21 avril
2014

Tournai : 1914-1918, chronique d'un conflit annoncé !

 

La fin d'une époque.

Lorsque le monde aborde la seconde décade du XXe siècle, il s'éloigne, chaque jour davantage, de cette période particulièrement heureuse du début de siècle qu'on retiendra sous le nom de "Belle Epoque".

En suivant l'évolution de la ville de Tournai entre 1860 et 1910, nous avons, en quelque sorte, planté le décor dans lequel le drame se jouera bientôt. Il est maintenant temps de s'intéresser aux évènements qui se déroulent au-delà de nos frontières et dont nous allons finir par subir les conséquences.

Les premiers frémissements.

Dès l'année 1910, un observateur attentif va commencer à noter des faits qui traduisent un net regain de tension sur la planète. Le 4 novembre, on assiste à l'entrevue de Postdam entre le Tsar Nicolas II et l'empereur Guillaume en vue de garantir la paix. Notre observateur se dit peut-être que si on veut la garantir, c'est qu'il y a des soupçons qu'elle soit en danger !

Le 1er juillet 1911, les Allemands envoient la canonnière "Panther" dans le port marocain d'Agadir afin de protéger ses intérêts dans la région. Notre observateur va interpréter ce fait par une démonstration de force armée au lieu du traditionnel recours à la diplomatie !

Le 29 septembre 1911, le mot "guerre" refait son apparition dans l'actualité internationale puisque l'Italie la déclare à l'empire ottoman suite à l'occupation de la région de Tripoli et de la Cyrénaïque.

Le 5 octobre, les Italiens s'emparent de Tripoli et ensuite de Benghazi, la paix entre les belligérants sera signée un an plus tard, le 18 octobre 1912, et l'Italie obtiendra la Tripolitaine et la Cyrénaïque. Notre observateur acte qu'un foyer de vive tension est soudainement apparu à la surface du globe.

Pourtant au début de l'année 1913, personne ne croit encore à la possibilité d'une guerre qui éclaterait en Europe et encore moins à un conflit mondial. Cependant durant cette année, un peu partout la violence va monter en puissance. Le 13 avril, un attentat est commis à Madrid par un anarchiste contre le roi Alphonse XIII qui en réchappera. Le 30 mai, à Londres, un traité met fin à ce qu'on a appelé la "première guerre balkanique" entre la Bulgarie, l'empire ottoman et la Serbie. La Macédoine est partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Serbie. A peine six semaines plus tard, le 14 juillet, les troupes bulgares pénètrent en Macédoine provoquant la réaction immédiate de la Grèce et de la Serbie, on assiste (déjà) à la "seconde guerre balkanique". Elle ne durera que quatre semaines, la défaite de l'agresseur bulgare mettra fin à ce second épisode. Notre observateur commence réellement à s'inquiéter, l'Europe ressemble, de plus en plus, à une marmite en ébullition, il y a des brûlots aux quatre coins de celle-ci !

1914, les frémissements  se transforment en franche ébullition.

Aucun évènement important ne défraie la chronique durant les deux premiers mois de l'année 1914 jusqu'à la date du 16 mars lorsque l'épouse du ministre des Finances français, Joseph Caillaux, abat de six balles de révolver le directeur du journal Le Figaro, Gaston Calmette. Elle lui reproche d'avoir mené une campagne de diffamation contre son mari. Elle sera acquittée le 28 juillet suivant, juste à la veille de la guerre ! Le 28 juin, un anarchiste assassine, à Sarajevo, l'Archiduc héritier d'Autriche François-Ferdinand et son épouse Sophie. Notre observateur attentif a-t-il marqué à l'encre rouge cette information, pour beaucoup elle est le détonateur qui précipitera l'Europe dans la tourmente car, après avoir adressé un ultimatum à la Serbie, le 23 juillet, cinq jours plus tard l'Autriche-Hongrie lui déclare la guerre et bombarde Belgrade. Tout se précipite alors : le 30 juillet, la Russie décrète la mobilisation générale, le 31 juillet, le socialiste Jean Jaures est assassiné à Paris par un dénommé Raoul Villain, le 1er août, l'Allemagne décrète à son tour la mobilisation générale, imitée le même jour par la France. Malgré la neutralité du pays, l'armée belge est mobilisée le 1er août. Cette fois, notre observateur neutre a compris que sur le grand échiquier du monde, les pions sont avancés. Avait-il présagé cette inéluctable issue ? Depuis 1913, deux blocs renforçaient leur armement : la Triple Alliance (Allemagne - Autriche-Hongrie - Italie) et la Triple Entente (France - Grande-Bretagne - Russie).

On est désormais tout proche de la conflagration, le conflit éclate le 3 août lorsque l'Allemagne déclare la guerre à la France. Les troupes allemandes pénètrent en Belgique violant sa neutralité. Le 5 août, la Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne devant le refus de celle-ci de quitter le territoire belge et le 11 août, la France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Autriche-Hongrie. Plus aucun pays n'est épargné.

Pas d'inquiétude à Tournai.

Revenons une année en arrière pour analyser ces évènements au travers de la perception qu'en ont les Tournaisiens. 

En avril 1913 ce qui les préoccupe principalement, c'est la grève déclenchée pour réclamer une modification de la Constitution et l'instauration du vote universel. Peu d'entreprises tournaisiennes sont vraiment touchées par ces mouvements, par contre le bassin carrier, bastion socialiste, est totalement à l'arrêt. L'escadron de Chasseurs à Cheval assure la liberté au travail aux alentours de celui-ci. Durant l'été 1913, le Tournaisien se passionne pour la reconstitution historique du "Grand Tournoi" de 1513. Quatre siècles plus tard, celle-ci a lieu les week-ends de 13 et 14, 20 et 21 juillet. Une somptueuse reconstitution à laquelle participent plus de 1.200 figurants en costumes d'époque. Une organisation magnifique qu'il serait, de nos jours, difficile d'égaler même avec les moyens qui sont les nôtres. De nombreux spectateurs viennent de Belgique et du Nord de la France pour assister au cortège et aux joutes qui se déroulent dans un enclos construit sur la Grand-Place. Le Tournaisien se distrait !

Même en 1914, l'habitant de la cité des cinq clochers ne semble pas particulièrement préoccupé par les informations qui viennent de l'étranger. Après tout les Balkans c'est bien loin, avec les moyens de transport dont on dispose alors c'est même beaucoup plus loin que de nos jours. La guerre entre la Bulgarie, la Serbie et la Grèce est également bien éloignée de nos frontières. Les Tournaisiens vaquent à leur occupations habituelles, ils vont voir les fouilles entreprises sur la Grand-Place qui permettront de découvrir une grande nécropole gallo-romaine dont on sait maintenant qu'elle s'étend jusqu'à la rue Perdue. Quand bien même un conflit éclaterait, la Belgique voit sa neutralité garantie par les grandes puissances et à l'ombre de la cathédrale Notre-Dame, on peut donc dormir sur ses deux oreilles.

Désormais un tournaisien va noter, jour après jour, son parcours de combattant, le Major-Médecin Léon De Bongnie se tenant au courant de toutes les nouvelles va nous éclairer sur ce début de guerre jusqu'au jour fatal où un obus ennemi le précipitera dans la tombe. C'est ce que nous verrons bientôt. 

(sources : presse locale , "Le Courrier de l'Escaut" des années 1912-1913 et 1914 - encyclopédie "le XXe siècle - 10.000 dates-clés" parue au Club France-Loisirs en 1992).

S.T. avril 2014 

Commentaires

"évé(pas "è")nement". David Quayle.

Écrit par : David Quayle | 10/06/2014

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