31 juil.
2014

Tournai : 1914-1918, les combats du 24 août.

tournai,1914-1918,antoine de villaret,territoriaux de vendée,24 août,rumillies,warchin,mourcourt,esplechin,wannehaintournai,1914-1918,antoine de villaret,territoriaux de vendée,24 août,rumillies,warchin,mourcourt,esplechin,wannehainUn fait historique oublié.

Le 23 août, les Allemands sont aux portes de Tournai. Durant la journée, dans les villages environnants, on assiste à quelques escarmouches entre eux et l'avant-garde des troupes françaises, bien souvent des soldats envoyés en éclaireurs.

Par respect pour ces hommes venus mourir en terre tournaisienne, nous ne rejoindrons pas les propos partagés par les historiens Hocquet et Diricq qui déclarent "qu'il s'agit d'amuser les Allemands aussi longtemps qu'on le pourra en ayant l'air de les menacer d'une attaque de front afin de donner à la gauche anglaise assaillie dans la région de Mons, le temps de se retirer des griffes du gros de l'armée de von Bülow et faire ainsi échouer le mouvement enveloppant de von Klück par Tournai" (propos attribués au Général de Villaret). Nous ne partagerons pas non plus l'avis d'historiens actuels qui nient l'importance de cette journée du 24 août l'assimilant à une escarmouche régionale, préférant ainsi ramer à contre-courant de l'Histoire dans un souci de créer la polémique et de faire parler d'eux. N'est-ce pas là snober une page de l'Histoire ?

Est-ce pour cette raison que les combats sanglants qui eurent lieu au sein du faubourg Morel, le lendemain, furent ignorés par une majorité d'historiens ? On évoque, à juste titre, la bataille de Liège, de Mons et d'Ypres, mais on laisse étrangement dans l'ombre le sacrifice des soldats Territoriaux de Vendée, morts à des centaines de kilomètres de chez eux, qui, par leur résistance et leur sacrifice, ont retardé l'avance des troupes allemandes et permis ainsi au plus gros des troupes britanniques défaites dans le chef-lieu du Hainaut de pouvoir se replier vers la côte. Ils ont, eux aussi, contribué à changer le cours de la guerre !

Si le nom de von Klück est souvent cité par les passionnées d'histoire qui se penchèrent sur ces événements tragiques, en réalité, c'est le 2e corps de cavalerie commandait par von der Marwitz qui participa aux combats à Tournai (et non le 2e corps d'armée de von Kluck), comme le précise le conservateur du musée militaire, Charles Deligne.

Comme le fait depuis toujours le "Souvenir Franco-Belge" tournaisien, il y a une nécessaire réhabilitation du sacrifice de ceux qu'on appelle à Tournai, les "Vendéens".

Les forces en présence.

L'armée française a envoyé, vers le Nord, deux régiments de soldats territoriaux, ce sont des hommes âgés de 35 à 41 ans appartenant aux classes de 1892 à 1898. La plupart sont des gens de la terre, des agriculteurs, des cultivateurs, des ouvriers de fermes, l'armée française leur a fourni un armement obsolète, de vieux fusils Lebel, datant de la fin du siècle précédent. Les Territoriaux de Vendée, sous les ordres du général Antoine de Villaret, se trouvent le 23 août à la frontière, dans le village nordiste de Wannehain (F). Une reconnaissance effectuée le jour même les informe que la ville de Tournai n'est pas occupée. Le 24 août, à six heures du matin, c'est par le carrefour de la Bleue Vache, l'Bleusse Vaque" comme l'appellent les habitants du village d'Esplechin que les soldats français vont entrer sur le territoire belge. Ensuite par Froidmont, Willemeau et Ere, les hommes vont rejoindre la cité des cinq clochers.

Ils ont reçu pour mission d'organiser la défense de la ville.

