12 févr.
2014

Tournai : Joseph II, un despote éclairé ? (2)

Joseph II s'attaque aux institutions civiles et judiciaires.

L'Histoire va retenir de l'empereur Joseph II qu'il fut un des plus grands réformateurs. En dix ans de règne, on dit qu'il publia plus de 6.000 décrets et 11.000 lois.

Après avoir réformé le "religieux", Joseph II se tourne vers le civil par la création d'un statut de la fonction publique qui sera désormais réservée aux titulaires de titres universitaires et non plus, systématiquement, à des personnes issues de la noblesse, il abolit le servage et les monopoles de ventes seigneuriaux, il instaure le mariage civil et encourage l'accès à la propriété pour les paysans louant des terres. Il crée un impôt de quotité payable par tous les propriétaires, préfiguration de notre impôt cadastral.

Il supprime les trois conseils collatéraux qui assistaient les Gouverneurs généraux dans leur mission et les remplace par le Conseil du Gouvernement général des Pays-Bas qu'il place sous la présidence d'un Ministre plénipotentiaire chargé de conduire les affaires du pays. Ce dernier est divisé en neuf cercles et subdivisés en districts administratifs. On y voit la préfiguration de la Belgique qui existera plus tard et de ses neuf provinces.

Tournai et le Tournaisis formèrent un de ces neufs cercles où étaient incorporées les châtellenies de Courtrai et d'Ypres et les "verges" de Menin et de Roulers. Ces cercles étaient dirigés par un intendant auquel "tous les sujets se devaient d'obéir aux ordres même quand celui-ci paraîtrait excéder les bornes de l'autorité" ! Cet intendant à Tournai était le baron Van Beelen.

La réformes concernèrent également le niveau judiciaire, toutes les anciennes juridictions qu'elles soient provinciales ou communales furent supprimées et remplacées par un Conseil souverain de Justice pour la révision des procès situé à Bruxelles et à Luxembourg et, à travers le pays, on instaura soixante-trois tribunaux d'instance. Tournai reçut un Tribunal de première Instance composé d'un président et de cinq juges.

En mai 1987, tout bascule, les Tournaisiens avaient jusqu'ici accepté les réformes religieuses mais dès qu'on toucha au "civil", ils s'enhardirent et envoyèrent une missive dans laquelle, on peut lire :

"...nous supplions vos Altesses royales de daigner nous faire connaître s'il y a quelques remèdes à nos maux ou jusqu'à quel terme de subversion nous devons, atterrés par l'autorité, sacrifier des droits dont naguère à nous et à nos concitoyens, on nous promettait solennellement sous la foi auguste et jurée du monarque, la jouissance et la conservation".

C'est un peu un message qui veut dire : "pas touche à nos acquis" !

La rébellion s'étend et les divers Etats du pays s'en prennent directement à l'empereur qui avait promis, en 1781, de maintenir les constitutions, elles menacent même de refuser de payer l'impôt.

Devant cette levée de boucliers, les Gouverneurs généraux décident le 30 mai 1787 de surseoir aux édits de justice. Une délégation fut envoyée à Vienne. Pour Tournai, on trouvait au sein de celle-ci le mayeur Van der Gracht, l'échevin de la Vingne d'Angy, le chanoine Luneux, messieurs Sourdeau et Vanderheyden représentaient les Etats du Tournaisis, un pensionnaire nommé Macau les accompagnait. Au cours de cette entrevue, l'empereur accepta seulement de surseoir provisoirement aux édits concernant les tribunaux et les intendances. Son attitude "bienveillante" ne dura pas très longtemps et le 17 décembre 1787, il décida d'appliquer intégralement toutes les ordonnances.

A Tournai, tout resta calme en apparence, mais des écrits diffamatoires et satyriques circulèrent rapidement. L'évêque Salm-Salm, dont on connaît les sympathies pour le pouvoir en place, argua d'un mauvais état de santé et quitta la ville tandis que le clergé répandait les brochures contre le Séminaire Général.

L'hiver 1788-1789 fut des plus rigoureux, on assista de la part d'individus peu scrupuleux à des spéculations sur le blé, pendant ce temps, les Royalistes français quittaient Paris et venaient s'installer à Tournai (!) sentant venir la révolte du peuple qui éclaterait quelques mois plus tard.

Bientôt des émeutes se produisirent dans toutes les régions, à Tournai le notaire Bousmar souleva la population contre le prix exorbitant du grain, suite à son incarcération à la Grand-garde, la population descendit dans les rues et pilla les demeures des magistrats. On dit même qu'il y eut des morts et des blessés.

La Révolution brabançonne va éclater, des patriotes tournaisiens y prendront part. A Tournai, elle sera progressiste dans son désir d'égalité sociale mais ne pourra s'empêcher de revenir aux lois trouvant leurs origines au Moyen-Age, les "trente-six Bannières" refirent leur apparition, on détricota, dès lors, tout ce que Joseph II avait mis en place.

Le 20 février 1790, celui qui avait fait le rêve de tout réformer, de tout moderniser mais qui pour atteindre son but avait agi maladroitement en pensant qu'en quelques années, on pouvait balayer d'un revers de la main des coutumes ancestrales, Joseph II mourait, il était âgé de quarante-huit ans.

(sources : voir article précédent).

S.T. février 2014 

 

09:20 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, joseph ii, révolte, réformes |

Commentaires

LES BRUXELLOIS n'en voulaient pas (retour à l'ordre ancien alors que les libertés Communales depuis Philippe-Auguste (Beffroi).

Le système des corporations était déjà dépassé.

L'Archevèque de CAMBRAI était Fénelon,partisan du quiétsime, avait été chargé de l'éducation du Dauphin et avait déplus à LOUIS XIV.

Baudouin REMACLE

Écrit par : REMACLE | 14/04/2014

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