22 mai
2014

19:33

Tournai : le point sur les chantiers.

Il y a quelques semaines déjà que nous avons fait le point sur les différents chantiers qui parsèment la cité des cinq clochers. L'hiver particulièrement doux et les excellentes conditions atmosphériques qui prévalent depuis le début du printemps ont permis à ceux-ci de bien progresser. On verra qu'il y a cependant quelques ombres à ce tableau idyllique.

Les chantiers publics.

Quartier cathédral.

La phase des travaux de rénovation de la cathédrale Notre-Dame se poursuit, ce sont les cinq clochers qui sont actuellement concernés. Il n'est cependant pas possible à un promeneur de se rendre compte de l'état d'avancement du chantier car, emballées par un échafaudage sur lequel on a placé des bâches plastifiées, les deux tours, situées au sud, sont pudiquement cachées pour cet important lifting qui doit leur donner une nouvelle jeunesse.

Au pied du prestigieux édifice, la pose du revêtement de sol sur la place Paul Emile Janson est à l'arrêt depuis quelques semaines, conséquence de la rupture d'une canalisation d'eau qui a inondé les caves et quelque peu ébranlé les fondations de la résidence Cathédrale. On assiste à une bataille d'experts devant déterminer à qui incombe la responsabilité de cette catastrophe (responsable qui devra assumer les lourdes conséquences financières), un fait divers qui a obligé les habitants à quitter leur appartement et à se réfugier dans la famille, chez des amis ou même à l'hôtel ! Ce genre de situation dure souvent bien longtemps au grand dam des commerçants riverains qui voient leur chiffre d'affaire fortement affecté, la place n'étant actuellement accessible qu'aux piétons.

Un peu plus loin, la pose des dalles est en cours dans la rue de Courtrai entre la rue du Four Chapitre et celle des Choraux, sur une section d'une bonne centaine de mètres, une moitié de voirie a déjà été réalisée.

Rue Royale.

Depuis le début du mois d'avril, des ouvriers sont occupés à ouvrir de profondes tranchées sur les trottoirs de cet important axe afin de poser de nouvelles canalisations. Ces travaux réalisés en différentes phases vont durer jusqu'à la fin de l'année. La section entre la place Crombez et la rue Beyaert est terminée, celle entre la rue Beyaert et de Monnel est en cours. Afin d'assurer la sécurité des intervenants, la circulation est interdite en journée et une déviation est mise en place par la rue Childéric ou vers la place Verte.

Quartier Saint-Jean.

Voici un important chantier que redoutaient, à juste titre, les riverains de la place Gabrielle Petit, des rues Saint-Jean, des Croisiers et de la Galterie Saint-Jean. Ce quartier ayant connu une importante urbanisation lors des dernières décennies, l'égouttage ne permettait plus d'absorber la totalité des eaux de ruissellement principalement lors de fortes pluies. Ce chantier a déjà était la cause indirecte de deux inondations dans le quartier au début du mois de mai et c'est avec appréhension que les habitants guettent l'éventuel passage d'un orage.

Quartier Saint-Brice.

Des travaux de pose d'impétrants sont en cours à la rue de l'Athénée.

Quartier du Vert-Bocage.

La pose de canalisations se poursuit à la rue Bonnemaison tandis que la chantier vient de se terminer à l'avenue des Erables, les trottoirs ont été refaits et un nouveau revêtement a remplacé le béton d'origine fortement dégradé.

Quartier Beau-Séjour et Vert-Bois.

Le chantier de rénovation des trottoirs, commencé en septembre 2013, se poursuit, après la pose, durant l'hiver, d'une nouvelle canalisation de gaz et d'un câble téléphonique, le 22 mars dernier, des ouvriers ont entrepris de faire disparaître les trottoirs existants en dalles de ciment pour poser des pavés autobloquants et aussi créer des plateaux casse-vitesse alors qu'en quarante années d'existence de ce quartier aucun accident ou accrochage n'ont jamais été enregistrés. Comme nous l'a déclaré un de ses habitants : "A l'I.B.S.R et à la Région wallonne, on nous prend peut-être pour une tribu de sauvages". Avouons qu'il n'a pas tout à fait tort, cet argent aurait pu être mieux investi sur des lieux où les accidents sont fréquents et où des vies doivent être épargnées.

Les chantiers immobiliers.

Depuis quatre ou cinq ans, le secteur de la construction connait une période faste dans la cité de Clovis.

Chaussée de Douai.

Sur la plaine des Manœuvres, la construction de l'important complexe résidentiel, "la Corne Saint-Martin" se poursuit, la première phase est terminée, près de 70 % des appartements ont trouvé acquéreurs et certains logements sont déjà occupés. La seconde phase se termine, on réalise les aménagements intérieurs, les techniques spéciales et les finitions, suivant les renseignements fournis par le promoteur près d'un quart des appartements à basse consommation d'énergie ont déjà trouvé preneur. Le projet définitif comporte cinq bâtiments entourant un jardin et un plan d'eau.  

Rue Jean Cousin.

Cette petite rue tranquille relie la chaussée de Douai à celle de Willemeau, elle est située à moins d'un kilomètre des boulevards périphériques. Le chantier de la résidence se termine, 75 % des trente appartements actuellement disponibles sont déjà vendus.

Rue de la Citadelle.

La rénovation de l'ancien hôpital militaire se termine également. 2.600 m2 de bâtiments ont été dévolus au Centre Public d'Aide Sociale et à une garderie d'enfants, la crèche "les Chatons", le bâtiment principal, à front de rue, est occupé par des entreprises qui y ont établi leurs bureaux, quatre-vingt appartements de moyen standing ont été construits. Un privé va prochainement débuter la rénovation et l'aménagement de la chapelle située au centre de l'ancien domaine militaire en un logement privé.

Place de Lille.

Le chantier de transformation de l'église Sainte-Marguerite se poursuit. La dalle de sol et les structures portantes en béton ont été réalisées, les murs de brique montent lentement. A la fin des travaux (probablement lors du dernier trimestre de 2015), on trouvera une salle culturelle  d'environ 900m2 au rez-de-chaussée (le gros-œuvre est pratiquement terminé) et des appartements de très haut standing à l'étage. Le duplex situé au dernier étage offrant même une vue panoramique sur la ville aura une superficie de 450m2.

Avenue de Troyes.

Sur le site de l'ancien Casino (voir l'article que nous lui avons consacré), dans un écrin de verdure, le gros œuvre de la résidence actuellement en construction est achevé, les aménagements intérieurs ont débuté. A la fin du chantier (dans quelques mois), un rez-de-chaussée de 1.000 m2 sera dévolu au commercial et 30 appartements occuperont les étages.

Rue Saint-Eleuthère.

Depuis ce lundi 19 mai, les bâtiments et garages des Voyages Roland ont été livrés aux engins de démolition. Après l'évacuation prochaine des tas de gravats, le terrain permettra la construction d'un immeuble à appartements avec, là aussi, un rez-de-chaussée commercial.

Quai des Poissonsceaux.

A l'angle de la rue Madame, les bâtiments existants viennent d'être rasés. La démolition concerne également des immeubles vétustes imbriqués dans ce qu'on appelle à Tournai, l'ilot Cherquefosse. Ideta a décidé d'y installer une micro zone économique appelé projet "Technicité", comprenant des bâtiments relais, un espace "coworking", des plateaux de bureaux mais aussi 70 appartements sociaux et moyens, une maison médicale, des lieux de rencontre, des espaces de détente.

Rue Frinoise.

Dans le cadre de la rénovation du quartier de la Madeleine et de l'ancienne brasserie Saint-Yves, le Logis Tournaisien procède actuellement à la construction de 20 logements sociaux et de 17 parkings souterrains dans la rue Frinoise. Les fondations sont terminées, la structure portante est en cours de réalisation. Face à ce chantier important, un autre est en cours à l'emplacement de l'ancien cinéma Eden. Là aussi des appartements seront créés. On réalise actuelle la structure portante.

Avenue du Saule (quartier du Vert Bocage).

Parmi les cinq hectares de jardins et de vergers de l'école d'Horticulture (IPES), à l'avenue du Saule, le nouveau bâtiment destiné aux élèves du secondaire de l'Académie des Beaux-Arts se termine. Il devrait être opérationnel pour la rentrée de septembre. Parallélépipède surmonté d'un toit recouvert de zinc, cet immeuble sur trois étages offre 530 m2 de plateaux modulables en fonction des besoins. Il bénéficie d'une isolation performante grâce à sa structure portante en blocs de béton recouverte d'un bardage de lattes de bois. Ce transfert va permettre de désengorger les bâtiments séculaires de la rue de l'Hôpital Notre-Dame.

