31 juil.
2014

10:17

Tournai : 1914-1918, les combats du 24 août.

tournai,1914-1918,antoine de villaret,territoriaux de vendée,24 août,rumillies,warchin,mourcourt,esplechin,wannehaintournai,1914-1918,antoine de villaret,territoriaux de vendée,24 août,rumillies,warchin,mourcourt,esplechin,wannehainUn fait historique oublié.

Le 23 août, les Allemands sont aux portes de Tournai. Durant la journée, dans les villages environnants, on assiste à quelques escarmouches entre eux et l'avant-garde des troupes françaises, bien souvent des soldats envoyés en éclaireurs.

Par respect pour ces hommes venus mourir en terre tournaisienne, nous ne rejoindrons pas les propos partagés par les historiens Hocquet et Diricq qui déclarent "qu'il s'agit d'amuser les Allemands aussi longtemps qu'on le pourra en ayant l'air de les menacer d'une attaque de front afin de donner à la gauche anglaise assaillie dans la région de Mons, le temps de se retirer des griffes du gros de l'armée de von Bülow et faire ainsi échouer le mouvement enveloppant de von Klück par Tournai" (propos attribués au Général de Villaret). Nous ne partagerons pas non plus l'avis d'historiens actuels qui nient l'importance de cette journée du 24 août l'assimilant à une escarmouche régionale, préférant ainsi ramer à contre-courant de l'Histoire dans un souci de créer la polémique et de faire parler d'eux. N'est-ce pas là snober une page de l'Histoire ?

Est-ce pour cette raison que les combats sanglants qui eurent lieu au sein du faubourg Morel, le lendemain, furent ignorés par une majorité d'historiens ? On évoque, à juste titre, la bataille de Liège, de Mons et d'Ypres, mais on laisse étrangement dans l'ombre le sacrifice des soldats Territoriaux de Vendée, morts à des centaines de kilomètres de chez eux, qui, par leur résistance et leur sacrifice, ont retardé l'avance des troupes allemandes et permis ainsi au plus gros des troupes britanniques défaites dans le chef-lieu du Hainaut de pouvoir se replier vers la côte. Ils ont, eux aussi, contribué à changer le cours de la guerre !

Si le nom de von Klück est souvent cité par les passionnées d'histoire qui se penchèrent sur ces événements tragiques, en réalité, c'est le 2e corps de cavalerie commandait par von der Marwitz qui participa aux combats à Tournai (et non le 2e corps d'armée de von Kluck), comme le précise le conservateur du musée militaire, Charles Deligne.

Comme le fait depuis toujours le "Souvenir Franco-Belge" tournaisien, il y a une nécessaire réhabilitation du sacrifice de ceux qu'on appelle à Tournai, les "Vendéens".

Les forces en présence.

L'armée française a envoyé, vers le Nord, deux régiments de soldats territoriaux, ce sont des hommes âgés de 35 à 41 ans appartenant aux classes de 1892 à 1898. La plupart sont des gens de la terre, des agriculteurs, des cultivateurs, des ouvriers de fermes, l'armée française leur a fourni un armement obsolète, de vieux fusils Lebel, datant de la fin du siècle précédent. Les Territoriaux de Vendée, sous les ordres du général Antoine de Villaret, se trouvent le 23 août à la frontière, dans le village nordiste de Wannehain (F). Une reconnaissance effectuée le jour même les informe que la ville de Tournai n'est pas occupée. Le 24 août, à six heures du matin, c'est par le carrefour de la Bleue Vache, l'Bleusse Vaque" comme l'appellent les habitants du village d'Esplechin que les soldats français vont entrer sur le territoire belge. Ensuite par Froidmont, Willemeau et Ere, les hommes vont rejoindre la cité des cinq clochers.

Ils ont reçu pour mission d'organiser la défense de la ville.

Les Allemands ont aussi mené des reconnaissances en ville, notamment le 23. L'historien-archiviste Hocquet rapporte celles-ci en ces termes :

"Au petit trot, la cigarette aux lèvres, l'air ironique et dédaigneux, ils traversèrent la ville de l'est à l'ouest, de la chaussée de Bruxelles à la chaussée de Douai, avec une aisance assurée qui témoigne hautement de leur connaissance topographique de Tournai".

Il évoque aussi le passage de deux autos blindées, l'officier allemand qui descend de l'une d'elles, aurait dit au commissaire de police :

"Vous étiez avant-hier Belge, hier Français, demain vous serez définitivement Allemand".

En quittant les lieux, il annonce le passage de 40.000 hommes durant la journée du lendemain.

Deux bataillons de soldats français (environ 1.600 hommes) sont arrivés au petit matin en ville, le 2e du 83e Régiment d'Infanterie Territorial et le 1er du 84e Régiment. Savent-ils qu'en face d'eux dans les villages de Rumillies, Mourcourt et Kain situés au nord de la cité, 15.000 hommes, armés de mitrailleuses et de canons, du deuxième corps de von Klück sont massés discrètement dans l'attente de franchir l'Escaut.

Le Général de Villaret place ses hommes le long de la chaussée de Renaix, abrités derrière les murets  des jardins de ces petites maisons ouvrières qui constituent ce quartier, dans le chemin 37 qui prendra par la suite le nom de "rue du 24 août", au hameau de la Verte-Feuille et dans le rue du Petit-Hôpital à Warchin. D'autres hommes gardent les ponts Morel (écrit aussi, comme pour le quartier, sous la forme Morelle) et du Viaduc ainsi que la drève de Maire. On a levé les ponts de l'Escaut et ceux-ci sont également gardés. Pour défendre les lieux, chaque homme dispose de cent cartouches !

Le combat s'engage.  

Après avoir envoyé des avions de reconnaissance, les Allemands se mettent en marche. Ce ne sont pas ces pauvres soldats âgés d'une quarantaine d'années qui vont pouvoir résister à cette machine de guerre composée d'hommes déterminés, sans foi, ni loi dont le seul but est d'anéantir tout ce qui résiste sur leur passage. Il est un peu plus de sept heures du matin, ce 24 août.

Invisibles jusqu'alors, ils débouchent soudainement de partout et le massacre commence. C'est tout d'abord le couvent de la Sagesse qui est pris d'assaut, les Allemands pensent qu'il sert d'abri à de nombreux soldats français. De l'étage, ils ont une vue imprenable sur les champs et ils peuvent tirer sur les soldats français qui s'y trouvent. On amène les premiers blessés au couvent qui sert d'ambulance, cinquante Allemands, vingt français et des habitants du quartier. Entre 9h30 et 10h, économisant les maigres munitions dont ils disposent encore, c'est à la baïonnette que les Territoriaux de Vendée attaquent l'ennemi. Le combat est féroce, au corps à corps, maison par maison. Au cours de celui-ci, le commandant de bataillon, Gaston Delahaye, est atteint d'une balle à la poitrine, il va s'effondrer quelques minutes plus tard contre la porte du n° 134 de la chaussée de Renaix, où une petit fille de onze ans est seule, son père étant au travail et sa mère étant partie ensevelir une voisine. La fillette voit probablement son premier mort et s'enfuit retrouver sa mère.

