29 avril
2014

09:53

Tournai : Francis Houtteman, un artiste s'en est allé !

Un conteur s'en est allé !

Le monde culturel tournaisien est en deuil, ce samedi 26 avril, un ami des tout-petits mais aussi des adultes, Francis Houtteman, fondateur du Créa-Théâtre, s'est éteint, à l'âge de 69 ans, terrassé par une maladie qu'il a combattue durant de très nombreux mois tout en continuant à assumer ses rêves.

C'est en effet au monde du rêve, au monde merveilleux de l'enfance, que Francis Houtteman a voué sa vie, une existence riche beaucoup plus qu'une carrière professionnelle. Né le 28 décembre 1944, à Dottignies, il était doué pour le spectacle. Etudiant, à l'âge de dix-sept ans, au début de cette période pleine d'espoirs qui est entrée sous le nom de "golden-sixties" dans l'histoire, il a fondé le groupe vocal les "Escoliers", très connu dans la région qui vécut son heure de gloire en faisant, un jour, la première partie d'un spectacle d'Eddy Mitchell et les Chaussettes Noires. Il se destina aux études théâtrales, licencié dans cette branche culturelle, en compagnie de Dominique Grosjean, il fonda en 1978, dans le Brabant Wallon, à Tourinne-la-Grosse, une compagnie qui prendra le nom de "Créa-Théâtre".

Le Créa-Théâtre se définit comme une compagnie de théâtre professionnelle qui se tourne vers le monde de la marionnette non seulement dans la création et l'interprétation de spectacles pour enfants ou pour adultes mais aussi dans l'organisation d'ateliers, de confection de ces petits personnages qui enchantent depuis des siècles des générations d'enfants, de rencontres entre les écoles de marionnettes du monde entier, d'expositions, de production de troupes étrangères, de festivals... 

En 1985, "Il s'appelait Jean-Sébastien ou la sève", spectacle consacré à Jean-Sébastien Bach va être interprété à la Maison de la Culture de Tournai où il remportera un énorme succès. Un décor fabuleux, des dizaines de petits personnages animés par des doigts de magiciens évoluant sur la musique du célèbre compositeur vont ravir le public. Tournai va être sous le charme du Créa-Théâtre et Francis Houtteman va probablement être attiré par la ville des cinq clochers. Le bourgmestre de l'époque, Raoul Van Spitael, va lui proposer de venir installer sa compagnie dans la cité de Clovis. Il mettra à sa disposition, l'hôtel Peeters, un immeuble bourgeois, niché dans un écrin de verdure, légèrement en retrait de la rue Saint-Martin. L'immeuble sera rénové et la compagnie va s'y installer en 1986. Il deviendra pour beaucoup un lieu incontournable de  spectacles au même titre que la Maison de la Culture avec laquelle il travaillera en collaboration.

Une production riche et de qualité.

Les créations vont se succéder, en un peu plus de vingt-cinq années, plus de 6.000 spectacles vont être représentés en Belgique mais aussi à l'étranger. La compagnie va visiter une vingtaine de pays, organiser des expositions permettant aux visiteurs de découvrir dans cette véritable caverne d'Ali-Baba, des marionnettes du monde entier, à fils ou à tiges, en papier ou en bois, d'une grande simplicité ou richement décorées, créées sur place ou venues du monde entier. Francis Houtteman et son épouse Françoise Flabat, devenue directrice du centre, vont régner sur ce petit monde avec un seul et unique but : "faire rêver", apporter aux enfants et aux plus grands des parcelles de bonheur, montrer aussi la vie, faire passer un message d'humanité par le biais de ces petits personnages qu'ils manipulent du bout des doigts et à qui ils prêtent leur voix.

En vingt-sept années, le Centre de la marionnette de la Communauté Wallonie-Bruxelles a bien grandi, huit personnes y travaillent pour la création, la mise en scène et l'interprétation des spectacles mais aussi pour la sauvegarde de ces éléments de la culture mondiale car la marionnette n'a pas de frontière, elle est africaine, asiatique ou américaine, elle évolue dans de petits théâtres à Tournai, Bruxelles ou Paris tout aussi bien que dans les favelas d'Amérique du Sud ou les grands théâtres de Pékin ou Tokyo.

Le petit Papa Noël habitait à Tournai.

"Scène à Noël" est un spectacle, toujours différent, attendu avec impatience et joué, chaque année, à quelques jours de la fête de la Nativité. A cette occasion, Francis Houtteman se transformait en un Père Noël plus vrai que nature, accueillant ses petits amis dans un monde féérique. Ceux qui ont eu l'occasion d'assister à ces rencontres, comprennent que cette période constituait probablement un point d'orgue dans la saison théâtrale du Créa-Théâtre, celle durant laquelle, le maître des lieux et son épouse transportaient leurs visiteurs dans le monde merveilleux où tout n'est que joie et paix.

Excellent metteur en scène, Francis Houtteman a aussi collaboré avec la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien en conseillant les acteurs lors des revues annuelles. Conteur hors-pair, il a tout dernièrement prêté, une dernière fois, sa voix pour la lecture d'un texte de Maurice Maeterlinck lors de l'inauguration de l'exposition qui est consacrée  à cet auteur actuellement à Tournai. Lui étant reconnaissants d'avoir porter le renom de la ville bien au-delà de nos frontières, les Amis de Tournai l'avaient intronisé parmi la confrérie des "Chevaliers de la Tour".

Le rêve en héritage.  

L'artiste nous a quittés nous laissant un très riche héritage non seulement fait de merveilleux souvenirs mais d'une compagnie qui, sous la direction de son épouse, perpétuera l'œuvre d'un homme qui aimait faire rêver les enfants, un Tournaisien d'adoption qui avait, dans son art, atteint la perfection et qui, à ce titre, était apprécié de toutes les troupes qu'il avait un jour invitées à venir se produire à l'ombre des cinq clochers.

Au firmament des artistes, une étoile s'est allumée, elle brillera probablement de mille feux quand on s'approchera de la fête de Noël !

S.T. avril 2014.  

25 avril
2014

17:26

Tournai : expressions tournaisiennes (271)

Pus qu'on ormue ein brin pus qu'i-sint !

Ceulle espressieon tournisienne veut dire qu'eine affaire qui n'est pos fort claire, i-veaut mieux n'pus in parler pasque cha risque, dins tous les cas, d'inveyer d'nouvelles espitures et d'orlancher les débats.

Adeon, j'aveos promis de n'pus jamais vous parler des travéaux qui a dins m'quartier et cha...d'puis des meos... et pourtant suite au commintaire que j'ai orchu d'ein lecteur, i-a pos d'avanche, j'me suis ormis à busier à nos malheurs.

Nos édiles i-veule'tent nous faire accroire qu'on va ichi avoir ein quartier idyllique, fantastique, ahais, pétête, mais... pou l' momint ch'est catastrophique et après cha n's'ra pos fort pratique, i-feaut ichi que j'vous esplique :

L'dossier i-ormeonte presque au temps d'Mathusalem ou puteôt au temps du bourguémette Christian Massy in deux mille dix. Comme les trottoirs, vieux d'quarante ainnées, i-éteot'ent in mauvais état et à certains indreots effeondrés, l'ville a dit : "on passe à travers" et elle a décidé de les orfaire. Bin seûr, ch'éteot eine beonne idée pasqu'à chaque feos qu'on marcheot on risqueot d'bourler ! Seul'mint... l'ov'là, dins ein bureau, pa d'vant s'n'ordinateur, un heomme qu'on appelle chef de projet i-a comminché à délirer. Dins s'tiête, i-a pinsé : pou éviter les accidints, on va faire là-va eine zone de rincontes (n'vous méprenez pos su l'meot, mes gins, ch'est simpe, cha veut dire que l'ruache i-va ête partagé inter les auteos, les véleos, les piéteons et les infants qui veont jeuer, i'n'va pos ichi avoir, ave des courts cotreons, des jeones files su les trottoirs). On va limiter l'vitesse à trinte kilomètes/heure, on va mette des casse-vitesse et, pa d'vant les maseons, on va ... réduire le stationn'mint des véhicules à... s'pus simpe espressieon. Les gins i-veont mette l'auteo dins l'garache ou dins l'allée et on va dessiner treos ou quate plaches pou parquer, vite fait, bin fait, pou nous continter. Dins l'rue, i-a seize maseons, cha orprésinte vingt voitures, six intrées d'garaches n'permette'tent pos de mette l'auteo sineon l'arrière i-est su l'rue, pos d'beauqueop, ein trintaine de chintimètes mais on n'peut pos ainsin l'mette et quand on va faire venir des amisses, i-feaudra limiter les invitatieons, pasque, les ceusses qui n'seont pos à l'heure, i-veont aller mette leu carette aux chint mille diapes.