Place Reine Astrid.

Les travaux de rénovation du Conservatoire de Musique ont débuté en avril. La première phase concerne l'extérieur du bâtiment (façades, toiture, corniches) et fermeture par des baies vitrée du péristyle. Après les congés, les travaux vont alors concerner l'intérieur (rénovation du hall d'entrée, des classes, des bureaux, des ascenseurs)... Sans aléas, ce chantier devrait se terminer au moment de la rentrée 2015-2016.

Rue de Maire (Froyennes).

Depuis le 29 avril, les pelleteuses ont entrepris de démolir les bâtiments de la concession Renault Tournai. Pour le prochain salon de l'auto de janvier 2015, un bâtiment flambant neuf sur deux étages comprenant un showroom pour les véhicules neufs et un pour les véhicules d'occasion, un atelier de réparation et d'entretien, un atelier de peinture va être prochainement construit.

Rue de la Paix (Warchin).

On procède actuellement à la démolition des deux halls de l'entreprise Meura situés à l'arrière de la rue Paul Pastur.

Des projets en attente de permis d'urbanisme.

Quartier Saint-Pierre

On va procéder bientôt à la rénovation du revêtement de sol de la place Saint-Pierre et de la rue Poissonnière. Ces voiries ont été réalisées, il y a une quinzaine d'année au moyen de pavés sciés. Si ceux-ci représentent une excellente et économique solution pour le passage des piétons, de par leur manque de profondeur, ils ont tendance à se déchausser lors du passage répété de véhicules.

Un particulier a introduit une demande de permis de bâtir pour des immeubles situés sur le quai du Marché au Poisson, la rue de la Lanterne et du Pot d'Etain. La rénovation de ces bâtiments vétustes et abandonnés en appartements avec garages devrait revitaliser cet endroit transformé, de par les fermetures des commerces qui s'y trouvaient, en un unique lieu de cafés de nuit sujets aux fréquents débordements de quelques personnes enivrées. Surtout qu'un autre particulier a l'intention de transformer le bâtiment des anciens établissement Lanssens, à l'angle du même quai et de la rue Poissonnière en un rez-de-chaussée commercial et en appartements.

Des appartements devraient aussi voir le jour, dans les prochains mois, aux anciens établissements Delune, sur la place Reine Astrid. Un organisme bancaire devrait prochainement s'installer dans l'ancien showroom de ce garage à la rue Saint-Martin.

Le Logis Tournaisien souhaite trouver un partenariat avec le privé afin de reprendre le chantier abandonné en raison d'une faillite à la rue Paul Pastur, là aussi une trentaine d'appartements devraient être érigés.

On n'a par contre plus de nouvelles du projet de rénovation des anciens établissements Goossens à la rue Marvis et à l'avenue Bozière. Celui-ci est-il en sommeil ou abandonné par son promoteur ?

Si tous ces projets sont menés à bonne fin et viennent s'ajouter à ceux en cours, ce sont quelques centaines de logements nouveaux qui seront ainsi disponibles à Tournai dans les cinq prochaines années.

(S.T. mai 2014)

 

19:33 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, rénovation, construction, chantiers, travaux |

19 mai
2014

17:18

Tournai : 1914-1918, les acteurs d'une tragédie (4)

Gabrielle Petit, une femme au service de la patrie.

Une jeunesse difficile et malheureuse.

Gabrielle, Aline, Eugénie Petit est née dans une maison du Luchet d'Antoing, à Tournai, le 20 février 1893. Portant le n°20, cet immeuble a disparu avec beaucoup d'autres lors des travaux d'élargissement de l'Escaut au cours des années soixante.  

Gabrielle fréquente l'école maternelle des Dames de la Sainte-Union, à la rue des Campeaux. Pas bien longtemps, car, en 1898, son père, Jules, représentant de commerce à ses heures, mais surtout passionné par la mécanique, décide de s'établir à Ath où la famille va habiter un immeuble de la chaussée de Mons. Jules Petit pense y faire fortune car le couple et ses quatre enfants (Hélène, Gabrielle, Louise et Jules) vit dans un état proche de la misère.

Dans la cité des Géants au lieu de s'améliorer la situation familiale va encore se dégrader en raison de la grave maladie dont est victime la mère. On raconte que pour nourrir sa famille, celle-ci doit s'endetter auprès des commerçants et même vendre des souvenirs ou certains meubles pour faire face à une intervention chirurgicale. 

Tournai Gabrielle Petit.JPGtournai,guerer 1914-1918,espionnage,gabriellle petit

 

Durant celle-ci les enfants furent placés en demi-pension chez des religieuses à Ath. Transférée à Bruxelles, la mère mourut. Dès lors, Gabrielle Petit sera hébergée au couvent des Dames du Sacré-Cœur à Mons où son père l'oublia totalement allant jusqu'à ne plus payer les frais relatifs à son entretien. Un cousin, Mr. Bara, la recueillit et la confia, en 1902, à l'orphelinat de Brugelette, tenu par les Sœurs de l'Enfant-Jésus. La petite "Gaby", c'était son surnom, n'eut pas une vie des plus facile au sein de cet établissement à l'éducation rigide. Les corvées de nettoyage, d'épluchage de légumes et le côtoiement de certains enfants à l'éducation plus que sommaire vont forger peu à peu son caractère.

En 1908, âgée de quinze ans, elle quitte l'orphelinat et reprend contact avec son père, remarié, qui habite désormais à Malines où il est à la tête d'une maison de commerce prospère. C'est surtout grâce à l'insistance de sa seconde épouse à qui il avait omis de parler de ses enfants que la famille fut à nouveau réunie. Arrivée au mois d'août 1908, Gabrielle quitte rapidement un père qui la considérait comme bonne à tout faire.

Hélène, sa sœur, qui avait trouvé un emploi à Bruxelles lui propose alors une place de gouvernante d'enfant chez Madame Butin.

Une jeune et jolie jeune fille au caractère bien trempé.

Les historiens et surtout les photos qu'on a d'elle décrivent Gabrielle Petit comme étant jolie, possédant un charme primesautier, une femme aux cheveux châtains, aux mèches folles, aux yeux brun-vert, toujours joyeuse même dans l'adversité, avec une volonté de fer malgré une âme douce, éprise d'idéalisme chrétien.

De Charybde en Scylla.

Après son départ de Malines, durant son séjour dans la capitale, elle habite une mansarde de location à la chaussée d'Anvers. Elle se lie d'amitié avec sa logeuse, une certaine Madame Collet. Pour subsister, elle occupe de multiples petits boulots (vendeuse dans un magasin de fournitures pour modiste à la rue Josaphat, servante dans une pâtisserie de la rue d'Edimbourg et finalement... serveuse dans un bar du côté de la gare du Midi). En mars 1914, elle rencontre un jeune sous-officier, Maurice Gobert, dont elle s'éprend. Les deux jeunes gens seront rapidement fiancés et Gabrielle quitte le bar, dont le patron, un certain Delorge, voulait la pousser à se prostituer. Elle décroche un emploi de lingère à l'Hôtel Cosmopolite, près de la gare du Nord. 

Face à son destin.

L'agression allemande contre son pays révolte cette jeune fille foncièrement honnête et elle décide de combattre l'ennemi déclarant à son fiancé :

"La Patrie nous appelle, nous la servirons tous les deux..."

Elle se met au service de la Croix-Rouge de Molenbeek Saint-Jean où elle veut être ambulancière.

Ouvrons ici une parenthèse pour mettre deux thèses d'historiens en opposition : l'un déclare que, soucieux d'éviter une mésalliance, les parents de Maurice Gobert lui font rompre ses fiançailles et que Gabrielle Petit, en proie à un immense chagrin, quitte Bruxelles pour se réfugier en Hollande. L'autre version nous renseigne qu'elle souhaite sauver son fiancé des griffes allemandes et qu'elle l'aide à franchir la frontière hollandaise afin de rejoindre les troupes commandées par le roi Albert 1er sur le front de l'Yser. Considérons que cet épisode n'a que peu d'importance au regard de ce qui va suivre.

