21 janv.
2014

Tournai : l'année 1854 sous la loupe.

Que nous a réservé cette année 1854 ?

Sur le plan international, l'actualité est dominée par la guerre opposant la Russie à l'empire ottoman. Le 27 mars, la France et l'Angleterre déclarent la guerre au Tsar appliquant les termes du traité de Constantinople de 1832 qui avait mis fin à la guerre d'indépendance de la Grèce et avait orienté ce pays vers un état indépendant. Le 20 avril, l'empereur François-Joseph 1er d'Autriche déclare la neutralité de son pays et signe un traité d'alliance avec la Prusse. Le 29 juillet, une épidémie de choléra fait son apparition dans certaines régions de France. Enfin, le 20 octobre voit les naissances du poète Arthur Rimbaud et de l'écrivain Alphonse Allais.

Sur le plan national, l'actualité est également influencée par les évènements internationaux et principalement par ceux liés à la guerre de Crimée. Le 13 juin, lors d'élections législatives partielles, en perdant six sièges, les "Libéraux" perdent avant tout la majorité à la Chambre. Le Roi, en raison des tensions internationales, refuse la démission du gouvernement dirigé par Henri de Brouckère depuis octobre 1852. Le souverain souhaite un apaisement au sein de l'équipe qui préside aux destinées de la nation.

Du 8 au 11 octobre se tient à Ostende une conférence réunissant l'Espagne et les Etats-Unis d'Amérique concernant l'achat par ceux-ci de l'île de Cuba. L'accord sera signé le 18 octobre à Aix la Chapelle où la conférence s'est poursuivie.

Bruxelles voit apparaître son tramway à traction chevaline, celui-ci suit la rue de Laeken.

Au niveau local, l'actualité ne se différencie pas tellement de celle qui a marqué les années précédentes. Pour ne pas lasser le lecteur, nous nous bornerons donc à quelques faits plus représentatifs des préoccupations de l'époque.

Budget communal (journal du 7 janvier 1854).

"Le Conseil a voté une somme de 1.600 francs pour la restauration de la façade du beffroi, côté Vieux marché aux Poteries, 3.000 francs pour les fontaines de Saint-Piat, 600 francs pour quatre candélabres à placer face au théâtre mais il ne sera pas donné suite au projet qu'on avait conçu de poser des candélabres de la Grand'Place (orthographe de l'époque) à la station. Une somme de 25.000 francs (!) est proposée pour les pertes éventuelles du pain à prix réduit à délivrer à la classe indigente (par rapport aux autres sommes, celle-ci nous paraît fort élevée)".

Comme on évoque le théâtre, rappelons que celui-ci était situé à la rue Perdue, que le bâtiment construit en 1745 avait été détruit par un incendie le 21 décembre 1852 lors d'une représentation du "Barbier de Séville", heureusement sans faire de victime et reconstruit rapidement sur des plans de l'architecte Bourla. L'inauguration aura lieu le 11 septembre 1854 en présence de la famille royale.

Recherche d'un lieu pour ériger le nouveau Palais de Justice (dimanche 5 février).

"Notre ville doit être dotée d'un Palais de Justice, il ne manque que de trouver un emplacement convenable. Cet emplacement, on le cherche partout où il n'est pas : dans les jardins du Parc, à la place Verte, au Becquerel (s'orthographie aujourd'hui Becquerelle), sur le quai des Quatre Bras mais personne penserait jeter les yeux sur un terrain qui siérait à merveille, à savoir la place du Parc (actuelle place Reine Astrid), à la suite de la Salle des Concerts en faisant disparaître le marché couvert (...). Ce n'est pas devant 50.000 francs qu'il faut reculer, quand on bâtit pour les siècles à venir".

Cet article a été écrit il y a 160 ans presque jour pour jour. On sait désormais que le bâtiment a été érigé sur les terrains situés face à l'ancienne citadelle et que depuis une dizaine d'années on évoque l'éventuelle construction d'un nouveau palais de justice. La recherche d'un lieu semble aussi difficile que pour la construction de l'actuel palais.

François Verdière, originaire de Maubray, refait parler de lui (jeudi 23 février).

"Le nommé François Verdière, de Maubray, condamné aux travaux forcés à perpétuité pour vol d'argent commis l'an dernier au faubourg de Maire (voir l'article : l'année 1853 sous la loupe), a été ramené avant-hier à la prison de notre ville. il aurait déclaré être coupable de l'assassinat qui a eu lieu, l'an dernier, en la commune de Flobecq". 

François Verdière est mort (jeudi 16 mars).

"Hier, vers trois heures, est décédé à la prison d'arrêt de Tournai le dénommé François Verdière de Maubray, déclaré coupable d'assassinat".

La chance est parfois au rendez-vous ! (journal du 22 mars).  

"Hier après-midi, un ouvrier couvreur était occupé à travailler sur le toit d'une maison de la Grand'Place, lorsque la tête lui venant à tourner, il est tombé d'une hauteur de 20 pieds au moins (un pied étant alors égal à 0,324 centimètres, dans ce cas on estime la chute à plus de 6m50). Ses blessures, heureusement, ne sont pas dangereuses et ce qui a empêché que sa chute soit trop grave, c'est qu'il est tombé sur un mont de fumier qui se trouvait dans la cour de Mr. le Colonel du 14e Régiment, Marché aux Poteries, aussi s'est-il relevé seul !".

