08 avril
2014

Tournai : 1914-1918 des sources importantes !

 

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Le pont Notre-Dame juste avant le début de la première guerre mondiale

(phot le Courrier de l'Escaut) 

Voici déjà le 1.500eme article publié depuis la création, le 15 avril 2007, de "Visite Virtuelle de Tournai". A ce jour, le blog enregistre un peu plus de 354.000 visites et ses lecteurs fidèles ou occasionnels m'ont transmis 1.004 commentaires !

1914-1918 : Tant d'hommes sont morts pour notre liberté !

En cette année 2014, le monde va commémorer le premier conflit mondial qui a fait basculer des millions de personnes dans l'horreur et la barbarie. Durant quatre longues années, du 1er août 1914, date de la déclaration de guerre de l'Autriche-Hongrie à la Serbie au 11 novembre 1918, date de la signature de l'armistice, durant un peu plus de cinquante mois, l'Europe va être ravagée, martyrisée, sinistrée. Hommes, femmes et enfants vont vivre une des pires tragédies de notre Histoire. Près de dix-neuf millions de personnes vont y laisser la vie, plusieurs dizaines d'autres millions seront blessées, à jamais estropiées ou handicapées. A peine terminé, ce conflit portera déjà en germe les raisons de déclenchement du suivant, vingt années plus tard.

La ville de Tournai a mis sur pied un important programme du souvenir. Il y aura tout d'abord entre juillet 2014 et novembre 2018, une exposition au Musée Militaire de la rue Roc Saint-Nicaise abordant les thèmes de la bataille du 24 août 1914, la résistance symbolisée notamment par Gabrielle Petit, la vie quotidienne sous l'occupation et la bataille de l'Escaut (octobre novembre 1918), il y aura également le livre publié par les Ecrivains Publics de Wallonie Picarde, un ouvrage illustré reprenant les souvenirs de familles tournaisiennes dont les parents ont vécu cette période, il y aura enfin, la commémoration de la bataille dite "du 24 août" durant laquelle, les soldats territoriaux de Vendée furent massacrés. Ma passion pour l'histoire me fait souvent regretter que ces combats, au corps à corps parfois, dans les rues d'un faubourg du Nord de Tournai ne soient que très peu ou pas mentionnés dans les ouvrages parus sur la première guerre mondiale, le sacrifice de ces hommes n'a pas été vain, il a permis de retarder l'avancée des troupes allemandes et le regroupement des troupes à l'arrière.  

L'Optimiste avait déjà tenté une première approche, sur base des articles parus dans la presse locale de l'époque, de la vie quotidienne à Tournai durant la première guerre mondiale, celle-ci a été publiée entre le 2 et le 10 mai 2012 et, pour vous rafraîchir la mémoire, il vous invite à les lire ou à les relire. Ces textes vous aideront probablement à mieux comprendre cette ineptie qu'est la guerre, cette "profonde imbécillité" dont la nature humaine, dans sa soif de dominer, d'imposer ses vues aux autres, d'être la maîtresse du monde, a le secret depuis la nuit des temps.

Les recherches sont marquées par des rencontres inattendues !

Mes recherches m'ont conduit dans diverses directions et le plus grand des hasards m'a permis de faire des rencontres inespérées !

Celle de la famille du Major Médecin Léon De Bongnie tout d'abord, originaire de la cité des cinq clochers mais dont les descendants résident désormais un peu partout en Belgique. Les conversations que nous avons échangées, les rencontres organisées et les archives familiales qu'il m'a été autorisé de consulter ont été d'inépuisables sources pour reconstituer le destin tragique de ce médecin militaire tournaisien, mort au champ d'Honneur, qui nous a raconté par le détail son parcours sur le front jusqu'au jour fatal où il fut tué. Sa famille demeurait dans les immeubles situés aux numéros 22 et 24 du quai des Poissonsceaux, à proximité de la passerelle du Pont de l'Arche (également connue des Tournaisiens sous l'appellation de passerelle Saint-Jean puisqu'elle relie le quartier Saint-Piat au quartier Saint-Jean). Le n°22 avait été acheté le 2 mai 1821 par François De Bongnie et son épouse Thérèse Devos, le terrain sur lequel a, par la suite, été érigé l'immeuble portant le n°24 ayant été acquis, par échange, avec un tanneur du nom de Cherquefosse, en 1850. Il était indispensable de profiter de cette commémoration pour évoquer le souvenir de ce Tournaisien dont très peu de concitoyens connaissent encore la biographie, tout au plus, les plus anciens d'entre nous se souviennent-ils qu'il a donné son nom à l'hôpital militaire érigé à la rue de la Citadelle, d'autres ne l'ont probablement entendu pour la première fois qu'à l'occasion de l'aménagement d'un nouveau quartier résidentiel et du transfert des bureaux du Centre Public d'Aide Social sur le site "De Bongnie" !

