06 janv.
2014

Tournai : le siège de 1513 (1)

Les générations qui se succèdent aiment commémorer les anniversaires de grands évènements qui ont marqué notre histoire: un centenaire, un bicentenaire, un millénaire...

A Tournai, une commémoration passée sous silence.

En cette année 2013, la ville de Tournai a proprement négligé un fait important de son histoire, la prise de Tournai par le roi d'Angleterre Henri VIII et son entrée triomphale le 25 septembre 1513, il y a tout juste 500 ans, un demi-millénaire.

Peut-on trouver des raisons à ce manque d'empressement affiché par nos autorités communales à rappeler une page d'histoire de la cité ? Est-ce une méconnaissance de celle-ci de la part de ceux qui nous gouvernent et dont on attend peut-être naïvement une extrême connaissance des choses ou tout simplement une indifférence pour les faits qui ont marqué notre cité ? On espère que non et on recherchera peut-être l'excuse en évoquant cette période charnière qui, en raison des élections communales de 2012, a vu un passage de témoin au niveau de la gestion communale.

Si avant la fusion des communes de 1977, le premier magistrat de la ville était presque toujours un enfant issu de celle-ci, bien au courant de son histoire, fier de ce passé glorieux qui lui avait  été enseigné pendant sa scolarité, soucieux de le mettre en valeur, depuis celle-ci, Tournai a connu des mayorats occupés par des politiciens venant d'autres régions, brillants certes, bons gestionnaires parfois, mais ne possédant peut-être pas assez cette fibre locale qui nous fait vibrer à l'évocation des faits glorieux accomplis par nos ancêtres. Si certains font l'effort aujourd'hui pour s'immerger dans la tradition locale, d'autres n'ont parfois fait qu'effleurer celle-ci.

Ainsi le bourgmestre précédent était, lui aussi, originaire d'une autre région que le Tournaisis et, qu'on le veuille ou non, possédait, tout naturellement, une culture différente de la nôtre. En 2012, le pouvoir communal était principalement focalisé sur un évènement à connotation plus sportive que culturelle, l'arrivée du Tour de France et le coût important que cette manifestation allait engendrer. Toutes les forces vives de la région étaient mobilisées pour faire de celui-ci un succès retentissant. La retransmission mondiale de cet évènement sportif devait faire connaître Tournai à la planète entière et déplacerait probablement plus de personnes qu'une évocation historique. Ne nous berçons pas d'illusions, depuis l'époque romaine, on sait très bien que le peuple est, depuis toujours, friand de de ce genre de distractions, "panem et circenses" pour reprendre les paroles prononcées par Juvénal à des Romains incapables de s'intéresser à d'autres choses qu'aux distributions de pain et à l'organisation des jeux du cirque. Dès lors, comme il était probablement impossible, en terme de logistique et de finances, de courir deux lièvres à la fois, la commémoration du siège de 1513 a probablement été sacrifiée sur l'autel jugé plus "rentable" de l'épreuve sportive. Peut-être même n'y avait-on pas songé, tout accaparés que nos dirigeants étaient par l'organisation cycliste.

La nouvelle majorité issue des élections d'octobre 2012 n'est apparue aux commandes de la ville qu'en janvier 2013, beaucoup trop tard pour mettre sur pied un évènement fastueux, mieux valait ne rien faire que donner l'impression d'une récupération de dernière minute. Qui plus est, voilà que se pointait déjà à l'horizon le centenaire de la première guerre mondiale que Tournai ne pouvait ignorer et, concernant 1513, l'état de la tour Henri VIII, dernier vestige de cette occupation anglaise, n'incitait vraiment personne à l'organisation d'une pareille commémoration. Cela fait presque dix ans qu'on nous promet la restauration de ce témoignage historique qui vieillit lentement entouré de son corset de ferraille dans une indifférence générale.

Les passionnés d'histoire de Tournai ont déploré cet oubli et depuis quelques semaines, la presse et certaines associations ont décidé d'évoquer l'évènement. L'Optimiste aime sa ville, il est continuellement en train de fureter afin de découvrir un fait d'actualité méritant être rapporté, consigné et archivé, il consulte aussi la presse afin de rechercher un de ses enfants connus dont il pourrait dresser le portrait ou encore fréquente la bibliothèque pour relater cette Histoire à laquelle trop peu de jeunes s'intéressent encore aujourd'hui. Travail sans doute inutile aux yeux de certains mais fruit d'une passion qui l'anime.

A partir de récits d'historiens, il a décidé, à l'intention des lecteurs de ce blog, de tenter de recomposer cette page d'histoire.

Retour au temps d'Henri VIII.