La guerre de Crimée est dans tous les esprits (journal des 17 et 18 avril, Pâques).

"La désertion continue pour notre garnison, nous apprenons qu'à l'appel d'hier, on a du encore constaté huit absences".

Cette fois la désertion n'est pas en rapport avec la guerre car, le lendemain, le journal apporte la précision suivante :

"Nous tenons d'une source certaine que ce fait n'existe pas, que c'était un faux bruit répandu en ville et que les absents sont rentrés à la caserne après une nuit passée en débauches".

Le service militaire, la dure école de la vie !!!

Une évasion au palais de justice (vendredi 2 juin).

Voici maintenant la relation d'un fait divers finalement intemporel.

"Hier matin, une évasion a eu lieu au tribunal civil. Quatre individus avaient été amenés au tribunal pour y être interrogés par le juge d'instruction, lorsque l'un d'eux, doyen d'âge, profitant d'un moment où on était occupé à procéder à l'interrogatoire d'un de ses confrères, se mit à descendre rapidement les escaliers du tribunal et à courir à toutes jambes se dirigeant vers la rue de Courtrai où il fut arrêté par une honnête citoyen qui le remit entre les mains de la gendarmerie, à qui l'éveil ayant aussitôt été donné, s'était mis à le poursuivre".

Les portes de la ville (vendredi 21 juillet).

"Le Bourgmestre et échevins de la Ville de Tournai informent le public qu'à dater de ce jour, les portes de la ville qui se ferment définitivement à minuit, pourront s'ouvrir comme précédemment pendant la nuit".

La fermeture des portes était une bonne chose pour la tranquillité et la sécurité des citoyens. Certains Tournaisiens risquent aujourd'hui de regretter la disparition des portes et remparts confrontés qu'ils sont, chaque week-end, à une vie nocturne parfois bien violente ou souvent tapageuse !

Avis de disparition (vendredi 28 juillet).

Alors que nous avons consulté toutes les éditions quotidiennes du Courrier de l'Escaut depuis le 1er janvier 1849, c'est la première fois qu'on trouve le signalement d'une personne disparue dans la presse locale. Un siècle et demi plus tard, la description possède le mérite de nous renseigner sur la mode de cette époque.

"Signalement de la nommée S. Dorchies, fille de Napoléon, ouvrier bonnetier et de Marie Rose Delannoy, disparue à Tournai, rue de Marvis 29, depuis le 1er juillet 1854. Agée de 12 ans, taille 1m10, cheveux roux, yeux gris, bouche petite, menton et visage ronds. Vêtements : robe en coton à raies bleues et rouges, tablier en coton rouge à carreaux, mouchoir bleu moucheté de jaune, bonnet en velours noir, bas bleus et sabots".

Remarquons  que cet avis paraît près d'un mois après la disparition. On n'a jamais su si cette fillette avait été retrouvée vivante ou...malheureusement morte ! 

Retour du choléra (samedi 29 juillet).

"Le bruit s'est répandu en ville que le choléra régnait ces jours derniers avec intensité, nous croyons dire qu'il résulte des renseignements les plus exacts que cette maladie a fait son apparition à Tournai et dans quelques villages voisins, il y a dix jours. Les cas observés ne sont pas nombreux, deux à Tournai, un à Hollain et deux à Bruyelles. On attribue à une imprudence la mort d'une des victimes de la maladie".

C'est à cette date du 29 juillet qu'on rapporte que la France doit faire face à un retour de cette maladie.

Location avec...exigences (novembre).

"A louer : une partie de maison, composée de plusieurs pièces avec cave et cuisine, dans un des plus beaux quartiers de la ville. On désirerait une dame seule avec domestique."

Opération de charité (décembre).

La période de Noël est propice aux bonnes actions, si aujourd'hui des associations organisent des fêtes ou concerts dont les bénéfices reviennent aux plus démunis, à l'époque, ces actions étaient souvent l'œuvre de particuliers. Le style utilisé pour conter celles-ci est bien représentatif de celui du XIXe siècle.

"Il s'est passé, hier matin, dans une maison d'ouvriers de la rue des Jésuites, une scène bien admirable et bien touchante. C'était une distribution de vêtements faite à un grand nombre d'enfants pauvres de la paroisse Saint-Piat à l'occasion de la fête de Noël. Rien de simple, mais rien de beau comme la pensée qui inspira cette œuvre charitable. Il y a quelques années, à peine, une fille pieuse, simple ouvrière, voulant, au moyen d'une faible cotisation hebdomadaire qu'elle s'impose, elle et quelques compagnes, habiller un enfant pauvre, à pareil jour en l'honneur de Jésus enfant. Bientôt la bonne œuvre fut connue et prit de l'extension. Avec l'aide de personnes aisées et charitables, le nombre d'enfants protégés se multiplia considérablement. Cette année, on est parvenu à vêtir plus de cinquante enfants pauvres...".

Voici encore une rétrospective qui s'achève. Peu à peu l'histoire de Tournai se construit, elle est la résultante de mille petits faits qui décrivent parfois la progression de la mentalité mais aussi d'évènements plus graves qui peuvent défigurer la cité, la mettre en péril et l'obliger à se reconstruire.

(sources : les éditions du Courrier de l'Escaut de l'année 1854)

   

 

 

 

 

 

   

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