Les hommes reculent vers le pont Morel. Ce n'est pas une fuite devant l'ennemi, les soldats français reprennent position un peu plus loin, là où ils ont trouvé un abri, et font feu sur l'ennemi afin de l'empêcher de franchir le pont au-dessus du chemin de fer. Selon le témoignage d'une religieuse du couvent de la Sagesse, les soldats Allemands prennent des habitants du quartier en otage et s'en servent comme boucliers humains, les obligeant à avancer, les bras en l'air, pendant qu'ils tirent.

C'est un déluge de feu qui s'abat sur la ville et ses défenseurs. A la tête des assaillants, les hommes du régiment "Gibraltar" se distinguent par leur sadisme. Rencontrant quelques soldats français agitant un drapeau blanc, signe de reddition, ils les abattent immédiatement au mépris de toutes lois de la guerre ! D'ailleurs, peut-on encore qualifier d"hommes", des soudards qui détroussent les cadavres rencontrés sur leur route ! Même les médecins militaires allemands refusent de secourir les soldats français blessés et ceux-ci sont achevés (un blessé gisant sur la rue est tué à coups de crosse de fusil), on interdit aux Tournaisiens de porter secours aux victimes, certains le feront quand même au péril de leur vie.

On ne compte plus les exactions commises par ces barbares, jeunes filles violées, feu mis à une rangée de douze maisons au chemin dit du Séminaire, habitants abattus au sein même de leur habitation, commerces dévalisés.

Pendant que les soldats français se replient vers Orchies et Douai, les troupes de von Klück vont brièvement occuper Tournai, avant de quitter la ville, vers 17h, à l'abri de trois cents habitants utilisés comme boucliers humains, heureusement ceux-ci seront abandonnés, en vie, quelques heures plus tard.  

Des soldats français ne pouvant rejoindre la frontière se fondent alors dans une population tournaisienne qui les cache et leur donne des vêtements civils, d'autres blessés se réfugient dans des cachettes (parfois au fond d'un jardin) où, découverts par les propriétaires des lieux, ils sont soignés et durant la nuit conduits par des petits chemins déserts vers Mouchin (F) où ils retrouveront les leurs.

Après le passage de ces monstres venus de "Germanie", il ne reste dans le quartier nord de Tournai que des ruines, des murs calcinés, des habitants traumatisés, des morts qu'on enterre et ... également le plus terrible des souvenirs que laissera aux Tournaisiens, une guerre qui ne fait, hélas, que commencer.

Le souvenir.  

Soixante-trois hommes laisseront leur vie à Tournai, ils étaient, pour la plupart, originaires de villes ou villages vendéens : Fontenay-le-Comte, Olonne, les Sables d'Olonne, Challans, Saint-Hilaire-de-Bois, l'Aiguillon-sur-Mer, Maillezay... et appartenaient aux subdivisions de Fontenay-le-Comte et La Roche-sur-Yon. Les corps, non réclamés par les familles, ont été enterrés sous un tertre érigé à leur mémoire près du pont Morel, le long de l'avenue à qui a été donné le nom du commandant Delahaye.

Un tertre-ossuaire où brûle la flamme du souvenir, un nom de rue rappelant le commandant de ces héros, un autre rappelant la date du combat, témoignages d'une population tournaisienne reconnaissante. En cette année du centenaire de la grande guerre, on évoquera cette journée pour que ce sacrifice ne tombe pas dans l'oubli. Le 24 août, une cérémonie d'hommage se déroulera dans le quartier en présence de nombreuses personnalités et des Tournaisiens soucieux de conserver la mémoire des événements qui jalonnèrent l'Histoire de la cité.

(sources : plaquette "Aux géants de Vendée tombés pour la justice et le droit" éditée en 2004 par le Souvenir franco-belge tournaisien - "La Grande Guerre sous le regard de l'élite tournaisienne occupée" par Céline Detournay, ouvrage édité par les publications extraordinaires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai, tome IX de 2003 - presse locale)

photos : Jacques de Ceuninck   

S.T. Juillet 2014

 

 

26 juil.
2014

14:00

Tournai : 1914-1918, les carnets du Major-Médecin Léon Debongnie (4)

Inexorablement, l'ennemi, mieux armé, approche de Bruxelles.

Après les combats de Loxbergen, la longue marche reprend, les troupes traversent Waenrode, Keersbeek, Putte, Wavre Notre-Dame. Par petites étapes, les soldats belges se replient vers la position retranchée d'Anvers. Plus de 200.000 soldats allemands poussent l'armée belge vers la mer.

Le régiment des Guides du Major-Médecin Léon Debongnie arrive le 20 août à Wijneghem, à proximité d'Anvers, il est désormais abrité par les forts qui protègent la cité portuaire. Le médecin militaire tournaisien note que la première phase de la campagne, débutée trois semaines plus tôt, est terminée.

A ce moment, l'habitant de la cité des cinq clochers se berce peut-être encore d'illusion, la presse relate des victoires de l'armée belge à Diest et à Eghezée. Afin d'entretenir le moral de la population, il y a certainement une volonté de faire croire que la progression de l'ennemi est bien contenue. On dit même qu'un dépôt de prisonnier allemands, le troisième en Belgique, sera établi à Tournai. En réalité, la ville de Liège est occupée par les troupes de l'empereur Guillaume et de nombreux habitants ont été pris en otages. L'ennemi continue sa progression à travers le pays !

Très rapidement, cependant, les informations vont prendre une note plus inquiétante, on commence à parler de la barbarie allemande, les prisonniers sont tués, les blessés achevés, des enfants et des vieillards sont massacrés, on brûle les corps des suppliciés... Les teutons ne respectent pas les "lois" de la guerre, pour eux, tout individu qui croise leur chemin est un ennemi qu'il faut éliminer.

Ma grand-mère paternelle qui avait 15 ans à l'époque me racontait souvent qu'au sein de sa famille on craignait les cavaliers allemands, les sinistres uhlans, s'adonnant aux pires exactions contre la population civile. Elle utilisait l'expression : "des diables montés sur des chevaux arrivant au grand galop dans un bruit d'enfer", la description se passe de commentaire. Les premiers seront aperçus à Tournai le 22 août, ils se sont rendus à l'hôtel de ville où le bourgmestre leur a déclaré que Tournai était une ville ouverte.

A Wijneghem, les troupes belges ne restent pas retranchées, l'armée tente quelques sorties offensives auxquelles participe la cavalerie.