Eviter les accidints ! Mo Dieu l'espécialisse, te m'in diras tant. L'malhureux busieu i-n'éteot pétête pos acore né quand on est v'nu habiter dins l'quartier et i-connaît l'coin, ch'est seûr, seul'mint in ravisant ein plan su l'ordinateur. Ichi, Mossieu l'ingénieur, i-n'a jamais eu ein accidint, pos ein accrochache, pos ein blessé, les infants pouveot'ent su l'rue, sans problème, jeuer, bin intindu, i-aveot de l' l'circulatieon... au momint dusque les gins rintreot'ent à leu maseon ! Asteur, ch'est pire acore, ch'est presque tous des ortraités qui, eine feos au volant de leu voiture, seont leon d'ête débaltés.

Vous savez combin on a du souffère pindant les six meos qu'on a mis des tuyéaux d'gaz et des fils pou l'télépheone, on a du vife dins l'poussière, dins l'bédoule, dins les treos, dins l'bruit, on rameneot d'riches placards d'tierre accrochés à nos sorlets dins nos maseons. Les feimmes elle n'éteot'ent pus à printe ave des pincettes de l'rache qu'elles deveot'ent nettier deux feos su eine journée. Be quand tout i-a été fini, à l'fin du meos d'féverrier, ch'est là qu'on a comminché à souffler. Pos pou lommint, l'vingt-deux d'mars, les bulls seont arrivés, les camieons i-ont débarqué, les martieaux-pics ont vibré, tout i-a tranné et on s'a délaminté, i-ont inl'vé les dalles, les bordures, l'asphalte, i-eont fait des treos pa d'avant les maseons qu'on areot dit des catieaux-forts pa derrière des douves, ch'éteot tell'mint vrai que quand i-pleuveot cha s'rimplicheot même d'ieau.

"Ch'est pou deux semaines invireon" que l'responsape du chantier i-nous a dit... ahais, cha fait quate semaines et ch'est pos fini.

Après, pa d'vant les maseons, i-a eu du nouvieau, asteur, on a mis des palettes in beos ave des p'tits pavés pa d'zeur, asteur, ch'est pus l'moyen-âche, ch'est les tranchés d'l'Yser, j'vas d'mindé à No Télé pou v'nir, i-va là avoir l'décor pour orfaire des r'portaches su l'grante guerre. On est tertous ortranché, acore hureux qu'on n'sort pos les casques et les vieux fusils in disant : "asteur... cha suffit". Cha pourreot arriver, éné, les gins i-seont in foufielle, i-seont in rache su tertous et su nos édiles qui n'seont jamais v'nu dins no quartier pou nous accouter, qui s'muchent derrière des décisieons de l'Région Walleonne ou bin d'l'I.B.S.R, in pinsant qu'on est des crédules et qu'on va facil'mint avaler la pilule.

"Ch'est pos mi, ch'est l'eaute", ch'est l'crédeo déjà bin incien que professent d'puque in puque nos politiciens.

In puque, i-a eine cosse que j'n'ai jamais compris, te deos d'mindé eine autorisatieon pou canger l'teinte de tes cassis ou bin pou faire ein abri d'gardin pou mette tes otieus pasque, ch'est bin normal, te canges l'état des lieux. Mais ichi, on n'a pos vu d'plan, on a même pas été mis au courant, tout s'a fait dins l'plus grand des secrets pétête pou que les gins n'se mettent pos à berler. Vous allez m'printe pou ein révolutionnaire, pos du tout, j'sus seul'mint in colère.  

Hier, i-a eu ein consel de guerre dins l'quartier, on s'a dm'indé queulle arme on alleot utiliser, ein visin a fait mouque in mettant des photeos su Facebook, ein eaute vouleot qu'on alleot faire bacchanale pa d'vant l'maseon communale, comme on n'est pos des sauvaches, qu'on est po ein groupe hystérique, nous eautes, les brafes titis tournisiens, on vouleot eine guerre... comme qui direot... pacifique.  

Après avoir raqueonté tout cha, j'vous fais eine lette, Mossieu l'Politicien, que vous lirez pétête, si vous comperdez l'tournisien, pinsez à vos concitoyens, soignez vos électeurs, vo n'ouvrache quotidien après tout ch'est d'faire leu bonheur ! 

(lexique : ormuer : remuer / ein brin : une bouse, une déjection animale ou... humaine / sintir : sentir / ceulle : cette / pasque : parce que / inveyer : envoyer / des espitures : des éclaboussures / orlancher : relancer / adeon : donc / orchu : reçu / avanche : avance / ormis : remis / busier : penser / accroire : croire / ahais : oui / pétête : peut-être / puteôt : plutôt / ainnées : années / des indreots : des endroits / orfaire : refaire / bin seûr : bien sûr / bourler : tomber / comminché : commencé / rinconte : rencontre / simpe : simple / l'ruache : le quartier, la rue / inter : entre / jeuer : jouer / des cotreons, : des jupons / des jeones files : des jeunes filels / pa d'vant : devant / l'garache : le garage / treos ou quate plaches : trois ou quatre places / orprésinter : représenter / beauqueop : beaucoup / chintimètes : centimètres / les amisses : les amis / les ceusses : ceux / aux chint mille diapes : littéralement aux cent mille diables, bien loin / l'especialisse : le spécialiste / acore : encore / l'momint : le moment / dusque : où / les ortraités : les retraités, les pensionnés / leon : loin / débaltés : déchaînés / souffère : souffrir / vife : vivre / l'bédoule : la boue / les sorlets : les souliers / les feimmes : les femmes / féverrier : février / lommint : longtemps / tranner : trembler / s'délaminter : se lamenter / des catieaux-forts : des châteaux-forts / s'rimplir : se remplir / l'ieau : l'eau / invireon : approximativement, environ / asteur : maintenant / in beos : en bois / pa d'zeur : dessus / l'moyen-âche : le moyen-âge / grante : grande / tertous : tous / ortranché : retranché / éné : n'est-ce pas / ête in foufielle : être dans tous ses états / in rache : en rage, en colère / accouter : écouter / s'mucher : se cacher / d'puque in puque : de plus en plus / eine cosse : une chose / canger : changer / les cassis : les châssis / l'gardin : le jardin / les otieus : les outils / ichi : ici / berler : crier, vociférer / ein consel : un conseil / queulle : quelle / ein visin : un voisin / mouque : mouche / ein eaute : un autre / des sauvaches : des sauvages / raqueonter : raconter / eine lette : une lettre / comperdez : comprenez / vo n'ouvrache : votre travail)

S.T. avril 2014.

 

17:26 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, patois, picard |

21 avril
2014

09:30

Tournai : 1914-1918, chronique d'un conflit annoncé !

 

La fin d'une époque.

Lorsque le monde aborde la seconde décade du XXe siècle, il s'éloigne, chaque jour davantage, de cette période particulièrement heureuse du début de siècle qu'on retiendra sous le nom de "Belle Epoque".

En suivant l'évolution de la ville de Tournai entre 1860 et 1910, nous avons, en quelque sorte, planté le décor dans lequel le drame se jouera bientôt. Il est maintenant temps de s'intéresser aux évènements qui se déroulent au-delà de nos frontières et dont nous allons finir par subir les conséquences.

Les premiers frémissements.

Dès l'année 1910, un observateur attentif va commencer à noter des faits qui traduisent un net regain de tension sur la planète. Le 4 novembre, on assiste à l'entrevue de Postdam entre le Tsar Nicolas II et l'empereur Guillaume en vue de garantir la paix. Notre observateur se dit peut-être que si on veut la garantir, c'est qu'il y a des soupçons qu'elle soit en danger !

Le 1er juillet 1911, les Allemands envoient la canonnière "Panther" dans le port marocain d'Agadir afin de protéger ses intérêts dans la région. Notre observateur va interpréter ce fait par une démonstration de force armée au lieu du traditionnel recours à la diplomatie !

Le 29 septembre 1911, le mot "guerre" refait son apparition dans l'actualité internationale puisque l'Italie la déclare à l'empire ottoman suite à l'occupation de la région de Tripoli et de la Cyrénaïque.

Le 5 octobre, les Italiens s'emparent de Tripoli et ensuite de Benghazi, la paix entre les belligérants sera signée un an plus tard, le 18 octobre 1912, et l'Italie obtiendra la Tripolitaine et la Cyrénaïque. Notre observateur acte qu'un foyer de vive tension est soudainement apparu à la surface du globe.

