandis que son épouse et ses servantes le furent au premier étage. La nuit fut marquée par des coups de feu en provenance du petit bois voisin. Au petit matin, les "uhlans" repartaient en ayant emporté la clé des petites caves dans lesquelles les hommes étaient enfermés. Il fallut défoncer les portes pour les délivrer. Le fermier et bourgmestre d'Ere fournit des papiers d'identité au militaire pour lui permettre de reprendre son chemin.

On peut s'interroger sur la réaction des membres de l'Administration Communale. Certains y verront le souci (paternaliste) de protéger la ville et ses habitants, d'autres considéreront qu'il s'agit d'une attitude dictée par une certaine couardise, les autorités ne voulant pas être désignées comme responsables de la moindre exaction commise contre l'envahisseur, par peur de représailles. Il y a peut-être une autre raison...

La ville se vit imposer une contribution de guerre de deux millions payables immédiatement en or et en argent, à l'exception de 280.000 francs qui furent soldés par un chèque tiré sur la Deutsche Bank. Dix otages, membres du Conseil communal ainsi que l'évêque de Tournai, Mgr Walravens furent emmenés, le soir du 24, à Bruxelles, ils ne revinrent que le 30 août. On comprend mieux désormais la réaction des autorités communales.

Le 3 septembre, vers midi, 500 fantassins, un général, des cavaliers et quelques véhicules font une brève halte à Tournai avant de poursuivre leur route.

Pendant ce temps-là en Belgique.

La ville de Tournai a toujours été ignorée de la capitale et du reste de la Wallonie. C'est même  encore souvent le cas pour certains médias télévisés pour qui la Wallonie s'arrête à Liège, Namur ou Charleroi. Les événements relatés dans l'encyclopédie "Chronique de la Belgique" sont bien représentatifs de cet état d'esprit.

On peut y lire que le 20 août, le roi Albert 1er ordonne le repli des troupes belges vers Anvers (nous avons déjà eu confirmation de ce fait dans les écrits du Major-Médecin Debongnie), que le même jour, l'ennemi, un moment arrêté à Hautem-Sainte-Marguerite, puis à Aarschot, entre à Bruxelles sans rencontrer de résistance. Que juste avant l'arrivée des Allemands, la reine et ses enfants ainsi que le gouvernement belge ont également rejoint Anvers. Le bourgmestre de la capitale promet aux Allemands qu'il n'y aura pas d'attaques contre l'armée occupante. Des indemnités de guerre de 200 millions sont imposées à la ville. On rapporte que les Français sont déçus, le Président Poincarré aurait souhaité que l'armée belge se batte pour défendre Bruxelles, la capitale de la Belgique et... ainsi lui permettre de gagner du temps pour réorganiser la défense de son propre pays. Le Roi des Belges a préféré sauver ses hommes et ne pas les exposer comme chair à canons. Le 24 août, c'est Namur et Andenne qui tombent aux mains des Allemands après une résistance de près de trois semaines. Le 25 août, un dirigeable allemand lâche neuf bombes sur Anvers. On apprend que les envahisseurs ont perpétré des massacres à Dinant et saccagé la ville. Pas un mot sur la cité des cinq clochers ! Probablement que ces combats sanglants, ce massacre des soldats français, la destruction d'un quartier, l'assassinat de civils innocents, les pillages...ne sont, pour les historiens belges, qu'un "détail de l'Histoire", tout cela ne méritant même pas une ligne dans un livre !

Les carnets du Major-Médecin Debongnie.

Alors que ces événements tragiques se déroulaient dans la cité dont il était originaire, Léon Debongnie continue à noter les déplacements de son 2e Régiment des Guides. Durant la première semaine de septembre, les hommes se portent vers Kasterlee et Herentals où ils vont passer quelques jours. Le 9 septembre, ils arrivent à Heerselt. Ils découvrent un nouveau village martyrisé par les envahisseurs germaniques. Trente-cinq maisons ont été incendiées, vingt-quatre habitants fusillés. Cela s'est passé quelques semaines auparavant, le 18 août, les habitants ont été enfermés durant 24 h dans l'église. Le 10 septembre, le Major-Médecin se rend à Aarschot pour découvrir un spectacle qu'il qualifie d'épouvantable : "les rues sont entièrement incendiées, les magasins pillés, les maisons qui ont servi de logement aux Allemands présentent un spectacle dégoûtant".

De retour à Heerselt, le 11, une surprise attend Léon Debongnie, voilà comment il la raconte en des mots simples en une courte phrase :

"Grande émotion. J'aperçois tout à coup Henri dans la rue. Quel bonheur !".

Henri est son fils aîné, âgé de 16 ans (son grand comme il l'appelle) qui brûle de faire œuvre utile au service de son pays. Il avait déjà essayé, aux premiers jours de la guerre, de s'engager et pour cela il s'était rendu au bureau de recrutement de Malines, mais en raison de son jeune âge on l'avait éconduit. Il a ensuite tenté d'être admis à un titre quelconque au service de son père, mais ce dernier l'en avait dissuadé. N'écoutant que son courage, il avait franchi les lignes pour rencontrer son père. Il était muni d'un permis allemand pour circuler au Sud et à l'Est de Bruxelles, il avait cependant rejoint l'armée belge au Nord-Est.

Léon Debongnie est transporté de joie. A Anvers, il avait eu l'occasion de revoir son frère aîné, Alphonse, qui avait pu lui donner des nouvelles de la famille. Pendant deux journées, alors qu'au loin, du côté de Louvain, tonne le canon, père et fils vont vivre la joie des retrouvailles. Henri repartira le dimanche.

 

(sources : "écrits du Major-Médecin Léon Debongnie" me remis par sa famille - "1914-2004, Aux géants de Vendée tombés pour la justice et le droit" écrit par Etienne Boussemart à la demande du Souvenir Franco-Belge de Tournai à l'occasion du 90e anniversaire du premier conflit mondial - "La Grande Guerre sous le regard de l'élite tournaisienne occupée" par Céline Detournay, ouvrage paru en 2003, tome IX des publications extraordinaires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Tournai - "Histoire de Tournai" par Paul Rolland, ouvrage paru en 1957 chez les éditions Casterman). 

S.T. juillet 2014