La capitale est aux mains des Allemands.

Le 20 août, les Allemands entrent à Bruxelles. Le 25, le régiment de Léon Debongnie quitte la région anversoise et prend la direction de Louvain. Il passe la nuit à Tremelo, le lendemain, les hommes franchissent le Démer à Werchter. Les envahisseurs sont déjà arrivés à Louvain, des combats s'engagent, "les balles sifflent à nos oreilles" note le Major-Médecin, le commandement décide d'une retraite vers Wijneghem. "Lamentable " commente le Major-Médecin.  

Les Tournaisiens redoutent l'arrivée de l'ennemi.

Que se passe-t-il durant ces jours à Tournai, cette ville dont le médecin militaire est originaire ?

Le 21 août, la presse relate les déclarations d'un voyageur qui, ayant pris le train pour Bruxelles, a aperçu des uhlans allemands à Hal. Vers 9h, un avion ennemi survole la ville des cinq clochers, probablement en mission d'observation. Deux individus pauvrement vêtus sont arrêtés au faubourg Morelle, les pauvres gens qui avaient été pris pour des espions étaient tout simplement deux braves cheminots.

Le bourgmestre Stiénon du Pré fait placarder l'avis suivant :

"Il ne paraît pas impossible que les troupes allemandes envahissent TOURNAI, je viens faire appel au calme et au sang-froid de la population, si cette éventualité malheureuse se présentait, Les TOURNAISIENS se garderont de toute panique et de tout affolement. L'Administration Communale restera à son poste.

L'envahisseur n'a pas le droit de traiter les habitants paisibles en ennemis, il ne peut les soumettre à des traitements violents. Il n'en serait autrement que s'ils commettaient des actes d'hostilité.

Il ne peut légitimement porter atteinte ni à l'honneur des familles, ni à la vie des citoyens.

Il doit respecter l'exercice du culte et les convictions religieuses ou philosophiques des habitants.

Il lui est interdit de confisquer les biens et les propriétés privées.

Tenez vous en garde contre les entraînements que pourrait vous suggérer votre patriotisme et surtout contre les espions et agents étrangers provocateurs qui cherchent à recueillir des renseignements et à fomenter des manifestations dont on pourrait tirer prétexte pour vous persécuter et vous rançonner.

Tous les citoyens, grands et petits, doivent s'abstenir de tout acte d'hostilité, de tout usage d'armes, de toute intervention quelconque dans les combats et rencontres.

CONCITOYENS,

Souvenez-vous que le vrai courage est dans la maîtrise de soi. Quoiqu'il arrive, écoutez la voix de votre Bourgmestre, soyez confiants dans l'Autorité communale qui ne cessera jamais de vous aider et de vous défendre.

Que Dieu protège la Libre Belgique et son Roi !                                            Baron Stiénon du Pré

Se berce-t-on d'illusions quant au respect des lois de la guerre par  la soldatesque allemande ?

Le bourgmestre tournaisien croit encore en l'esprit chevaleresque des militaires, mais on n'est plus au temps de la guerre en dentelle, on ne s'exclame plus comme à Fontenoy "Messieurs les Anglais, tirez les premiers", le soldat allemand ne fait pas dans la dentelle, il fait même preuve d'une violence inouïe. Sur la ligne de feu, les Allemands utilisent les habitants comme boucliers humains comme le décrit Henri Pirenne dans son Histoire de Belgique. Les 20 et 21 août, on dénombre 211 victimes civiles (hommes, femmes et enfants) à Andenne, 665 à Dinant et 173 à Aarschot près de Louvain.

L'ennemi est maintenant à moins de 20 kilomètres de la ville.

La Garde civique licenciée !

Les chasseurs à pied de la Garde civique tournaisienne reviennent de Mons, le samedi 22 août. Les hommes qui la composent ne sont pas reconnus comme des troupes régulières, en cas de reddition, ils risquent d'être considérés comme déserteurs.

Un avion allemand survole la ville vers 8h40 et se dirige vers Douai. On rapporte qu'il aurait été abattu au-dessus d'Orchies.

Alors que Léon Debongnie soigne de nombreuses victimes d'affrontements dans la plaine de Flandre, les Tournaisiens ne savent pas encore qu'un terrible combat va avoir lieu moins de 48 heures plus tard sur le territoire de la commune, un épisode sanglant, oublié des historiens et que nous allons vous conter en mémoire de ceux qui y participèrent et y perdirent la vie. 

 (à suivre).

(sources : voir articles précédents)

S.T. Juillet 2014.

22 juil.
2014

08:59

Tournai : 1914-1918, les carnets du Major-Médecin Léon Debongnie (3)

Cette fois, la Belgique est confrontée à la guerre.

En ce début de mois d'août 1914, pour le Major-Médecin Debongnie et ses hommes, le périple se poursuit et la guerre s'intensifie.

Le 4 août, Léon Debongnie note :

"L'étape est assez dure jusqu'à Grand'Axhe et on ne trouve guère de repos car, la nuit, nous restons sur le qui-vive, on loge tout habillé près de l'église. Messe à deux heures du matin, confession et communion. Départ à 4 heures. L'impression du combat et de la première rencontre est forte".

La division de cavalerie circule et observe le terrain entre Waremme et Huy. Les troupes se déplacent en direction de Cras-Avernas, Geer et Warnant avant de remonter vers le Nord.

Pendant ce temps, ce même 4 août, les Allemands sont entrés à Verviers et les forts de Liège sont encerclés, le 5. La ville de Liège tombe le 6 et le fort de Loncin va résister jusqu'au 16.

Comme au cours de chaque conflit, la population va recevoir des informations contradictoires, les unes basées sur la rumeur (on dit que les forts sont tombés), les autres peut-être manipulées pour maintenir le moral (ainsi dans un numéro spécial, le journal "le Courrier de l'Escaut" du 4 août annonce une grande victoire et une demande d'armistice des Allemands qui auraient perdu pas moins de 25.000 hommes !). 

Une certaine fébrilité s'empare des Tournaisiens, on masque la plaque de la rue de Cologne (actuelle rue de l'Yser) et on inscrit à la place "rue de Liège". On commence à voir des espions partout et les citoyens suisses vont jusqu'à afficher leur extrait de naissance de peur d'être confondus avec des espions à la solde de l'empereur Guillaume. Les habitants dont les noms de famille ont une consonance germanique sont regardés de travers par la population tournaisienne.  