Gabrielle Petit, scandalisée par la barbarie allemande, a décidé de combattre l'occupant et s'engage au Service de Renseignements où elle sera la collaboratrice d'un certain Backelmaens. Alors qu'on lui a présenté les risques inhérents à ce choix, elle a répondu :

"J'ai bien réfléchi, je persiste car cette carrière signifie le dévouement total à la Patrie, le maximum de ce que peut faire pour son pays, une femme et une fiancée de soldat (confirmation de sa non-rupture ?)".

Espionne pour le compte des alliés.

Les alliés recherchent à cette époque des agents susceptibles de les renseigner sur les déplacements de l'armée allemande en territoire occupé.

En juillet 1915, par Rotterdam, elle sera envoyée à Londres pour recevoir son instruction. Apprenant très vite, celle-ci sera brève et, le 18 août déjà, par la Hollande, elle revient à Bruxelles. On lui a attribué le secteur allant d'Ypres à Maubeuge et, à ce titre, elle viendra souvent à Tournai et dans la région du Nord de la France.

Un de ses rapports, datant du 30 septembre 1915, met en lumière les éléments suivants :

"Tournai - 30 septembre 1915 - ville et environs dépourvus de troupes - quelques hommes de réserve gardent voies, routes et ports - A peine 300 dans les casernes - Casques plats de couleur uniforme croix verte - col uni marqué XIX/8 et VIII/18 - épaulette bleue ordinaire sans autre signe - Par contre, hôpitaux, ambulances, séminaires, écoles regorgent de blessés...".

Excellente espionne, elle utilisera les travestissements : colporteur de journaux, bonne d'enfants, voyageur de commerce ou simple réfugiée, elle agit sous le nom de code de "Mademoiselle Legrand".

Son réseau sera découvert par les Allemands qui repèrent son domicile à la chaussée d'Anvers à Bruxelles. Elle sera filée par des agents du contre-espionnage allemand et, le 2 février 1916, à 13h, un "correspondant" va sonner chez elle pour récupérer les documents. Elle ignore que celui qui devenait venir avait été arrêté par les services ennemis et qu'un de leurs hommes, un Hollandais collaborateur, avait pris sa place. Dès ce jour, la maison sera surveillée afin de faire tomber un maximum d'agents qui s'y rendent. Un mois plus tard, Gabrielle Petit est arrêtée par la police allemande. Sa logeuse et des membres de sa famille sont également emmenés et emprisonnés.

Une attitude héroïque.

 Le procès se tiendra dans la grande salle du Sénat où l'auditeur militaire Stroeber prononce la peine de mort contre la Tournaisienne d'origine et une peine de quinze années de travaux forcés pour sa logeuse, Hélène Collet, considérée comme complice. Pendant quatre semaines, Gabrielle Petit sera emprisonnée à Saint-Gilles, tous les recours introduits par sa famille seront rejetés, la jeune femme parviendra à disculper Mme Collet qui pourra ainsi regagner son domicile. A l'aube du 1er avril 1916, elle fut conduite au Tir National pour y être exécutée, elle refusa le bandeau qu'un soldat lui tendait, face au peloton d'exécution elle dit :

"Vous allez voir comment une femme belge sait mourir"

et lorsqu'éclata la salve, à 6h45, ces derniers mots furent :"Vive la Belgique, Vive le Roi".Le 29 mai 1919, elle eut l'honneur de funérailles nationales célébrées par le cardinal Mercier en l'église de Schaerbeek. Le 18 mai 1924, en présence de la reine Elisabeth de Belgique fut inauguré un monument en bronze, œuvre du statuaire Paul Dubois, à l'ombre de l'église Saint-Brice, en un lieu qui deviendra la place Clovis. L'ancienne place Saint-Jean située à proximité de sa maison natale portera désormais son nom.

 

(sources : "Biographies Tournaisiennes es XIX e et XXe siècle" de Gaston Lefebvre - recherches personnelles - photos de Mélanie Devaderre)

 

17:18 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, guerer 1914-1918, espionnage, gabriellle petit |

16 mai
2014

10:01

Tournai : 1914-1918, les acteurs d'une tragédie (3)

Comme souvent lorsqu'un pays est plongé dans la tourmente, nombreux furent les Tournaisiens qui se comportèrent en héros lors de ce premier conflit mondial. Issus des milieux les plus modestes jusqu'aux plus aisés, des hommes et des femmes démontrèrent leur appartenance au pays et luttèrent, dans le secret souvent, jusqu'à donner leur vie, pour sauvegarder son intégrité territoriale et la liberté de ses habitants. Peu nombreux, hélas, sont encore ceux qui se sentent redevables de gratitude à leur égard.

Mes recherches m'ont permis de rencontrer Mr. José Van Hulle qui s'est donné pour mission d'être un "passeur de mémoire" et à ce titre rencontre les jeunes générations et les invitent à participer aux cérémonies du souvenir. Celui-ci m'a brièvement conté l'histoire de Léon Desobry, un nom bien connu à Tournai puisque la famille est à la tête d'une biscuiterie renommée depuis plusieurs générations.  

Léon Desobry ou "l'appel du front".

Léon Desobry avait à peine 17 ans (il était né en 1897) lorsqu'éclata le premier conflit mondial. Malgré son jeune âge, il n'hésita pas un seul instant à s'engager dans l'armée dans le but de servir la patrie. Il voulait rejoindre ses frères ainés, Albert et Henry, enrôlés au début de la guerre. Bien qu'il fut désireux de rejoindre au plus vite le front, Léon Desobry fut engagé comme interprète auprès de l'armée anglaise. Son désir de rejoindre le front le fit envoyer à Fécamp pour y recevoir un formation de combat à l'arme blanche. Il réussit celle-ci et fut, de ce fait, promu au grade de sergent, on lui proposa de devenir instructeur pour les jeunes recrues mais son souhait initial n'avait pas changé.

C'est au grade de caporal qu'on le retrouva alors sur le front de l'Yser où il va multiplier les actes de bravoure comme l'attaque d'un bunker allemand sous le feu du bunker voisin ou encore l'approche des lignes ennemies pour comprendre la raison des mouvements des troupes allemandes (il découvrit, à cette occasion, que l'ennemi utilisait la technique des fausses haies mobiles qui lui permettait d'approcher sans se faire remarquer des tranchées alliées). Le commandement ne sachant pas quel régiment se trouvait face au sien, Léon Desobry n'hésita pas à s'approcher de la tranchée ennemie, à sauter dans celle-ci, à tuer au couteau un soldat et, avec l'aide de compagnons, à ramener sa dépouille pour identification.

Vers la fin de la guerre, dans la forêt de Houthust dont nous aurons l'occasion de reparler,  lorsque son régiment, le 23ème de ligne, lança une offensive, il fut gravement blessé recevant quatre balles de mitrailleuse, deux dans le bras et deux dans le bassin. Laissé pour mort par les brancardiers qui passèrent près de lui, il faut sauvé, in extrémis, par ses deux frères partis à sa recherche. Evacué sur La Panne, il fut veillé, la première nuit, dans la chapelle des Pères Oblats par la reine Elisabeth, l'épouse du roi Albert 1er. Quand son état le permit, il fut transféré et hospitalisé à Ypres où il resta deux ans. 

Entretemps la guerre avait pris fin, revenu à la vie civile, il partit pour Bruxelles où il donna des cours d'anglais au collège Cardinal Mercier. C'est là qu'il rencontra Marguerite qui deviendra son épouse et lui donnera huit enfants. Léon Desobry est mort en 1973, à l'âge de 76 ans.

Herman Planque, le "roctier inébranlable".

Cet habitant d'Allain, petit hameau situé aux portes de la cité des cinq clochers, était né le 3 mars 1890 à Lille (F). Il exerçait la profession d'ouvrier carrier, plus communément appelé "roctier" dans le Tournaisis. Un dur labeur car ce "chaufournier-défourneur" était la personne qui déchargeait la chaux-vive des fours dans des brouettes en tôle, seul élément capable de résister à la très forte chaleur.

Dès la première année de guerre, l'occupant allemand s'attela à réquisitionner les matières premières mais aussi les outils des entreprises. Des usines furent entièrement vidées de leur matériel qui prit le chemin de l'Allemagne. Les entreprises ainsi dévalisées furent incapables de produire et des centaines d'ouvriers se retrouvèrent, du jour au lendemain, à la rue. Le but de l'ennemi au travers de ce "butin de guerre" était d'enrichir l'Allemagne tout en appauvrissant le pays occupé et surtout de mettre à disposition des usines allemandes de la main d'œuvre.