Celle de Madame Claire de Villaret ensuite, descendante du Général français Antoine de Villaret qui commandait les soldats territoriaux de Vendée, victimes de la barbarie allemande durant la journée du 24 août 1914 dans le quartier du faubourg de Morel à Tournai. C'est grâce au présent blog "Visite Virtuelle de Tournai" et à l'article paru le 21 octobre 2012 annonçant l'exposition qui sera organisée au musée que j'ai reçu, en date du 25 janvier 2014, un commentaire me disant ceci : "Je suis l'arrière petite nièce du général Antoine de Villaret, j'ai en ma possession les écrits concernant cette journée du 24 août, si cela vous intéresse, je suis à votre disposition", c'était signé Claire de Villaret. Hélas, dans la précipitation sans doute, ma correspondante ne m'avait laissé aucune adresse de contact. Charles Deligne, le conservateur du musée, me donna une information importante, le général de Villaret était originaire du Lot. Grâce à cet outil indispensable qu'est devenu internet, j'ai pu retrouver, dans cette région, une personne qui semblait correspondre à celle qui m'avait laissé un commentaire. Ayant trouvé son adresse de contact, je lui ai donc transmis un e-mail, le 21 février 2014, lui demandant si elle était bien la personne qui avait visité mon blog et m'excusant auprès d'elle au cas où ce fut tout simplement une homonymie. La réponse ne s'est pas faite attendre, le lendemain, je recevais la confirmation. Madame de Villaret m'a transmis une photo de son grand-oncle et j'ai ensuite passé les informations au responsable du comité dont je fais partie.

Grâce à ces descendants et à leurs archives, nous allons pouvoir reconstituer deux pans de l'histoire de cette époque troublée.

Bref portrait du Major Médecin Léon Debongnie.

Léon Debongnie est né à Tournai, le 14 novembre 1863, fils d'Alexandre Fortuné (1820-1886) et de son épouse Marie-Thérèse Devos (1826-1886). Ses plus anciens ancêtres retrouvés sont Jacques Philippe né en 1690 et son épouse Elisabeth Dochy (1689-1765), ceux-ci eurent six enfants, tous nés à Kain, entre 1722 et 1735.

Giovanni Hoyois à qui on doit d'intéressantes rubriques dans le Courrier de l'Escaut d'alors, le neveu de Léon Debongnie, a consulté de nombreux documents et a patiemment reconstitué le portrait de cet homme. Voici quelques extraits de cet imposant travail.

"Entre les deux pôles de son existence, la profession médicale et le foyer familial, la physionomie de Léon Debongnie se dégage sous l'aspect d'une haute conscience, animée d'une sollicitude extrême pour tous ceux à quel titre que ce fût, lui étaient confiés. De son devoir d'état, il professait une conception rigoureuse et la discipline de l'armée n'ajoutait certainement rien au sens qu'il portait en lui de l'exactitude et de la ponctualité (...). Pour tous, il était serviable et prévenant, avec une faculté de dévouement qui lui attirait d'emblée la sympathie et lui valait toujours beaucoup d'amis".

Au sortir de l'Université, il se fixa à Tournai. L'exemple d'un oncle, Mr. Dupureux, médecin militaire l'inspira et il décida de rester dans l'armée. Il résida à Ypres et à puis à Anvers où il fut en fonction et où il se maria. En 1900, il revint à Bruxelles où il se trouvait, attaché comme médecin du régiment du 2eme Guide lorsque le conflit éclata.

De ses supérieurs, il était bien apprécié, comme en témoignent ces quelques phrases :

"Officier de santé très sympathique et très apprécié, d'un aspect extérieur sérieux, pondéré et réfléchi, qui inspire une très grande confiance et dont le dévouement est au-dessus de tout éloge". Voilà le portrait que dresse de lui le Major Meiser, le 8 février 1908.

