31 janv.
2014

09:35

Tournai : les festivités de février

Février, le mois le plus court du calendrier, est particulièrement chargé en évènements dans la cité des cinq clochers. Une affiche succède à une autre après le "Ramdam Festival, le festival du film qui dérange", voici le "Tournai Jazz Festival".


Samedi 1er, salle La Fenêtre, rue des Campeaux, 20h, les humoristes des "Nouvelles de l'Espace" reçoivent Jacky Legge, conservateur des cimetières tournaisiens, défenseur de l'art funéraires, une soirée à... mourir de rire !

Lundi 3, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "No way back", chorégraphie de Milan Emmanuel et le collectif.

Mardi 4, auditoire du Séminaire, 13h45, "L'habitation urbaine de la terre", conférence par Michel Lussault, géographe, Professeur à l'Université de Lyon, dans le cadre du cycle "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui".

Mardi 4 et mercredi 5, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 20h, "Une société de services" par le Zoo Théâtre dans une mise en scène de Françoise Bloch.

Jeudi 6, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 14h30, "Les OGM en question", conférence par Nathalie Verbruggen, Professeur à l'Université libre de Bruxelles, dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Vendredi 7, Maison de la Culture, dès 18h30, patio : Elia Fragione, à 20 h, salle Jean Noté, Jeff Neve, Viktor Lazlo chante Billie Holliday, à 23h30, patio : Daniel Willems and the Gipsy Jazz Band, dans le cadre du Tournai Jazz Festival.

Vendredi 7, samedi 8 et dimanche 9, Tournai-Expo "Brocante, Antiquités, Collections".

Samedi 8, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 15h, "une certaine histoire de Jazz" en famille à partir de 5 ans. A 16h, dans le patio : le conservatoire de Tournai, à 18h, salle Frank Lucas : Yvan Paduart, à 20h, salle Jean Noté : l'artiste de jazz coréenne Youn Sun Nah, à 21h15, dans le patio : The Sidwinders, à 22h30, salle Jean Noté : le jazzman israélien Avishai Cohen dans le cadre du Tournai Jazz Festival

Mardi 11, auditoire du séminaire, 13h45, "De quel amour aimons-nous l'enfant aujourd'hui", conférence par Catherine Ternynck, psychanalyste, psychothérapeute dans le cadre du cycle de conférences "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui".

Jeudi 13, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 14h30, "L'Asie orientale, nouveau centre du monde" conférence par Paul André, Professeur à l'Université catholique de Lille, dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Jeudi 13, Maison de la Culture, salle Jean Noté à 16 et 20h, "Bolivie, Chili, du Pacifique à l'Amazonie" présenté par Hélène et Christian Goubier dans le cadre du cycle "Exploration du Monde".

Jeudi 13, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 20h, "Solo Due" par les Argonautes, spectacle mêlant cirque, théâtre et musique par Benji Bernard et Etienne Borel.

Vendredi 14, Halle-aux-Draps, dès 19h : "Buffet Fromage" au profit de la Marelle et de l'Entracte.

Vendredi 14, le Mô de la faim, "Guillaume Ledent en concert

Samedi 15, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 16h, "Coco and Co" par le Skat Théâtre, spectacle familial dès 6 ans.

Samedi 15, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Sois Belge et tais-toi", revue humoristique sur la politique belge, spectacle organisé par le Lion's Club les Templiers de Pecq.

Samedi 15, salle la Fenêtre, 20h, "Cabaret de la Saint-Valentin", spectacle d'improvisation par les Souffleurs de Mots.

Dimanche 16, Froyennes, la Petite Fabriek, 16h, "La Valse à Yoshka" par la Compagnie de la Cyrène, spectacle théâtral, musical, poétique de Roger Wallet, avec Michel Fontaine. 

Mardi 18, auditoire du Séminaire, 13h45, "Le Bel Canto italien de Monteverdi à...Verdi", conférence de Jean Marie Onkelinx, musicologue, dans de cadre du cycle de conférences "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui".

Mardi 18, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "C'était trop 30 ans", one man show de François Pirette.

Mercredi 19, Maison de la Culture, 20h, "Comment ça va ,", conférence de Thomas d'Ansembourg organisée par le club Attitude Plus.

Jeudi 20, Hôtel de Ville, Salon de la Reine, 13h30 et 18h30, "Tabac, Alcool, Cannabis, Cigarette électronique... ce que vous devriez savoir" conférence par Mr. Pierre Maurage, chargé de recherches FNRS et professeur UCL , ainsi que des tabacologues au CHWAPi, dans le cadre des Conférences Santé 2014.

Jeudi 20, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 14h30, "Face à la crise, une autre finance est-elle possible", conférence par Bernard Bayot, Directeur du réseau Financement Alternatif dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Vendredi 21, Kain, école les Apicoliers,  rue Raoul Van Spitael, "la marche des Apicoliers".

Vendredi 21, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Ghost Road" par la compagnie Artara dans une mise en scène de Fabrice Murgia.

Vendredi 21 et samedi 22, Tournai-Expo, "salon SIEP", le salon des études et des professions.

Samedi 22, Foyer Saint-Brice, 21 h, "Bleen" en concert au profit de l'école Saint-Nicolas.  

Dimanche 23, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h, "Quatuor Zaïde", quatre musiciennes françaises, 1er prix du Concours international Joseph Haydn 2012 à Vienne, 1er prix du Concours international de Musique de Pékin 2011 et le prix de la presse internationale au concours de quatuor à cordes de Bordeaux 2010. Concert exceptionnel dans le cadre du festival "Les Voix Intimes 2013-2014".

Dimanche 23, Halle-aux-Draps, 16h, "Cabaret philanthropique" par la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien au profit de Cap48.

Mardi 25 et mercredi 26, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 20h, "Nourrir l'humanité, c'est un métier", par la compagnie Art et TCA.

Jeudi 27, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 14h30, "La Tunisie, l'explosion des Couleurs et des Sens", conférence par Serge Hustache, député provincial dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Jeudi 27, Hôtel de Ville, Salon de la Reine, 18h, "Tout savoir sur les allergies", conférence par le Dr. Palem, pneumologue au CHWApi, dans le cadre des conférences Santé 2014. 

Vendredi 28, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, Imbert Imbert et Daniel Hélin en concert, rencontre de deux personnalités de la chanson française, l'une française, l'autre belge.

 

Expositions :

Jusqu'au   8, Quai Notre-Dame 38, "Digital Breakfast" d'Arnaud Eeckhout et Stephane Bozik.

Jusqu'au 16, Maison de la Culture, Espace bis : "Photomaton" de Damien Verhamme.

Jusqu'au 16, Maison de la Culture, étage, "Les œuvres de Jean-François Van Haelemeersch".

Jusqu'au 16, Maison de la Culture, hall, "Images d'un projet" photographies de Xavier Cornu.

Jusqu'au 23, Rasson Art Gallery, "peintures et concept 3D print" Agnès CH Peeters.

A partir du 15, Musée des Arts de la Marionnette " Maurice Maeterlinck (1862-1949), une œuvre-vie"  

A partir du 21, Maison de la Culture, Espace bis, "10 artistes à l'Espace Bis".

A partir du 21, Musée d'Histoire Naturelle, "Produire de l'électricité du 18e au 21e siècle".  

programme susceptible de modification et/ou d'ajouts.

S.T. Janvier 2014   

    

29 janv.
2014

14:04

Tournai : Philippe Delaby, un grand de la BD n'est plus.

La nouvelle nous est parvenue ce midi, Philippe Delaby nous a quittés ce mercredi 29 janvier 2014 à l'aube, il venait de fêter son 53e anniversaire. 

Cet auteur, très connu des amateurs de l'art qu'est devenue la bande dessinée, est né à Tournai, le 21 janvier 1961. Dès l'âge de huit ans, en lisant "Tintin au Congo", il a été attiré par ce nouveau mode d'expression alors en plein essor. Il y avait eu les pionniers comme Hergé ou Franquin, il y avait Edgar P. Jacobs, Jacques Martin, Goscinny et Uderzo ou Jean Graton et, bientôt, la bande dessinée occuperait des rayons entiers des librairies et tiendrait "salon" à Angoulême et même à Tournai grâce à l'institut Don Bosco. Des éditeurs comme Casterman, Dargaud, Dupuis... allaient lui donner ses lettres de noblesse.

A quatorze ans, Philippe Delaby est inscrit à l'Ecole des Beaux-Arts dans la section de dessin académique, un peu plus tard, il va même s'essayer à la peinture à l'huile. Il suivra encore des cours d'imprimerie et de typographie.

Embrassant la carrière professionnelle, après avoir remporté un concours à Mons, il va faire ses début au sein des éditions du Lombard et publiera ses premières planches dans le Journal de Tintin, en 1987.

S'étant aguerri, il va commencer à voler de ses propres ailes en publiant, en 1991, "Arthur, au royaume de l'impossible" et "Richard Cœur de Lion, l'Epée et la Croix". Pour cette parution, avec son scénariste Yves Duval, il sera récompensé du prix "Clio" décerné par le Salon de l'Histoire de Paris en 1994. Cette édition va le faire connaître au grand public. Il faut dire que son domaine de prédilection restera toujours l'Histoire.

Beaucoup d'autres livres vont suivre : "Bran, Légende née des tourbillons des vents du Nord" en 1993 et une trilogie intitulée "L'Etoile polaire", sur un scénario de Luc Delisse, composée de "Le Milieu du ciel" paru en 1994, "la Nuit comme un cheval arabe" en 1995 et "Les Faux Jumeaux" en 1996.

Mais c'est avec la série historique "Murena" que Philippe Delaby va s'attirer la sympathie des amateurs de BD et l'attention des critiques. Avec la collaboration du scénariste Jean Dufaux, entre 1997 et 2013, il dessinera : "La Pourpre et l'Or" (1997), "De Sable et de Sang" (1999), "La Meilleure des mères" (2001), "Ceux qui vont mourir" (2002), "La déesse noire" (2006), "Le Sang des bêtes (2007), "Vie des feux" (2009), "Revanche des cendres" (2010) et "Les Epines" en 2013.

Entretemps, en 2006, il avait publié "Highlanders".

En 2004, il se lance dans un nouveau projet avec "Complainte des landes perdues" qui sera composée de trois premiers albums : "Morigane" (2004), "Le Guinea lord" (en 2008), "La Fée Sanctus" en 2012. Il y a quelques semaines, il nous annonçait, sur son blog, la prochaine parution du quatrième opus de la série : "Sill-Valt".

Philippe Delaby sera honoré de nombreux prix : le prix de la BD de Boulogne-sur-Mer (F) remis en 1997 ou le Grand Prix Saint-Michel remis pour l'ensemble de son œuvre en 2011. Ce prix prestigieux décerné par la ville de Bruxelles compte à son tableau d'honneur des artistes tels Edgar P. Jacob (Blake et Mortimer), Morris (Lucky Luke), Hergé, à titre posthume (Tintin), Jacques Martin (Alix), Jean Graton (Michel Vaillant), le dessinateur originaire d'Antoing, Raoul Cauvin (Boule et Bill, Les femmes en blanc, Natacha ou Pierre Tombal) ou encore le dernier nominé, Philippe Geluck (Le Chat). En 2012, le prix Cognito kui sera décerné. En 2013, lors du festival de la BD de Middelkerke, il lui fut décerné un "Gouden Potlood" (crayon d'or).