Au sujet de la prise de Liège, Léon Debongnie transcrit une note échangée entre l'Allemagne et la Belgique :

"Après la prise de Liège, le gouvernement allemand a fait soumettre au gouvernement belge par l'entremise d'une puissance neutre la note suivante : la force de Liège a été prise d'assaut après une défense vaillante. Le gouvernement allemand regrette profondément que la manière d'agir du gouvernement belge vis-à-vis de l'Allemagne ait rendu nécessaires des rencontres sanglantes. L'Allemagne ne vient pas en Belgique en ennemie, ce n'est que forcée par les circonstances, en présence des dispositions militaires prises par la France, qu'elle a pris la résolution de pénétrer en Belgique et qu'elle a dû occuper Liège comme point d'appui pour les occupations militaires ultérieures. L'armée Belge ayant, par sa résistance héroïque contre une grande suprématie, sauvegardé, de la manière la plus brillante, l'honneur de ses armes. Le gouvernement allemand prie sa Majesté le Roi et le gouvernement belge d'épargner à la Belgique la continuation des horreurs de la guerre. Le gouvernement allemand est prêt à faire avec la Belgique n'importe quelle convention qui puisse d'une manière quelconque être rendue compatible avec le différend entre lui et la France...".

Le 8 août, le 2e Régiment des guides de Léon Debongnie passe à Waremme, Saint-Trond, Rummen et s'arrête à Gorssum, un peu avant la Gette, les hommes bivouaquent deux nuits à Budingen, le long de la rivière, et remontent ensuite vers Diest.

A Tournai, le samedi 8 août, les autorités reçoivent l'ordre de "faire surveiller et arrêter les automobiles citées ci-après", suit une liste d'immatriculations.

Le premier combat.

Le 12 août, le régiment de Léon Debongnie arrive à Loxbergen, à quelques kilomètres à l'ouest de Haelen, où s'engage le combat, resté fameux, qui tourne à l'honneur des soldats belges. Le lendemain, le docteur Debongnie écrit :

"La guerre, je l'ai vue de près et ce fut terrible. Le canon gronda dès 10 heures du matin et à 7 heures du soir, il tonnait encore. Le bruit de la mitraille retentit encore à mes oreilles. Les Allemands (huit régiments de cavalerie, 2.500 fantassins, deux régiments d'artillerie et un bataillon cycliste) battirent en retraite le soir. A 7 heures du soir, je prenais la direction du poste de secours de Loxbergen, à minuit, dans une école tenue par des sœurs, j'avais quatre salles remplies de blessés, je les ai comptés : 110 dont trois soldats allemands. Trois hommes sont morts durant la nuit. Quel tableau de souffrance !".

Homme au grand cœur, ému par le sort de ses hommes, il transcrit une pensée dans son journal :

"Puissent bientôt les Belges, Français et Anglais, méthodiquement réunis par un plan de l'Etat-Major, purger la Belgique de ces bougres d'Allemands ! La grande bataille en Belgique s'annonce pour ces jours-ci !".

Comme on le voit l'éducation qu'a reçue Léon Debongnie transpire au travers du qualificatif mesuré utilisé pour désigner l'ennemi (les bougres). Devant un tel spectacle, d'autres auraient employé des mots beaucoup plus durs, beaucoup plus crus !

Après la visite du champ de bataille, précédé du drapeau de la Croix-Rouge, Léon Debongnie s'exclame encore : "Quel terrifiant spectacle". La réalité de la guerre venait de dépasser toutes les fictions auxquelles les hommes avaient été préparés durant le service militaire.

La terreur n'était qu'à son début, hélas ! 

(à suivre)

(sources : voir articles précédents);

S.T. juillet 2014.

08:59 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, 1914-1918, léon debongnie, carnets, guerre |

20 juil.
2014

09:38

Tournai : 1914-1918 hommage au lieutenant Alexander McHardy

DSC03439 - Alexander MC HARDY.jpgDans la brume d'un petit matin.

Courte mais émouvante cérémonie que celle qui a eu lieu, ce dernier dimanche, au cimetière du Sud à Tournai. L'heure très matinale pour le rendez-vous (8h15) était probablement la raison pour laquelle la foule n'avait pu être présente, toutefois, pour accueillir une délégation de la Royale Air Force Canadienne, on retrouvait l'échevine Ludivine Dedonder, représentant l'Administration Communale de Tournai, des membres des associations patriotiques entourant les drapeaux, le doyen Michel Decarpentrie, Pierre Bauters, ancien commandant de la place de Tournai et Jacques De Ceunink, un passionné qui, depuis quelques années déjà, s'est assigné pour mission de retrouver les familles des pilotes américains, anglais ou canadiens ayant perdu la vie lors des deux conflits mondiaux dans le ciel belge (voir l'article que nous lui avons consacré).

Participant actuellement à la marche du souvenir à Nimègue en Hollande, le capitaine Thomas McHardy, pilote de Sea King dans l'armée canadienne, avait rejoint la cité des cinq clochers avec quelques membres de son unité. Il tenait à rendre hommage à son grand-oncle, le second lieutenant canadien William Alexander McHardy tué avec le second lieutenant écossais William Alexander Rodger lors d'un combat aérien au-dessus de Froidchapelle, le 10 novembre 1918 vers 11h, vingt-quatre heures à peine avant que le clairon ne sonne la fin d'un des épisodes les plus meurtriers de l'Histoire.

C'est autour des tombes IV 010 et IV 011 de l'extension alliée qu'eut lieu cet hommage. Dans un discours emprunt d'émotion et de fierté, le capitaine McHardy évoqua la mémoire de cet oncle dont il a toujours entendu parler au sein de la famille, il se dit heureux de pouvoir, à la veille des commémorations du centenaire de la première guerre mondiale, être présent à Tournai et ainsi l'honorer. L'échevine Ludivine Dedonder lui répondit, en français et en anglais, mettant en exergue le courage de ces jeunes venus défendre les valeurs qui étaient les nôtres. Après des oraisons prononcées par le capitaine Morris, aumônier du contingent canadien et par le doyen Decarpentrie, un dépôt de gerbes fut suivi par une minute de silence et par une dernière sonnerie de clairon avant que ne s'élève le son plaintif de la cornemuse. La cérémonie se termina par la diffusion de l'hymne "O Canada".

Alexander William McHardy et William Alexander Rodger.

Le premier avait vu le jour à McLellan's Mountain dans la province canadienne de la Nouvelle-Ecosse, il pilotait le Bristol FE2b qui avait décollé vers 10h20, ce 10 novembre 1918. L'observateur-mitrailleur, le second lieutenant William Alexander Rodger était lui originaire d'Edinburgh dans le Midlothian en Ecosse. Leur mission consistait à observer le déplacement des troupes ennemies dans la botte du Hainaut et la région de Charleroi. Arrivés au-dessus du village de Froidchapelle, ils furent opposés en combat aérien au pilote allemand Hans Von Freden de la Jasta 50. Agé de 26 ans, ce dernier pilotait depuis 1917 et avait déjà de nombreuses victoires à son actif. Ce jour-là, il ajouta un nouvel appareil à son "tableau de chasse". Les deux aviateurs alliés s'écrasèrent près de la ferme Gobert. Ils furent tout d'abord enterrés à Froidchapelle avant que leurs dépouilles ne soient transférées dans "l'extension alliée" du cimetière du Sud de Tournai, où ils reposent désormais.