A Tournai, l'orstkommandant Schuster organisa, dès 1916, de nombreuses rafles parmi les ouvriers au chômage. Le 18 octobre, les soldats allemands frappèrent à la porte de la petite maison occupée par Herman Planque à Allain et l'emmenèrent de force rejoindre 180 autres travailleurs réquisitionnés comme lui. Dans des wagons de marchandises, ces hommes prirent le chemin de Fresnes-les-Condé (Nord de la France) avant d'être conduit à Prémontré. C'est à Sainte-Beuve qu'Herman Planque fut transféré. Là, il refusa obstinément de se mettre au service de l'ennemi.

Décrit comme un homme athlétique, résistant à la douleur, il fut alors torturé et subit de nombreuses privations qui eurent tôt fait de le transformer en "loque humaine". A l'agonie, il fut ramené à Tournai, le 27 avril 1917 où il mourut deux jours plus tard. Il avait 27 ans.

Devenu le symbole de la résistance passive à l'ennemi, son nom a été donné à place du hameau d'Allain. Sur la plaque on peut lire : "place Herman Planque, symbole de la résistance patriotique, qui mourut en martyr plutôt que de travailler pour l'ennemi". Un monument a été également érigé à sa mémoire, un bloc de pierre porte la mention : "Herman Planque 1890-1917 - ils ne feront jamais branler un "roctier", mots qu'il a prononcé à la veille d'être emmené pour le travail obligatoire.

(sources : Léon Desobry, du 23e régiment d'infanterie, récit écrit par Albert son fils, indiqué par Mr. Jose Van Hulle que je remercie (voir ce récit complet et photos sur internet) - "Biographies tournaisiennes des XIX et XXe siècles" de Gaston Lefebvre et articles parus dans la presse locale concernant Herman Planque).

S.T. mai 2014

 

14 mai
2014

10:09

Tournai : 1914-1918, les acteurs d'une tragédie (2)

Louise de Bettignies, une frêle jeune femme devenue résistante et espionne.

Louise, Marie-Jeanne, Henriette de Bettignies est née le 15 juillet 1880 dans la ville française de Saint-Amand-les-Eaux (Nord), commune située à moins de vingt kilomètres de la cité des cinq clochers.

Elle est issue d'une très vieille famille noble dont on trouve déjà la trace au XIIIe siècle dans la région de Mons. Un des ses aïeux, François-Joseph Péterinck de la Gohelle est venue de France s'installer à Tournai et a fondé, sur le quai des Salines, à proximité du Pont des Trous, la célèbre fabrique de porcelaine d'art qui fera la renommée de la cité scaldéenne et portera d'ailleurs le titre de Manufacture impériale et royale.

Au tout début du XIXe siècle, un descendant, Maximilien-Joseph de Bettignies, avocat inscrit au barreau de Tournai, grand-père de Louise de Bettignies, va ouvrir une filiale de la fabrique à Saint-Amand-les-Eaux, celle-ci sera gérée par le père de Louise.

Après des études secondaires effectuées chez les Sœurs du Sacré-Cœur à Valenciennes, Louise de Bettignies, jeune fille d'apparence fragile (un élément important à souligner) va déménager à Lille. A peine installée dans la grande ville nordiste, elle quitte sa mère devenue veuve et rejoint l'Angleterre où elle poursuit des études chez les Ursulines à Upton et ensuite à Wimbledon et Oxford. En 1903, elle revient à Lille et s'inscrit à la Faculté des Lettres de l'Université. Son séjour en Angleterre lui a permis de parfaire ses connaissances en langue anglaise qu'elle parle désormais couramment. En outre, elle possède des notions d'Allemand et d'Italien.

Quittant une nouvelle fois la France, on la retrouve en Italie, à Milan tout d'abord, et en Autriche ensuite où elle exerce la fonction de préceptrice auprès de la princesse Elvire de Bavière. C'est dans ces circonstances qu'elle parfait ses connaissances des langues italiennes et allemandes.

Au début de l'année 1914, elle revient à Lille, une cité qui sera déclarée "ville ouverte" le 1er août. A partir du mois d'octobre, Louise de Bettignies va prendre une part active au conflit, elle ravitaille les soldats qui défendent la cité mais se rend également dans les hôpitaux afin d'écrire aux familles les correspondances de soldats allemands mourants.

Elle va alors entrer en contact avec le service d'espionnage anglais de l'Intelligence Service et établir un vaste réseau d'espionnage qui va couvrir la région frontalière, elle le dirigera sous le nom d'Alice Dubois. Elle centralise les mouvements des troupes allemandes en Belgique et dans le Nord de la France et communique ces informations aux Anglais. Dans ce cadre, elle effectue de nombreux déplacement en Hollande.

Durant l'année 1915, elle va procéder au sauvetage de plus d'un millier de soldats britanniques.

Hélas, elle va commettre deux erreurs qui lui seront fatales :

Lors d'un de ses déplacements dans la région, elle va occuper une chambre à Estaimpuis qui a servi à piéger une résistante quelques temps auparavant et qui est surveillée par les Allemands. Cette erreur ne prêtera cependant pas à conséquence, les soupçons de l'occupant n'ayant pas été éveillés.

Au mois d'octobre se promenant avec une jeune fille à Froyennes, elle attira l'attention de deux allemands en civil qui la firent arrêter et transférer à Bruxelles où elle fut jugée pour espionnage. Le 16 mars 1916, le tribunal prononça à son encontre la peine de mort qui sera commuée en travaux forcés à perpétuité.

De nature frêle, affaiblie par l'emprisonnement, les privations et les mauvaises conditions de détention, elle fut victime d'une pleurésie et mourut dans un hôpital de Cologne, le 27 septembre 1916.

Elevée dans la religion catholique, rien ne laissait présager le destin héroïque de cette jeune fille assez timorée, de condition modeste suite à la faillite de l'entreprise de Saint-Amand-les-Eaux  et la mort de son père. Une jeune fille dont on dit même qu'elle envisageait, avant la guerre, d'entrer au couvent peut-être en raison d'une déception amoureuse devint une héroïne de ce premier conflit mondial.

Dans le village de Froyennes situé aux portes de la cité des cinq clochers où elle fut arrêtée, le long de l'ancienne route qui mène de Tournai à Courtrai, une plaque commémorative a été apposée en 1926 sur la façade d'un ancien café portant l'enseigne "Au Canon d'or" et la placette, à proximité, porte depuis lors son nom.

(sources : "Lille dans les serres allemandes" de René Deruyck - hommage paru dans la presse tournaisienne (Courrier de l'Escaut) - "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre);

S.T. Mai 2014.

10 mai
2014

09:30

Tournai : expressions tournaisiennes (273)

Edmeond n'est pos bin.

I-a eine paire d'sémaines asteur que j'n'aveos pus vu m'n'amisse Edmeond, j'deos bin avouer qu'ave les travéaux cha fait deux meos que je n'sors pus beauqueop de m'maseon. Adeon, ch'est in allant, mardi, à commissieons, ave m'feimme qu'on a rincontré l'arsoule de l'rue Montifaut à Froyennes.

On est cait d'zeur, par hasard, au détour d'eine allée et j'deos dire, inter nous, que j'l'ai trouvé bin cangé. In m'veyant ainsin ave m'n'air tout ébeubi, Fifinne m'a fait ein clin d'ouèl in derrière de li.

"Alors, Edmeond, commint qui va ?"

"Pos bin, j'sus ein ozieau pou l'cat !"

Fifinne elle a tout d'suite copé court à not' conversatieon, elle n'in a pus laicher placher eine à Edmeond.

"Mossieu i-a été vir l'docteur à l'clinique jeudi, et d'puis, bé, i-a attrapé toutes les maladies".

"Bé infin ... ch'est vrai, je n'me sins pos bin, j'ai du mau à mes gambes ou acore à mes reins. Au matin, in mettant mes cauchettes, quand j'sors de m'lit, tout i-tourne dins m'tiête, j'attrape à l'feos des toupiries, j'ai toudis les boyéaux qui groulent et ave m'n'estomac, j'ai bin de l'détoule... ave cha te n'sais pos l'pus pire, eine bière, j'ai des nausées rien qu'à l'vir".

J'deos dire que là, i-m'a total'mint convaincu, Edmeond, i-est grav'mint malate si i-n'beot pus.

"L'docteur i-n't'as pos laiché ainsin, i-t'as conseillé d'faire des examens".