Pourtant au début de l'année 1913, personne ne croit encore à la possibilité d'une guerre qui éclaterait en Europe et encore moins à un conflit mondial. Cependant durant cette année, un peu partout la violence va monter en puissance. Le 13 avril, un attentat est commis à Madrid par un anarchiste contre le roi Alphonse XIII qui en réchappera. Le 30 mai, à Londres, un traité met fin à ce qu'on a appelé la "première guerre balkanique" entre la Bulgarie, l'empire ottoman et la Serbie. La Macédoine est partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Serbie. A peine six semaines plus tard, le 14 juillet, les troupes bulgares pénètrent en Macédoine provoquant la réaction immédiate de la Grèce et de la Serbie, on assiste (déjà) à la "seconde guerre balkanique". Elle ne durera que quatre semaines, la défaite de l'agresseur bulgare mettra fin à ce second épisode. Notre observateur commence réellement à s'inquiéter, l'Europe ressemble, de plus en plus, à une marmite en ébullition, il y a des brûlots aux quatre coins de celle-ci !

1914, les frémissements  se transforment en franche ébullition.

Aucun évènement important ne défraie la chronique durant les deux premiers mois de l'année 1914 jusqu'à la date du 16 mars lorsque l'épouse du ministre des Finances français, Joseph Caillaux, abat de six balles de révolver le directeur du journal Le Figaro, Gaston Calmette. Elle lui reproche d'avoir mené une campagne de diffamation contre son mari. Elle sera acquittée le 28 juillet suivant, juste à la veille de la guerre ! Le 28 juin, un anarchiste assassine, à Sarajevo, l'Archiduc héritier d'Autriche François-Ferdinand et son épouse Sophie. Notre observateur attentif a-t-il marqué à l'encre rouge cette information, pour beaucoup elle est le détonateur qui précipitera l'Europe dans la tourmente car, après avoir adressé un ultimatum à la Serbie, le 23 juillet, cinq jours plus tard l'Autriche-Hongrie lui déclare la guerre et bombarde Belgrade. Tout se précipite alors : le 30 juillet, la Russie décrète la mobilisation générale, le 31 juillet, le socialiste Jean Jaures est assassiné à Paris par un dénommé Raoul Villain, le 1er août, l'Allemagne décrète à son tour la mobilisation générale, imitée le même jour par la France. Malgré la neutralité du pays, l'armée belge est mobilisée le 1er août. Cette fois, notre observateur neutre a compris que sur le grand échiquier du monde, les pions sont avancés. Avait-il présagé cette inéluctable issue ? Depuis 1913, deux blocs renforçaient leur armement : la Triple Alliance (Allemagne - Autriche-Hongrie - Italie) et la Triple Entente (France - Grande-Bretagne - Russie).

On est désormais tout proche de la conflagration, le conflit éclate le 3 août lorsque l'Allemagne déclare la guerre à la France. Les troupes allemandes pénètrent en Belgique violant sa neutralité. Le 5 août, la Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne devant le refus de celle-ci de quitter le territoire belge et le 11 août, la France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Autriche-Hongrie. Plus aucun pays n'est épargné.

Pas d'inquiétude à Tournai.

Revenons une année en arrière pour analyser ces évènements au travers de la perception qu'en ont les Tournaisiens. 

En avril 1913 ce qui les préoccupe principalement, c'est la grève déclenchée pour réclamer une modification de la Constitution et l'instauration du vote universel. Peu d'entreprises tournaisiennes sont vraiment touchées par ces mouvements, par contre le bassin carrier, bastion socialiste, est totalement à l'arrêt. L'escadron de Chasseurs à Cheval assure la liberté au travail aux alentours de celui-ci. Durant l'été 1913, le Tournaisien se passionne pour la reconstitution historique du "Grand Tournoi" de 1513. Quatre siècles plus tard, celle-ci a lieu les week-ends de 13 et 14, 20 et 21 juillet. Une somptueuse reconstitution à laquelle participent plus de 1.200 figurants en costumes d'époque. Une organisation magnifique qu'il serait, de nos jours, difficile d'égaler même avec les moyens qui sont les nôtres. De nombreux spectateurs viennent de Belgique et du Nord de la France pour assister au cortège et aux joutes qui se déroulent dans un enclos construit sur la Grand-Place. Le Tournaisien se distrait !

Même en 1914, l'habitant de la cité des cinq clochers ne semble pas particulièrement préoccupé par les informations qui viennent de l'étranger. Après tout les Balkans c'est bien loin, avec les moyens de transport dont on dispose alors c'est même beaucoup plus loin que de nos jours. La guerre entre la Bulgarie, la Serbie et la Grèce est également bien éloignée de nos frontières. Les Tournaisiens vaquent à leur occupations habituelles, ils vont voir les fouilles entreprises sur la Grand-Place qui permettront de découvrir une grande nécropole gallo-romaine dont on sait maintenant qu'elle s'étend jusqu'à la rue Perdue. Quand bien même un conflit éclaterait, la Belgique voit sa neutralité garantie par les grandes puissances et à l'ombre de la cathédrale Notre-Dame, on peut donc dormir sur ses deux oreilles.

Désormais un tournaisien va noter, jour après jour, son parcours de combattant, le Major-Médecin Léon De Bongnie se tenant au courant de toutes les nouvelles va nous éclairer sur ce début de guerre jusqu'au jour fatal où un obus ennemi le précipitera dans la tombe. C'est ce que nous verrons bientôt. 

(sources : presse locale , "Le Courrier de l'Escaut" des années 1912-1913 et 1914 - encyclopédie "le XXe siècle - 10.000 dates-clés" parue au Club France-Loisirs en 1992).

S.T. avril 2014 

18 avril
2014

16:41

Tournai : expressions tournaisiennes (270)

 L'roi n'est pos toudis l'ceu qu'on creot !

L'histoire vraie que j'vas aujord'hui vous raqueonter n'date pos d'hier mais d'i-a bin des ainnées, ch'est eine vielle feimme que tertous app'leot Emilienne qui aimeot bin in parler l'soir à l'écrienne.

In mille nuef chint trinte-quate, au second meos d'l'ainnée, pus précisémint, l'dix-huit d'féverrier, au matin, Adrienne parteot à commissieons quand elle a rincontré au coin de l'rue, Edmeond. S'réputatieon d'feimme legère, Adrienne, elle la d'veot aux amants qu'elle aveot pa dizaines. Edmeond, ch'éteot ein brafe garcheon, ein militaire, lommint él'vé dins l'écour de s'mamère.

"A sortir ainsin, Adrienne, in caraqueo, bé paufe file, vous n'devez pos là avoir fort quieaud".

N'aveot pos l'lanque dins s'poche, l'file de l'rue à Peos, elle li a dit : "te m'prindras dins tes bras si j'ai freod". L'réflexieon de l'donzelle aveot fait mouque, l'paufe garcheon n'saveot même pus orserrer s'bouque.

Profitant de s'n'avantache, elle fit ein sourire et li d'minda : 'Alors, ch'est tout c'que t'as à m'dire".

Edmeond i-est orvenu su tierre, i-a atterri et i-a orpinsé à ce que s'mamère li aveot dit :

"Hier, l'natieon intière a vécu ein drame, on a ortrouvé le roi mort à Marche les Dames".

Alors là, l file, in plein mitan du trottoir s'a misse à rire à n'pos savoir s'ravoir.

"Te n'devreos pos rire, Adrienne, le roi s'a tué, i-a cait et i-éteot couché au pied du rocher". 

"Quoisque te dis ichi, mo Dieu... bé... t'es fêlé, quoisqu'i-t'prind, on n'deot pos dire des affaires ainsin, te deos bin savoir que cha n'me fait pos rire, à t'intinte, bé fieu, j'ai ichi failli... flaubir... m'anneonché tout à n'ein queop qu'Leroy s'a tué, niqu'doule, i-m'a acore invitée hier à souper".

L'heomme qu'on appeleot Leroy éteot ein d'ses amants, ein simpe neom su eine très leonque liste d'soupirants et si l'albran voleot ainsin d'dames in dames, i-n'areot seûrmint pos meonter les rochers d'Marche les Dames.

"J'pinse, Mam'zelle, que vous n'm'avez pos bin compris, j'vous parleos d'Albert, l'ceu qu'i-est roi d'no pays".

"Eh bé, espèce de biec-beos, te m'in diras tant, quand on dit eine histoire parelle on met des gants, ch'est beauqueop moins grafe que j'n'aveos d'abord pinsé, pasque Leroy, i-m'deot des liards que j'li ai prêté".

L'bin brafe Edmeond qui éteot ein beon militaire, n'areot pos pinsé qu'ceulle file éteot tierre à tierre. Alors que l'brafe roi éteot brait pa l'natieon intière, elle pinseot d'abord à ses rintrées financières !

Laichant là, in plan, l'belle courtisane, Edmeond, i-a queuru pour raqueonter s'n'histoire à s'maseon. Ch'éteot là certain'mint pos l'pus belle des idées, i-l'a compris in veyant s'mamère l'raviser. Quand l'vielle feimme a intindu eine affaire parelle, elle li a foutu ein cachireon su s'n'orelle.