Les recherches minutieuses de Jacques De Ceuninck.

Il est très important pour les générations actuelles qui ne semblent plus guère intéressées par l'Histoire que des citoyens remémorent ces différents faits et entretiennent des liens d'amitié avec les familles des acteurs de ces tragédies. On appelle cela le "devoir de mémoire". Les nombreuses recherches entreprises par Jacques De Ceuninck l'ont amené à rencontrer un des derniers témoins de ce combat aérien. Le 17 juillet 1996, dans le village de Froidchapelle, il interroge Mr. Charles Descartes qui était âgé de cinq ans lors des faits et qui, depuis la porte de l'habitation familiale à la rue du Gouty, a assisté au combat et à la chute de l'avion.

P1000128 - Captain Thomas MC HARDY.JPG Le capitaine McHardy

P1000159.JPGAuprès des deux tombes.

l'échevine Ludivine DedonderP1000136 - Mme l'échevine Ludivine DEDONDER, représentant la Ville de Tournai.JPG

(sources : recherches et photos de Jacques De Ceuninck - Etienne Boussemart : article de l'Avenir du mardi 15 juillet 2014 - participation personnelle à cet hommage);

S.T. juillet 2014

 

 

17 juil.
2014

10:14

Tournai : 1914-1918, les carnets du Major-Médecin Léon Debongnie (2)

L'été meurtrier.

Juillet 1914, si la presse rapporte, de plus en plus régulièrement, des événements révélateurs d'une tension croissante entre la Prusse et l'empire austro-hongrois d'une part, l'Angleterre, la France et la Russie d'autre part, la toute grande majorité des habitants du royaume de Belgique vaque à ses occupations habituelles probablement rassurée par la neutralité déclarée du pays. Les sportifs, principalement les adeptes de la "petite reine", se réjouissent, le 26 juillet, de la seconde victoire consécutive de notre compatriote Philippe Thys dans le 12e Tour de France.

Le 29 juillet, les principaux leaders socialistes européens, à l'invitation de Huysmans et Vandervelde, se réunissent à Bruxelles. Parmi les participants, on retrouve le Français Jean Jaures, un pacifiste militant qui sera assassiné deux jours plus tard, la révolutionnaire allemande Rosa Luxembourg, le russe Roubanovich et l'autrichien Victor Adler. Les participants veulent faire pression sur leurs gouvernements respectifs afin de calmer les velléités guerrières affichées par certains. Comme on le voit, dans les derniers jours de juillet, on veut encore croire à la paix mais on ignore qu'on se trouve à quelques heures à peine du début d'une des plus grandes tragédies qui va marquer le XXe siècle.

En ce mois de juillet, le Major-Médecin Léon Debongnie ne croit pas plus à l'éventualité d'une guerre. Pour preuve, le 21 juillet, il écrit, depuis le camp de Beverloo où son unité fait une période d'exercices préparatoires aux grandes manœuvres :

"C'est le jeudi 6 août à midi que nous retournons à Bruxelles et le départ est définitivement fixé au 7".

Ce départ du 7 août dont il parle est le voyage qu'il doit effectuer en Roumanie, en compagnie de son épouse où ils vont retrouver des cousins de la famille Dan-Debongnie.

Le vent se lève, l'orage éclate.

Ce voyage, il ne va jamais l'effectuer, dans son agenda, en date du 1er août, il note cette phrase laconique :

"C'est la guerre. Que Dieu me protège !".

Vers 14h, son unité est rassemblée face aux casernes, la famille l'imagine, monté sur son cheval, donner les dernières recommandations au régiment aligné sur le boulevard Saint-Michel à Bruxelles.

La troupe prend la route des coteaux de Hesbaye. Il nous est dit que les hommes ne semblent pas particulièrement inquiets. A cette époque, le sentiment patriotique est fortement ancré dans les mentalités. Un soldat part défendre sa patrie, sa famille, ses valeurs, sa liberté. Le sentiment religieux est également fortement présent, en ce début de XXe siècle, et il est paradoxal de constater que tous les militaires se rassurent en proclamant en français "Dieu avec nous", en allemand, " God mit uns", et en anglais, "God with us". Chacun est certain de son bon droit ! Dieu doit-il est être l'arbitre de la folie des humains ? Le dimanche 2 août, dans toutes les églises de Belgique des prières publiques sont récitées afin que soit sauvegardée la neutralité de la Belgique.

La première halte aura lieu à Ophem, village que le régiment quittera le 3 août pour prendre la direction Sud-Est. Tout le long de la route, les militaires sont acclamés par les habitants des lieux traversés. Ils reçoivent un accueil enthousiaste à Wavre, émouvant à Gembloux. C'est au cours de ce périple que les hommes apprennent que l'Allemagne, par l'entremise de son ministre von Belowe-Saleske, a, ce 3 août, adressé un ultimatum à la Belgique, faisant fi de sa neutralité, sous le prétexte fallacieux que des soldats français faisaient route vers Namur.  

Avant même l'échéance de cet ultimatum, impatientes de semer la terreur, les troupes du Kaiser Guillaume ont franchi la frontière et envahi l'Est du territoire.

L'émotion est grande parmi la population belge. A Tournai, une foule en colère pille la maison d'un certain Valentin Hoër située sur la place Victor Carbonnelle. Cet homme paisible avait le tort d'être de nationalité autrichienne. Il est même emmené durant quelques heures au commissariat de police et ensuite relâché.

Du château de Grand-Mainil où il loge, Léon Debongnie écrit à sa femme :

"Les Allemands marchent contre Liège, les Français et les Anglais viennent nous secourir. C'est la guerre sur notre sol national. Le devoir patriotique nous anime, les sentiments familiaux nous affligent. Devant l'effrayante réalité de demain, nous prions Dieu de nous donner à tous le courage (...) Je t'affirme que tu n'as rien à craindre pour moi. Sois courageuse, sois-le pour nos chers enfants (...) Prie pour nous et pour que cette campagne ne soit pas l'anéantissement de notre indépendance. L'esprit des hommes est excellent, les populations sont admirables, toute la Belgique est profondément remuée...".

On retrouve dans cette correspondance, l'esprit qui animait les hommes partis combattre, le sentiment religieux, le besoin de protéger la famille, la lutte pour préserver l'indépendance nationale et la liberté.