"Ahais, i-m'a obligé d'faire ein "ketchup" (vous avez compris qui parleot d'ein check-up), j'ai d'jà l'pépette rien qu'd'aller faire l'résistance magnétique (on dit résonnance) après ce que m'a raqueonté, hier, m'visin Dominique, i-paraît qu'ave tous les épinards que m'fait minger Fifinne, j'risque d'rester pou toudis coller aux parois de l'machine (neon, annochint, quand on cope l'elestrique, t'orcais, ch'est ein principe d'physique). Après j'vas devoir subir, attinds que j'm'in rappelle, ahais, cha m'orvient, eine... "colposcopie" (cha, cha m'a profondémint ébranné, j'pinse qui vouleot dire colonoscopie, pasque si l'terme qu'i-a imployé i-est vrai, bé alors, ch'est in prumière pache de l'gazette qu'on va l'ortrouver). In puque, quand su m'gorche, i-a mis ses deux mains, l'docteur i-a dit je n'sins vraimint rien mais i-est possipe que vous avez des "modules su l'tyrolienne" (pou les ceusses qui n'ont pos saisi ch'est des nodules su s'glande thyroïdienne). L'dernière feos, dins mes analysses, i-aveot tell'mint d'chuque dins l'fiole qu'on m'a dit que j'orsanneos à l'chuqu'rie d'Barry-Maulde.

"Pindant l'jour, j'ai des colipes dins m'panche" j'sus plié in deux, j'ai toudis des vifes douleurs"

J'li ai répeondu : "ah beon, bé acore hureux que les colipes soiche'tent là et pos ailleurs"

"Tous les jours quand je m'liève, j'vas d'caleurs in fièfes, j'n'ai pus que l'pieau su les ossieaux, j'marche ave des gambes d'vieau, Fifinne elle ne veot même pos que j'décatis, j'ai perdu chinq kileos, à vue d'ouèl, j'maigris, j'sus dev'nu ein véritape esquelette, si cha continue j'vas m'ortrouver à Mulette".

Fifinne li a fait ormarquer: "bé d'puis qu'on est marié, te n'as jamais été fort épais, t'areos passé derrière eine affiche sans l'décoller et quand t'as b'soin d'un nouvieau costume pour eine grante occasieon, ch'est à peine si je n'vas pos vir dins l'rayeon prumière communieon !"

Edmeond i-éteot toudis dins ses problèmes, i-n'intindeot même pos l'veox de s'feimme.

"L'garcheon de m'visin qui fait des études d'vétérinaire, i-a lommint busié à m'cas et i-m'a dit hier : Tout queompte fait, t'as pétête eine inflammtieon du Père Antoine" (cha deot ête l'terme qui m'a dit, pou mi cha deot ête eine maladie d'moine) et i-a ravisé s'mopère Dominique et les eautes ave eine dreôle de mimique. Neon mais, te veos d'ichi l'Optimisse que, tout à n'ein queop, m'coleon i-s'met à esploser et qu'i-a tell'mint d'morcieaux qu'on'sait pus l'orcoller".

Edmeond i-éteot au pus mal, i-n'aveot pos l'moral.

Quand i-s'a infin arrêté d'parler s'feimme, Fifinne, elle a pu infin in placher eine :

"Mo Dieu, l'Optimisse, t'es tout blanc, d'couleur t'as cangé, te m'as l'air tout paf, tout ortourné, te n'deos surtout pos t'in faire ainsin, tout cha... ch'est des paroles de quervassin, l'origine de ses misères, ch'est tout simplemint l'bière. I-n'f'reot pos des jeones de cat si i-buveot du coca, cette espèce de colas. Ch'est normal qu'après quate ou chinq deuvel, i-a des tourniches et i-a sommel et ch'est à chaque feos qu'i-a eine chique que Mossieu attrape des coliques. Après eine dizaine d'pale-ale, i-s'met à dégobiller et l'paufe Fifinne elle est beonne pou tout nettier, asteur, j'passe l'mitan d'mes journées ave à m'main l'loque à r'loqu'ter"".

"Et tous les bleus que j'ai su les bras, ch'est aussi l'bière qui est à l'origine d'cha ?"

"Bin seûr qu'ahais, chaque feos t'es quervé, te n'tiens pus su tes cholles et te cais !"

L'teon i-aveot soudain meonté et les gins commincheot'ent à nous orwettier, comme i-alleot ête midi j'ai préféré les laicher, après tout i-n'aveot'ent qu'a s'débrouiller.

Aujord'hui, Fifinne m'a appelé pou m'deonner des nouvelles, Edmeond i-aveot orchu ses résultats l'velle :

"On sait infin pourquoi i-est tout patraque, i-paraît que m'n'heomme i-est hypocondriaque"

J'éteos rasseuré jusqu'au momint où elle a rajouté :

"Inter nous, pindant qu'i-n'est pos là, te pinses que ch'est grafe ceulle maladie là, pasque j'ai bin peur qu'i-n'd'a pus pou lommint et n' pus l'vir cha f'reot quand même du chagrin et, te sais,  i-a eine pétite séquoi qui m'carmousse, quand i-va deonner du sang, j'l'ai bin vu, cha mousse !"

 

(lexique : asteur : maintenant / m'n'amisse : mon ami / ein meos : un mois / beauqueop : beaucoup / adeon : donc / l'arsoule : l'arsouille / on est cait d'zeur : on est tombé dessus (sans se faire mal heureusement, c'est une expression) / inter nous : entre nous / cangé : changé / in m'veyant ainsin : en me voyant ainsi / ébeubi : extrêmement étonné, stupéfait / ein clin d'ouèl : un clin d'œil / ein ozieau : un oiseau (ête ein ozieau pou l'cat : voir sa fin prochaine) / coper : couper / laicher : laisser / placher : placer / avoir du mau : avoir mal / les gambes : les jambes / acore : encore / les cauchettes : les chaussettes / à l'feos : parfois / des toupiries : des vertiges, des éblouissements / grouler : gronder / avoir de l'détoule : avoir des ennuis, connaître des problèmes / vir : voir / i-beot : il boit / avoir l' pépète : avoir peur / raqueonter : raconter / minger : manger / toudis : toujours / annochint : innocent / l'élestrique : l'électricité / orcaire : retomber / ahais : oui / ébranné : ébranlé / l'prumière pache : la première page, la "une" d'un journal / in puque : de plus / l'gorche : la gorge / possipe : possible / les ceusses : ceux / du chuque : du sucre / orsanner : ressembler / eine chuqu'rie : une sucrerie / des colipes : des coliques / l'panche : le ventre / vifes : vives / aller d'caleurs in fièfes : aller de plus en plus mal / les ossieaux : les os / ein vieau : un veau / décatir : perdre ses forces, voir sa santé s'étioler / ein esquelette : un squelette / Mulette : nom désignant le cimetière du Sud à Tournai / ormarquer : remarquer / grante : grande / l'veox : la voix / l'garcheon: le garçon / l'visin : le voisin / lommint : longtemps / busier : penser / pétête : peut-être / raviser : regarder / l'mopère : le père / les eautes : les autres / tout à n'ein queop : tout à coup / orcoller : recoller / infin : enfin / avoir l'air tout paf : être profondément saisi, étonné, éberlué / ortourné ; retourné / ein quervassin : un ivrogne / faire des jeones de cats : vomir / ein colas : un niais, un innocent / des tourniches : (synonyme tournaisien de toupiries), des vertiges / avoir eine chique : être ivre, saoul / dégobiller : vomir / nettier : nettoyer / l'mitan : la moitié / l'loque à r'loqu'ter : la serpillière / quervé : saoul / ne pas t'nir su ses cholles : ne pas avoir d'équilibre / orwettier : regarder / orchu : reçu / grafe : grave / ceulle : cette / eine pétite séquoi : un petit quelque chose / carmousser : chagriner, inquiéter / ).

S.T. mai 2014   

09:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

06 mai
2014

14:28

Tournai : 1914-1918, les acteurs d'une tragédie (1).

Etre passeur de mémoire.

La réalité dépasse bien souvent la fiction et le premier conflit mondial contient tous les ingrédients qu'on peut retrouver dans un drame théâtral, à la différence importante que les hommes et les femmes qui moururent ou furent gravement blessés durant celui-ci ne se relevèrent pas à la fin du spectacle pour saluer un public.

