22 juil.
2014

Tournai : 1914-1918, les carnets du Major-Médecin Léon Debongnie (3)

Cette fois, la Belgique est confrontée à la guerre.

En ce début de mois d'août 1914, pour le Major-Médecin Debongnie et ses hommes, le périple se poursuit et la guerre s'intensifie.

Le 4 août, Léon Debongnie note :

"L'étape est assez dure jusqu'à Grand'Axhe et on ne trouve guère de repos car, la nuit, nous restons sur le qui-vive, on loge tout habillé près de l'église. Messe à deux heures du matin, confession et communion. Départ à 4 heures. L'impression du combat et de la première rencontre est forte".

La division de cavalerie circule et observe le terrain entre Waremme et Huy. Les troupes se déplacent en direction de Cras-Avernas, Geer et Warnant avant de remonter vers le Nord.

Pendant ce temps, ce même 4 août, les Allemands sont entrés à Verviers et les forts de Liège sont encerclés, le 5. La ville de Liège tombe le 6 et le fort de Loncin va résister jusqu'au 16.

Comme au cours de chaque conflit, la population va recevoir des informations contradictoires, les unes basées sur la rumeur (on dit que les forts sont tombés), les autres peut-être manipulées pour maintenir le moral (ainsi dans un numéro spécial, le journal "le Courrier de l'Escaut" du 4 août annonce une grande victoire et une demande d'armistice des Allemands qui auraient perdu pas moins de 25.000 hommes !). 

Une certaine fébrilité s'empare des Tournaisiens, on masque la plaque de la rue de Cologne (actuelle rue de l'Yser) et on inscrit à la place "rue de Liège". On commence à voir des espions partout et les citoyens suisses vont jusqu'à afficher leur extrait de naissance de peur d'être confondus avec des espions à la solde de l'empereur Guillaume. Les habitants dont les noms de famille ont une consonance germanique sont regardés de travers par la population tournaisienne.  

Au sujet de la prise de Liège, Léon Debongnie transcrit une note échangée entre l'Allemagne et la Belgique :

"Après la prise de Liège, le gouvernement allemand a fait soumettre au gouvernement belge par l'entremise d'une puissance neutre la note suivante : la force de Liège a été prise d'assaut après une défense vaillante. Le gouvernement allemand regrette profondément que la manière d'agir du gouvernement belge vis-à-vis de l'Allemagne ait rendu nécessaires des rencontres sanglantes. L'Allemagne ne vient pas en Belgique en ennemie, ce n'est que forcée par les circonstances, en présence des dispositions militaires prises par la France, qu'elle a pris la résolution de pénétrer en Belgique et qu'elle a dû occuper Liège comme point d'appui pour les occupations militaires ultérieures. L'armée Belge ayant, par sa résistance héroïque contre une grande suprématie, sauvegardé, de la manière la plus brillante, l'honneur de ses armes. Le gouvernement allemand prie sa Majesté le Roi et le gouvernement belge d'épargner à la Belgique la continuation des horreurs de la guerre. Le gouvernement allemand est prêt à faire avec la Belgique n'importe quelle convention qui puisse d'une manière quelconque être rendue compatible avec le différend entre lui et la France...".

Le 8 août, le 2e Régiment des guides de Léon Debongnie passe à Waremme, Saint-Trond, Rummen et s'arrête à Gorssum, un peu avant la Gette, les hommes bivouaquent deux nuits à Budingen, le long de la rivière, et remontent ensuite vers Diest.

A Tournai, le samedi 8 août, les autorités reçoivent l'ordre de "faire surveiller et arrêter les automobiles citées ci-après", suit une liste d'immatriculations.

Le premier combat.

Le 12 août, le régiment de Léon Debongnie arrive à Loxbergen, à quelques kilomètres à l'ouest de Haelen, où s'engage le combat, resté fameux, qui tourne à l'honneur des soldats belges. Le lendemain, le docteur Debongnie écrit :

"La guerre, je l'ai vue de près et ce fut terrible. Le canon gronda dès 10 heures du matin et à 7 heures du soir, il tonnait encore. Le bruit de la mitraille retentit encore à mes oreilles. Les Allemands (huit régiments de cavalerie, 2.500 fantassins, deux régiments d'artillerie et un bataillon cycliste) battirent en retraite le soir. A 7 heures du soir, je prenais la direction du poste de secours de Loxbergen, à minuit, dans une école tenue par des sœurs, j'avais quatre salles remplies de blessés, je les ai comptés : 110 dont trois soldats allemands. Trois hommes sont morts durant la nuit. Quel tableau de souffrance !".

Homme au grand cœur, ému par le sort de ses hommes, il transcrit une pensée dans son journal :

"Puissent bientôt les Belges, Français et Anglais, méthodiquement réunis par un plan de l'Etat-Major, purger la Belgique de ces bougres d'Allemands ! La grande bataille en Belgique s'annonce pour ces jours-ci !".

Comme on le voit l'éducation qu'a reçue Léon Debongnie transpire au travers du qualificatif mesuré utilisé pour désigner l'ennemi (les bougres). Devant un tel spectacle, d'autres auraient employé des mots beaucoup plus durs, beaucoup plus crus !

Après la visite du champ de bataille, précédé du drapeau de la Croix-Rouge, Léon Debongnie s'exclame encore : "Quel terrifiant spectacle". La réalité de la guerre venait de dépasser toutes les fictions auxquelles les hommes avaient été préparés durant le service militaire.

La terreur n'était qu'à son début, hélas ! 

(à suivre)

(sources : voir articles précédents);

S.T. juillet 2014.

08:59 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, 1914-1918, léon debongnie, carnets, guerre |

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