Le 19 avril 2012, le dessinateur exposait à la galerie Napoléon à Paris, à l'occasion de la sortie de l'opus 3 de "la Complainte des landes perdues". 

Les habitants de Mouscron et plus particulièrement les supporters de l'Excelsior se souviendront des planches qu'il dessinait chaque semaine pour le journal du club de football de division I.

Le 30 novembre dernier, Philippe Delaby participait au Festival de la Bande dessinée de Rumes. Lui qui a connu les rendez-vous de Montreuil-Beslay, de Blois, de Nismes, de Taipei aimait aussi retrouver ses racines régionales. Les dernières images de lui ont été enregistrées à cette occasion par No Télé.

Philippe Delaby n'a pas eu le temps de mener à bien tous les projets qu'il évoquait encore à cette occasion, dans ses cartons, il y avait probablement encore l'ébauche de plusieurs aventures de la série Murena. La mort a ravi un réel talent ! 

(recherches personnelles à partir des œuvres de Philippe Delaby, d'articles de la presse locale)

S.T. janvier 2014

 

 

14:04 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, bd, philippe delaby, murena, casterman, dargaud |

27 janv.
2014

09:30

Tournai : Christian Bridoux, septième président du cabaret wallon

tournai,christian bridoux,cabaret wallon tournaisien,revue,lionel,gedit,desclée,delogeTournai n'est pas un gros village, ni même une toute petite ville de province où tout le monde se connait, pourtant, très souvent, les portraits que j'affiche aux cimaises de ce musée virtuel sont ceux de Tournaisiens que j'ai plus d'une fois rencontrés peut-être parce que, tout comme moi, on les a, au cours de leur existence, retrouvés au sein de différentes associations.

Après Pascal Winberg, c'est un autre membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien que nous allons découvrir : Christian Bridoux devenu, depuis le 1er janvier de cette année, le septième Président de cette incontournable compagnie de chansonniers, vénérable institution du folklore local. Succédant à Adolphe Wattiez (Président-fondateur en 1907) Alphonse Tassier (1942), Charles Maillet (1956), Lucien Jardez (1964), Philippe De Smet (1996) et Michel Derache (2008), il a repris le flambeau de la défense de notre langue picarde.

L'imprimeur qui aimait chanter.

Christian Bridoux voit le jour en 1947, il sera l'aîné d'une famille de cinq enfants. Avec un père militaire, il fut obligé de déménager à l'une ou l'autre reprise durant sa prime jeunesse, allant même résider dans la région montoise. C'est en 1957, lorsqu'il vint habiter le quartier "Sainte-Magritte", que j'ai fait sa connaissance, les enfants de ce quartier disposant du vaste terrain de jeu qu'était, à l'époque, la plaine des Manœuvres. Christian Bridoux a fréquenté l'institut Don Bosco et l'école industrielle où il apprit le métier d'imprimeur. Après son service militaire, en 1972, il épouse Marie-Paule Lendasse, elle aussi de Sainte-Magritte, et de cette union naîtront deux enfants, Christophe et Christelle. Les études terminées, il débute sa carrière à l'imprimerie Desclée qui deviendra par la suite Gédit, il y restera dix-huit ans avant de partir chez Deloge à Anderlecht où il travaillera 31 ans, endossant un rôle du navetteur, celui qui connaît la route et ses embouteillages par coeur. En 1975, il viendra habiter à moins de cent mètres de chez moi et, comme au temps de notre lointaine jeunesse, on se verra désormais tous les jours !

Si Pascal Winberg était un supporter inconditionnel de l'Union, le cœur de Christian a toujours été teinté de jaune et de noir, les couleurs du Royal Racing Club Tournaisien où il fut délégué des équipes de jeunes, y côtoyant un autre membre du Cabaret Albert Coens. 

Son autre hobby était le chant. Adolescent, il fait partie de la Maîtrise de la cathédrale et du cercle choral Tornacum. C'est au sein de celui-ci qu'il sera mis, presque par hasard, en relation avec la Royale Compagnie du Cabaret Wallon, il y côtoyait Félicien Doyen et Robert Léonard et ceux-ci lui proposèrent d'être figurant dans les revues qui se déroulaient chaque année au moment de la kermesse de septembre.

Un "figurant" de talent.

Excellent comédien, le garçon va connaître son heure de gloire grâce à une scène consacrée à la fusion des communes de 1976, initiative du Ministre Michel. Au cours de celle-ci, il jouera le rôle de Lionel, un jeune marié dont la cérémonie de mariage à l'hôtel de ville est soudainement contrariée par l'arrivée d'un oncle (Albert Coens), farouche opposant à ce regroupement de communes, un oncle qui va semer un peu la pagaille dans l'organisation de la cérémonie. A la question posée régulièrement par celle qui doit devenir sa femme (Jacqueline Jardez) : " Cha va 'cor durer lommint Lionel" (cela va-t-il encore durer longtemps, Lionel), il répond invariablement avec un air niais : "Bé neon, neon, pou asteur cha va aller vite" (Mais non, non, pour maintenant cela va aller vite). Une réplique devenue culte qui depuis lors est souvent utilisée par ceux qui assistèrent aux représentations lors d'une situation où l'attente s'éternise.

Au milieu des années septante, la grande aventure annuelle de la revue tournaisienne du Cabaret Wallon va prendre fin, peut-être victime de son succès puisqu'elle se jouait durant près de trois mois. Lorsqu'en novembre 2008, pour clôturer l'année du centenaire de sa fondation, la nouvelle équipe mettra sur pied, "l'Orvue du chint'naire", Christian Bridoux va répondre une nouvelle fois présent.

L'entrée au Cabaret via le concours Prayez.  

Un an plus tard, sa chanson "L'saucisse" écrite sur l'air du "gorille" de Georges Brassens pour le concours Prayez sera primée et avec ce succès, il va frapper à la porte de la compagnie.

"J'ai tout fait em' n'écol' primaire, ch'teot à Saint-Charles, au Deon Bosceo, pou ein affaire, ch'fut eine affaire, vu que je n'comperdeos pos beauqueop. Comme j'mingeos orpas complet, el mardi, ch'éteot l'jour de l'saucisse, pos l'choix obligé d'minger et ch'est pour cha que j'attrapeos l'drisse : j'aime pos l'saucisse"

"J'ai tout fait mon école primaire, c'était à Saint-Charles, à Don Bosco, pour une affaire, ce fut une  affaire, vu que je ne comprenais pas beaucoup. Comme je mangeais le repas complet, le mardi, c'était le jour de la saucisse, pas le choix, obligé de manger et c'est pour cela que j'attrapais la diarrhée ; je n'aime pas la saucisse".  

Depuis lors, on ne sait pas si la petite saucisse à bâtons est encore au menu du lapin du lundi perdu, tradition à laquelle les membres du Cabaret sacrifient au début du mois de janvier et si cela est, pourvu que le nouveau président ne la supprime pas !

Le postulant qui avait pris pour parrains Jean-Marc Foucart et Philippe De Smet reçut sa cravate rouge, signe de son appartenance définitive à la compagnie, un an plus tard, en 2010, il devenait ainsi le 96e membre du Cabaret. Il composera pour ses deux amis "Cancheon pou deux artisses" (chanson pour deux artistes).

Souvenirs de revues.

A propos des revues, Christian Bridoux conserve une foule de souvenirs, plus cocasses les uns que les autres. Je dois malheureusement me contenter de vous en conter deux.

Il y avait une tradition, le jour de la dernière, on faisait des blagues à ceux qui entraient en scène. Didier Winberg, le frère de Pascal, qui vient malheureusement de nous quitter devait jouer le rôle d'hallebardier. C'était un perfectionniste, il était costumé longtemps avant son entrée pour la scène finale. Ayant déposé sa lance quelques instants, celle-ci avait disparu, dans les coulisses tous les participants riaient de le voir se démener pour récupérer cet accessoire qui définissait sa fonction, c'est un peu stressé qu'il a fait son apparition devant le public !  

Une scène restée célèbre pour les spectateurs est celle de la "Prière à Notre-Dame" écrite et interprétée par Albert Coens, seul en scène, devant la projection d'un vitrail. Durant toutes les représentations, il arrivait avec une valise (bien entendu vide). Le jour de la dernière représentation, les plaisantins de service avaient lesté celle-ci de masses métalliques la rendant difficilement portable. Albert Coens a fait son entrée sur scène ployant sous le poids du fardeau, un effet (involontaire) qui fit rire les spectateurs pensant qu'il mimait le poids du bagage !

Le "virus de la revue" (pour autant qu'il soit médicalement reconnu) a gagné la famille Bridoux, puisque depuis peu, Marie-Paule, son épouse, et Christelle, sa fille, s'activent en coulisses pour préparer costumes et accessoires et participent aussi à la confection et réparation des costumes.

La vie en chansons.

 

Dans "l'pinsieonné" (le retraité) chanson écrite sur l'air du "Tango corse" de Fernandel, il décrit le changement de vie connu après le quotidien du travail. Dans un premier temps, il met en avant les bienfaits du changement mais rapidement, il va découvrir qu'il a... un nouveau patron :"

"M'ov'là in r'traite, milliard dè qu'vieau que j'sus rabi, m'ov'là in r'traite, je n'veos pus comme avant el'vie, vous pouvez m'croire, rien fout', môdieu, qu'ch'est esquintant, vous devez m'croire, ch'est ainsin qu'on deviendreot fainéant".

"Me voilà en retraite, milliard que je suis ravi, me voilà en retraite, je ne vois plus comme avant la vie, vous pouvez me croire, ne rien faire, mon Dieu, c'est fatigant, vous devez me croire, c'est ainsi qu'on deviendrait fainéant".

Personnellement, j'aime son poème dédié à sa mère, mais, par extension, à toutes les mamans intitulé tout simplement "Manmans" :

"D'puis toudis on a dit et écrit su les feimmes, in bien, in mal - parâit que ch'est dins l'air du temps -: Les ceull's que j'vas ichi vous parler sans problèmes et qu'on trouèf' tertous magiques, ch'est les manmans (...) Asteur qu'elle soiche au Ciel... pétête acore su tierre, adeon n'fais pos l'biec-beos: bé t'coeur d'vieux bruant, i-grimp'reot su l'bieffreo... et à l'tout l'ville intière, à l'volaine, i-cantereot : j't'aime bin m'pétit' manman".

"Depuis toujours on a dit et écrit sur les femmes, en bien, en mal, il paraît que c'est dans l'air du temps, celles dont je vais ici vous parler sans problème et qu'on trouve tous magiques, ce sont les mamans (...) Maintenant qu'elle soit au Ciel... peut-être encore sur terre, ne fais pas l'innocent, ton cœur de vieux paresseux grimperait sur le beffroi et à la ville entière, tous azimuth, il chanterait : je t'aime bien ma petite maman".

Je vais arrêter ici ce long portrait d'un voisin, d'un ami, j'ai bien peur qu'un lecteur me dise :

"Cha va acore durer lommint, Lionel"

"Bé neon, neon, pou asteur cha va aller vite".