Comment aborder cette commémoration ? Comment transmettre aux jeunes générations, le déroulement de cette époque tragique ? Comment donner à la jeunesse d'aujourd'hui, le goût de découvrir des évènements vieux d'un siècle, soit presque la préhistoire pour une majorité qui la compose, plus tournée vers l'avenir que vers le passé. A l'ère d'internet et des tablettes comment peut-on encore captiver un jeune en tentant de lui donner des explications ?

On peut éventuellement publier un recueil de photos choquantes montrant jusqu'à quel niveau l'homme peut aller dans la barbarie, la cruauté, le mépris de ses semblables mais, comme nous sommes quotidiennement abreuvés de ces "scoops" sanglants, on risque tout simplement de provoquer un effet comparable à celui de l'explosion d'un pétard mouillé.  

On peut également dresser une chronologie des divers évènements débutant quelques temps avant le début du conflit et se terminant après la signature de l'armistice mais cela risque d'être long et fastidieux pour des adolescents beaucoup trop habitués à recevoir des concentrés d'informations tenant parfois en quelques lignes. Désormais, on ne recherche plus le détail, on survole l'actualité !

Si ces travaux sont loin d'être inutiles pour rafraîchir la mémoire parfois défaillante des plus anciens, ils risquent cependant de ne pas apporter l'effet escompté chez les plus jeunes.

Il fallait donc réfléchir longuement à la façon dont le blog "Visite Virtuelle de Tournai" allait décrire les bouleversements engendrés par ces quatre années de guerre au niveau de la population tournaisienne ou raconter ces faits glorieux, ces sacrifices passés peu à peu dans l'oubli.

Il fallait intéresser, captiver, donner l'envie d'en savoir toujours plus, tout en respectant au pied de la lettre la vérité historique. L'idée est donc venue de construire le récit comme on écrit une pièce de théâtre. Planter le décor, présenter les principaux acteurs mais aussi les trop nombreux figurants, développer l'action jusqu'à l'acte final : l'armistice du 11 novembre 1918. 

Dans les écrits précédents (parus les 16 et 21 avril), le décor (tant international que local) a déjà été planté. Il est donc temps de passer au générique dans lequel les héros et les figurants jouent leur propre rôle, des gens ordinaires qui vont se révéler extraordinaires, des personnages issus de différentes classes sociales qui vont lutter conjointement jusqu'au bout de leur force, jusqu'à y perdre la vie pour défendre un idéal, la liberté. Des êtres humains qui ont marqué l'Histoire et que nous avons parfois oubliés ou souvent totalement méconnus parce que le temps qui passe agit comme une gomme qui efface peu à peu les faits.

Edmond Wibaut, un bourgmestre dans la tourmente.

Edmond, Victor, Antoine Wibaut va devenir bourgmestre de Tournai par la force des choses. Né le 23 février 1867 au n°16 du quai Vifquin au sein d'une famille bourgeoise, il entamera les études à l'Ecole des Frères de la rue des Choraux et les poursuivra au Collège Notre-Dame des Pères Jésuites. Les études secondaires terminées, il s'inscrit à l'Université catholique de Louvain où il suit les cours de droit. Diplômé quatre ans plus tard, en 1889, il revient dans sa ville natale et s'inscrit au barreau de Tournai. En 1891, il exerce les fonctions d'avoué et de juge suppléant au Tribunal de première instance.

Le jeune Edmond Wibaut est attiré par la politique. Il y fait ses premières armes, dès 1890, au sein de la "Jeune Garde catholique". Il entre au Conseil communal en 1904. Lors de la retentissante victoire du Parti Catholique à l'issue des élections du 20 octobre 1917, il fait son entrée au Collège et se voit attribuer l'échevinat des travaux. Durant son mandat, on procèdera au comblement de la Petite Rivière et on aménagera des espaces verts le long de la ceinture des boulevards.

Lorsque le conflit éclate, il est un des rares mandataires communaux à rester à son poste et il réunit autour de lui un collège de remplacement dans lequel il assumera la fonction de bourgmestre. A ce titre, il est en première ligne face à l'occupant allemand. En 1916, le général allemand, commandant la ville étape de Tournai, lui intima l'ordre de lui fournir la liste des ouvriers chômeur, il refusa et pour cette raison fut déporté au camp d'Holzminden en compagnie de quatre-vingt ouvriers originaires de la cité des cinq clochers et du village de Templeuve. Le besoin d'action envers les plus démunis amène Edmond Wibaut à devenir, au sein de ce camp de prisonniers, le président de l'Œuvre de Bienfaisance. En 1917, comme il rencontrait de sérieux problèmes de santé, il fut transféré en Suisse. Au début de l'année 1919, il rentre de cet exil forcé et est officiellement élu bourgmestre lors des élections du 27 juin. Cette fonction de premier magistrat de la Ville, il l'occupera jusqu'en 1933 et restera ensuite conseiller communal jusqu'en 1952. Il décède le 24 mars 1956. Sa fille, Gisèle, née à la veille du conflit, prendra la relève et sera élue sénateur, conseillère communale et échevin de l'Etat-Civil.

Le général Antoine de Villaret, un officier français venu pour défendre Tournai.

Antoine, Marie, Alexandre de Villaret est né le 22 février 1852, dans un village du Lot (F) du nom de Saint-Laurent-Lolmie, une bourgade d'environ 600 habitants à l'époque de sa naissance dont son père fut le maire de 1852 à 1860 et 1863 à 1872.

A-t-il débuté ses études au sein de ce village, rien ne permet de le préciser, toutefois, en 1866, à l'âge de 14 ans, il entre au Lycée impérial de Toulouse, en 1867, il suit les cours de Mathématiques élémentaires et obtient un prix d'excellence. En 1868, il est reçu au Baccalauréat es-sciences. Un an plus tard, il fait son entrée à la prestigieuse Ecole impériale militaire de Saint-Cyr, il en sort le 14 août 1870, au sein de la Promotion du Rhin en qualité de Général de Brigade.

1870-1871, un conflit oppose la Prusse et l'ensemble des états allemands à la France, le traité de Francfort de mai 1871 consacre la victoire de l'Allemagne et lors du traité de Versailles, la France perd l'Alsace (tout en conservant le territoire de Belfort) et une partie de la Lorraine. Au cours de ce conflit, le tout jeune Antoine de Villaret sera fait prisonnier et partira pour un camp en Allemagne.

Du 23 décembre 1909 au 25 juin 1911, il est adjoint au commandant en chef, préfet du 1er arrondissement maritime et gouverneur désigné de la place de Cherbourg. Du 25 juin 1911 au 22 août 1913, il commande la 39e brigade d'infanterie de la subdivision de la région de Saint-Lô. Le 2 août 1914, il prend le commandement des régiments des Territoriaux de Vendée dont le 84e de Fontenay, des hommes qui vont s'illustrer par leur héroïsme, lors de la bataille du faubourg Morelle à Tournai, le 24 août 1914. Il y sera fait prisonnier et jusqu'au 8 octobre 1917, il part en captivité à Torgau en Allemagne. Il décèdera le 5 janvier 1926, à l'âge de 73 ans.

(à suivre)  

(sources : les éditions du Courrier de l'Escaut de l'époque - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre, ouvrage paru en 1990 et publié par la société d'Archéologie industrielle de Tournai - échange de correspondances avec Madame Claire de Villaret, arrière petite-nièce du général Antoine de Villaret). 

03 mai
2014

13:45

Tournai : expressions tournaisiennes (272)

Cha alleot mieux dins l'temps !

Combin d'feos on a d'jà, tertous, intindu ceulle réflexieon que feont les perseonnes pus âgées dins leu conversatieon : cha alleot mieux dins l'temps ! Ch'est vrai... quand on aveot vingt ans, on éteot d'jà des sauvaches pou nos parents. I-a eu les génératieons zazous, blouseons noirs, yé-yé, beatnicks, punks ou bin gothiques... et, à chaque feos, pou les adultes de l'époque : ch'éteot mieux avant ! Mais quand on busie bin dins no tiête... quoisque ch'éteot l'beon vieux temps, l'ceu que certains orgrettent.  

On mingeot sain !