"Ceulle calotte elle est pou ti, mon bieau militaire, cha t'rappelle de n'pos parler aux avinturières. Elle est connu dins tout Sainte-Magritte, l'donzelle, elle attrape les bonheommes comme eine vraie mouque à miel.

On n'a pos su si Leroy l'aveot rimboursée mais quand Edmeond la veot i-passe d'l'eaute côté, pasque d'puis qui aveot orchu l'calotte bin tassée, à chaque feos ses fuelles de chou qu'mincheot'ent à chiffler.

 

(lexique : toudis : toujours / l'ceu : celui / qu'on creot : qu'on croit / aujord'hui : aujourd'hui / raqueonter : raconter / les ainnées : les années / eine veille feimme : une vieille femme / tertous : tous / à l'écrienne : à la veillée / mille nuef chint trinte-quate : mille neuf cent trente-quatre / l'meos : le mois / féverrier : février / ein garcheon : un garçon / lommint : longtemps / l'écour : le giron / s'mamère : sa mère / ainsin : ainsi / ein caraqueo : une blouse légère / l'file : la fille / quieaud : chaud / n'pos avoir s'lanque dins s'poche : savoir répondre du tac au tac / l'rue a Peos : la rue As-Pois ou As-Poids dans le quartier de Sainte-Marguerite, une rue populaire / freod : froid / mouque : mouche / n'pos orserrer s'bouque : ne pas refermer sa bouche, rester bouche bée / avantache : avantage / orvenu : revenu / su tierre : sur terre / orpinsé : repensé / in plein mitan : au beau milieu / ortrouvé : retrouvé /  cait : tombé / quoisque : qu'est-ce que / ichi : ici / fieu : forme picard de fils / flaubir : défaillir / tout à n'ein queop : tout à coup / niqu'doule ou niquédoule : imbécile / ein simpe neom : un simple nom / eine leonque liste : une longue liste / l'albran : le garnement / seûmint : sûrement / mam'zelle : mademoiselle / ein biec-beos : au sens premier un pic-vert, un niais, personne dénuée de bon sens / parelle : pareille / grafe : grave / braire : pleurer / laichant : laissant / queuru : couru / l'maseon : la maison / veyant : voyant / raviser : regarder / ein cachireon : une gifle / eine mouque à miel : une abeille / pasque : parce que / ses fuelles de chou : ses feuilles de chou, (oreilles décollées) / qu'mincher : commencer / chiffler : siffler).

S.T. avril 2014 

 

16:41 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

16 avril
2014

11:35

Tournai : 1914-1918, le décor d'une tragédie !

Un riche décor pour une sombre période.

Dans le cadre des commémorations du centième anniversaire de ce qu'on a appelé la "Grande Guerre", avant de feuilleter les observations notées, au jour le jour, par le Major Médecin tournaisien Léon De Bongnie (pour l'orthographe du nom, je vous renvoie au commentaire laissé par Mr. Philippe De Bongnie sous l'article paru le 8 avril 2014), juste avant de vivre ces évènements au cœur même de la tourmente, il est peut-être judicieux de décrire la ville de Tournai à la veille du déclenchement des hostilités. Plantons donc le décor local de cette tragédie internationale qui va coûter la vie à des millions d'êtres humains.

Un visage totalement remodelé.

Appartenant à la toute jeune Belgique, à peine âgée de 84 ans, affranchie de ces multiples occupations que lui apportèrent les siècles précédents (française, anglaise, espagnole, hollandaise...), la ville de Tournai va voir son visage profondément remodelé au cours des quarante années qui vont précéder le premier conflit mondial. A notre époque, on évoquerait même un important lifting !

Démolitions, constructions, aménagements vont se succéder.

Tout va débuter par deux importantes transformations : le démantèlement de l'enceinte communale entrepris à partir de 1865 et celui de la citadelle dès 1869. De cette dernière ne vont subsister que trois témoignages visuels : la porte d'entrée datant de l'époque de sa construction sous Louis XIV, la forme octogonale des bâtiments de l'actuelle caserne Ruquoy et le vaste réseau de souterrains que l'association "Les Amis de la Citadelle", soucieuse de protéger le patrimoine militaire de la cité, s'emploie à sauvegarder et à sécuriser pour y emmener les visiteurs désireux de découvrir l'Histoire locale.

A la même époque, on entreprend des travaux sur l'Escaut afin de rendre la navigation continue en supprimant les moulins à hauteur du Luchet d'Antoing et des prés de Maire, obstacles situés dans le lit du fleuve, et en construisant les écluses d'Antoing (1865) et de Kain (1870). En cette fin de XIXe siècle, on décide également de remplacer les vieux ponts tournants par des ponts levants hydraulique, certains comme le Pont de Fer et le pont Notre-Dame seront opérationnels peu de temps avant le début du conflit.

La vie économique.

Abordons cet aspect des choses en notant tout d'abord que le chiffre de la population tournaisienne stagne, il est passé d'environ 31.500 habitants en 1860 à un peu moins de 37.400 en 1914 alors que d'autres cités proches de la nôtre ont connu une très forte augmentation, notamment celles qui formeront au XXe siècle la grande métropole du Nord de la France (Lille, Roubaix et Tourcoing). Les filatures et bonneteries qui y sont installées ont un besoin énorme de main d'œuvre et, si des Tournaisiens s'y rendent chaque jour pour travailler (ma grand-mère paternelle prenait le tram à vapeur, au petit matin, à l'avenue de Maire pour se rendre à Roubaix), beaucoup d'autres concitoyens y déménageront définitivement.

A Tournai, on travaille également dans le secteur de la bonneterie, ce ne sont pas de grandes usines mais on dénombre, à cette époque, plus de 1.600 métiers à tisser répartis chez l'habitant qu'on surnomme alors "le balotil". Environ 10.000 ouvriers travaillent dans le bassin carrier qui s'étend, aux portes de Tournai, entre le hameau d'Allain et Antoing en passant par Chercq, Calonne et Vaulx. Des hommes travaillent la pierre et portent le nom de "roctiers" (hommes travaillant à l'roc, c'est-à-dire à la carrière). L'historien Paul Rolland signale qu'entre 1900 et 1914, le bassin fournissait, annuellement, environ un million et demi de tonnes de chaux hydraulique et de ciment, ce qui le posait en son genre, comme il était dit dans une étude d'un certain Camerman, comme le plus grand centre de production qu'il y ait au monde !

Une transformation en profondeur du paysage urbain.

La consultation de la presse quotidienne de cette fin de XIXe siècle nous informe que le paysage urbain connait une profonde mutation, une action politique, qui présente de réelles qualités mais porte aussi en elle, hélas, de gros défauts et apporte aux amoureux du patrimoine d'amères déceptions va transformer la cité.

Le démantèlement de la citadelle va tout d'abord permettre d'ériger un nouveau quartier au Sud-Est de Tournai. Ce sera celui du "Palais de Justice" dont l'imposant bâtiment construit sur des plans de l'architecte Vincent, sera terminé en 1879. Viendra ensuite, à l'extérieur de la ville, la construction de "l'Asile d'Aliénés", pensé par l'architecte Evers (dénommé désormais l'établissement de Défense Sociale) terminé en 1884, un lieu auquel la population tournaisienne va péjorativement donné le surnom de "couvent des sots", nom qui était déjà celui de l'institution ouverte à l'époque dans le village de Froidmont. Ce terme est-il représentatif de la mentalité qui prévalait à l'époque, aujourd'hui il serait totalement inadmissible !

Ce sera également la construction de la "Caserne de gendarmerie" (dont les locaux sont désormais à l'abandon, au bas de l'actuelle rue de la Citadelle) avec pour auteur l'architecte Janlet ainsi que la "Maison d'Arrêt" qui lui est proche, des travaux terminés en 1884. Beyaert et Janlet seront encore les architectes de "l'Hôpital Civil" terminé en 1889. "L'Hôpital militaire" sera, quant à lui, opérationnel quelques mois seulement avant le début du conflit.

Le démantèlement des remparts va également permettre la création de boulevards, des avenues pavées bordées d'arbres qui vont ceinturer la ville, ils ne formaient pas encore le large périphérique asphalté que nous connaissons aujourd'hui. Le long de ces avenues verdoyantes vont s'élever, peu à peu, des propriétés et maisons bourgeoises mais aussi, au Nord de la ville, la nouvelle gare terminée et inaugurée par la famille royale en 1879. Face à celle-ci de grands axes vont être dessinés s'inspirant des larges avenues parisiennes pensées par le baron Georges Haussmann, ce seront les rues Royale (avec une perspective sur la cathédrale) et Childéric. Le long des boulevards, on va créer le "Jardin de la Reine", voisin du Pont des Trous, terminé en 1872, il deviendra le but des promenades dominicales des familles tournaisiennes, à proximité, entre la chaussée de Courtrai et celle de Lille va s'installer l'école d'Arboriculture (actuelle école d'Horticulture) terminée en 1879, Janlet sera l'auteur de l'école communale qui s'élèvera, à partir de 1878, à l'angle du boulevard Léopold et de la chaussée de Lille. Face à l'Hôpital Civil sera dessiné, en 1898, le square Rogier, petit havre de verdure à deux pas du parc communal. Un bureau des Postes sera annexé à la gare. Au début du XXe siècle, la décision est prise de combler la "Petite Rivière", un petit cours d'eau ressemblant à un égout à ciel ouvert qui coule de la porte Marvis à l'Escaut qu'il rejoint à proximité du Pont des Roulages. Cette coulée sera désormais transformée en des pelouses fleuries.