J'vas vous quitter mes gins pasque j'sins d'jà meonter l'naque de l'saucisse que m'feimme prépare pou l'deîner ave de l'compote et des frites, hureus'mint, l'vint i-est dins l'beonne directieon et cha n'risque pos d'soul'ver l'coeur de n'm'amisse et visin Christian !

S.T. janvier 2014.

 

24 janv.
2014

17:42

Tournai : expressions tournaisiennes (259)

On comminche à vir l'feond du puche !

(suite d'expressions tournaisiennes du 9 novembre 2013)

Cha fait lommint que j'vous ai parlé du chantier qui a dins no quartier, i-feaut dire qu'ave les fiêtes de fin d'ainnée, les travéaux i-aveot'ent été arrêtés. A l'mitan du meos d'décimpe, les treos dins les trottoirs aveot'ent été orbouchés, on aveot même ormis les dalles à l'plache des ceulles qu'on aveot inl'vées (deux feos pasque l'prumièr ouvrache n'éteot pos de l'meilleure qualité, tout i-berloqueot, les joints aveot'ent même sauté). Les responsapes aveot'ent promis que l'rue s'reot nettiée avant l'Noë. Pindant treos jours, on a attindu l'arrivée des ouverriers qui d'veotent effectuer l'traval qu'on aveot tant espéré.

"Queompte la d'zeur et beos d' l'ieau, t'aras des clairs boyéaux" comme on dit à Tournai. Les congés i-ont comminché et l'camieon i-n'est jamais arrivé. Comme l'pluèfe elle n'arrêteot pos d'caire, dins les rues et les maseons, on aveot l'bédoule pou pos tcher , i-a même des p'tits vieux qu'i-ont dit, cha nous rappelle l'grante guerre que nous raqueonteot, l'soir, à l'écrienne, no mopère. I-feaut vir l'positif de l'situatieon, on a toudis dit : "à toute cosse, malheur i-est beon", quançqu'on va avoir l'prumier noirglas ou que l'neiche va caire, v'nir saler l'route ichi, savez, ch'n'est vraimint pos nécessaire, i-a eine couche d'sape, d'tierre et d'chimint pou passer siept hiviers au moins.

Pindant deux semaines, on a quand même eu ein avantache, i-a pos à dire i-a moinse de boucan quand i-n'a pos d'ouvrache.

On a ainsin été fin tranquille jusqu'au six du meos d'janvier, quand on a vu orvenir, avec orgret, les ouverriers. L'marteau-pic i-a tout fait trimbler quand on s'a mis de nouvieau à trouer.

"Quoisqu'i-s'passe, l'ouvrache n'est pos bin fait, vous allez acore tout orcommincher ?" que j'ai d'mindé.

"Neon, neon qui m'a dit l'brafe chef du chantier, on a mis les tuyéaux et asteur i-feaut les raccorder. Ichi mes heommes et bé i-ouèftent pou Belgacom".

J'ai orwettié les camionnettes et in faisant bin attintieon, j'ai été saisi tout net en veyant leus immatriculations.

Les trottoirs i-ont été, eine prumière feos, (pos treop) bin fait pa des ouverriers portugais, ch'éteot, i-feaut bin l'avouer, ein véritape ouvrache d'pourchéau, les rigoles et les égouts éteot'ent rimplis d'chimint et pou réparer parelle tablature, on a fait appel à des... flaminds. Asteur, ch'éteot des Français qui aveot'ent rimporté l'marché. Bé si les firmes d'no régieon i-n'ont pus d'ouvrache, cha n'm'éteonne pos qu'in Wallonie picarte i-a du chômache !

Adeon, pa d'vant l'maseon, on a inl'vé les nouvelles dalles qu'on aveot mis d'puis quate semaines et on a fait des treos in pagale. J'ai appris que ch'éteot deux ouverriers d'eine interprisse régionale qui ouvreot'ent in sous traitance pou l'firme qui v'neot d'France.

"Chef ... su l'plan, on direot que l'raccord d'télépheone i-est sous l'pélouse des gins. Ch'est pos grafe qui a répeondu l'chef, on va asteur trouer leu gardin. Les ogneons d'tulipes, d'jacinthes, d'gringottes, les crocus que m'feimme d'puis toujours, elle dorlote avec amour, i-ont été rués, dins l'benne du camieon, sans eaute forme de procès : "ni fleurs, ni couronnes", pou les plantes vivaces, cha aussi été ein intierr'mint d'prumière classe.

Deux jours après, on est orvenu tout boucher, ormette des nouvelles dalles et chiminter les joints. Pou l'deuxième feos in ein meos on aveot ein nouvieau trottoir, on commincheot à orprinte espoir.

Pos pus tard qu'au matin, j'veos treos ouverriers dins m'gardin.

"faites attintieon aux ogneons et aux plantes vivaces, qu'elle a dit m'feimme, d'jà qu i-n'd'a pus des masses".

"On est désolé mais asteur ch'est l'gaz qu'on deot raccorder, dins vo garache i-va falloir tout démeonté, vo n'étagère i-feaut l'ortirer pasque ch'est là que l'nouvieau tuyéau i-va passer, in puque on va devoir acore trouer d'façeon provisoire, mais n'vous in faites surtout pos, dès qu'on a fini on va orfaire l'trottoir".

Su l'même queop j'ai vu arriver m'comarate Lionel et j'ai été surpris d'l'intinte dire aux ouverriers : "Cha va acore durer lommint ?", j'ai eu invie d'li dire : "bé neon, neon, Lionel, pou asteur cha va aller vite". Après tout i-n'a qu'siept meos que les travéaux sont comminchés.

Beonne nouvelle ! On a v'nu nettier l'route au matin, infin ch'est l'mitan d'eine nouvelle pasque on a vu l'pétite machine passer et rapasser dins l'rue voisine mais elle n'a jamais rintré dins l'not'e, i-feaut dire qu'i-f'seot acor' noir quand elle est v'nue et que l'chauffeur i-n'a pétête pos vu qu'i-aveot là eine rue !

Quand l'gaz i-s'ra raccordé, on n's'ra pos 'cor sauvé, on dit qu'on va v'nir mette des pavés auto-bloquant mais cha, on n'sait pos acore quand !  

(lexique : on comminche à vir l'feond du puche : on commence à voir le fond du puits / lommint : longtemps / les fiêtes : les fêtes / à l'mitan : au milieu, à la moitié / décimpe : décembre / les treos : les trous / orboucher : reboucher / ormis : remis / les plaches : les places / ceulles : celles / berloquer : balancer / nettier : nettoyer / l'Noë : la Noël / les ouverriers : les ouvriers / queompte là d'zeur et beos d'l'ieau : compte là-dessus et bois de l'eau / commincher : commencer / l'pluèfe : la pluie / caire : tomber / l'bédoule : la boue / tcher : cher / à l'écrienne : la veillée, moment où la luminosité baisse et pendant lequel on patientait jadis avant d'allumer la lumière / l'mopère : le père / l'cosse : la chose / l'noirglas ou l'noirglache : le verglas / l'neiche : la neige / l' chimint : le ciment / l'hivier : l'hiver / orvenir : revenir / orgret : regret / l'ouvrache : l'ouvrage, le travail / ouèftent : travaillent / orwettié : regarder / veyant : voyant / l'pourchéau : le cochon / l'tablature : la situation anormale / les flaminds : les flamands / l'chômache : le chômage / picarte : picarde / in pagale : en désordre / l'interprisse : l'entreprise / grafe : grave / asteur : maintenant / l'gardin : le jardin / les ogneons : les oignons / les gringottes : les jonquilles / l'feimme : la femme / ruer : jeter / ein intierr'mint : un enterrement / l'garache : le garage / ortirer : retirer / in puque : de plus / l'comarate : le camarade / intinte : entendre / rapasser : repasser / pétête : peut-être).

S.T. janvier 2014.         

 

17:42 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

21 janv.
2014

22:47

Tournai : l'année 1854 sous la loupe.

Que nous a réservé cette année 1854 ?

Sur le plan international, l'actualité est dominée par la guerre opposant la Russie à l'empire ottoman. Le 27 mars, la France et l'Angleterre déclarent la guerre au Tsar appliquant les termes du traité de Constantinople de 1832 qui avait mis fin à la guerre d'indépendance de la Grèce et avait orienté ce pays vers un état indépendant. Le 20 avril, l'empereur François-Joseph 1er d'Autriche déclare la neutralité de son pays et signe un traité d'alliance avec la Prusse. Le 29 juillet, une épidémie de choléra fait son apparition dans certaines régions de France. Enfin, le 20 octobre voit les naissances du poète Arthur Rimbaud et de l'écrivain Alphonse Allais.

Sur le plan national, l'actualité est également influencée par les évènements internationaux et principalement par ceux liés à la guerre de Crimée. Le 13 juin, lors d'élections législatives partielles, en perdant six sièges, les "Libéraux" perdent avant tout la majorité à la Chambre. Le Roi, en raison des tensions internationales, refuse la démission du gouvernement dirigé par Henri de Brouckère depuis octobre 1852. Le souverain souhaite un apaisement au sein de l'équipe qui préside aux destinées de la nation.

Du 8 au 11 octobre se tient à Ostende une conférence réunissant l'Espagne et les Etats-Unis d'Amérique concernant l'achat par ceux-ci de l'île de Cuba. L'accord sera signé le 18 octobre à Aix la Chapelle où la conférence s'est poursuivie.

Bruxelles voit apparaître son tramway à traction chevaline, celui-ci suit la rue de Laeken.

Au niveau local, l'actualité ne se différencie pas tellement de celle qui a marqué les années précédentes. Pour ne pas lasser le lecteur, nous nous bornerons donc à quelques faits plus représentatifs des préoccupations de l'époque.

Budget communal (journal du 7 janvier 1854).

"Le Conseil a voté une somme de 1.600 francs pour la restauration de la façade du beffroi, côté Vieux marché aux Poteries, 3.000 francs pour les fontaines de Saint-Piat, 600 francs pour quatre candélabres à placer face au théâtre mais il ne sera pas donné suite au projet qu'on avait conçu de poser des candélabres de la Grand'Place (orthographe de l'époque) à la station. Une somme de 25.000 francs (!) est proposée pour les pertes éventuelles du pain à prix réduit à délivrer à la classe indigente (par rapport aux autres sommes, celle-ci nous paraît fort élevée)".

Comme on évoque le théâtre, rappelons que celui-ci était situé à la rue Perdue, que le bâtiment construit en 1745 avait été détruit par un incendie le 21 décembre 1852 lors d'une représentation du "Barbier de Séville", heureusement sans faire de victime et reconstruit rapidement sur des plans de l'architecte Bourla. L'inauguration aura lieu le 11 septembre 1854 en présence de la famille royale.

Recherche d'un lieu pour ériger le nouveau Palais de Justice (dimanche 5 février).

"Notre ville doit être dotée d'un Palais de Justice, il ne manque que de trouver un emplacement convenable. Cet emplacement, on le cherche partout où il n'est pas : dans les jardins du Parc, à la place Verte, au Becquerel (s'orthographie aujourd'hui Becquerelle), sur le quai des Quatre Bras mais personne penserait jeter les yeux sur un terrain qui siérait à merveille, à savoir la place du Parc (actuelle place Reine Astrid), à la suite de la Salle des Concerts en faisant disparaître le marché couvert (...). Ce n'est pas devant 50.000 francs qu'il faut reculer, quand on bâtit pour les siècles à venir".