Les Allemands ont aussi mené des reconnaissances en ville, notamment le 23. L'historien-archiviste Hocquet rapporte celles-ci en ces termes :

"Au petit trot, la cigarette aux lèvres, l'air ironique et dédaigneux, ils traversèrent la ville de l'est à l'ouest, de la chaussée de Bruxelles à la chaussée de Douai, avec une aisance assurée qui témoigne hautement de leur connaissance topographique de Tournai".

Il évoque aussi le passage de deux autos blindées, l'officier allemand qui descend de l'une d'elles, aurait dit au commissaire de police :

"Vous étiez avant-hier Belge, hier Français, demain vous serez définitivement Allemand".

En quittant les lieux, il annonce le passage de 40.000 hommes durant la journée du lendemain.

Deux bataillons de soldats français (environ 1.600 hommes) sont arrivés au petit matin en ville, le 2e du 83e Régiment d'Infanterie Territorial et le 1er du 84e Régiment. Savent-ils qu'en face d'eux dans les villages de Rumillies, Mourcourt et Kain situés au nord de la cité, 15.000 hommes, armés de mitrailleuses et de canons, du deuxième corps de von Klück sont massés discrètement dans l'attente de franchir l'Escaut.

Le Général de Villaret place ses hommes le long de la chaussée de Renaix, abrités derrière les murets  des jardins de ces petites maisons ouvrières qui constituent ce quartier, dans le chemin 37 qui prendra par la suite le nom de "rue du 24 août", au hameau de la Verte-Feuille et dans le rue du Petit-Hôpital à Warchin. D'autres hommes gardent les ponts Morel (écrit aussi, comme pour le quartier, sous la forme Morelle) et du Viaduc ainsi que la drève de Maire. On a levé les ponts de l'Escaut et ceux-ci sont également gardés. Pour défendre les lieux, chaque homme dispose de cent cartouches !

Le combat s'engage.  

Après avoir envoyé des avions de reconnaissance, les Allemands se mettent en marche. Ce ne sont pas ces pauvres soldats âgés d'une quarantaine d'années qui vont pouvoir résister à cette machine de guerre composée d'hommes déterminés, sans foi, ni loi dont le seul but est d'anéantir tout ce qui résiste sur leur passage. Il est un peu plus de sept heures du matin, ce 24 août.

Invisibles jusqu'alors, ils débouchent soudainement de partout et le massacre commence. C'est tout d'abord le couvent de la Sagesse qui est pris d'assaut, les Allemands pensent qu'il sert d'abri à de nombreux soldats français. De l'étage, ils ont une vue imprenable sur les champs et ils peuvent tirer sur les soldats français qui s'y trouvent. On amène les premiers blessés au couvent qui sert d'ambulance, cinquante Allemands, vingt français et des habitants du quartier. Entre 9h30 et 10h, économisant les maigres munitions dont ils disposent encore, c'est à la baïonnette que les Territoriaux de Vendée attaquent l'ennemi. Le combat est féroce, au corps à corps, maison par maison. Au cours de celui-ci, le commandant de bataillon, Gaston Delahaye, est atteint d'une balle à la poitrine, il va s'effondrer quelques minutes plus tard contre la porte du n° 134 de la chaussée de Renaix, où une petit fille de onze ans est seule, son père étant au travail et sa mère étant partie ensevelir une voisine. La fillette voit probablement son premier mort et s'enfuit retrouver sa mère.

Les hommes reculent vers le pont Morel. Ce n'est pas une fuite devant l'ennemi, les soldats français reprennent position un peu plus loin, là où ils ont trouvé un abri, et font feu sur l'ennemi afin de l'empêcher de franchir le pont au-dessus du chemin de fer. Selon le témoignage d'une religieuse du couvent de la Sagesse, les soldats Allemands prennent des habitants du quartier en otage et s'en servent comme boucliers humains, les obligeant à avancer, les bras en l'air, pendant qu'ils tirent.