En 1913, le Lieutenant Colonel Foucault écrit de lui :

"L'autorité avec laquelle le médecin de régiment de 2ème classe Debongnie dirige le service sanitaire du corps, la confiance que lui témoignent le personnel, officiers et troupes, le dévouement dont cet officier fait montre en toutes circonstances, l'intérêt qu'il porte à tout ce qui se rapporte à ses fonctions, me permettent de le classer parmi les sujets de valeur d'un mérite très réel. Je le propose à ces titres pour l'avancement au choix hors ligne pour le grade de médecin de régiment de 1ère classe".

Voici donc quelques traits de cet homme qui a voué sa vie à soulager les souffrances de ses semblables et qui sera jeté, comme tant d'autres, dans la tourmente, dès le début du mois d'août 1914. Il mettra toutes ses compétences pour soigner ses compagnons d'armes, confronté comme eux à la folie qui s'était emparée de l'Europe et du monde, un incompréhensible carnage, conséquence d'une soif de domination de quelques hommes voulant conquérir des territoires, asservir des populations entières et se proclamer les maîtres du destin du monde ! Une folie latente, toujours prête à se réveiller, hélas !

Sur des feuillets retirés de son carnet de certificats médicaux, il va rédiger, jour après jour, ses constatations, nous livrer sa vision des combats. Nous ouvrirons bientôt ces "carnets" du Major Médecin De Bongnie me remis par sa famille.

(sources : recherches effectuées par Mr. Giovanni Hoyois sur base des registres paroissiaux et des registres déposés à l'Hôtel de Ville, consultés en 1921 et en mars 1940 juste avant leur destruction lors des bombardements de mai, le double des registres originaux déposés au Palais de Justice de Tournai en mai 1945, les répertoires paroissiaux de Kain et registres communaux de Kain... une histoire familiale informatisée par Clairette Debongnie en 2006 et des documents transmis par Mme Aline Debongnie, deux petites-filles de Léon Debongnie à qui va toute ma reconnaissance).

      

Commentaires

Bonsoir cher Serge,
Encore une belle page d'histoire, il y a des personnes intéressantes chez toi.
Tu vois internet a du bon, on fait des recherches sans se déplacer. C'est super.
C'est une mine d'or d'informations sur le net.
Bel hommage à ce grand Monsieur.
Bonne soirée, bisous.

Écrit par : Mousse | 08/04/2014

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Bravo et merci, Serge !

Écrit par : Caroline JESSON | 09/04/2014

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Bonjour Monsieur Tranchant
Je viens de lire la première partie de votre blog. Giovanni est le neveu de Léon Debongnie sa maman Louise était la sœur de Léon. Très intéressant j'attend la suite avec impatience. Bon dimanche
Clairette

Écrit par : Clairette Debongnie | 13/04/2014

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Bonjour Monsieur Tranchant,
Je viens de lire la première partie de votre blog, que je trouves très interressante,ce qui me permets d'en savoir plus sur mes "ancêteres"

Un point m'intrigue, Vous mentionnez sur votre blog le nom De Bongnie en un mot.
En effet une partie de la famille est en un mot Debongnie alors que l'autre est en deux mots. De Bongnie.
Si mes souvenirs sont bons à l'Hôpital militaire le nom repris sur la plaque comméorative est bien De Bongnie en deux mots.
Je crois que déjà cette divergence se retrouve entre Mon grand père Henri De Bongnie et son frère Charles Debongnie les deux fils de Léon De Bongnie.
Serait ce une erreur de retranscription dans les régistres?
Je vous remercie de l'excellent travail que vous avez effectué pour commémorer mon arière Grand Père à l'occasion du centenaine de la guerre 14-18
Bien à vous
Philippe De Bongnie

Écrit par : De Bongnie Philippe | 15/04/2014

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Bonjour Monsieur Tranchant,
Tout d'abord permetez moi de vous remercier d'avoir guidé"la famille De Bongnie" lors de la journée commémorative dédiée aux militaires Vandéen décédés sur notre sol.
Cette journée nous a permis de paser une journée en famille agrémenté de vos récits historiques.
J'attends avec impatience la suite de vos récits via votre blog.
Très cordialement
Philippe DB

Écrit par : De Bongnie Philippe | 25/08/2014

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