Cet article a été écrit il y a 160 ans presque jour pour jour. On sait désormais que le bâtiment a été érigé sur les terrains situés face à l'ancienne citadelle et que depuis une dizaine d'années on évoque l'éventuelle construction d'un nouveau palais de justice. La recherche d'un lieu semble aussi difficile que pour la construction de l'actuel palais.

François Verdière, originaire de Maubray, refait parler de lui (jeudi 23 février).

"Le nommé François Verdière, de Maubray, condamné aux travaux forcés à perpétuité pour vol d'argent commis l'an dernier au faubourg de Maire (voir l'article : l'année 1853 sous la loupe), a été ramené avant-hier à la prison de notre ville. il aurait déclaré être coupable de l'assassinat qui a eu lieu, l'an dernier, en la commune de Flobecq". 

François Verdière est mort (jeudi 16 mars).

"Hier, vers trois heures, est décédé à la prison d'arrêt de Tournai le dénommé François Verdière de Maubray, déclaré coupable d'assassinat".

La chance est parfois au rendez-vous ! (journal du 22 mars).  

"Hier après-midi, un ouvrier couvreur était occupé à travailler sur le toit d'une maison de la Grand'Place, lorsque la tête lui venant à tourner, il est tombé d'une hauteur de 20 pieds au moins (un pied étant alors égal à 0,324 centimètres, dans ce cas on estime la chute à plus de 6m50). Ses blessures, heureusement, ne sont pas dangereuses et ce qui a empêché que sa chute soit trop grave, c'est qu'il est tombé sur un mont de fumier qui se trouvait dans la cour de Mr. le Colonel du 14e Régiment, Marché aux Poteries, aussi s'est-il relevé seul !".

La guerre de Crimée est dans tous les esprits (journal des 17 et 18 avril, Pâques).

"La désertion continue pour notre garnison, nous apprenons qu'à l'appel d'hier, on a du encore constaté huit absences".

Cette fois la désertion n'est pas en rapport avec la guerre car, le lendemain, le journal apporte la précision suivante :

"Nous tenons d'une source certaine que ce fait n'existe pas, que c'était un faux bruit répandu en ville et que les absents sont rentrés à la caserne après une nuit passée en débauches".

Le service militaire, la dure école de la vie !!!

Une évasion au palais de justice (vendredi 2 juin).

Voici maintenant la relation d'un fait divers finalement intemporel.

"Hier matin, une évasion a eu lieu au tribunal civil. Quatre individus avaient été amenés au tribunal pour y être interrogés par le juge d'instruction, lorsque l'un d'eux, doyen d'âge, profitant d'un moment où on était occupé à procéder à l'interrogatoire d'un de ses confrères, se mit à descendre rapidement les escaliers du tribunal et à courir à toutes jambes se dirigeant vers la rue de Courtrai où il fut arrêté par une honnête citoyen qui le remit entre les mains de la gendarmerie, à qui l'éveil ayant aussitôt été donné, s'était mis à le poursuivre".

Les portes de la ville (vendredi 21 juillet).

"Le Bourgmestre et échevins de la Ville de Tournai informent le public qu'à dater de ce jour, les portes de la ville qui se ferment définitivement à minuit, pourront s'ouvrir comme précédemment pendant la nuit".

La fermeture des portes était une bonne chose pour la tranquillité et la sécurité des citoyens. Certains Tournaisiens risquent aujourd'hui de regretter la disparition des portes et remparts confrontés qu'ils sont, chaque week-end, à une vie nocturne parfois bien violente ou souvent tapageuse !

Avis de disparition (vendredi 28 juillet).

Alors que nous avons consulté toutes les éditions quotidiennes du Courrier de l'Escaut depuis le 1er janvier 1849, c'est la première fois qu'on trouve le signalement d'une personne disparue dans la presse locale. Un siècle et demi plus tard, la description possède le mérite de nous renseigner sur la mode de cette époque.

"Signalement de la nommée S. Dorchies, fille de Napoléon, ouvrier bonnetier et de Marie Rose Delannoy, disparue à Tournai, rue de Marvis 29, depuis le 1er juillet 1854. Agée de 12 ans, taille 1m10, cheveux roux, yeux gris, bouche petite, menton et visage ronds. Vêtements : robe en coton à raies bleues et rouges, tablier en coton rouge à carreaux, mouchoir bleu moucheté de jaune, bonnet en velours noir, bas bleus et sabots".

Remarquons  que cet avis paraît près d'un mois après la disparition. On n'a jamais su si cette fillette avait été retrouvée vivante ou...malheureusement morte ! 

Retour du choléra (samedi 29 juillet).

"Le bruit s'est répandu en ville que le choléra régnait ces jours derniers avec intensité, nous croyons dire qu'il résulte des renseignements les plus exacts que cette maladie a fait son apparition à Tournai et dans quelques villages voisins, il y a dix jours. Les cas observés ne sont pas nombreux, deux à Tournai, un à Hollain et deux à Bruyelles. On attribue à une imprudence la mort d'une des victimes de la maladie".

C'est à cette date du 29 juillet qu'on rapporte que la France doit faire face à un retour de cette maladie.

Location avec...exigences (novembre).

"A louer : une partie de maison, composée de plusieurs pièces avec cave et cuisine, dans un des plus beaux quartiers de la ville. On désirerait une dame seule avec domestique."

Opération de charité (décembre).

La période de Noël est propice aux bonnes actions, si aujourd'hui des associations organisent des fêtes ou concerts dont les bénéfices reviennent aux plus démunis, à l'époque, ces actions étaient souvent l'œuvre de particuliers. Le style utilisé pour conter celles-ci est bien représentatif de celui du XIXe siècle.

"Il s'est passé, hier matin, dans une maison d'ouvriers de la rue des Jésuites, une scène bien admirable et bien touchante. C'était une distribution de vêtements faite à un grand nombre d'enfants pauvres de la paroisse Saint-Piat à l'occasion de la fête de Noël. Rien de simple, mais rien de beau comme la pensée qui inspira cette œuvre charitable. Il y a quelques années, à peine, une fille pieuse, simple ouvrière, voulant, au moyen d'une faible cotisation hebdomadaire qu'elle s'impose, elle et quelques compagnes, habiller un enfant pauvre, à pareil jour en l'honneur de Jésus enfant. Bientôt la bonne œuvre fut connue et prit de l'extension. Avec l'aide de personnes aisées et charitables, le nombre d'enfants protégés se multiplia considérablement. Cette année, on est parvenu à vêtir plus de cinquante enfants pauvres...".

Voici encore une rétrospective qui s'achève. Peu à peu l'histoire de Tournai se construit, elle est la résultante de mille petits faits qui décrivent parfois la progression de la mentalité mais aussi d'évènements plus graves qui peuvent défigurer la cité, la mettre en péril et l'obliger à se reconstruire.

(sources : les éditions du Courrier de l'Escaut de l'année 1854)

   

 

 

 

 

 

   

17 janv.
2014

17:50

Tournai : expressions tournaisiennes (258)

 

L'hivier du sièque.

In octope, ch'éteot dins toutes les gazettes, l'artique i-éteot même paru su internet, on pouveot douch'mint commincher à s'in faire, on alleot connaite l'pus pire des hiviers.

Tous les savants et tous les gins de l'météo, i-aveot'ent tertous prédit qu'i-alleot faire freod. D'jà à l'Toussaint on areot eu roupie à s'nez, les fleurs su les teombes i-areot'ent vite fâné. Le onze de novimpe pour l'fiête de l'Armistice, ch'est à skis qu'on areot été à Saint-Brice et pou l'Brabançonne pa d'vant l'monumint, les notes i-areot'ent gélé dins l'z'instrumints. L'deux décimpe, pou l'Sainte-Barbette des pompiers, i-areot fallu ein Saint-Bernard et s'tonnelet. Moins siept dins les chalets du marché d'Noë, même l'alcool dins les boutelles i-areot gelé. Pou s'récauffer, in buvant eine pétite goutte, on areot chuché des glacheons au leon de l'route.

Pou fiêter l'an neuf au mitan de l'Grand'Place, comme in Chine, on areot fait des statues d'glache. Ein peont des treos pa les Amisses de l'Citadelle, ein lupanar pou Dodo et ses fidèles, on areot même vu eine cathédrale, sans toiles, confectieonnée pa les œuvres épiscopales. Polo, Ludivine et les gins du parti i-areot'ent élevé eine statue à Mossieu Rudy. Eine pétite éolienne pa les écoléos, pou certains cha areot fait freod dins l'deos. No Christine de Lallaing total'mint givrée, elle areot eu des mouquiles à s'nez. On areot fait l'traversée de l'ville su l'Esqueaut, ave des patins à glache sans caire dins l'ieau.

In janvier, cha n'areot pos été bieau, l'ieau elle areot gelé dins les tuyéeaux. T'areos eu pus quieaud dins ein congélateur que d'pourméner déhors pindant ein quart d'heure. Ormontant l'fleuve d'puis l'bord de mer, on areot vu arriver des ours polaires et petête même arrivant pa l'Esqueaut, on areot vu eine tribu d'Esquimeaux, Mo Dieu, qu'i-alleot faire freod, j'in trimble jusqu'à mes ossieaux.

Cha, ch'est c'que nos savants i-aveot'ent prévu, in s'basant seûrmint su des sources inconnues. In réalité, ch'est pos du tout quoisqu'i-s'a passé.

A l'Toussaint, on est allé in pull au cim'tière, presque pa eine timpérature printanière. Le onze novimpe, i-f'seot même ein temps à faire printe l'air à ein incien combattant. Au cortèche de l'Sainte-Barbette, nos brafes pompiers, n'ont pos du boire du bouilleon pou s'récauffer. Su l'plache, dins les chalets du marché de l'Noë, on vindeot presque des boisseons glachées. Plusieurs feos, l'vint i-a tell'mint soufflé, que les toiles de l'cathédrales se seont involées et, des neuaches qui cacheot'ent l'astre solaire, ch'est pos d'z'ours polaires qu'on a vu caire. D'puis asteur treos meos, i-a tell'mint cait d'lieau, que dins les gardins i-seont pleins les tonnieaux. Les arpes sont in bourgeons et l'osieau cante près de m'maseon. L'echevin d'l'intretien des routes i-s'frotte les mains, des meonts d'sel in stock, i-n'est pos sorti ein grain, si on pouveot l'garder jusqu'au meos d'avril, cha f'reot d'riches écolomies pou no Ville.

Bin seûr, j'vous l'dit, l'hivier n'est pos fini, i-a d'ailleurs ein vieux dicteon qui l'prédit : l'hivier n'est pos batard, si i-n'vient teôt, i-vient tard.

Ainsin prév'nu, pou les soldes, j'ai acaté, eine mareonne de pilou et ein bonnet, m'feimme elle s'a mise à tricoter, des pulls in laine de chamois des Pyrénées. On a pinsé à isoler nos tuyéeaux et on a vidé l'ieau de not' tonnieau. J'ai acaté près d'chinquante kileos d'sel et j'ai d'jà préparé m'pétite pelle.

