09 juil.
2014

Tournai : 1914-1918, les carnets du Major-Médecin Léon Debongnie (1).

Il y a cent ans !

Alors que l'Europe va commémorer le centenaire d'une des plus grandes tragédies de l'Histoire, le premier conflit mondial de 1914-1918, le Tournaisien va se souvenir des événements qui marquèrent ces quatre années à l'ombre des cinq clochers. Diverses manifestations et expositions vont rappeler aux jeunes générations, le sacrifice de héros qui se sont battus jusqu'à perdre la vie ou ont été gravement mutilés afin de préserver notre liberté et l'intégrité de la patrie.

Le contexte général.

On ne peut évoquer pareille tragédie sans analyser le contexte général. A-t-il éclaté soudainement comme un orage qui se développe dans un ciel d'azur au soir d'une journée ensoleillée ? Y-a-t-il eu, comme dans une tragédie du théâtre antique, la mise en place de divers éléments qui ne pouvaient que conduire à son apparition ? Pouvait-on se préparer à affronter pareil drame ? Il est facile de réécrire l'Histoire quand les faits se sont déjà produits ! L'historien ne peut qu'acter divers signes qui lui apparaissent comme prémonitoires.

La situation mondiale au début du XXe siècle.

Il y a cent ans, l'information ne circulait pas à la vitesse de la lumière comme c'est le cas actuellement. Il faut imaginer qu'il n'y avait ni internet, ni télévision, ni téléphone mobile. Il faut se rendre compte que la presse n'était lue que par la bourgeoisie et que la grande majorité du peuple s'intéressait avant tout à l'actualité locale, à ce qui faisait son quotidien. Aussi peu de personnes étaient au courant de la "Guerre des Boers" qui se termina en 1902 et se déroulait en Afrique du Sud, peu de gens avaient appris la guerre russo-soviétique qui débuta en 1904 par l'attaque, sans déclaration de guerre préalable, de la flotte russe à Port Arthur par la marine japonaise, tout au plus certains furent attentifs à la guerre balkanique de 1912 et 1913, qui trouva son origine dans la fragmentation politique et ethnique décrétée par le Congrès de Berlin de 1878, une décision lourde de conséquences qui a donné naissance au terme "balkanisation". Quand bien même aurait-il suivi cette actualité, l'habitant de la cité des cinq clochers, se serait très certainement dit que tout cela semblait bien lointain et aurait peut-être pensé : "tant qu'on se bat là-bas...".

La "Belle Epoque".

Les Tournaisiens comme les autres habitants de l'Europe occidentale, se berçaient d'illusions. Après tout, on lui répétait qu'on vivait la "Belle Epoque". Après la guerre entre la Prusse et la France de 1870 qui eut des répercussions jusque dans la cité de Clovis, l'Europe connut une importante dépression économique qui dura seize longues années (1870-1896). Au moment de l'entrée dans le XXe siècle, on assiste alors à un renouveau sur le plan social, à un développement incroyable au niveau économique, à l'apparition de nouvelles technologies : l'invention de l'éclairage domestique, la naissance de la T.S.F et du cinéma, la sortie des premières automobiles (en 1900, on dénombre plus de 1.100 véhicules automobiles et près de 300 motos sur les routes du Royaume), l'essor de l'aviation... L'année 1900 sera marquée par l'exposition universelle de Paris, la cinquième depuis 1885 à être organisée dans la ville-lumière.

Le terme la "Belle Epoque" pourrait donc suggérer que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes comme aurait dit Aldous Huxley. Pas si vite, la Belgique vit au rythme de grandes grèves souvent réprimées dans le sang : ouvriers du verre et mineurs en 1900, dockers d'Anvers en 1901, diamantaires à Anvers en 1904, ouvriers du textile en 1905... mais aussi de grands mouvements sociaux qui paralysent le pays afin de réclamer la révision de la Constitution et le suffrage universel. L'annexion du Congo en 1908 ne se passe pas dans la sérénité, la question flamande fait son apparition et débouche sur la flamandisation de l'enseignement, premier épisode d'une saga qui va exacerber les relations entre les deux communautés jusqu'à ce jour.