A Tournai, ce 4 août, une foule énorme assiste au départ des troupes à la gare. Les 3e et 6e Chasseurs partent pour le front, ils seront remplacés à Tournai par la Garde civique. Les enrôlements volontaires sont nombreux et des citoyens se mettent au service de la patrie. Dans leur hôtel particulier de la rue Saint-Martin, Mr et Mme Duquesne de la Vinelle proposent d'ouvrir une ambulance (nom par lequel on désignait l'endroit où on donnerait les premiers soins aux blessés). Les autorités communales réunies en conseil font placarder l'avis suivant :

" Le Bourgmestre de la Ville de Tournai, en présence des événements qui se précipitent dans le pays, conjure ses concitoyens de conserver le calme et le sang-froid et surtout d'éviter tout acte de violence envers les étrangers. Le soin de veiller à l'ordre public n'appartient qu'aux Autorités, à la Garde civique et à l'Armée - Tournai, le 4 août 1914 (s) Le Bourgmestre Stiénon du Pré".

Pour Léon Debongnie et son régiment, l'itinéraire se poursuit et les choses vont rapidement se compliquer.

( à suivre)

(sources : archives remises par la famille du Major-Médecin Léon Debongnie, - "1914-1918, aux géants de Vendée" plaquette souvenir éditée en 2004 par le Souvenir Franco-Belge tournaisien - "La Grande Guerre sous le regard de l'élite tournaisienne occupée, Contribution à la culture de guerre" de Céline Detournay, étude publiée dans les Publications extraordinaires de la Société Royale d'Historie et d'Archéologie de Tournai, tome IX de 2003 - "Le Courrier de l'Escaut", éditions de juillet et août 1914).

10:14 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai 1914-1918, léon debongnie, stienon du pré |

12 juil.
2014

11:04

Tournai : les chantiers en cours et programmés.

 

Des chantiers encore et toujours.

Jamais la ville de Tournai n'a connu pareille effervescence dans le domaine des travaux et cela dure pratiquement depuis que nous sommes entrés dans le nouveau siècle, espérons que cela sera terminé avant... le début du prochain !

La cathédrale Notre-Dame.

Le touriste qui visite le cité de Clovis est frappé par la découverte de ces deux grands "emballages" plastifiés d'un blanc éclatant qui cachent les clochers Sud du prestigieux édifice. A l'abri des regards indiscrets, les ouvriers enlèvent les ardoises pour les remplacer par des tables de plomb, rénovent les corniches, placent de nouvelles descentes d'eau, remplacent ou nettoient les pierres, restaurent les abat-sons. Ce chantier va probablement durer jusqu'en 2015. La fin du chantier de rénovation de la totalité des clochers est annoncée pour 2017-2018. on aura donc encore l'occasion d'en reparler.

Le conservatoire de musique.

Situé à quelques centaines de mètres de la cathédrale, le conservatoire, appelé en raison de son architecture, le "tambour à pattes" par les Tournaisiens les plus âgés, est lui aussi emballé de toiles plastifiées d'un aspect plus grisâtre en raison de la poussière qui s'élève du chantier de restauration de la façade. Dans quelques mois, quand ce travail sera terminé, on procèdera normalement à la rénovation de l'intérieur, le balcon qui surplombe le grand hall d'entrée va disparaître, les ascenseurs seront rénovés, de nouvelles classes seront créées, l'ancienne conciergerie sera transformée en bureaux, la salle des concerts sera rafraîchie... A l'heure actuelle, le budget pour ces importantes transformations ne semble pas encore avoir été alloué ! 

Le siège d'Ideta.

Le chantier de construction du nouveau siège de l'intercommunale Ideta, à la place du Becquerelle, est entré, depuis quelques semaines, dans sa phase d'aménagements intérieurs, les crèches liées à ce projet sont déjà en activité, tous les appartements situés de part et d'autre du bâtiment administratif (sur le quai et sur la place du Becquerelle) ont trouvé acquéreurs. Ceux-ci seront probablement mis à disposition vers la fin de cette année.

Les anciens immeubles du Ministère des Finances.

Une demande de permis de bâtir vient d'être introduite pour la transformation des deux immeubles situés aux n° 6 et 8 de la rue Saint-Jacques. Durant des années, des générations de Tournaisiens ont franchi les portes cochères pour se renseigner ou remettre leurs déclarations d'impôts. Abandonnés par les services fiscaux depuis quelques années, ces deux imposants immeubles bourgeois vont probablement être transformés en appartements de standing possédant une conciergerie.

L'ancien car-drink de l'avenue Van Cutsem.

Une demande de permis de bâtir est également introduite afin de raser l'ancien car-drink situé pratiquement en face du Monument aux Morts. A la place devrait s'élever un immeuble à appartements.

Le show-room d'un concessionnaire de l'avenue de Maire.

A l'avenue de Maire, le journal l'Avenir nous apprend que l'ancien show-room d'une marque bien connue de voitures anglaises au logo représentant un jaguar bondissant devrait être transformé en un vaste restaurant chinois pouvant offrir 180 couverts, avec salle pour réceptions ou banquets. Ce ne sont pas les restaurants de cuisine asiatique qui manqueront à Tournai puisqu'on en dénombre déjà une dizaine en activité.

La résidence des "Jardins de la Reine".

Situé à l'avenue de Troyes, ce chantier touche à sa fin, on procède actuellement aux aménagements intérieurs, il faudra ensuite niveler les abords pour voir se dresser, au centre d'un ilot de verdure, cet immeuble aux trente-trois appartements de standing avec surfaces commerciales au rez-de-chaussée .

La résidence de la "Corne Saint-Martin".

Sur l'ancienne plaine des Manœuvres, le long de la chaussée de Douai, le chantier de l'imposante résidence composée de cinq bâtiments "basse énergie" entourant un espace de verdure avec étang progresse. Les deux premiers immeubles situés le long de la voirie sont terminés, certains appartements de la phase 1 sont déjà occupés. Le nom de la résidence provient de l'endroit où il est situé, la "corne", partie saillante et pointue, étant un élément avancé des remparts de la ville. Ses fondations furent mises à jour lors des travaux de terrassement.

La résidence "Jean Cousin.

Dans la rue du même nom qui relie la chaussée de Douai à celle de Willemeau, deux immeubles à appartements sont en construction, le premier est pratiquement terminé, la phase des finitions intérieures débute, le gros-œuvre du deuxième bâtiment est en cours d'achèvement. Ces immeubles "basse énergie" sont implantés au milieu d'un parc de 12.000m2

La rue saint-Eleuthère.

Les travaux de démolition des anciens bureaux et garages de la firme de voyages Roland sont terminés depuis cette semaine, le terrain a été nivelé. Après la période de congés dans le secteur du bâtiment devrait débuter la construction d'un important complexe comprenant des commerces, des appartements et un garde-meubles.

La résidence des "jardins d'Allain".

Sur le site de la sacherie "Sacallain", rue de la Lys, a débuté, il y a peu, la construction d'immeubles résidentiels à basse énergie.