A travers de m'n'écran, j'veos qu'vous vous moquez, vous m'prenez, ch'est seûr, pou ein paufe demeuré mais quançque l'thermomète i-va s'effondrer, alors on va intinte les cigales berler:

"Mo Dieu, bé, i-fait freod tout à n'ein queop, cha n'aveot pos été dit pa l'météo".

Si fait, ch'éteot anneonché... l'ainnée passée, j'pinse que vous l'avez bin vite oblié. Asteur si vous voulez vous récauffer, i-n'vous reste pus qu'eine cosse : i- feaut dinser

 (lexique : l'hivier du sièque : l'hiver du siècle / octope : octobre / l'artique : l'article / commincher : commencer / avoir roupie à s'nez : avoir une morve, le nez qui coule souvent en raison du froid/ pa d'vant : devant / décimpe : décembre / siept : sept / récauffer : réchauffer / ein glacheon : un glaçon / au leon : au long / au mitan : au milieu / l'glache : la glace / des mouquiles : des morves, on dit aussi avoir des candelles -chandelles- à s'nez) / L'Esqueaut : l'Escaut (le fleuve qui traverse Tournai) / caire : tomber / l'ieau : l'eau / quieaud : chaud / pourméner : promener /  ormontant : remontant / pétête : peut-être / les ossieaux : les os / seûrmint : sûrement / quoisque : qu'est-ce que / printe : prendre / brafe : brave / tell'mint : tellement / les neuaches : les nuages / asteur : maintenant / l'gardin : le jardin / les arpes : les arbres / canter : chanter / l'maseon : la maison / des meonts : des monts / d'puque : de plus / des écolomies : des économies / acater : acheter / eine mareonne in pilou : un pantalon de velours / paufe : pauvre / quançque : quand / intinte : entendre / berler : crier / tout à n'ein queop : tout à coup / anneonché : annoncé / l'ainnée : l'année / oblier : oublier / eine cosse : une chose / dinser : danser).

S.T. janvier 2014 

      

17:50 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, patois, picard |

15 janv.
2014

17:10

Tournai : le point mensuel sur les chantiers.

Notre dernier rendez-vous date déjà de l'année dernière, durant la période du 21 décembre au 5 janvier, les travaux ont été à l'arrêt en raison des traditionnels congés dans le secteur de la construction.

La cathédrale Notre-Dame.

Les deux clochers Sud sont désormais totalement "emballés". Les échafaudages montent jusqu'au sommet, à 83 mètres de hauteur. Les grandes toiles plastifiées censées protéger le voisinage des poussières générées par la réfection et le remplacement des pierres ont donné bien du fil à retordre aux pompiers lors des tempêtes de fin décembre. Si les colsons ont tenu bon, les toiles se sont déchirées et ont voulu jouer les filles de l'air. Dans un peu plus de 1.000 jours ouvrables, sans aléas, les cinq clochers présenteront un nouveau visage ! 

Quartier cathédral.

Les travaux progressent à un bon rythme même si certains ont la désagréable impression qu'ils évoluent vraiment lentement. Le dallage de la rue des Chapeliers a été réalisé jusqu'à hauteur de l'entrée du piétonnier. Dans le prolongement de celle-ci, depuis une semaine, les engins de chantier ont commencé à enlever les pavés de la place Paul Emile Janson entre la rue Soil de Moriamé et la rue de l'Hôpital Notre-Dame. Les arbres ont également été déracinés. Nous avons souvent déploré que l'auteur de projet ne jurait que par la minéralité et ce n'est donc pas une surprise de constater que les seuls éléments vivants de cette place ne fassent désormais plus partie du paysage. Mr. Nicolas Michelin a-t-il horreur des espaces verts ou bien ses études d'architecte datent-elles déjà de cette époque où le "tout béton" était le seul et unique crédo ? Loin de moi d'émettre une critique sur l'homme que je ne connais pas mais ses "créations architecturales" sont un peu trop tristes et manquent totalement de chaleur !

Pour beaucoup de concitoyens, la rénovation récente de la rue de l'Hôpital Notre-Dame pose également problème. Naguère étroite et ne permettant pas le croisement aisé de véhicules en raison de ceux qui y étaient stationnés, elle est désormais bien large car on a supprimé les trottoirs pour la transformer en un "espace partagé". A l'occasion de cette réfection, la voirie a été mise en sens unique vers l'Escaut, elle ne possède plus aucune place de stationnement et la vitesse y est limitée à 20km/h. Que constate-t-on ? Certains automobilistes font fi de l'absence de places pour parquer et immobilisent leur véhicule sur la droite ou la gauche de la rue obligeant les autres usagers à slalomer. D'autres, notamment les livreurs, empruntent cette rue à une vitesse inadaptée au péril des piétons qui se sentent faussement en sécurité. Le dimanche, enfin, cette rue est déserte et ressemble à celle d'une cité fantôme, les bâtiments abandonnés (ancien immeuble du "Courrier de l'Escaut", terrain vague du défunt Multiscope Palace, bâtiment vide d'un ancien restaurant appelé à disparaître, divers commerces à remettre) ainsi que les rares magasins fermés pour le week-end n'attirent pas le chaland, tout au plus va-t-on y croiser des passants qui se pressent vers la gare ou en viennent.

Tout n'est cependant pas gris. D'autres chantiers vont redynamiser heureusement de nombreux quartiers.

Place de Lille.

Le chantier de l'ancienne église Sainte-Marguerite stoppé pour un problème de conformité au permis de bâtir vient de reprendre. A côté de l'entrée de l'édifice religieux, la plus petite maison de Tournai fait, depuis peu, l'objet d'une rénovation, celle de la façade de l'ancien bâtiment à l'enseigne des "Armes de Tournay" est achevée, on aménage l'intérieur pour y créer un rez-de-chaussée commercial et des appartements aux étages. Les travaux d'aménagement d'un vaste parking sur deux étages dont l'accès se fera par la place de Lille et la sortie par la rue As-Pois ont bien progressé. Constatons que le commerce d'objets électriques dont le propriétaire est décédé, il y a quelques mois, semble à l'abandon et ses étalages offrent un spectacle désolant, le matériel exposé rouillant sur place !

Rue Perdue.

Passant, presque tous les jours, dans cette rue qui permet la liaison entre l'Escaut et le centre-ville, on ne remarque pas une activité fébrile quant aux travaux d'aménagements intérieurs et des accès au parking souterrain dont le gros-œuvre est terminé depuis un an déjà !

Quartier de la Madeleine.

On ne peut ignorer les chantiers qui y sont réalisés. Dès l'entrée dans la ville, sur l'avenue de Troyes, on remarque la construction en cours face au jardin de la Reine, sur le site de l'ancien Casino. Rez-de chaussée commercial et appartements entourés d'un espace vert seront certainement disponibles en 2015.

Dans la rue Frinoise, deux importants chantiers se font face, celui initié par le Logis Tournaisien, qui complètera le chantier réalisé, il y a quelques années, à la brasserie Saint-Yves, dans la rue de la Madeleine et celui qui est réalisé à l'emplacement de l'ancien cinéma Eden dont les bâtiments viennent d'être rasés. Ajoutons que l'immeuble depuis longtemps vide situé au coin de la rue Frinoise et de la rue des Augustins est en également cours de rénovation pour accueillir le projet de l'asbl "l'Antre-Deux".

A la jonction entre la rue des Augustins et le boulevard Léopold, des travaux de pose d'impétrants ont débuté ce lundi 13 janvier. Mardi, il était même impossible de rejoindre le boulevard en remontant la rue, décidément les détours imposés aux automobilistes sont nombreux en ce moment.

Place du Becquerelle.

Le chantier de construction d'une crèche, de bureaux et d'appartements de standing (dont tous seraient déjà vendus sur plan) entre dans une nouvelle phase. La crèche est terminée, pour le reste, ce sont les aménagements intérieurs qui sont en cours.

Avenue Montgomery.

La deuxième des cinq phases du projet immobilier intitulé "Corne Saint-Martin" se termine. A terme, ce sera un véritable quartier qui sera ainsi créé sur cette partie de l'ancienne plaine des Manœuvres.

Rue Jean Cousin.

Le chantier abandonné, dans le courant de l'été, par son initiateur suite à une faillite a été repris et le rythme de travail est soutenu. Il permettra probablement la livraison des appartements avec peu de retard sur le délai prévu à l'origine.

Rue Barthélémy Frison.

Les travaux de transformation des locaux de l'ancienne imprimerie Gédit en appartements et lofts progressent de façon peut-être un peu moins spectaculaire que celles des autres chantiers, on n'y voit pas cette activité fébrile constatée ailleurs car il s'agit surtout d'aménagements intérieurs moins visibles.

Le quartier du Becquerelle.

La pose des impétrants progresse, le quai Dumon et le coin Becquerelle sont terminés, ce sont désormais les rues de l'Epinette et des Jardins qui sont concernées par les ouvertures des voiries. 

Quartier du vert Bocage.

Le chantier de rénovation de l'avenue des Erables se poursuit. Cela fait maintenant près de trois mois que la circulation est interrompue sur cette voie fort fréquentée du quartier. Il n'y a pas de déviation possible pour rejoindre le boulevard Léopold. La rue Albert Allard et l'avenue des Sorbiers qui lui est parallèle, deux voies qui forment le giratoire dans le quartier, sont devenues, par ce fait, des impasses. Il faut soit revenir par la rue Saint-Eleuthère, soit rejoindre la chaussée de Lille pour venir en ville, celui qui s'y aventure pour la première fois a intérêt de se munir d'une bonne boussole et de ne pas trop se fier à son GPS !

Quartier du Vert Bois.

Pas besoin pour moi de me déplacer pour vous relater ce chantier, il me suffit de regarder par la fenêtre et ce que je vois m'interpelle profondément. Les travaux de pose d'une nouvelle canalisation de gaz et d'un câble téléphonique débutés fin août, ont été terminés durant la semaine qui a précédé la Noël. Entretemps, tous les trottoirs ont été faits et... même refaits (en raison de malfaçons). Malgré les promesses du chef de chantier de l'entreprise adjudicataire, d'un représentant du maître d'œuvre (Ores), des responsables communaux chargés de la surveillance du bon déroulement des travaux et même de l'échevin responsable, le nettoyage des rues n'a pas été effectué avant les congés et la boue omniprésente depuis le début des travaux est restée sur l'asphalte, s'est écoulée lors des averses dans des égouts qui commencent à saturer, s'est attachée aux semelles des riverains nécessitant un nettoyage journalier des maisons en ces périodes de fêtes, elle a aussi maculé l'intérieur et l'extérieur des voitures qu'il est nécessaire de nettoyer toutes les semaines. Depuis le 6 janvier, on ouvre à nouveau les trottoirs et les jardins des particuliers pour raccorder le câble téléphonique aux diverses maisons avant qu'on ne vienne prochainement faire la même opération pour le gaz. Soyons philosophes, on verra peut-être bien le bout du tunnel un jour ! 

Projets en sommeil, abandonnés ou oubliés.