A Tournai non plus, la situation n'est pas des plus florissantes. Ses enfants avaient peu à peu déserté la cité pour courir fortune ailleurs, comme le firent Rogier de le Pasture et Jacques Daret jadis. Les capitaines François Bergé et Stanislas Poutrain, volontaires locaux de 1830, et le lieutenant Auguste Molle, prirent part à l'expédition du Portugal des "Tirailleurs belges "(1834). Le capitaine Crespel participa à l'expédition internationale africaine de 1877 et perdit la vie à Zanzibar. La Manufacture de Tapis, un des fleurons de l'industrie locale ferma ses portes en 1887. La Manufacture de Porcelaine arrêta sa fabrication en 1891... La Belle Epoque dans la cité scaldéenne fut marquée par un sérieux déficit de notoriété tant sur le plan national qu'international. 

Le début de la fin.

Le 28 juin 1914, à Sarajevo, l'archiduc héritier François-Ferdinand d'Autriche et son épouse sont abattus dans un attentat perpétré par le serbe Princip. Dès la mi-juin 1914, le gouvernement belge dirigé par Mr. de Broqueville avait pris conscience d'une menace qui pesait sur notre pays et pouvait mettre sa neutralité en danger. Il avait décide de porter à 33.000 recrues le contingent annuel de l'armée. Le 28 juillet, encouragé par l'empereur allemand Guillaume II, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie déclenchant l'entrée en jeu du système des alliances. Le 31 juillet à 19h, le roi Albert 1er décrète la mobilisation générale. Les classes à partir de 1901 sont rappelées et le contingent passe ainsi à 200.000 hommes. En guerre contre la France, le 3 août, l'Allemagne adresse un ultimatum à la Belgique, violant sa neutralité, elle décide de passer par son territoire sous prétexte de contenir une attaque des troupes françaises qui marcheraient vers Namur. La folie de quelques dirigeants avides de pouvoir, soucieux d'expansionnisme va faire basculer le monde dans la plus terrible des guerres. Un conflit pendant lequel on utilisera pour la première fois les armes chimiques (Ypérite ou gaz moutarde), durant lequel l'aviation militaire d'abord chargée des reconnaissances et ensuite entrant dans le combat fera son apparition, un conflit marqué par la sauvagerie de ses acteurs allemands comme pourront le constater les Tournaisiens dès le mois d'août 1914. 

C'est cette histoire que nous découvrirons grâce aux écrits laissés par le Major-Médecin Tournaisien Léon Debongnie, témoignage d'un homme qui m'a été transmis par sa famille que je remercie.

(sources des articles concernant ce sujet : "Chronique de la Belgique", ouvrage paru en 1987 - "Tournai 1914-1918, Chronique d'une ville occupée", édition des souvenirs d'Alexandre Carette-Dutoit par Madame Jacqueline Delrot, licenciée en Histoire, paru en 1989 dans le tome VI des Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Tournai -  "Histoire de Tournai" de Paul Rolland, ouvrage paru en 1957 - " La Grande Guerre sous le regard de l'élite tournaisienne occupée" par Céline Detournay, étude parue dans le tome IX des Publications extraordinaires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai en 2003 - "le Courrier de l'Escaut"- "Documents" laissés par le Major-Médecin tournaisien Léon Debongnie transmis par la famille).   

 

Commentaires

C'était surtout la Belle Epoque pour la bourgeoisie et la noblesse avec le développement du tourisme, mais pour les classes moyennes et ouvrières, ce n'était pas tout à fait le cas. Bonne soirée Serge malgré la pluie.

Écrit par : Un petit Belge | 09/07/2014

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