L'extension du centre commercial Les Bastions.

On en parlait depuis des années, mais cette fois, les engins de terrassement sont entrés en action le long de la rue des Bastions, une voirie qui relie la chaussée de Bruxelles à la rue de la Lys et qui longe l'actuelle zone commerciale. On commence par niveler le terrain afin de pouvoir y construire non pas une seconde galerie mais bien y ériger des commerces et un vaste parking. Il est à noter que le petit bois qui se trouve à proximité sera conservé, ses trois hectares et demi ne seront pas accessibles au public mais seront destinés à la conservation de la faune et de la flore locale.

Avec la réhabilitation, il y a quelques années, du quartier appelé "la petite Provence", la construction de cette nouvelle zone commerciale et de la résidence des jardins d'Allain, c'est à une véritable transformation du pays des "roctiers" qu'on assiste aujourd'hui.

La résidence "l'ilot Desclée".

Les bâtiments de l'ancienne imprimerie Desclée (Gédit), à la rue Barthélémy Frison, sont en cours de transformation en lofts et appartements de standing avec terrasses, la première phase des travaux se termine, la seconde va débuter prochainement.

Les chantiers publics.

La rénovation des canalisations de gaz, la pose de nouveaux câbles téléphoniques ou d'électricité, la mise à gabarit des égouts, le chantier du quartier cathédral sont des sources de tracas journaliers pour les automobilistes circulant dans la cité des cinq clochers.

Les travaux de rénovation des trottoirs et la création de plateaux "casse-vitesse" dans l'avenue Vert Bois sont terminés, ils le seront également, dès la fin des congés, à l'avenue Beau-Séjour, ils viennent de débuter à l'avenue des Peupliers par la pose des impétrants.

La pose d'impétrants concerne également la chaussée de Lille, à proximité de la chapelle Saint-Lazare, la rue Saint-Martin, la rue de la Wallonie et la rue Royale.

On nous annonce le début de la rénovation du pavement de la place Saint-Pierre et des rues avoisinantes, celle-ci serait programmée pour le second semestre de 2014.  

A la place Gabrielle Petit, se termine la première phase de rénovation de l'égouttage trop ancien et ne permettant plus d'absorber les eaux usées (surtout en cas de pluies diluviennes) d'un quartier Saint-Jean qui a connu une forte expansion en terme d'habitations. Ce vendredi 11 juillet, on a coulé l'asphalte sur la voirie, la circulation restant néanmoins interdite. Par contre, on s'interroge sur l'intention de la firme chargée des travaux qui a enlevé l'asphalte de la rue des Croisiers (dans le prolongement de la place) à la veille de partir en congé. Sur quelques centaines de mètres, les automobilistes et surtout les riverains doivent se farcir une piste comme on en rencontre dans la savane africaine, un test pour les amortisseurs, un cauchemar pour les femmes en attente d'un heureux événement.

La place Paul Emile Janson restera en chantier, au moins durant la période estivale, le litige dont que nous avons déjà évoqué (voir article précédent) entre assureurs et gestionnaires de réseau retarde toujours la pose des dernières dalles face au Centre de Tourisme. D'expertises en contre-expertises, chacun essaie de ne pas être déclaré responsable de la rupture de canalisation qui a inondé un immeuble et chassé tous ses locataires depuis le mois de janvier !

Les travaux de pose de nouvelles dalles dans la rue de Courtrai, section comprise entre la rue du Four Chapitre et le rue des Choraux vient de se terminer (elle reste interdite à la circulation automobile), la section entre ce nouveau revêtement et la place Paul Emile Janson sera réalisée plus tard. Détail : c'est à cet endroit que doit s'ouvrir depuis des mois, "l'Espace Gérard Depardieu", toujours en cours d'aménagement; ce lieu attendu par les amateurs de vin ou les fans de la vedette française ayant un pied à terre à l'ombre de la cathédrale devient, peu à peu, l'Arlésienne tournaisienne.

Les entreprises ont déserté pour quatre semaines les chantiers, le calme va retomber sur la cité des cinq clochers et les Tournaisiens concernés par ces travaux vont devoir prendre leur mal en patience.

(S.T. juillet 2014) 

09 juil.
2014

10:10

Tournai : 1914-1918, les carnets du Major-Médecin Léon Debongnie (1).

Il y a cent ans !

Alors que l'Europe va commémorer le centenaire d'une des plus grandes tragédies de l'Histoire, le premier conflit mondial de 1914-1918, le Tournaisien va se souvenir des événements qui marquèrent ces quatre années à l'ombre des cinq clochers. Diverses manifestations et expositions vont rappeler aux jeunes générations, le sacrifice de héros qui se sont battus jusqu'à perdre la vie ou ont été gravement mutilés afin de préserver notre liberté et l'intégrité de la patrie.

Le contexte général.

On ne peut évoquer pareille tragédie sans analyser le contexte général. A-t-il éclaté soudainement comme un orage qui se développe dans un ciel d'azur au soir d'une journée ensoleillée ? Y-a-t-il eu, comme dans une tragédie du théâtre antique, la mise en place de divers éléments qui ne pouvaient que conduire à son apparition ? Pouvait-on se préparer à affronter pareil drame ? Il est facile de réécrire l'Histoire quand les faits se sont déjà produits ! L'historien ne peut qu'acter divers signes qui lui apparaissent comme prémonitoires.

La situation mondiale au début du XXe siècle.

Il y a cent ans, l'information ne circulait pas à la vitesse de la lumière comme c'est le cas actuellement. Il faut imaginer qu'il n'y avait ni internet, ni télévision, ni téléphone mobile. Il faut se rendre compte que la presse n'était lue que par la bourgeoisie et que la grande majorité du peuple s'intéressait avant tout à l'actualité locale, à ce qui faisait son quotidien. Aussi peu de personnes étaient au courant de la "Guerre des Boers" qui se termina en 1902 et se déroulait en Afrique du Sud, peu de gens avaient appris la guerre russo-soviétique qui débuta en 1904 par l'attaque, sans déclaration de guerre préalable, de la flotte russe à Port Arthur par la marine japonaise, tout au plus certains furent attentifs à la guerre balkanique de 1912 et 1913, qui trouva son origine dans la fragmentation politique et ethnique décrétée par le Congrès de Berlin de 1878, une décision lourde de conséquences qui a donné naissance au terme "balkanisation". Quand bien même aurait-il suivi cette actualité, l'habitant de la cité des cinq clochers, se serait très certainement dit que tout cela semblait bien lointain et aurait peut-être pensé : "tant qu'on se bat là-bas...".

La "Belle Epoque".