Alors que celui-ci était paru dans la presse et que les plans avaient été affichés aux valves de l'hôtel de ville, il y a plus d'un an, on ne parle plus du projet de construction d'un hôtel à l'emplacement du magasin de cycles de la rue Marvis et de l'avenue Bozière.

De même, le projet de transformation des anciennes usines Allard au quai des Salines en lieux d'habitations n'a toujours pas débuté.

Le chantier de construction d'appartements à la rue Paul Pasture est à l'abandon suite à la faillite de l'immobilière.

Rien de nouveau du côté de la restauration de la Tour Henri VIII, de l'ancienne gendarmerie, de l'îlot Cherquefosse, de l'église de la Madeleine ou de celle des Pères Rédemptoristes qui sont devenus, peu à peu, les chancres qui défigurent la cité des cinq clochers !

Et l'avenir ?

Depuis quelques semaines, on parle avec insistance du projet de la Z.A.C.C Morel. Le bourgmestre empêché, Rudy Demotte, l'a même évoqué lors de la cérémonie des vœux. Il s'agit, ni plus ni moins, de la création d'un tout nouveau quartier sur des terrains cultivés, de plusieurs dizaines d'hectares, situés en face du home des Brasseurs. Une zone d'habitation où les économies d'énergie seront privilégiées, où les maisons ne seront pas les unes sur les autres (on parle de trente bâtiments à l'hectare) avec des voiries et des espaces verts.

Un autre important projet concerne la place Reine Astrid où les ateliers d'un ancien garage devraient être rasés. La rénovation de cet ensemble qui rejoint la rue Saint-Martin où se trouvaient les vitrines d'exposition des voitures permettra la restauration de la chapelle Saint-Eloi qui s'y trouve enclavée et qu'on ne peut apercevoir, actuellement, ni de la place, ni de la rue. Celle-ci constitue avec l'église Saint-Jean un des deux témoins de l'architecture religieuse du XVIIIe siècle.

Si le projet de liaison Seine-Nord voit le jour, l'année 2014 sera-t-elle celle du début des travaux de l'élargissements de l'Escaut, de la reconstruction du Pont à Pont, de la démolition des arches du Pont des Trous ? Les industriels, sensibles au développement de leur chiffre d'affaires et à l'économie de la Wallonie Picarde le souhaitent, les entreprises qui seront chargées de cet important chantier se frottent les mains, une majorité de Tournaisiens, soucieux de préserver un patrimoine dont ils considèrent être les usufruitiers et non les héritiers le redoutent ouvertement ?

(sources : recherches personnelles)

13 janv.
2014

17:37

Tournai : l'année 1853 sous la loupe.

Notre virtuelle machine à remonter le temps vient de s'arrêter sur l'année 1853 !

Cette dernière est marquée, au niveau international, par le début de la guerre de Crimée. Le Tsar Nicolas 1er de Russie souhaite le démembrement de l'empire ottoman, dès le début de l'année, il multiplie les rencontres avec les diplomates européens mais reçoit peu de soutien de la part des diverses chancelleries. Conséquence de ses visées expansionnistes, la guerre de Crimée éclate le 4 octobre et va bouleverser l'échiquier européen.

Le 30 mars, une naissance passe peut-être inaperçue à Groot-Zundert aux Pays-Bas, le nouveau-né porte le nom de Vincent Van Gogh.

En cette même année, un américain du nom d'Oscar Levis Strauss invente un nouveau type de pantalon inspiré de celui des cow-boys : le blue-jeans.

Sur le plan national, un évènement retient l'attention des Belges : le mariage de Léopold, duc de Brabant, fils aîné du roi Léopold 1er avec Marie-Henriette de Habsbourg-Lorraine. Le jeune couple sera un jour appelé à régner.

Le Borinage est marqué par deux catastrophes minières, l'une à Elouges qui fait 71 victimes, l'autre à Dour où on dénombre 27 morts.

Le 2 décembre meurt, à Bruxelles, le banquier Rischtenberger, il est le représentant de la maison Rothschild dans la capitale de la Belgique. Le lendemain, son beau-fils, Samuel Lambert prend sa succession à la tête de l'institution financière et lui donne le nom de "Banque Lambert". Le nouveau banquier est âgé de 47 ans.

On enregistre très peu d'évènements au niveau de la vie locale, l'actualité de la cité des cinq clochers est faite de l'enchaînement des habituels faits divers, reflets d'une époque qui n'était pas aussi joyeuse que certains pourraient le penser, une année où la misère apparaît souvent en filigrane au détour d'une information.

Je rappelle, une nouvelle fois, que les articles en italique sont les reflets fidèles de ceux parus à l'époque, vous constaterez ainsi que le style et les détails fournis sont parfois bien différents de ce qui se pratique à notre époque.

Insouciance de jeunesse ou distraction (journal du 2 janvier).

"Le samedi 1er janvier, un garçon de quinze ans, nommé Alphonse Martins, ayant vu tomber quelques charbons ardents d'une locomotive remorquant le convoi ferroviaire de Tournai à Bruxelles s'est dirigé vers la voie pour allumer sa pipe. Il a été atteint à la tête par la locomotive venant de Bruxelles qu'il ne croyait pas si proche, renversé sur les rails, il a eu les deux jambes broyées".

Un moulin à l'huile part en fumée (journal du 5 janvier).

"Le mardi 4 janvier, en soirée, un incendie dont on apercevait la lueur jusqu'à Tournai a complètement détruit le moulin à huile situé à Hertain, commune distante de deux lieues de Tournai (la "lieue terrestre" aussi appelée "lieue commune" représente 4,445 km, soit ici près de neuf kilomètres). Le feu qui s'était déclaré à six heures n'a pas été maîtrisé, malgré les prodiges de valeurs exécutés par les pompiers de Chéreng, commune française. A 10 heures, il ne restait que des décombres fumants. Le moulin appartenait au sieur Chanteraine et s'élevait à la limite de Blandain. Heureusement, ce propriétaire était assuré par Monsieur Quanone" (voir nos articles le concernant lors des années 1849-1850).

Que fait la police ? (journal du mardi 11 janvier).

Interventions pour des vols également très nombreux à cette époque, rixes et disputes ayant souvent l'ivresse pour cause, arrestation de vagabonds, meurtres et tentatives de meurtres, suicides, la police communale ne chôme pas et les arrestations sont nombreuses, les prévenus étant emmenés à la prison des Carmes. Pourtant dans le fait relaté ci-après, on est surpris de constater son inaction :

"Le 10 janvier, trois individus, trois mauvais sujets sans doute, ont profité de la soirée du Lundi Perdu pour aller de porte en porte et, avec un air menaçant, demander l'aumône. La police, quoique prévenue, n'a pas fait diligence pour arrêter ces singuliers mendiants qui s'étaient noircis la figure et avaient revêtu des habillements de femme".

Surprenante attitude (journal du 2 mars).

"Un feu de cheminée s'est déclaré, vers 1 heure, dans une maison de la rue des Augustins, habitée par plusieurs ménages d'ouvriers. Pendant que les pompiers du voisinage étaient occupés à éteindre l'incendie, le mari et la femme dans la chambre desquels le feu se trouvait, leur dirent, avec la plus grande insouciance, qu'il était une heure et qu'ils allaient travailler n'aimant pas perdre un quart de jour. Nos pompiers, étonnés de cette insouciance de la part des ouvriers à l'égard de leur mobilier, constatèrent, lors de l'inventaire des lieux, que pour tous meubles, il y avait : une mauvaise table, deux chaises dans le même état, une cage suspendue contenant... deux brosse et une boîte de cirage". 

Les façades de beaucoup de maisons à cette époque cachaient une profonde misère souvent ignorée du voisinage.

Trois articles démontrent que le journal pouvait bien souvent servir de relais entre des citoyens et les autorités ou jouer le rôle de moralisateur dans des circonstances particulières.

La fermeture de la bibliothèque.

Un lecteur écrit au journal qu'il s'est rendu le dimanche précédent à la bibliothèque communale et que celle-ci était fermée sans qu'aucun avis ne soit affiché afin de prévenir les lecteurs. Le journal termine cette courte relation par la phrase : "Le simple fait de porter cette relation à la connaissance de tous permettra sans doute que pareille situation ne se renouvelle plus "!

Non assistance à personne en danger. (journal du 5 avril).  

Lors d'un malheureux accident survenu sur l'Escaut à hauteur du hameau d'Allain, le journaliste fustige l'attitude passive des témoins :

"Un malheur est arrivé au hameau d'Allain, une jeune femme de vingt ans environ est tombée d'un bateau". D'abord tétanisé à la vue de la chute de sa fille dans l'eau, le père tenta vainement de lui porter secours en lui tendant les bras car il ne savait nager. "De nombreux témoins sachant nager l'ont regardée se noyer sans intervenir. Ces gens n'ont pas eu l'humanité de secourir la victime. Cette conduite est méprisable sous tout rapport et nous voudrions certes connaitre le nom de ces gens pour les livrer au mépris public". Le corps de la malheureuse victime sera retrouvé quelques temps plus tard à hauteur du café "la Borgnette" à Kain.

On se demande ce que pensent les adeptes de la loi Franchimont votée dans la foulée de l'affaire Dutroux qui interdit depuis lors de révéler l'identité des victimes et auteurs d'accidents, de vols ou de meurtres... qui plus est celui de témoins !

Plus grave cet article paru dans l'édition du 1er septembre :

Un enfant "totalement" abandonné.

"Le jeune D., enfant abandonné de huit ans, à propos duquel nous avons déjà publié divers articles, continue à être complètement délaissé par les administrations de charité et par la Ville. Cet enfant serait mort de faim depuis longtemps, sans le secours de plusieurs habitants de la rue des Aveugles. Nos magistrats qui ont évidemment à remplir à son égard des devoirs d'assistance et de protection que la bienfaisance officielle doit remplir envers tous ceux qui ne peuvent pas, par leur travail, subvenir à leur subsistance, ne s'en sont pas préoccupés en ce que ce soit depuis notre dernier article. Nous le répétons et le répéterons tant qu'il n'aura pas été fait droit à notre réclamation. Il ne reste qu'à ce petit malheureux que le vol pour obtenir un abri et du pain. Qu'il commette un délit et la magistrature l'enverra à Saint-Hubert (prison pour mineurs) jusqu'à 16 ou 18 ans et il recevra là, dans cette institution pénitentiaire, une nourriture suffisante, un logement convenable et de l'instruction qui le mettront à même d'exercer un état à l'expiration de sa détention. Que ce malheureux reste, au contraire, probe et honnête et si la charité privée lui fait tout à coup défaut, il est exposé à mourir de faim et de froid ou plus tard, sans instruction, sera incapable d'exercer un travail et gagner de quoi se nourrir. Nos magistrats et nos administrateurs de nos institutions de bienfaisance auront fait de lui un criminel, par leur inacceptable apathie et leur inhumaine abstention".

En cette année 1853, Emile Zola était âgé de treize ans, mais les personnages que nous rencontrons parfois au détour d'une page du journal local nous font penser à ceux qu'il fera naître plus tard sous sa plume au sein de la saga des Rougon-Macquart.

Un remède efficace et nullement... agréable.

Régulièrement la quatrième page du journal contient une publicité bien représentative de cette époque.

