08 janv.
2014

Tournai : le siège de 1513 (2)

En ce mois de septembre 1513, à l'annonce de l'approche des troupes du roi d'Angleterre Henri VIII, les Tournaisiens sont aux abois, un début de panique s'installe même parmi la population qui a appris le sort réservé à la cité de Thérouanne dont il ne reste plus que l'église et quelques maisons.

Le siège.

On brûle les faubourgs et leurs habitants, emmenant le bétail, se réfugient à l'intérieur des remparts de la cité. Un conseiller de l'empereur, Ferry Carondelet, se présente pour poser une seule question au magistrat de la ville : "Tournai est-elle ville impériale ou ville royale ?" De la réponse qui sera formulée va dépendre son devenir, si elle se déclare impériale, le roi Henri VIII l'épargnera par considération pour son allié Maximilien, si, par contre, elle opte pour une cité royale, fidèle au roi de France, elle risque de connaître le même sort que la cité française.

Une division semble apparaître au sein de la population, les bourgeois opteraient bien pour Maximilien voyant un intérêt avant tout économique à être rattachés à l'empire mais le petit peuple sait ce qu'il doit au roi de France et se déclare pour... la neutralité. Poussé par une grande partie de la population, le magistrat fait hisser sur la façade de la Halle-aux-Draps, la bannière de la ville et... celle du roi. Pour qu'elles soient bien visibles de loin, on les fait immédiatement transporter en haut du beffroi. Dès lors, les dés sont jetés et les forces en présence sont disproportionnées, les assiégeants comptent environ 50.000 hommes, la ville assiégée est défendue par 500 hommes d'armes. Il n'y a pas de garnison française sur place en vertu des traités et les 1.500 cavaliers envoyés par le roi de France n'ont pu passer les lignes adverses, les troupes commandées par Desloges et Robert de la Marche se sont heurtées à celles de Talbot aux environs de Seclin.

Henri VIII fait donner douze pièces d'artillerie nommées les "douze apôtres" desquelles sort des boulets de 500 livres et d'un calibre de 39,2 (Chotin les décrit moins puissants). Les portes de Valenciennes et Coquerelle (porte de Lille) sont atteintes, la tour Blandinoise s'effondre dans le fossé, on dit qu'un clocher de la cathédrale est légèrement touché par un boulet. Par les brèches dans les remparts, les mercenaires ivres entrent pour piller la ville. De très nombreuses personnes ont trouvé refuge à l'intérieur de la cathédrale où des processions de pénitence sont organisées, où les chanoines, dans le chœur, n'ont de cesse de psalmodier le "Miserere" et le "Veni Creator". Aux vues de la tournure des évènements, on prend la (sage) décision de demander une entrevue avec Maximilien. Cette rencontre a lieu au château des Mottes dépendant de l'abbaye de Saint-Martin. L'empereur se désiste au profit d'Henri VIII, c'est avec lui et lui seul que les représentants de la ville devront négocier. La rencontre a lieu au château de la Marlière à Orcq, propriété de Jacques de Cordes, dans laquelle le roi d'Angleterre a installé son campement. Chotin précise même que le campement se dressait jusqu'à une grande cense derrière le Hapart, du nom de la Geinnète.

L'accord est obtenu moyennant le paiement par la ville de 50.000 écus d'or comme contribution de guerre à payer pendant dix années, une aide extraordinaire de 4.000 livres tournois en plus de l'aide ordinaire de 6.900 livres.

L'entrée triomphale.

Les clés de la ville seront portées au roi le vendredi 23 septembre. Le lendemain 4.000 soldats anglais prendront position en ville et le dimanche 25, le roi Henri VIII fera son entrée triomphale accompagné de ses "Yeomen of the Guard". Dans la matinée, il sera reçu à la porte des Sept-Fontaines (environs de l'actuelle rue Saint-Eleuthère) par une délégation composée de l'abbé et des moines de l'abbaye de Saint-Martin, du chapitre de la cathédrale et de son doyen portant la croix byzantine, des Augustins et des Cordeliers. En cortège, par les rues Saint-Jacques, de l'Yser et la Grand-Place (le grand Marché), il se rendra directement à la cathédrale pour faire "salutations à Dieu et à Notre-Dame" et pour assister à l'office (rappelons qu'à cette époque le roi Henri VIII était encore un fervent catholique). Ensuite, il va prendre une collation chez un chanoine nommé Simon Huland par certains historiens ou chez maître Simon Géland pour d'autres mais tous s'accordent sur le lieu de l'habitation de celui-ci, au Moncheau (actuelle place Paul Emile Janson). Durant l'après-midi, sur la Grand-Place, il va recevoir le serment du peuple.

Le 26 septembre arrive Marguerite d'Autriche, fille de Maximilien et de Marie de Bourgogne, alors âgée de 33 ans, épouse de Philippe II le Beau. Elle est la gouvernante des Pays-Bas. Accompagnée de sa suite, elle s'installe au palais épiscopal. Le lendemain, incognito, Maximilien vient rendre visite à sa fille à l'évêché et a, avec elle, un long entretien dont on ne connaît le sujet. Certains historiens, comme Paul Rolland, se demandent si une tension n'avait pas vu le jour entre Henri VIII et l'empereur qui n'avait bizarrement pas participé à l'entrée triomphale. Fine diplomate, Marguerite d'Autriche est-elle venue à Tournai rencontrer Henri VIII pour lui demander de rétrocéder la ville à son père, rien ne le prouve !

Le 28 septembre, alors que Maximilien partait pour l'Allemagne, il va rencontrer Henri VIII dans la campagne de Breuze (au Nord de la ville, aux environs des actuels villages de Kain et de Mourcourt). Le 10 octobre, l'archiduc Charles d'Autriche faisait son entrée à Tournai, accueilli à la porte Marvis par le roi d'Angleterre "himself". Pendant deux semaines Tournai a connu de multiples distractions offertes par le roi à ses invités prestigieux (joutes, jeu de paume, tournois et cortèges dont les Tournaisiens se rappelleront longtemps encore et notamment en 1913 lors de la reconstitution du tournoi).

Le 13 octobre, Henri VIII quitta Tournai pour Lille, il laissa dans la place un gouverneur militaire, le lieutenant-général Edward Poynings avec 1.000 cavaliers et 4.000 hommes de garnison. La prise de Tournai était terminée, l'occupation anglaise allait pouvoir commencer, elle va cependant durer peu de temps, jusqu'au 9 février 1519. Cela est une autre histoire...

(sources : voir article précédent)

S.T. janvier 2014.

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