C'est un déluge de feu qui s'abat sur la ville et ses défenseurs. A la tête des assaillants, les hommes du régiment "Gibraltar" se distinguent par leur sadisme. Rencontrant quelques soldats français agitant un drapeau blanc, signe de reddition, ils les abattent immédiatement au mépris de toutes lois de la guerre ! D'ailleurs, peut-on encore qualifier d"hommes", des soudards qui détroussent les cadavres rencontrés sur leur route ! Même les médecins militaires allemands refusent de secourir les soldats français blessés et ceux-ci sont achevés (un blessé gisant sur la rue est tué à coups de crosse de fusil), on interdit aux Tournaisiens de porter secours aux victimes, certains le feront quand même au péril de leur vie.

On ne compte plus les exactions commises par ces barbares, jeunes filles violées, feu mis à une rangée de douze maisons au chemin dit du Séminaire, habitants abattus au sein même de leur habitation, commerces dévalisés.

Pendant que les soldats français se replient vers Orchies et Douai, les troupes de von Klück vont brièvement occuper Tournai, avant de quitter la ville, vers 17h, à l'abri de trois cents habitants utilisés comme boucliers humains, heureusement ceux-ci seront abandonnés, en vie, quelques heures plus tard.  

Des soldats français ne pouvant rejoindre la frontière se fondent alors dans une population tournaisienne qui les cache et leur donne des vêtements civils, d'autres blessés se réfugient dans des cachettes (parfois au fond d'un jardin) où, découverts par les propriétaires des lieux, ils sont soignés et durant la nuit conduits par des petits chemins déserts vers Mouchin (F) où ils retrouveront les leurs.

Après le passage de ces monstres venus de "Germanie", il ne reste dans le quartier nord de Tournai que des ruines, des murs calcinés, des habitants traumatisés, des morts qu'on enterre et ... également le plus terrible des souvenirs que laissera aux Tournaisiens, une guerre qui ne fait, hélas, que commencer.

Le souvenir.  

Soixante-trois hommes laisseront leur vie à Tournai, ils étaient, pour la plupart, originaires de villes ou villages vendéens : Fontenay-le-Comte, Olonne, les Sables d'Olonne, Challans, Saint-Hilaire-de-Bois, l'Aiguillon-sur-Mer, Maillezay... et appartenaient aux subdivisions de Fontenay-le-Comte et La Roche-sur-Yon. Les corps, non réclamés par les familles, ont été enterrés sous un tertre érigé à leur mémoire près du pont Morel, le long de l'avenue à qui a été donné le nom du commandant Delahaye.

Un tertre-ossuaire où brûle la flamme du souvenir, un nom de rue rappelant le commandant de ces héros, un autre rappelant la date du combat, témoignages d'une population tournaisienne reconnaissante. En cette année du centenaire de la grande guerre, on évoquera cette journée pour que ce sacrifice ne tombe pas dans l'oubli. Le 24 août, une cérémonie d'hommage se déroulera dans le quartier en présence de nombreuses personnalités et des Tournaisiens soucieux de conserver la mémoire des événements qui jalonnèrent l'Histoire de la cité.

(sources : plaquette "Aux géants de Vendée tombés pour la justice et le droit" éditée en 2004 par le Souvenir franco-belge tournaisien - "La Grande Guerre sous le regard de l'élite tournaisienne occupée" par Céline Detournay, ouvrage édité par les publications extraordinaires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai, tome IX de 2003 - presse locale)

photos : Jacques de Ceuninck   

S.T. Juillet 2014

 

 

Commentaires

Bonjour,
Je viens de découvrir le résumé de cette bataille qui m'intéresse d'un point de vue familial puisque l'un des arrières grand pères y a combattu dans le 83ème RIT. Il a eu par contre la chance de ne pas être fait prisonnier ni de mourir au cours de ce combat qui a décimé les 2 régiments territoriaux.

Écrit par : Nedeleg974 | 04/09/2014

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