03 avril
2014

Tournai : Ainsi soient-elles !

Une soirée à ne pas manquer !

Une belle soirée d'avril marquée par la douceur, une "Salle des Concerts" écrasée par la chaleur, pour rien au monde, cependant, nous n'aurions voulu manquer, ce rendez-vous annuel auquel nous sommes amicalement conviés. L'atelier d'écriture "Plumes de Femmes" nous a, à nouveau, concocté un spectacle dont il a le secret toujours emprunt du sceau de la qualité. Comme les hirondelles, elles nous reviennent tous les ans dès qu'au calendrier apparaît le printemps. C'est une expérience des plus sympathiques mise sur pied par les Ecrivains Publics.

Sur la scène, à notre arrivée, le décor est déjà planté, mais dans pareil bric-à-brac que vont-elles donc faire, à quoi va servir ce fouillis dont Prévert aurait pu dresser l'inventaire : des boîtes à musique, des peluches faméliques, un rouleau à pâtisserie, d'anciennes photographies, une chaise d'enfant, des sièges et un banc, un vieux coffre ouvert, un chapeau de mousquetaire, de vieux souliers usés et même un canotier. Dès l'entame, la réponse nous est bien vite donnée, elles cherchent l'inspiration au fin fond d'un grenier.

Chaque objet découvert est un prétexte pour nous livrer leurs merveilleux textes, car pour la réalisation ces drôles de dames ont surtout fouillé... le tréfonds de leur âme. Les participantes à l'Atelier d'écriture "Plumes de femmes" écrivent leurs mots à l'encre de leurs larmes.

On sent qu'elles n'ont pas toujours eu la vie facile, qu'elles ont connu pas mal de moments difficiles mais à chaque fois, elles transcendent leurs douleurs pour nous offrir deux heures d'un réel bonheur.

Chacune de leurs interventions naviguent entre joie et émotion, si nos yeux picotent par moments, les sourires et le rire sont aussi présents, la vie n'est-elle finalement pas une succession de délires, de tristesses, d'espoirs et de déceptions.

Cette année, elles n'ont pas hésité à agrémenter leur spectacle de quelques passages chantés, et c'est avec la même veine qu'elles ont évoqué Johnny, Cyrano ou bien Verlaine. Elles nous ont parlé avec leur tripes, avec leur cœur, au point que l'une ou l'autre ont parfois été submergées par les pleurs et croyez-moi ce chagrin était bien loin d'être feint !

Racontant le roman de leur existence parfois chaotique, elles ne peuvent que nous être sympathiques, elles passent en un instant des souvenirs les plus noirs à l'évocation des plus inaccessibles espoirs, elles tracent leurs mots d'amour sur du papier de velours, choisissent un beau papier bleu pour, à leurs ennuis, dire adieu. Pour ce bel avenir dont elles ont si souvent rêvé, elles s'appliquent et le calligraphient sur du papier doré car, ainsi soient-elles, leur papier associe toujours la couleur à des instants de souffrance ou de bonheur.

En cette année où partout dans le monde on va commémorer son centenaire, elles n'ont pu passer sous silence cette ineptie que l'Homme nomme guerre, images d'un grand-oncle ou d'un grand-père, lectures émouvantes de lettres qu'on souhaiterait imaginaires écrites avec le cœur, avec la peur, dans la boue des tranchées de l'Yser.   

On ne peut s'empêcher de se souvenir de cette première année où elles avançaient sur les planches encore un peu timorées, c'est déjà leur troisième mise en scène, elles ont pris goût à l'écriture et elles l'aiment. Du théâtre, elles ne deviendront, qui sait, peut-être jamais des professionnelles, mais au moins leurs propos sont emprunts de pureté et de sincérité, ainsi soient-elles !

Un public plus nombreux que l'année précédente n'a pas hésité à applaudir longuement ces artistes et celles qui les ont guidées. Eliane, Annick et Suzanne ont su mettre en exergue les qualités qui, en chacune d'elles, sommeillent et ne demandent qu'à être réveillées. Une fois encore par elles nous avons été subjugués et on a envie de leur dire un seul mot : "continuez". Cette année, elles avaient choisi comme titre : "Ainsi soient-elles", trois mots, répétés tout le long du spectacle, comme une joyeuse ritournelle.

S.T. avril 2014  

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