Ces gins nous raqueontent que l'vie éteot beauqueop pus belle et moins tchère qu'aujord'hui, ainsin, quand on alleot chez l'boulanger, on payeot huit francs (0,20 euros) pou l'pain, ave invireon chint francs (2,50 euros) on aveot l'viante à peu près pou toute l'sémaine, les légueumes et les fruits qui v'neotent d'Kain, d'Eperchin ou bin d'Lesdain, i-aveot'ent pus d'goût et on n'metteot pos pa d'zeur de l'pourette d'perlimpinpin. Comme on mingeot seul'mint les produits qu'on produiseot pos leon dusqu'on habiteot, que les cosses qu'on acateot n'deveot'ent pos printe l'avieon pou arriver ichi et comme i-n'aveot pos chinquante intervenants pou s'sucrer au passache, bé tout cha coûteot... presque rien. Bin seûr, on éteot habitué à n'pos faire gnein-gnein, on orcheveot des mandarines à l'Saint-Nicolas et pos souvint des mangues ou des ananas, on n'saveot pos che qu'éteot ein kiwi ou bin des litchees, on attindeot l'meos d'sétimpe pou minger des peommes ou du rogin et pou garder les fruits pou l'morte saiseon, nos gramères quand i-in aveot d'treop, feseot'ent des confitures et des fruits au chireop. Nos mamères prépareot'ent des tartes au risse, aux preones ou au mateon et j'ai l'raminvrance de leu beonne naque quand elles cuiseot'ent dins l'four de l'cuisinière au carbeon. Cha alleot bin mieux avant !

L'cauffache... ch'éteot ein ouvrache !

Ahais, mes gins, dins l'temps, on n'aveot pos l'cauffache central, ch'est au beos ou carbeon qu'on cauffeot nos maseons. Quand l'auteomne frappeot à no porte, on veyeot passer les carbonniers portant les sacs su leu deos pou vider pa les rayères d'cave. Seule l'pièche ou s'teneot éteot cauffée et l'saleon, seul'mint, quand on orcheveot des invités. Au soir, avant d'aller coucher, on preneot l'brique in tierre cuite qu'on aveot mis dins l'four, on l'intoureot d'un essuie et on l'placheot dins no lit pour récauffer les draps. Au matin, l'hiver, on veyeot les fleurs de gel su les cassis, spectaque éphémère que l'solel s'impresseot d'faire feonte. Pindant que l'mopère s'prépareot pou partir à l'ouvrache, l'mamère allumeot l'feu-crapéaud in mettant du beos, du papier et du carbeon, cha finqueot dins l'maseon et montant pa l'quémeinée, l'feumée invahisseot alors l'ruache in ein brouillard qui f'seot picoter les is et à l'gorche feseot des catoupis. A l'feos, i-aveot ce qu'on app'leot ein ortour d'flamme, cha buqueot dins l'poêle et bin qu'on éteot habitué, on n'pouveot pos s'impêcher d'sursauter. I-a pos à dire cha alleot mieux avant.

A l'usine !

Les ouverriers commincheot'ent à ouvrer à quinze ou seize ans ou parfois bin avant. A l'usine, l'ouvrache i-s'feseot à l'forche des poignets, on aveot intérêt d'avoir les bras bin musclés car ch'est pindant pus d'quarante-chinq heures su l'sémaine qu'on travailleot. A l'fin du meos, l'ouverrier orcheveot s'n'inv'loppe ave s'salaire, i-aveot tout au puque deux ou treos mille francs (chinquante euros à septante-chinq euros). L'lindi, à chinq heures, après s'n'ouvrache, i-resteot in route, i-alleot au cabaret boire ses pintes et jeuer aux fiers ou à cartes. Quand ch'éteot les fiêtes patronnales, les ceulles qu'on appelle aussi les "fiête des saint qu'on beot" (Sainte-Cécile, Sainte-Barbe, Saint-Eleo...), i-rintreot bin tard et dins l'quartier on intindeot les cris de l'bacchanale, l'feimme berler, à chaque queop qu'elle alleot l'quitter, les infants braire et les tchiens des visins aboyerQuand commincheot'ent à voler les assiettes s'écrasant su l'rue in passant pa l'ferniête, on veyeot s'abouler treos ou quate sergints d'ville qui v'neot'ent pou tout calmer. L'lind'main, l'ménache rabistoqué pourméneot comme si i-n's'aveot rien passé !I-a vraimint pos à dire cha llaeot bin mieux avant.

On saveot s'ditraire ave deux fois rien ! 

Pou jeuer, ein infant feseot appel à s'n'imaginatieon. Ainsin pou créer ein meonte tout intier, on li donneot quelques morcieaux d'beos, du carteon et de l'pâte à modeler, ave des soldats d'pleomb ou bin des poupées d'chiffeons, garcheons et files i-jeueot'ent dins ein coin de l'maseon. Ave ein jeu d'cartes, l'mamère feseot des réussites, l'mopère liseot in tirant su s'touquette, à l'caleur de l'busse, l'gramère réciteot, d'eine veox base, s'cap'let et l'grand'père dormeot dins l'fauteul. L'après-deîner du diminche, l'vie éteot rythmée pa l'grante horloche murale dont l'balancier feseot intinte ein tic-tac qu'on écouteot pus. Les nuits du saim'di au diminche éteot'ent calme, propices à l'orpeos après eine leonque sémaine, i-n'aveot pos ein bruit, si fait, à l'feos, l'pétarade d'eine auteo ou d'eine moteo ou bin l'cancheonne d'ein quervé qui s'in alleot, d'leon in larche du trottoir, in ortrouvant toudis l'quémin de s'maseon. L'diminche au soir, l'feimme prépareot l'malette de s'heomme, l'lind'main, elle n'areot pus qu'à mette l'galu rimpli d'café et les tarteines au gambeon ou au fromache. Puisqu'on vous l'dit que cha alleot mieux avant !

On aveot des principes !

L'mam'zelle, elle alleot pou l'prumière feos au bal, l'jour de ses vingt ans pasqu'i-commincheot à ête temps de li trouver ein galant. Pou asseurer s'sécurité, papa et maman éteot'ent à ses côtés. Ch'est au mopère et à l'mamère qui deveot tout d'abord plaire, le brafe cavalier avant d'avoir l'autorisatieon d'imm'ner l'file valser. In l'observant discrèt'mint, les parints de l'file essayeo'tent d'juger si ch'éteot ein garcheon d'beonne famile et pou la rincontrer après ch'éteot pos dins l'rue qu'i-alleot li queonter fleurette mais bin à domicile. Les jeones tourtereaux alleot'ent courtiser pindant au moinse toute eine ainnée. Bé cha alleot bin mieux avant !

In conclusieon !

On mingeot sain, on feseot vife les producteurs d'no régieon, on n'aveot pos b'soin de l'Afsca, su les produits i-n'aveot pos d'date d'péremptieon. Comme on n'éteot pos fort riche, qu'on n'aveot pos bramint d'liards, on éviteot l'gaspillache et i-aveot presque pos d'chômache, ave nos déchets, on n'pollueot pos les bords des qu'mins, les boutelles vides on les ortourneot au magasin, on aveot ein cabat pou les commissieons, pos ein seul sac in plastique à no maseon, inter visins on saveot acore s'parler et avoir de l'solidarité quand i-d'aveot ein in difficulté. Ch'est vrai que pou tout cha, cha alleot pétête mieux avant ! 

 