Les Tournaisiens comme les autres habitants de l'Europe occidentale, se berçaient d'illusions. Après tout, on lui répétait qu'on vivait la "Belle Epoque". Après la guerre entre la Prusse et la France de 1870 qui eut des répercussions jusque dans la cité de Clovis, l'Europe connut une importante dépression économique qui dura seize longues années (1870-1896). Au moment de l'entrée dans le XXe siècle, on assiste alors à un renouveau sur le plan social, à un développement incroyable au niveau économique, à l'apparition de nouvelles technologies : l'invention de l'éclairage domestique, la naissance de la T.S.F et du cinéma, la sortie des premières automobiles (en 1900, on dénombre plus de 1.100 véhicules automobiles et près de 300 motos sur les routes du Royaume), l'essor de l'aviation... L'année 1900 sera marquée par l'exposition universelle de Paris, la cinquième depuis 1885 à être organisée dans la ville-lumière.

Le terme la "Belle Epoque" pourrait donc suggérer que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes comme aurait dit Aldous Huxley. Pas si vite, la Belgique vit au rythme de grandes grèves souvent réprimées dans le sang : ouvriers du verre et mineurs en 1900, dockers d'Anvers en 1901, diamantaires à Anvers en 1904, ouvriers du textile en 1905... mais aussi de grands mouvements sociaux qui paralysent le pays afin de réclamer la révision de la Constitution et le suffrage universel. L'annexion du Congo en 1908 ne se passe pas dans la sérénité, la question flamande fait son apparition et débouche sur la flamandisation de l'enseignement, premier épisode d'une saga qui va exacerber les relations entre les deux communautés jusqu'à ce jour.

A Tournai non plus, la situation n'est pas des plus florissantes. Ses enfants avaient peu à peu déserté la cité pour courir fortune ailleurs, comme le firent Rogier de le Pasture et Jacques Daret jadis. Les capitaines François Bergé et Stanislas Poutrain, volontaires locaux de 1830, et le lieutenant Auguste Molle, prirent part à l'expédition du Portugal des "Tirailleurs belges "(1834). Le capitaine Crespel participa à l'expédition internationale africaine de 1877 et perdit la vie à Zanzibar. La Manufacture de Tapis, un des fleurons de l'industrie locale ferma ses portes en 1887. La Manufacture de Porcelaine arrêta sa fabrication en 1891... La Belle Epoque dans la cité scaldéenne fut marquée par un sérieux déficit de notoriété tant sur le plan national qu'international. 

Le début de la fin.

Le 28 juin 1914, à Sarajevo, l'archiduc héritier François-Ferdinand d'Autriche et son épouse sont abattus dans un attentat perpétré par le serbe Princip. Dès la mi-juin 1914, le gouvernement belge dirigé par Mr. de Broqueville avait pris conscience d'une menace qui pesait sur notre pays et pouvait mettre sa neutralité en danger. Il avait décide de porter à 33.000 recrues le contingent annuel de l'armée. Le 28 juillet, encouragé par l'empereur allemand Guillaume II, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie déclenchant l'entrée en jeu du système des alliances. Le 31 juillet à 19h, le roi Albert 1er décrète la mobilisation générale. Les classes à partir de 1901 sont rappelées et le contingent passe ainsi à 200.000 hommes. En guerre contre la France, le 3 août, l'Allemagne adresse un ultimatum à la Belgique, violant sa neutralité, elle décide de passer par son territoire sous prétexte de contenir une attaque des troupes françaises qui marcheraient vers Namur. La folie de quelques dirigeants avides de pouvoir, soucieux d'expansionnisme va faire basculer le monde dans la plus terrible des guerres. Un conflit pendant lequel on utilisera pour la première fois les armes chimiques (Ypérite ou gaz moutarde), durant lequel l'aviation militaire d'abord chargée des reconnaissances et ensuite entrant dans le combat fera son apparition, un conflit marqué par la sauvagerie de ses acteurs allemands comme pourront le constater les Tournaisiens dès le mois d'août 1914. 

C'est cette histoire que nous découvrirons grâce aux écrits laissés par le Major-Médecin Tournaisien Léon Debongnie, témoignage d'un homme qui m'a été transmis par sa famille que je remercie.

(sources des articles concernant ce sujet : "Chronique de la Belgique", ouvrage paru en 1987 - "Tournai 1914-1918, Chronique d'une ville occupée", édition des souvenirs d'Alexandre Carette-Dutoit par Madame Jacqueline Delrot, licenciée en Histoire, paru en 1989 dans le tome VI des Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Tournai -  "Histoire de Tournai" de Paul Rolland, ouvrage paru en 1957 - " La Grande Guerre sous le regard de l'élite tournaisienne occupée" par Céline Detournay, étude parue dans le tome IX des Publications extraordinaires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai en 2003 - "le Courrier de l'Escaut"- "Documents" laissés par le Major-Médecin tournaisien Léon Debongnie transmis par la famille).   

 

05 juil.
2014

11:33

Tournai : 1914-1918, les commémorations débutent !

Le musée militaire.

Ce jeudi 3 juillet a été inaugurée, au musée militaire situé à la rue Roc Saint-Nicaise, l'exposition commémorant le souvenir des évènements de la première guerre mondiale. Elle comportera différents thèmes répartis sur les quatre années à venir : la bataille du 24 août 1914 - la résistance - la vie à Tournai sous l'occupation - la bataille du Haut Escaut et l'armistice de 1918.

En cette année 2014, on évoquera donc la vie à Tournai au moment où le conflit a éclaté et la bataille du 24 août durant laquelle furent massacrés les soldats territoriaux de Vendée venus défendre la ville des cinq clochers.

Lors de la visite, on pourra également se procurer le livre : "Tournai, 24 août 1914, dernier acte de la bataille des frontières".

Un reportage concernant cette exposition sera visible très prochainement sur le site internet de No Télé http://www.notele.be/

La journée du 24 août 2014. 

Le deuxième acte des commémorations est en préparation grâce au groupe travaillant sous la houlette des Ecrivains Publics et encouragé par l'Administration Communale, il se déroulera le dimanche 24 août au pied du tertre érigé en mémoire des soldats tombés au combat et le programme sera chargé. A cette occasion, la veille, le samedi 23, en l'Office du Tourisme, place Paul Emile Janson, sera présenté le livre écrit par des habitants du Tournaisis racontant les souvenirs de famille et inaugurée l'exposition temporaire reprenant photos et objets de l'époque rassemblés par divers collectionneurs.

Nous aurons l'occasion d'en reparler.

Sur le blog "visite Virtuelle de Tournai".

Parti au combat le 1 août 1914, le Major-Médecin tournaisien Léon Debongnie a noté, jour après jour, les évènements auxquels il était confronté, les remettant dans le contexte, nous le suivrons jusqu'au jour de sa mort, sur le champ de bataille de l'Yser, en octobre 1914.

Ses écrits seront également visibles lors de l'exposition temporaire qui sera organisée en août.

(S.T. juillet 2014)