"Contre les maladies de la poitrine et de la peau, les affections scorbutiques, scrofuleuses (maladie des écrouelles), rhumatismales et goutteuses, l'Huile de Foie de Morue de Hogg et Cie à Paris, est fabriquée sur les lieux mêmes de la pêche à la morue. Elles est fraîche, sans odeur et sans saveur".

Sans odeur et sans saveur, qu'en pensent donc les générations d'enfants qui ont vécu ce moment "difficile" où il fallait avaler cette "potion magique" pour bien grandir !

La solidarité n'est pas un vain mot (journal de juin).

"Un vol important a été commis, en plein jour, à l'aide d'escalade et effraction, chez le sieur Huart Henri, propriétaire et cultivateur à Froyennes alors que celui-ci était occupé aux travaux des champs.  Fort heureusement, l'audacieux auteur de ce vol avait été vu rôdant autour de l'habitation, les habitants coururent dans la direction qu'ils l'avaient vu prendre et parvinrent à l'atteindre derrière le Petit Colisée, au faubourg de Maire. Il était nanti de la somme de 4.800 francs et de la montre en argent qu'il venait de voler au sieur Huart. Remis entre les mains des agents de police, cet homme de 46 ans, François Verdière, journalier, demeurant à Maubray possède des antécédents déplorables, il a déjà été condamné plusieurs fois pour vols de même nature".

On apprendra par la suite qu'il s'était aussi rendu coupable d'un vol de linge et d'argent à Warchin et d'un autre à Taintignies durant les jours qui ont précédé son arrestation.

Les orgues de la cathédrale (journal du 1er juillet).

"On annonce que l'orgue de la cathédrale va être démonté et remplacé par un autre que l'on confectionne à Paris et qui sera la plus fort du pays. Ce nouvel orgue ne coûtera pas moins de 50.000 francs".

Précisons que l'orgue de 1808 qui est toujours en place en cette année 1853 a été construit par Van Peteghem et qu'il est issu de l'abbaye d'Affligem.

Bilan de la gendarmerie pour le mois de juin 1853.

"La gendarmerie communique que durant le mois de juin, en province de Hainaut, elle a constaté : 19 vols, 17 incendies, 26 morts accidentelles, 1 meurtre, 1 infanticide et 5 suicides".

Les suicides sont nombreux ainsi il est relaté celui d'une veuve.

Une personne se promenant sur les bords de l'Escaut, a découvert sur le quai, une mantille et un parapluie déposés probablement par une dame. Elle a immédiatement fait part de cette trouvaille au bureau de police et les policiers sont venus arpenter les bords du fleuve à la recherche d'un éventuel corps. Celui-ci sera découvert quelques jours plus tard, il s'agissait d'une dame qui venait de perdre son époux, quelques mois auparavant, et qui se trouvait, de par la mort de celui-ci, au bord de la misère.

Diffamation contre un médecin (journal du vendredi 12 août).

"Une femme de Saint-Piat est tombée morte, mardi dernier, à la suite d'un accès de colère. On dit qu'un médecin salarié par la Bureau de Bienfaisance et qui demeure à proximité de l'habitation de la malheureuse, n'a pas daigné se déranger afin de lui donner les soins que pouvait réclamer sa position (sic). Nous aimerions à croire que ce bruit est un mensonge et si nous publions ces quelques lignes c'est pour donner au médecin dont il s'agit l'occasion de démonter une rumeur qui peut être due à la malveillance".

Quelques jours plus tard, le journal apporte la version du médecin.

"Celui-ci n'a pu se déplacer étant alité suite à une congestion cérébrale provoquée par les fatigues excessives dans la profession de son art".

Accident, meurtre ou suicide ? (journal du 16 octobre).

"La justice s'est portée, hier après-midi, dans une maison de la rue Saint-Martin. La rumeur publique attribuait à un empoisonnement la mort d'une personne de cette rue. L'autopsie du cadavre de la victime a été faite et les intestins ont été emportés (!) pour être soumis à un contrôle approfondi. On croit que cette mort est due à une imprudence".

Tout qui précède n'est finalement qu'un bref aperçu de l'actualité qui a marqué cette année 1853 à Tournai. J'aurais pu encore évoquer des vols domestiques, des chevaux qui s'emballent et font verser la charrette qu'ils tirent en blessant soit des passants, soit les occupants, des militaires ivres qui agressent des habitants du quartier Saint-Jean parfois même en faisant usage de leur sabre, des nombreux enfants victimes d'accidents mortels lors de jeux au bord de l'Escaut ou sur les remparts, des accidents graves du travail dans les filatures ou les brasseries... Tout cela nous prouve que la vie n'était pas facile à l'époque pour une grande partie de la population, quelques privilégiés seulement pouvaient se permettre de courir les bals et les concerts, les banquets et les réceptions dont il est régulièrement fait mention au sein des colonnes du journal !


(sources : Le Courrier de l'Escaut de l'année 1853 et recherches personnelles)


 

 




11 janv.
2014

17:30

Tournai : expressions tournaisiennes (257)

L' lindi parjuré !

Si pou bramint d'gins, les fiêtes sont asteur passées, i-d'a acore eine qu'on attind ave impatience à Tournai : ch'est "l'lindi perdu" ou bin acore "lindi parjuré".

Ch'est toudis l'lindi qui suit l'Epiphanie, adeon, ceulle ainnée, pos l'peine d'queompter, cha s'ra l'treize du meos d'janvier ! Dins toute l'ville de Tournai, l'lindi parjuré, comme dit l'cancheonne, ch'est ein jour bin d'siré !

J'warde dins m'cœur l'ramivrance des lindis perdus de m'jeonesse, de ce bieau souper, pris in famile, qui rind les Tournisiens si bénaisses. Quand j'orveneos d'l'école primaire, gramère éteot d'jà in affaire pa d'vant l'cuisinière. Elle éteot fort occupée, elle ouvreot d'puis l'matin, d'puis l'momint où elle aveot été querre l'lapin chez Roland Pype in héaut de l'rue Saint-Martin. On veyeot pinte à l'ferniête, tout nus, l'corps bin dodu d'ces belles biêtes. Chez Madame Irène, l'magasin visin, elle aveot acaté les preones et les rogins et pou l'salate tournisienne tout c'qui falleot pou mette d'dins. Elle aveot aussi orchu les étrennes du boucher, eine pétite saucisse à bâteons bin inroulée dins s'paquet.

L'maîte d'école, li aussi, i-f'seot, seûrmint, lindi parjuré pasque c'jour là des d'voirs on n'd'aveot jamais. A m'façeon, j'participeos aussi à l'préparatieon de ce royal repas, in mordant su m'lanque, ave m'pus belle pleume, j'composeos les billets des rois. L'roi, l'seot, l'verseur, l'confesseur, l'écuyer tranchant (j'ai jamais su pourquoi, pou mi, c'neom là i-éteot si émouvant !), l'valet, tout i-éteot ainsin écrit à l'reonde avant d'plier l'billet... 

L'menu i-est toudis bin vite composé car ch'est l'même chaque ainnée.

On commincheot pa l'lapin à z'orelles de beos, servi avec eine pétite compote de peommes légèr'mint cauffée, vous avez compris que ch'éteot l'saucisse du boucher, qu'on aveot fait cuire dins l'payèle pou qu'elle soiche bin dorée. Pou les ceusses qui n'areot'ent pos adveiné ou qui ont l'esprit mal tourné, j'précisse, ch'est l'saucisse préparée pa l'boucher, neon mais... !

L'momint tant attindu arriveot, l'chire de l'soirée à l'tape s'ameneot : dins ein plat, l'beon greos lapin baigneot dins les preones et les rogins. L'tiête, les cuisses, les pattes avant, s'deos, on s'partageot tous les morcieaux. I-falleot là sintir l'naque qui s'dégageot, i-falleot vir comme i-éteot bin doré, i-feaut dire qu'avant de l'cuire les morcieaux, gramère, comme toudis, les aveot infarinés. Pou qui soiche bin à point, on l'aveot arrosé d'ieau pa momints. A l'maseon, on n'metteot jamais d'bière d'dins, on diseot que cha n'deveot pos ête l'lapin des quervassins. L'lapin i-éteot accompagné d'beonnes penn'tières cuites à l'ieau et si, à l'feos, on pinseot que ch'éteot de l'purée ch'est pasque les patates elles s'éteot'ent éboulées.

Au début d'l'orpas, ch'est dins la joie, qu'on aveot tiré les billets des rois. Eteot l'roi de l'soirée, l'ceu qui tireot l'beon luméreo, mais à l'inverse i-aveot aussi l'billet du seot. Gare à li si i-éteot bin lavé, on alleot noirchir s'visache ave du boucheon brûlé.

Après, on mingeot l'salate tournisienne :

pou l'préparer, gramère aveot pris un ein grand saladier, elle aveot mis d'l'huile, du vinaigre, du sel et du poivre, de l'salate de blé, des chicons, de l'barpe d'capuchin, des beons greos oigneons cuits ave leu pelure dins le four jusse à côté du peot, du pichoulit, des betteraves rouches au vinaigre, d'z'hariqueots blancs et des peommes. Elle ne metteot rien d'eaute, asteur i-des gins qui veont rajouter des morcieux d'fromache, des géauques, des p'tits bouts d'lard... neon, neon et neon, pou mi ch'est donner ein queop d'pied à l'traditieon !

Et puis i-arriveot l'momint de l'galette des rois, eine tarte à l'frangipane ave eine fèfe plachée pa l'boulinger. On l'mingeot tout douch'mint et on s'orwettieot, on s'raviseot pou vir l'queu i-aveot saquer l'greos leot, l'fèfe qui n'éteot d'jà pus à ceulle époque, ein greos hariqueot.

Et l'soirée elle se termineot in cancheonnes. On canteot "L'lindi parjuré" d'Achille Viehard et "L'lapin du Lindi Perdu" d'Albert Coens écrite bin pus tard, on fredonneot les cancheonnes tournisiennes et s'verre, on leveot, à chaque feos que l'roi buveot.

Asteur, on appelle l'lindi perdu, l'troisième réveilleon des Tournisiens après l'Noë et l'Nouvel-An, on l'fait pus souvint au restaurant puteôt qu'in famile, à l'maseon, comme avant. Comme ch'est devenu, comme toutes les eautes cosses, eine affaire commerciale, on comminche l'saim'di d'avant l'Epiphanie et jusqu'au suivant lindi. On accommode l'lapin à toutes les sauces, à l'bière ou au vin, ave des frites ou des croquettes, à l'feos de l'purée gratinée ou des penn'tière in galettes. Béteôt, si on oblie no coutume et si on laiche faire, on va l'servir ave du couscous ou bin dins ein hamburger.

Aujord'hui, l'dernier membre de l'famille pou là-héaut i-est parti, autour de l'tape familiale i-n'ara pus perseonne lindi, alors in pourménant fin tranquile pa les rues désertes de l'ville, on sintira acore dins l'ruache, l'naque du grand plucache et ave l'cancheonnier, on pourra alors pinser : "Cantez, buvez, ch'est jour de fiête aux cheonq clotiers".