Suite au déménagement de l'Hôpital vers ses nouveaux bâtiments, l'Académie des Beaux-Arts va quitter la Halle-aux-Draps pour occuper les locaux libres de la rue de l'Hôpital Notre-Dame, ainsi libérée, la Halle-aux-Draps va pouvoir accueillir les collections du Musée des Beaux-Arts et de celui de l'Archéologie. Le transfert de la prison permet à l'école de la Jeune Fille de s'installer dans les bâtiments de la rue des Carmes.

L'enceinte disparue, les faubourgs naissent et se peuplent peu à peu. On voit apparaître celui de Morel (ou de Morelle) qui sera malheureusement le théâtre d'âpres combats le 24 août 1914 entre l'envahisseur allemand et les soldats territoriaux de Vendée venus défendre la ville. On construit les églises de Notre-Dame Auxiliatrice, voisine du cimetière du Sud, en 1890 et de Saint-Antoine de Padoue terminée en 1906.

Toute cette mue est à mettre au crédit des autorités communales de l'époque qui modernisent Tournai, toutefois cette belle harmonie est également truffée de fausses notes  car, parallèlement, on assiste à la disparition d'un riche patrimoine qui n'a pas trouvé grâce auprès des penseurs de l'époque : les vieilles portes ouvertes dans les remparts n'ont pas été sauvegardées comme dans beaucoup d'autres villes, notamment en France, le transfert de l'hôpital fut suivi de la démolition d'une vaste salle du XIIIe siècle, bâtie sur une crypte à deux rangées de colonnes. Furent également rasés l'hôtel de style Renaissance qui fut habité par les gouverneurs espagnols et les religieuses de l'ordre des Célestines, la façade de style Empire de la Manufacture de Tapis et en 1895, le Palais du Parlement...

Chaque génération rencontre des iconoclastes bien souvent guidés par des lobbies qui n'ont cure du passé d'une ville et de son Histoire mais recherche uniquement la rentabilité maximale de leurs affaires ou pire encore l'imposition de leur style (rappelons-nous les témoignages du Tournai ancien qui furent à jamais perdus dans les années soixante ou septante de l'œuvre des adeptes du "tout béton" !).

Voici le décor planté, hélas, Tournai ne va pas pouvoir offrir longtemps ce nouveau visage à ses habitants et aux visiteurs car, en août 1914, des "touristes" d'un autre genre, utilisateurs de la violence, représentants de la barbarie vont déferler sur l'Europe entière pour la mettre à feu et à sang et défigurer la cité des cinq clochers.

(à suivre)

(sources : La presse de l'époque et l'Histoire de Tournai de Paul Rolland)

S.T. avril 2014  

 

 

 

 

12 avril
2014

09:26

Tournai : expressions tournaisiennes (269)

I-a bin lommint que les cloques n'veont pus à Rome.

Quand j'éteos acore ein p'tit rotleot, à peine pus héaut qu'treos peommes, m'mamère elle-m'diseot toudis que, l'Jeudi Saint, les cloques alleot'ent querre les ouès d'Pâques à Rome. Vous allez seûrmint m'dire que tout cha ch'éteot des infantillaches mais j'pinseos in mi-même qui d'veot avoir, dins l'ciel, d'riches imbouteillaches. Dins l'pus grand des silences, on attindeot l'diminche au matin, impatients d'aller cacher après les ouès que les cloques aveot'ent muchés dins l'gardin.

Des oués, des poules, des lapins, des cloques in chucolat, d'quoi attraper eine belle crisse de foie.

Asteur, dins no ciel, symboles d'l'époque, les avieons ont rimplaché les cloques. L'diminche de Pâques au matin, les gardins sont vides, i-orsannent à des mornes plaine pasque bramint d'gins seont partis pou l'Espane, l'Tunisie ou bin in acore l'République dominicaine.

I-feaut dire que les cloques, aujord'hui, elles ne seont, pa cartains, pus aussi bin vues, Sainte-Magritte, l'Madeleine, les Rédemptoristes, peu à peu, les églisses ont disparu. Les Pères d'Ere, les p'tites Sœurs des Paufes, les Clarisses, les Carmélites ou bin les Sœurs de Charité, presque tous les couvints seont désormais serrés et des cloques de ces maseons on n'intind pus l'seon aigrelet. Même dins no cathédrale on les a impriseonnées in mettant, tout autour des cheonq clotiers, ein corset d'beos et d'acier. Pou qu'on soiche bin seûr qui n'leu prind pos eine invie d'décollache, bé, on a intouré l'tout dins ein bieau plastic d'imballache.

Dins nos villaches, hélas, ch'n'est pos beauqueop mieux, les cloques de l'nuit n'seonnent pus les heures pasque les nouvieaux habitant n'seont pos hureux. I-seont allés là-va pou avoir l'tranquilité et pou cha i-feaut faire taire les vieux clotiers. Cha f'seot, à l'feos, pus d'chint ans ou chint-chinquante que l'cloque rythmeot l'vie des paysans.

Asteur, de l'nuit, l'veox mélodieusse d'nos vieux clotiers a été rimplachée pa les soneos des auteos ou des fiêtes de quartiers. Les nuits d'été, in s'foutant pos mal de l'orpeos des visins, on n'hésite pos d'berler dins les gardins jusqu'à deux ou treos heures au matin.

On dit que chaque générératieon a ses spécificités, l'ceulle actuelle elle manque d'beauqueop  d'solidarité.

J'vas devoir la faire courte, j'deos d'jà vous laicher là, j'm'in vas pasqu'au leon j'intinds l'cloque qui seonne l'orpas.

"M'pétite poulette, quoisque t'as fait pou deîner ? Du pisseon, ahais, ch'est verdi, j'areos pu l'adveiner".

 

(lexique : lommint : longtemps / les cloques : les cloches / ein p'tit rotleot : un petit roitelet, désigne à Tournai un petit enfant / m'mamère : ma mère / toudis : toujours / querre : chercher / des ouès : des œufs / seûrmint : sûrement / des infantillaches : des enfantillages, des choses puériles / les imbouteillaches : les embouteillages, les bouchons / cacher : chercher / mucher : cacher / l'chucolat : le chocolat / l'gardin : le jardin / asteur : maintenant / rimplaché : remplacé / orsanner : ressembler / bramint : beaucoup / bin : bien / les paufes : les pauvres / serrés : fermés / les cheoncq clotiers : les cinq clochers / du beos : du bois / les villaches : les villages / là-va : là-bas / à l'feos : parfois / chint : cent / chinquante : cinquante / l'veox : la voix / in s'foutant po mal : en ne se moquant pas mal / l'orpeos : le repos / les visins : les voisins / berler : crier, hurler / l'ceulle : celle / beauqueop : autre mot pour beaucoup / laicher : laisser / pasqu'au leon : parce qu'au loin / l'orpas : le repas / quoisque t'as fait : qu'as tu fait / deîner : dîner / du pisseon ou picheon : du poisson / ahais : oui / verdi : vendredi / adveiner : deviner).

S.T. avril 2014

 

09:26 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

08 avril
2014

09:04

Tournai : 1914-1918 des sources importantes !

 

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Le pont Notre-Dame juste avant le début de la première guerre mondiale

(phot le Courrier de l'Escaut) 

Voici déjà le 1.500eme article publié depuis la création, le 15 avril 2007, de "Visite Virtuelle de Tournai". A ce jour, le blog enregistre un peu plus de 354.000 visites et ses lecteurs fidèles ou occasionnels m'ont transmis 1.004 commentaires !

1914-1918 : Tant d'hommes sont morts pour notre liberté !

En cette année 2014, le monde va commémorer le premier conflit mondial qui a fait basculer des millions de personnes dans l'horreur et la barbarie. Durant quatre longues années, du 1er août 1914, date de la déclaration de guerre de l'Autriche-Hongrie à la Serbie au 11 novembre 1918, date de la signature de l'armistice, durant un peu plus de cinquante mois, l'Europe va être ravagée, martyrisée, sinistrée. Hommes, femmes et enfants vont vivre une des pires tragédies de notre Histoire. Près de dix-neuf millions de personnes vont y laisser la vie, plusieurs dizaines d'autres millions seront blessées, à jamais estropiées ou handicapées. A peine terminé, ce conflit portera déjà en germe les raisons de déclenchement du suivant, vingt années plus tard.