(lexique : tertous : tous / ceulle : cette / des sauvaches : des sauvages / busier : penser / l'tiête : la tête / minger : manger / raqueonter : raconter / beauqueop : beaucoup / tcher : cher / aujord'hui : aujourd'hui / ainsin : ainsi / l'viante : la viande / les légueumes : les légumes / Eperchin : Esplechin, village appartenant au grand Tournai / pa d'zeur : dessus / l'pourette : la poudre / leon : loin / dusque : où / acater : acheter / printe : prendre / l'passache : le passage / bin seûr : bien sûr / faire gnein-gnein : faire la fine bouche, être exigeant / orchevoir : recevoir / sétimpe : septembre / du rogin : du raisin / l'chireop : le sirop / tarte au risse : tarte au riz / tarte aux preones : tarte aux prunes / avoir l'raminvrance : se souvenir / l'naque : l'odeur / l'carbeon : le charbon / l'cauffache : le chauffage / ein ouvrache : un ouvrage, un travail / du beos : du bois / cauffer : chauffer / les carbonniers : les marchands de charbon / l'deos : le dos / eine rayère : un soupirail, une ouverture en façade pour avoir accès à la cave et déverser le charbon / l'pièche : la pièce / l'tierre : la terre / placher : placer / récauffer : réchauffer / les cassis : les châssis / l'spectaque : le spectacle / l'solel : le soleil / feonte : fondre / l'mopère : le père / l'mamère : la mère / finquer : dégager énormément de fumée / l'quémeinée : la cheminée / l'feumée : la fumée / l'ruache : le quartier / les is : les yeux / l'gorche : la gorge / les catoupis : les chatouilles (faire des catoupis : chatouiller) / à l'feos : parfois / ein ortour : un retour / buquer : faire un bruit d'explosion, frapper violement sur une porte / les ouverriers : les ouvriers / ouvrer : travailler / à l'forche : à la force / quarante-chinq : quarante-cinq / l'meos : le mois / tout au puque : tout au plus / l'lindi : le lundi / jeuer aux fiers : jouer au jeu de fers, jeu typique tournaisien dont vous trouverez une description sur ce blog (taper jeu de fers dans la colonne rechercher) / les fiêtes : les fêtes / beot : boit / berler : hurler / queop : coup / les infants braire : les enfants pleurer / les tchiens : les chiens / les visins : les voisins / l'ferniête : la fenêtre / s'abouler : accourir / les sergints d'ville : les agents de police / l'ménache : le ménage / rabistoquer : raccomoder  sommairement / ein meonte : un monde / des morcieaux : des morceaux / chiffeons : chiffons / garcheons et files : garçons et filles / l'touquette : la pipe, ce mot, au départ, désignait la portion de tabac qu'on plaçait dans le fourneau de la pipe / à l'caleur de l'busse : à la chaleur de la buse pour désigner une personne qui se réchauffait au coin du feu / l'cap'let : le chapelet / l'horloche : l'horloge / l'saim'di : le samedi / l'orpeos : le repos / leonque : longue / si fait : si, si /  l'cancheonne : la chanson / ein quervé : un ivrogne / d'leon in larche : de long en large / l'quémin : le chemin / l'malette : à l'origine sac de toile qu'emportait un ouvrier avec sa nourriture pour la journée, (faire malette : prendre son repas sur un chantier) / l'galu : la gourde en fer blanc dans laquelle le travailleur versait son café et le réchauffait au moment de le boire sur le feu de l'atelier ou du chantier / des tarteines : des tartines / l'gambeon : le jambon / l'fromache : le fromage / l'mam'zelle : la demoiselle / l'prumière feos : la première fois / asseurer : assurer / brafe : brave / queonter : conter / les jeones : les jeunes / vife : vivre / bramint : beaucoup / des liards : de l'argent / l'gaspillache : le gaspillage / l'chômache : le chômage / les boutelles : les bouteilles / ein cabas : un sac à provisions / inter : entre / pétête : peut-être).

S.T. mai 2014

13:45 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

01 mai
2014

10:16

Tournai : les festivités de mai.

 

Avec le mois de mai reviennent les beaux jours. Peu à peu, les fêtes vont quitter les salles chauffées du refuge hivernal pour se dérouler sous chapiteau ou en plein air.

 

Vendredi 2, samedi 3 et dimanche 4, Kain, rue de Breuze, sous chapiteau, "Les 25 ans de Mômes Circus", l'école de cirque tournaisienne fête son quart de siècle et propose de nombreux spectacles des arts circassiens.

Samedi 3, de 17h30 à minuit, "La nuit des musées", les musées tournaisiens vous ouvrent leurs portes pour une visite nocturne (sauf le musée d'Histoire militaire fermé pour préparation de l'exposition consacrée au centenaire de la première guerre mondiale).

Dimanche 4, salle des Concerts du Conservatoire, 11h, "Entretien avec Debussy" avec au piano Marie-Chantal Caufriez et aux textes Martine Léonard.

Mercredi 7, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h, "L'enfant de Pierre", pièce par le Théâtre du Papyrus, spectacle familial dès 3 ans.

Jeudi 8, Maison de la Culture, 14h30, "Femmes de pouvoir, femmes politiques en Hainaut à la fin du Moyen-Age", conférence par Monique Maillard-Luypaert, conservatrice du Séminaire épiscopal de Tournai et Alain Marchandisse, Maître de Recherches du F.R.S.-F.N.R.S. à l'U.C.L. dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Jeudi 8, vendredi 9, samedi 10, Maison de la Culture, 20h, "Le ravissement d'Adèle", représentations de l'atelier "Techniques du Spectacle" dans une mise en scène de Yola Her.

Samedi 10, Conservatoire de Musique, de 9 à 16h, "portes ouvertes", représentations en continu avec notamment le Marching Band de Jean-Claude Dewasme.

Samedi 10, Centre de la marionnette, "Loulou, tout seul", spectacle familial dès 3 ans, dans le cadre de "Marionnettes, Art et Tout-Petits".  

Dimanche 11, Tournai-Froyennes, quai Donat Casterman "SuperMoto - SuperKart - SuperQuad" grand trophy de Wallonie picarde.

Dimanche 11 mai, Beffroi, 15h, départ de la "Promenade Nez en l'air", à la découverte des balcons des demeures tournaisiennes, une organisation de l'association des Guides de Tournai.

Mardi 13, salle des conférences d'ING, quai Dumon, "Défis et perspectives pour nos pensions" par Pierre Devolder, une organisation du Forum Financier de Wallonie picarde.

Mercredi 14, Hôtel de Ville, salon de la Reine, "Le cancer du sein, du dépistage à la prise en charge médico-chirurgicale" par les docteurs Salima Bouziane, radiologue-sénologue au Centre de radiologie du Tournaisis et Stephane Gillerot, Gynecologue au CHWApi, dans le cadre des Conférences-Santé 2014.

Jeudi 15, Maison de la culture, 14h30, "Les horloges biologiques et l'accélération de nos rythmes de vie", conférence par Albert Goldbeter, professeur à l'U.L.B. dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Vendredi 16, de 17h30 à 0h30, "Digital Bushkraft 1.0", expérience collective organisée par le 38 quai Notre-Dame.

Vendredi 16 et samedi 17, Salle des Concerts du Conservatoire, "Marelle", pièce de Michel Cornélis par l'atelier "Techniques du Spectacle", de Nathalie Wargnies.  

Samedi 17 et dimanche 18, Salle La Fenêtre, 20 h,"Tout doit sortir" spectacle de Véronique Gallo.

Samedi 17, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Ali+" et " Nous sommes pareils à ces crapauds", spectacle d'Hedi Thabet, Mathurin Bolze et Sofiann Ben Youssef. Mélange de danse, cirque et musique, nominé "Meilleur spectacle" aux Prix de la Critique 2013.

Dimanche 18, Eglise Saint-Quentin, 17h, "Entre mystère et mysticisme", concert de l'organiste Xavier Deprez, une organisation de la Chapelle Musicale de Tournai.

Jeudi 22, Maison de la Culture, 14h30, "Cap-Vert, poussières de terre" par Jean-Claude Herman, reporter-conférencier, dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Samedi 24, salle La Fenêtre, à 14h et 17h, départ d'une visite guidée en picard du quartier saint-Brice par l'atelier "Langue et Culture régionales.

Samedi 24, salle La Fenêtre, 20h, "Cha qu'a dit, Ch'est cat", spectacle dans le cadre du Printemps picard.

Dimanche 25, place Saint-Pierre, à 9h46 (!) départ de la "Caravane vane", randonnée cyclo suivie d'un pique-nique au son de l'accordéon. Une balade franco-flamande-wallonne festive, populaire et récréative non dénuée d'humour (les déguisements sont conseillés), entraînée par les airs de l'accordéon.

Vendredi 30 mai, quartier Saint-Pierre et salle La Fenêtre, dès 19h58 (!), "L'Accordéon, Moi j'aime", les 22es rencontres de l'accordéon.

 

Expositions :

Jusqu'au 25 mai, Maison de la Culture, Espace bis, "Les éditions Gitan", Charlotte Dunker, Sébastien Delahaye, Monsieur Pimpant.

Dimanche 25, Froidmont, Etablissements Derasse, "2e exposition et bourse d'échange de miniatures agricoles", une organisation de l'ASBL Gymkhana de Blandain.

Jusqu'au 1er juin, Maison de la Culture, "Le lointain de près", jeune graphisme iranien, exposition d'affiches.

Jusqu'au 22 juin, "Exposition triennale d'Art Public de la Région Wallonne" dans divers lieux publics et au cimetière du Sud.

Jusqu'au 29 juin, Musée d'Histoire Naturelle, "Produire de l'électricité du XVIIe au XXIe siècle".

Jusqu'au 29 septembre, Musée des Beaux-Arts, "d'Ensor à Van Gogh" ou le dessin "fin de siècle" (1870-1900) 

 (programme susceptible d'ajouts ou de modifications)

S.T. mai 2014