"Nous sommes au tout début du XVIe siècle, Tournai appartient au royaume de France sur lequel règne Louis XII, un Valois, fils de Charles d'Orléans et de Marie de Clèves, né à Blois en 1462, devenu roi de France en 1498 au décès de Charles VIII. En 1502, il exhorte les Tournaisiens à fortifier davantage la cité car il craint des attaques venant des Pays-Bas bourguignons, probable prémonition ou juste analyse politique ?

Au même moment règne sur les Pays-Bas et la Bourgogne, Maximilien 1er d'Autriche, né à Wiener Neudstad en 1459, un Habsbourg qui a épousé Marie de Bourgogne en 1477. En 1513, il décide de partir en guerre contre la France et participe à la Sainte Ligue, un pacte de fraternité et d'assistance mutuelle conclu entre le pape Léon X, le roi d'Espagne Ferdinand d'Aragon, les Suisses et Henri VIII Tudor, roi d'Angleterre.

Ce dernier est né à Greenwich en 1491 et est devenu roi en 1509. Considéré comme un homme intelligent, il pratiquera une politique d'équilibre entre François Ier et Charles-Quint. Catholique à l'origine, il provoquera, en 1533, le schisme avec Rome suite au refus du pape d'annuler son mariage avec la très pieuse Catherine d'Aragon qu'il avait épousée en 1509, année de son accession au trône. Il va répudier sa femme, épouser Anne Boleyn et se proclamer chef suprême de l'église anglicane, pourchassant par la suite aussi bien les catholiques que les protestants. La biographie de cet homme pourrait le faire comparer à Barbe Bleue, il eut six femmes et en fit décapiter deux (Anne Boleyn et Catherine Howard).

L'alliance entre Maximilien d'Autriche et d'Henri VIII.

En juin 1513, le jeune roi Henri alors âgé de 22 ans, vient prêter main-forte à Maximilien d'Autriche dans sa reconquête de territoires appartenant au roi de France. Il débarque à Calais, à la tête d'une troupe principalement composée de soudards, il fait tout d'abord le siège de Thérouanne, commune française proche de Saint-Omer qui avait été le siège d'un important diocèse durant les premiers siècles de notre ère. La cité sera totalement détruite, le 22 août 1513, il ne restera debout que l'église et les maisons des chanoines. Après cette victoire, on pense que ses troupes vont s'enfoncer vers le sud, plus profondément dans le territoire français profitant de la défaite du roi de France, Louis XII, des œuvres des troupes anglo-germaniques, à Guinegate.

Au contraire, l'armée remonte vers le Nord-Est et fait marche vers Tournai. Pourquoi a-t-on décidé de s'attaquer spécialement à cette ville plutôt qu'à une autre ? Comme nous allons le voir, les raisons sont multiples.

Les raisons du siège de Tournai.

Par sa position géographique, Maximilien d'Autriche considère cette ville, possession des rois de France, "comme une épine qui blesse les Etats" tandis qu'Henri VIII est plutôt tiède à l'idée de prendre une ville pour laquelle il ne voit aucun intérêt personnel. Une personne de son entourage va le faire changer d'avis et le pousser à venir en aide à Maximilien, Thomas Wolsey, chapelain de Westminster et aumônier personnel du roi d'Angleterre, convoite l'évêché de Tournai. Il sait que l'évêque Charles de Hautbois vient de démissionner pour des raisons de santé et que le nouveau prélat nommé par Rome n'est pas encore en poste. Il connait également l'importance de ce diocèse qui lui procurerait pas moins de 80.000 livres de revenu annuel (l'attrait de l'argent domine décidément toutes les époques) grâce aux opulentes cités flamandes sur lesquelles il a autorité.

Henri VIII se souvient également que de cette ville était originaire un certain Pierkin Werbecque qui avait menacé le trône de son père. Ce Werbecque était un Tournaisien, jouet de Marguerite d'York, qui s'était fait passer pour un des enfants de Richard d'York, assassiné à la Tour de Londres en 1496.

A la duchesse de Savoie qui avait plaidé la cause des Tournaisiens, Henri avait également répondu : "Ce sont des gens mal conditionnés, faisant farces, balades et chansons à mon sujet, se moquant de moi...".

Voilà de nombreuses raisons qui amènent les troupes aux portes de la cité des cinq clochers.

( à suivre)

(sources : "Histoire de Tournai" par Paul Rolland, ouvrage publié aux éditions Casterman, paru en 1956, pages 171 à 182, "Henri VIII et la cathédrale", article signé de Francis Vande Putte, paru dans le bulletin d'informations n°8 des "Amis de la cathédrale", pages 7 à 14, "L'histoire de Tournai et du Tournésis" d'Alexandre Guillaume Chotin, livre 2, pages 83 à 96, article sur "le château de la Marlière" paru sur blog de B. Demaire consacré à Orcq repris en lien, éditions Larousse sur "l'Histoire de France").

S.T. janvier 2014

09:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, henri viii, siège de 1513, commémoration |

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