La ville de Tournai a mis sur pied un important programme du souvenir. Il y aura tout d'abord entre juillet 2014 et novembre 2018, une exposition au Musée Militaire de la rue Roc Saint-Nicaise abordant les thèmes de la bataille du 24 août 1914, la résistance symbolisée notamment par Gabrielle Petit, la vie quotidienne sous l'occupation et la bataille de l'Escaut (octobre novembre 1918), il y aura également le livre publié par les Ecrivains Publics de Wallonie Picarde, un ouvrage illustré reprenant les souvenirs de familles tournaisiennes dont les parents ont vécu cette période, il y aura enfin, la commémoration de la bataille dite "du 24 août" durant laquelle, les soldats territoriaux de Vendée furent massacrés. Ma passion pour l'histoire me fait souvent regretter que ces combats, au corps à corps parfois, dans les rues d'un faubourg du Nord de Tournai ne soient que très peu ou pas mentionnés dans les ouvrages parus sur la première guerre mondiale, le sacrifice de ces hommes n'a pas été vain, il a permis de retarder l'avancée des troupes allemandes et le regroupement des troupes à l'arrière.  

L'Optimiste avait déjà tenté une première approche, sur base des articles parus dans la presse locale de l'époque, de la vie quotidienne à Tournai durant la première guerre mondiale, celle-ci a été publiée entre le 2 et le 10 mai 2012 et, pour vous rafraîchir la mémoire, il vous invite à les lire ou à les relire. Ces textes vous aideront probablement à mieux comprendre cette ineptie qu'est la guerre, cette "profonde imbécillité" dont la nature humaine, dans sa soif de dominer, d'imposer ses vues aux autres, d'être la maîtresse du monde, a le secret depuis la nuit des temps.

Les recherches sont marquées par des rencontres inattendues !

Mes recherches m'ont conduit dans diverses directions et le plus grand des hasards m'a permis de faire des rencontres inespérées !

Celle de la famille du Major Médecin Léon De Bongnie tout d'abord, originaire de la cité des cinq clochers mais dont les descendants résident désormais un peu partout en Belgique. Les conversations que nous avons échangées, les rencontres organisées et les archives familiales qu'il m'a été autorisé de consulter ont été d'inépuisables sources pour reconstituer le destin tragique de ce médecin militaire tournaisien, mort au champ d'Honneur, qui nous a raconté par le détail son parcours sur le front jusqu'au jour fatal où il fut tué. Sa famille demeurait dans les immeubles situés aux numéros 22 et 24 du quai des Poissonsceaux, à proximité de la passerelle du Pont de l'Arche (également connue des Tournaisiens sous l'appellation de passerelle Saint-Jean puisqu'elle relie le quartier Saint-Piat au quartier Saint-Jean). Le n°22 avait été acheté le 2 mai 1821 par François De Bongnie et son épouse Thérèse Devos, le terrain sur lequel a, par la suite, été érigé l'immeuble portant le n°24 ayant été acquis, par échange, avec un tanneur du nom de Cherquefosse, en 1850. Il était indispensable de profiter de cette commémoration pour évoquer le souvenir de ce Tournaisien dont très peu de concitoyens connaissent encore la biographie, tout au plus, les plus anciens d'entre nous se souviennent-ils qu'il a donné son nom à l'hôpital militaire érigé à la rue de la Citadelle, d'autres ne l'ont probablement entendu pour la première fois qu'à l'occasion de l'aménagement d'un nouveau quartier résidentiel et du transfert des bureaux du Centre Public d'Aide Social sur le site "De Bongnie" !

Celle de Madame Claire de Villaret ensuite, descendante du Général français Antoine de Villaret qui commandait les soldats territoriaux de Vendée, victimes de la barbarie allemande durant la journée du 24 août 1914 dans le quartier du faubourg de Morel à Tournai. C'est grâce au présent blog "Visite Virtuelle de Tournai" et à l'article paru le 21 octobre 2012 annonçant l'exposition qui sera organisée au musée que j'ai reçu, en date du 25 janvier 2014, un commentaire me disant ceci : "Je suis l'arrière petite nièce du général Antoine de Villaret, j'ai en ma possession les écrits concernant cette journée du 24 août, si cela vous intéresse, je suis à votre disposition", c'était signé Claire de Villaret. Hélas, dans la précipitation sans doute, ma correspondante ne m'avait laissé aucune adresse de contact. Charles Deligne, le conservateur du musée, me donna une information importante, le général de Villaret était originaire du Lot. Grâce à cet outil indispensable qu'est devenu internet, j'ai pu retrouver, dans cette région, une personne qui semblait correspondre à celle qui m'avait laissé un commentaire. Ayant trouvé son adresse de contact, je lui ai donc transmis un e-mail, le 21 février 2014, lui demandant si elle était bien la personne qui avait visité mon blog et m'excusant auprès d'elle au cas où ce fut tout simplement une homonymie. La réponse ne s'est pas faite attendre, le lendemain, je recevais la confirmation. Madame de Villaret m'a transmis une photo de son grand-oncle et j'ai ensuite passé les informations au responsable du comité dont je fais partie.

Grâce à ces descendants et à leurs archives, nous allons pouvoir reconstituer deux pans de l'histoire de cette époque troublée.

Bref portrait du Major Médecin Léon Debongnie.

Léon Debongnie est né à Tournai, le 14 novembre 1863, fils d'Alexandre Fortuné (1820-1886) et de son épouse Marie-Thérèse Devos (1826-1886). Ses plus anciens ancêtres retrouvés sont Jacques Philippe né en 1690 et son épouse Elisabeth Dochy (1689-1765), ceux-ci eurent six enfants, tous nés à Kain, entre 1722 et 1735.

Giovanni Hoyois à qui on doit d'intéressantes rubriques dans le Courrier de l'Escaut d'alors, le neveu de Léon Debongnie, a consulté de nombreux documents et a patiemment reconstitué le portrait de cet homme. Voici quelques extraits de cet imposant travail.

"Entre les deux pôles de son existence, la profession médicale et le foyer familial, la physionomie de Léon Debongnie se dégage sous l'aspect d'une haute conscience, animée d'une sollicitude extrême pour tous ceux à quel titre que ce fût, lui étaient confiés. De son devoir d'état, il professait une conception rigoureuse et la discipline de l'armée n'ajoutait certainement rien au sens qu'il portait en lui de l'exactitude et de la ponctualité (...). Pour tous, il était serviable et prévenant, avec une faculté de dévouement qui lui attirait d'emblée la sympathie et lui valait toujours beaucoup d'amis".

Au sortir de l'Université, il se fixa à Tournai. L'exemple d'un oncle, Mr. Dupureux, médecin militaire l'inspira et il décida de rester dans l'armée. Il résida à Ypres et à puis à Anvers où il fut en fonction et où il se maria. En 1900, il revint à Bruxelles où il se trouvait, attaché comme médecin du régiment du 2eme Guide lorsque le conflit éclata.

De ses supérieurs, il était bien apprécié, comme en témoignent ces quelques phrases :

"Officier de santé très sympathique et très apprécié, d'un aspect extérieur sérieux, pondéré et réfléchi, qui inspire une très grande confiance et dont le dévouement est au-dessus de tout éloge". Voilà le portrait que dresse de lui le Major Meiser, le 8 février 1908.

En 1913, le Lieutenant Colonel Foucault écrit de lui :

"L'autorité avec laquelle le médecin de régiment de 2ème classe Debongnie dirige le service sanitaire du corps, la confiance que lui témoignent le personnel, officiers et troupes, le dévouement dont cet officier fait montre en toutes circonstances, l'intérêt qu'il porte à tout ce qui se rapporte à ses fonctions, me permettent de le classer parmi les sujets de valeur d'un mérite très réel. Je le propose à ces titres pour l'avancement au choix hors ligne pour le grade de médecin de régiment de 1ère classe".

Voici donc quelques traits de cet homme qui a voué sa vie à soulager les souffrances de ses semblables et qui sera jeté, comme tant d'autres, dans la tourmente, dès le début du mois d'août 1914. Il mettra toutes ses compétences pour soigner ses compagnons d'armes, confronté comme eux à la folie qui s'était emparée de l'Europe et du monde, un incompréhensible carnage, conséquence d'une soif de domination de quelques hommes voulant conquérir des territoires, asservir des populations entières et se proclamer les maîtres du destin du monde ! Une folie latente, toujours prête à se réveiller, hélas !

Sur des feuillets retirés de son carnet de certificats médicaux, il va rédiger, jour après jour, ses constatations, nous livrer sa vision des combats. Nous ouvrirons bientôt ces "carnets" du Major Médecin De Bongnie me remis par sa famille.