(lexique : bramint : beaucoup / asteur : maintenant / toudis : toujours / adeon : donc / ceulle ainnée : cette année / queompter : compter / l'cancheonne : la chanson / warder : garder / l'raminvrance : la souvenance / bénaisses : contents, heureux / gramère : grand-mère / ouvrer : travailler / querre : chercher / in héaut : en haut / pinte : pendre / visin : voisin / les preones : les prunes / les rogins :l es raisins / orchu : reçu / l'lanque : la langue / l'pleume : la plume / l'seot : le sot / l'lapin à z'orelles de beos : littéralement le lapin à oreilles de bois, la saucisse avec des bâtons / cauffée : chauffée / l'payèle : la poêle/ adveiner : deviner / l'chire : le sire / l'tape : la table / l'naque : l'odeur / infarinés : passés à la farine / l'ieau : l'eau / les quervassins : les buveurs, les ivrognes /  les penn'tières : les pommes de terre / éboulées : démêlées / l'luméreo : le numéro / noirchir : noircir / les chicons : en Belgique les endives / l'barpe de capuchin : la barbe de capucin / les pichoulits : les pissenlits / rouches : rouges / hariqueots : haricots / des géauques : des noix / ein queop : un coup / l'fèfe : la fève / orwettier et raviser signifient tous les deux regarder / vir : voir / saquer : tirer / puteôt : plutôt / les eautes cosses : les autres choses / commincher : commencer / oblier : oublier / là-héaut : là-haut / pourméner : promener / l'ruache : la ruelle, quartier propulaire / l'grand plucache : le repas important, le banquet / les cheonq clotiers : les cinq clochers).

S.T. janvier 2014.




17:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

10 janv.
2014

09:10

Tournai : la période anglaise (1513-1519)

Après le départ, en octobre 1513, d'Henri VIII, sous les ordres du gouverneur Edward Poynings, une garnison d'environ 5.000 hommes occupa Tournai. Le premier gouverneur sera ensuite remplacé par William Blount et ensuite par Richard Yermingham (ou Jerningham).

Les Tournaisiens sous l'occupation anglaise.

Les Tournaisiens ne virent aucun changement dans la gestion communale qui était toujours assurée de la même façon que celle qui prévalait avant le siège, Henri VIII ayant juré d'observer les usages et ayant même confirmé les privilèges.

Pour pallier à l'absence de justice, celle-ci étant exercée par le Parlement de Paris où étaient portées les causes en appel, Henri VIII fit établir, en février 1514, une cour chargée de juger en dernier ressort. Elle était composée de quatre juges, d'un avocat du roi, d'un procureur du roi, d'un greffier et de deux huissiers. Le président de celle-ci était de nationalité anglaise.

Ces marques de bon-vouloir affichées par le roi n'allaient pourtant pas attirer la sympathie des Tournaisiens, les grosses fortunes quittèrent Tournai pour Gand, Ypres et Lille, dix-neuf magistrats s'expatrièrent volontairement en 1514, d'autres conspirèrent contre le roi et, le complot découvert, se firent confisquer leurs biens, d'autres encore se contentèrent de ridiculiser l'occupant par des chansons, on connaît le côté frondeur du Tournaisien ! 

Le petit peuple s'accommode plus facilement de cette occupation car elle est pour lui source de revenus. Pour loger la garnison, on crée des hôtelleries, on vend du pain et de la bière car on a vite découvert l'attirance des Anglais pour cette boisson, des petits commerces s'ouvrent.

Par le départ de ses familles bourgeoises, la ville se dépeuple et ce dépeuplement sera encore accentué par l'épidémie de peste qui va éclater durant l'année 1514 au départ du quartier Saint-Jacques. Sans pouvoir établir un bilan précis, on évoque des milliers de morts qu'on enterrait durant la nuit pour éviter la psychose. Chotin dévoile le nombre de 30.000 morts un nombre qui semble nettement exagéré car Paul Rolland signale, pour sa part, que des 50.000 habitants que la ville comptait au début du siècle, on n'en dénombrait plus que 36.000 en 1516.

La vie religieuse sous l'occupation.

Suite à la démission de l'évêque Charles de Hautbois au début de l'année 1513 pour des raisons de santé, l'évêché était dirigé par le doyen du chapitre, Charles de Créquy. Le pape avait bien désigné le parisien Guillard pour lui succéder mais les évènements de septembre 1513 l'en avaient empêché. Le 5 juin 1514, Wolsey, déjà évêque de Lincoln et futur archevêque de York, un véritable cumulard, obtient du pape sur l'insistance d'Henri VIII, le diocèse de Tournai. Il ne viendra pas dans la cité des cinq clochers et se fera représenté par Richard Sampson. Celui-ci écrit que "les Consaux tournaisiens sont très bons Français et très mauvais Anglais".

A cette époque, la ville était divisée en paroisses sur le modèle médiéval, les habitants de la paroisse Notre-Dame ne possédaient pas leur église propre, un autel paroissial était aménagé à leur intention au sein de la cathédrale. En 1516, sous la gouvernance de William Blount, on commence l'érection d'une chapelle adossée au mur nord de la cathédrale qui deviendra par la suite la paroisse Notre-Dame. Certains historiens attribuent cette érection au pouvoir anglais, d'autres pensent que le gouverneur s'est contenté de poser la première pierre, ce qui est plus probable. Cette chapelle va traverser les siècles et sera détruite par les bombardements allemands de 1940 et jamais reconstruite.

Très religieux, durant son séjour à Tournai, Henri VIII assistait régulièrement aux offices en la cathédrale, une tribune lui étant destinée dans le transept gauche, du côté de la tour Brunin, c'est là qu'il fit transformer l'autel alors consacré à sainte Marguerite d'Antioche en le faisant dédier à saint Georges, patron de l'Angleterre et en le décorant d'une imposante statue équestre qui sera détruite cinquante ans plus tard par les iconoclastes. L'autel porta le nom de Saint-Georges jusqu'en 1582 et la venue d'Alexandre Farnèse.

La construction du château.

En 1515, sous prétexte de rassembler tous les soldats de la garnison, en sécurité, en un seul lieu, le gouverneur décida de construire un château relativement puissant et jeta son dévolu sur le quartier du Bruille qu'on connaît depuis lors, pour cette raison, comme étant le quartier du château. Les 50.000 livres données par la ville comme contribution de guerre permit son érection par une centaine d'ouvriers qui travaillèrent, chaque jour, à partir du vendredi 23 avril de l'année 1516, aux gages de la commune et reçurent chacun cinq gros sous par jour.

La superficie de cette citadelle était immense, une petite ville dans la ville car il s'étendait depuis l'Escaut jusqu'à la limite actuelle des boulevards Delwart et des Nerviens épousant les remparts de la ville et ses murailles revenaient vers le fleuve approximativement à la hauteur de l'actuelle rue du Cygne.

Dans cette enceinte sont compris le château, sa poudrière, l'église paroissiale Saint-Nicolas, la maison du gouverneur construite à côté de l'église, l'hôpital Saint-André, de nombreuses maisons dont celle où on frappait la monnaie. La garnison occupa les lieux à partir du mois de janvier 1518.

La Grosse Tour ou Tour des Anglais.

La Grosse Tour (connue sous le nom de Tour Henri VIII), élément principal de la forteresse avait été intégrée aux remparts de la ville. De forme circulaire, elle a été construite en grès et chaque assise est reliée par des agrafes de fer, elle comptait deux étages et était surmontée d'un toit conique aujourd'hui disparu. La salle du rez-de-chaussée présentait un diamètre de 13 m 80, l'escalier était aménagé dans l'épaisseur de la muraille qui ne faisait pas moins de 6 m 95. La hauteur totale de l'édifice est de 21 mètres et permet une vision de 360° sur les environs. A l'origine, elle était entourée d'un fossé qui fut comblé par la suite.

La fin de l'occupation.

Les grandes fortunes ayant quitté la ville, la situation financière de celle-ci ne cessa de se dégrader. Henri VIII prit diverses décisions pour lui rendre son lustre d'antan : importation en franchise des laines anglaises, octroi de l'étape des grains, c'est-à-dire, le droit de décharger et de mettre en vente le sixième de toute cargaison passant sur l'Escaut...

En France, François Ier, fils de Charles d'Orléans et de Louise de Savoie avait succédé à Louis XII en 1515, le retour de Tournai dans le giron français fut une de ses premières préoccupations. Charles d'Autriche intervint en sa faveur auprès d'Henri VIII qui ne tenait pas particulièrement à conserver la cité des cinq clochers mais il fallut convaincre un autre personnage, le "cumulard" Wolsey. François Ier s'adressa donc au pape qui l'avait nommé à la tête du diocèse mais celui-ci ne prit aucune décision. Henri VIII envoya alors un ministre plénipotentiaire à Londres qui offrit à Wolsey une pension annuelle et viagère de 12.000 écus d'or contre une renonciation à l'évêché de Tournai, le vénal Wolsey accepta le marché. Henri VIII se laissa facilement convaincre par le paiement, en dix termes annuels, de 600.000 couronnes d'or dont 333.000 étaient rendues au roi de France comme dot de sa fille Marie qu'on fiança au dauphin. Comme on le voit, si l'argent est peut-être le nerf de la guerre, il peut également permettre de sauver la paix.

Le 9 février 1519, le maréchal de France, Gaspard de Coligny reçut officiellement la ville des mains des Anglais, le 10, le comte de Worcester releva les Tournaisiens de leur serment à Henri VIII, le 12, l'évêque Guillard, celui-là même qui avait été désigné en 1513 vint prendre possession du siège épiscopal, le 14, les Tournaisiens jurèrent fidélité au roi de France et le 19, ils reçurent confirmation de leurs privilèges. Quatre cents gens d'armes royaux vinrent s'installer au château.

L'héritage de cette période anglaise ?

Il est bien pauvre !

La chapelle Notre-Dame en grande partie détruite lors des bombardements allemands de mai 1940 n'a pas été reconstruite, l'église Saint-Quentin située sur la Grand-Place a repris sa fonction d'église de la paroisse Notre-Dame.

Les remparts du château qui regardaient l'Escaut ont été démolis sous la période de Louis XIV (1669) et leurs pierres servirent à construire les quais de l'Escaut.

Le château a été rasé ainsi que la poudrière.

L'hôtel du gouverneur a été cédé à l'ordre des Célestines et a été, par la suite,démoli. 

La Grosse Tour qui abrita naguère le musée militaire doit être rénovée.

Il reste l'église Saint-Nicolas dans la rue du Château. Chotin signale que cette dernière conserva longtemps une tribune en bois de chêne qui aurait été le siège d'Henri VIII à la cathédrale. Ce meuble figura ensuite dans le musée de la Halle-aux-Draps mais est parti en fumée également lors des bombardements de 1940, acte barbare qui priva Tournai d'un riche patrimoine, qui brûla ses plus belles pages d'Histoire.


(sources : "Histoire de Tournai" de Paul Rolland page 178 à 182 - "Histoire de Tournai et du Tournésis" d'Alexandre Chotin, livre 2 - "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière - "Henri VIII et la cathédrale de Tournai" étude de Francis Vande Putte parue dans le bulletin n°8 des Amis de la Cathédrale - Histoire de France publiée par Larousse)

S.T. janvier 2014.