(sources : recherches effectuées par Mr. Giovanni Hoyois sur base des registres paroissiaux et des registres déposés à l'Hôtel de Ville, consultés en 1921 et en mars 1940 juste avant leur destruction lors des bombardements de mai, le double des registres originaux déposés au Palais de Justice de Tournai en mai 1945, les répertoires paroissiaux de Kain et registres communaux de Kain... une histoire familiale informatisée par Clairette Debongnie en 2006 et des documents transmis par Mme Aline Debongnie, deux petites-filles de Léon Debongnie à qui va toute ma reconnaissance).

      

05 avril
2014

10:05

Tournai : expressions tournaisiennes (268)

Ch'est pus possipe, mais alors vraimint pus possipe !

J'areos voulu, comme les eautes meos, vous parlez d'no beonne cité d'Clovis et d'ses travéaux, mais ceulle feos chi, j'vous l'avoue, j'ai bin été obligé d'déclarer forfait pasque je n'sais pus où deonner de l'tiête, je n'sais pus pa dusque j'deos qu'mincher.

Ainsin pou mi aller m'pourméner in ville, comme m'maseon est à eine paire d'kilomètes, j'deos printe m'n'automobile et cacher après eine plache d'préférince sans parcmète, ch'est pos gagné d'avanche pasque, dins nos rues incombrées, i-a tell'mint d'chantiers que les implach'mints devienne'tent d'pus in pus rares pou ti statieonner. Seul'mint avant d'espérer trouver ceulle plache in or, i-feaut pouvoir intrer in ville tout d'abord et là ch'est leon d'ête gagné, ch'est pos facile, savez. Ch'est sans doute pou commémorer l'chintenaire de l'grande guerre et l'raminvrance d'ses infants qu'on nous impose ainsin, tous les jours, l'parcours du combattant ! 

Si te viens pa no gare, ch'est seûr et certain, t'es d'jà bloqué à l'plache Crombrez, pindant huit meos, au moinse (pasqu'à Tournai les chantiers i-avanchent à eine vitesse qu'aucun Namurois pourreot nous invier), adeon, pindant huit meos, l'rue Royale elle va ête serrée in journée pou mette des tuyeaux d'ieau et d'gaz. Si, à l'feos, te pinses pousser eine pointe jusqu'à l'rue des Croisiers, là-va, t'es détourné vers Saint-Brice ou l'boule'vard Walter de Marvis, tout cha pasque pou mette les impétrants on n'peut pus passer à l'plache Gabrielle Petit (impétrants ch'est ein bieau meot pou tout simplemint dire qu'on va faire des tréos). Si t'arrives pa l'rue de l'Mad'leine, t'iras pos pus leon que les Quate coins Saint-Jacques, l'rue d'Courtrai elle est barrée pou mette des dalles à l'plache des pavés, pire acore, à chint mètes, su l'plache Paul Emile Janson, au pied d'no cathédrale, l'pavache i-nest pos terminé à causse de l'fameusse fuite d'ieau qui a eu lieu au meos d'janvier ou féverrier. Comme dins ces cas là, tertous i-s'rinvoit'ent l'balle, ch'est pos d'main l'velle qu'on pourra y rouler. I-a des travéaux tout du leong du Luchet d'Antoing, on rabistoque les trottoirs à l'rue Dorez, on a ouvert les ceusses de l'rue Bonnemaison, l'av'nue des Erables i-a bin lommint qu'elle est serrée à l'circulatieon, même su l'plache du Becquerelle on a fait des treos dins les trottoirs. L'plache Verte et l'rue des Jésuites, ch'est toudis l'même état, on a fiêté l'prumier anniversaire de l'effondremint de l'voirie.

Et i-a pire acore, j'vas vous espliquer.

Au début du meos d'mars, on a meonté ein échafaudache tout autour d'no conservatoire, on a prévu deux ans d'travéaux, ahais, à condition qui comminchent pasque un leuger détal de dernière minute a fait que cha fait quinze jours qu'on a pus vu ein ouverrier. Ch'est ainsin dins no ville, mais quoisqu'i-feont nos édiles ? On comminche tout et on n'finit rien. On a ein éch'vin de l'mobilité, feaudreot aussi créer l'fonctieon d'éch'vin d'l'immobilité, vingt milliards, m'n'heomme i-va queurir seot du matin au soir si i-deot aller vir tout c'qui n'bouge pos.

Dins m'quartier, ch'est pos mieux, on a berteonné pindant tout l'hiver, six meos pou mette les nouvieaux tuyeaux d'gaz d'Ores et l'câbles d'Belgacom, j'pinse que j'vous in ai assez parlé. I-a ein meos que l'calme i-éteot orvenu dins no ruache, l'bédoule elle commincheot même à partir du dallache quand l'Administratieon Communale nous a inveyé eine belle et leongue lette disant qu'on alleot asteur orfaire les trottoirs. On n'a vu aucun plan, aucun projet jusqu'au moumint où l'chantier i-a comminché. Neon seul'mint on fout in l'air nos inciens trottoirs, mais on inliève aussi eine partie de l'asphalte pour rétrécir l'rue, on va supprimer des plaches de parking et chaque feos qu'on orviendra d'no commissieons, on va êtes obligé d'rintrer no voiture a no maseon, rintrer et sortir du garache, j'comprinds que l'gins i-s'foutent in rache. J'plains bin l'paufe commissaire Orlandi, pasque tertous i-dise'tent que tout cha ch'est à causse d'li, on a même  déclaré qu'i-veut tell'mint d'sécurité qu'ein jour on va tertous rester à l'arrêt, mi j'ai toudis apprécié l'ouvrache qui fait pou no sécurité et su c'brafe policier je n'vas pos déblatérer su s'deos, mais quand j'intinds combin on parle d'li au leong d'eine sainte journée, bé, je m'dis que ses orelles elles doive'tent chiffler. Tous ces pinseux qui faitent les projets, i-n'voudreot'ent pos d'cha face à leu maseon mais nous eautes on deot dire ahais, amen, on n'peut pos dire neon, on est quand même de l'beonne sémaine. Dis hardimint qu'elle est belle no démocratie, elle n'existe qu'au momint d'voter pou ein parti. L'Administratieon a décidé et on voudreot bin vir que vous avez ein séquoi à dire. J'sus ein beon garcheon, bin poli et bin él'vé mais i-a des feos j'comprinds pourquoi i-a des révolutieons.

I-a ein seul avantache, ch'est des ouverriers flaminds qui feont l'ouvrache. Ch'est bin malhureux à constater mais ces gins là, contrair'mint aux Walleons, i-save'tent ouvrer, i-ont du corache. I-comminchent à huit heures au matin, arrêtent eine demi-heure à midi pou deîner et i-ortourne'tent à leu maseon à chinq heures. Si l'traval qui ont qu'minché i-n'est pos terminé, bé, i-ouèftent vingt chinq minutes in puque. Les Walleons, eusses, arriveot'ent à huit heures et quart, à l'feos même pus tard, i-commincheotent pa boire eine jatte de café dins l'camieon et i-éteot pos leon d'nuef heures quançqu'i-s'metteotent à l'ouvrache. A dix heures, on f'seot eine petite pause et à midi on arrêteot treos quart d'heure pou minger. Après on parleot pou organiser l'traval de l'après-deîner, ch'est important d'communiquer, et on orcommincheot à eine heure. A treos heures trente chinq, l'journée elle éteot d'jà oute, on attindeot près des camionnettes qui soiche l'heure et eine demi-heure après, on éteot parti. I-a même des feos qu'i-n'veneot'ent pos et que l'ouvrache i-resteot in plan. Quançque les Walleons i-veont ouvrer comme les Flaminds cha ira ein peu mieux dins no belle Wallonie.

Après avoir vu l'vidéo su internet, i-d'a qui veont pétète prier l'Beon Dieu pou avoir comme bourguémette Gérard Depardieu mais i-feaudra pou cha qui sache infin que ch'est pos ein canal qui passe à Tournai mais l'Esqueaut et que dins no ville on a aussi l'sang quieaud.

Tout cha, vous l'avez compris, ch'est bin seûr pou rire mes gins, mais vous l'avoir dit cha m'a  fait quand même du bin.

(lexique : possipe : possible / les eautes meos : les autres mois / ceulle feos chi : cette fois ci / pasque : parce que / dusque : où / qu'mincher ou commincher : commencer / pourméner : promener / printe : prendre / cacher après eine plache : chercher une place / ein parcmète : un horodateur / avanche : avance / les implach'mints : les emplacements / ti : toi / intrer : entrer / leon : loin / l'chintenaire : le centenaire / l'raminvrance : le souvenir / ch'est seûr et certain : c'est sûr et certain, c'est indéniable / ein meos : un mois / au moinse : au moins / adeon : donc / serrer : fermer / l'ieau : l'eau / si à l'feos : si parfois / ein meot : un mot / des tréos : des trous / l'pavache : le pavage / féverrier : février / tertous : tous / tout du leong : tout au long / rabistoquer : rafistoler / lommint : longtemps / l'prumier : le premier / ahais : oui / leuger : léger / ein ouverrier : un ouvrier / quoisqu'i-feont : que font / queurir : courir / vir : voir / berteonner : bougonner, grommeler / orvenu : revenu / l'ruache : le quartier / l'bédoule : la boue / l'dallache : le dallage / invéyé : envoyé / asteur : maintenant / l'moumint : le moment / inciens : anciens / l'maseon : la maison / s'foute en rache : se mettre en colère, en rage / l'paufe : le pauvre / toudis : toujours / à causse : à cause / l'deos : le dos / les orelles : les oreilles / chiffler : siffler / eine séquoi : quelque chose / garcheon : garçon / l'avantache : l'avantage / ouvrer : travailler / l'corache : le courage / i-ouèftent : ils travaillent / oute : terminée / l'bourguémette : le bourgmestre / l'Esqueaut : l'Escaut / quieaud : chaud / bin : bien)

S.T. avril 2014    

10:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, patois, picard |

03 avril
2014

08:52

Tournai : Ainsi soient-elles !

Une soirée à ne pas manquer !

Une belle soirée d'avril marquée par la douceur, une "Salle des Concerts" écrasée par la chaleur, pour rien au monde, cependant, nous n'aurions voulu manquer, ce rendez-vous annuel auquel nous sommes amicalement conviés. L'atelier d'écriture "Plumes de Femmes" nous a, à nouveau, concocté un spectacle dont il a le secret toujours emprunt du sceau de la qualité. Comme les hirondelles, elles nous reviennent tous les ans dès qu'au calendrier apparaît le printemps. C'est une expérience des plus sympathiques mise sur pied par les Ecrivains Publics.

Sur la scène, à notre arrivée, le décor est déjà planté, mais dans pareil bric-à-brac que vont-elles donc faire, à quoi va servir ce fouillis dont Prévert aurait pu dresser l'inventaire : des boîtes à musique, des peluches faméliques, un rouleau à pâtisserie, d'anciennes photographies, une chaise d'enfant, des sièges et un banc, un vieux coffre ouvert, un chapeau de mousquetaire, de vieux souliers usés et même un canotier. Dès l'entame, la réponse nous est bien vite donnée, elles cherchent l'inspiration au fin fond d'un grenier.

Chaque objet découvert est un prétexte pour nous livrer leurs merveilleux textes, car pour la réalisation ces drôles de dames ont surtout fouillé... le tréfonds de leur âme. Les participantes à l'Atelier d'écriture "Plumes de femmes" écrivent leurs mots à l'encre de leurs larmes.

On sent qu'elles n'ont pas toujours eu la vie facile, qu'elles ont connu pas mal de moments difficiles mais à chaque fois, elles transcendent leurs douleurs pour nous offrir deux heures d'un réel bonheur.

Chacune de leurs interventions naviguent entre joie et émotion, si nos yeux picotent par moments, les sourires et le rire sont aussi présents, la vie n'est-elle finalement pas une succession de délires, de tristesses, d'espoirs et de déceptions.

Cette année, elles n'ont pas hésité à agrémenter leur spectacle de quelques passages chantés, et c'est avec la même veine qu'elles ont évoqué Johnny, Cyrano ou bien Verlaine. Elles nous ont parlé avec leur tripes, avec leur cœur, au point que l'une ou l'autre ont parfois été submergées par les pleurs et croyez-moi ce chagrin était bien loin d'être feint !

Racontant le roman de leur existence parfois chaotique, elles ne peuvent que nous être sympathiques, elles passent en un instant des souvenirs les plus noirs à l'évocation des plus inaccessibles espoirs, elles tracent leurs mots d'amour sur du papier de velours, choisissent un beau papier bleu pour, à leurs ennuis, dire adieu. Pour ce bel avenir dont elles ont si souvent rêvé, elles s'appliquent et le calligraphient sur du papier doré car, ainsi soient-elles, leur papier associe toujours la couleur à des instants de souffrance ou de bonheur.

En cette année où partout dans le monde on va commémorer son centenaire, elles n'ont pu passer sous silence cette ineptie que l'Homme nomme guerre, images d'un grand-oncle ou d'un grand-père, lectures émouvantes de lettres qu'on souhaiterait imaginaires écrites avec le cœur, avec la peur, dans la boue des tranchées de l'Yser.   

On ne peut s'empêcher de se souvenir de cette première année où elles avançaient sur les planches encore un peu timorées, c'est déjà leur troisième mise en scène, elles ont pris goût à l'écriture et elles l'aiment. Du théâtre, elles ne deviendront, qui sait, peut-être jamais des professionnelles, mais au moins leurs propos sont emprunts de pureté et de sincérité, ainsi soient-elles !

Un public plus nombreux que l'année précédente n'a pas hésité à applaudir longuement ces artistes et celles qui les ont guidées. Eliane, Annick et Suzanne ont su mettre en exergue les qualités qui, en chacune d'elles, sommeillent et ne demandent qu'à être réveillées. Une fois encore par elles nous avons été subjugués et on a envie de leur dire un seul mot : "continuez". Cette année, elles avaient choisi comme titre : "Ainsi soient-elles", trois mots, répétés tout le long du spectacle, comme une joyeuse ritournelle.

S.T. avril 2014  

01 avril
2014

12:04

Tournai : la découverte d'un trésor !

 

Dernière minute, l'optimiste possède un scoop !

Passant au pied de la cathédrale Notre-Dame, ce matin, j'ai été intrigué par la présence d'un attroupement à la hauteur de la place de l'évêché. J'ai d'abord cru qu'un car venait de déverser son lot habituel de touristes mais la qualité des personnes présentes ne laissait aucun doute, on était bien loin de simples touristes venus admirer ce chef d'œuvre romano-gothique, au contraire, il s'agissait de personnalités non seulement locales mais aussi du monde scientifique.

Vous le savez depuis bien longtemps, l'Optimiste a l'habitude de laisser traîner une oreille indiscrète afin de savoir tout ce qui se passe dans sa ville et ainsi vous le rapporter, je me suis donc approché tout naturellement. J'ai reconnu, Mr. Francis Van de Putte, responsable des guides de la Ville, celui-ci, m'apercevant, est venu à ma rencontre, tout excité. Pour sûr, il devait se passer quelque chose d'inhabituel.

"C'est formidable !" m'a-t-il dit "hier, lors de travaux réalisés à la tour lanterne, en enlevant un faux plancher, un ouvrier a découvert un véritable trésor qui dormait là depuis de très nombreuses années, de l'or, des bijoux, des vases sacrés, des pièces de monnaie, des ornements liturgiques, quelques manuscrits, le tout magnifiquement conservé. D'après les chercheurs de l'U.L.B. arrivés sur place au début de la matinée, il pourrait s'agir d'un trésor caché là avant la venue des Iconoclastes qui pillèrent les édifices religieux.

Qui en est le propriétaire ?

Normalement, cette manne "céleste" devrait tout naturellement revenir au Trésor de la cathédrale qui s'enrichirait ainsi d'importantes pièces de collection, Monseigneur Guy Harpigny a été le premier à émettre cette opinion. Le Conseiller provincial, Serge Hustache, dont on connaît la passion qu'il voue au prestigieux édifice, interrogé en ma présence, rappelle que la province est propriétaire de l'édifice et que les objets trouvés lui reviennent donc de droit. Rudy Demotte, le bourgmestre de Tournai, et Paul Olivier Delannoy, l'échevin-délégué, partaient à la pêche aux informations, ils auraient bien voulu mettre ce trésor dans la corbeille de naissance de la petite Juliette, fille de l'échevine des finances, Laetitia Liénard, toujours soucieuse de combler le déficit communal.  

A l'heure où j'écris ce bref article, je n'ai pu obtenir d'autres informations, je vous renvoie donc au journal télévisé de No Télé dont une équipe est arrivée sur place et à la presse locale, mon ami Etienne Boussemart ayant eu le privilège de photographier ce trésor inattendu.

Demain, je vous donnerai plus d'explications ! 

(S.T. avril 2014)

Tout cela n'était qu'un poisson d'avril comme la majorité d'entre vous l'avaient pensé. Que serait le monde sans un peu d'humour et beaucoup d'amour, encore moins bien qu'aujourd'hui si cela est encore possible ! Edmond et Fifinne m'ont néanmoins envoyé un e-mail pour me dire qu'ils n'avaient rien vu sur No Télé... il faut dire qu'ils avaient aussi oublié de changer les pendules dimanche !

12:04 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, trésor, découverte, scoop |