31 déc.
2013

12:30

Tournai : Bonne Année

L'année 2013 se termine ce soir ! 

A minuit, aux sons des feux d'artifice, 2014 fera sa joyeuse entrée.

L'Optimiste formule pour ses lecteurs des vœux de bonne et heureuse année, que celle-ci vous apporte la Paix, la Joie et la Santé !

Edmeond et Fifinne i-m'ont d'mindé d'vous transmette les souhaits qui forme'tent pou vous eautes.

(aujourd'hui il n'y a pas de traduction, le service est fermé pour cause de congé de Saint-Syvestre).


Bilan 2013 :

Dans les entreprises, le 31 décembre est le moment de faire le bilan de l'année écoulée, voici celui (tout relatif) du blog :

Au 31 décembre 2013, le blog est riche de 1.465 articles consacrés à l'Histoire et à l'actualité de la cité, aux Tournaisiens bien connus et à notre patois.

A la fin de l'année dernière, depuis sa création le 15 avril 2007, il avait enregistré 540.400 visites, ce soir, nous aurons probablement dépassé le cap des 627.000.

Les lecteurs ont laissé 955 commentaires.

 

Objectifs 2014 :

Nous poursuivrons l'étude de l'Histoire de la ville des cinq clochers de 1850 à 1899, nous évoquerons aussi des dates marquantes dans la rubrique "ce jour-là", nous dresserons les portraits de Tournaisiens qui se font connaître dans les domaines aussi différents que le sport, la langue picarde, la musique, l'écriture... Dans expressions tournaisiennes, nous donnerons toujours la parole à Edmeond et Fifinne, deux personnages à l'esprit frondeur, parfaite illustration des titis tournaisiens qui sont devenus nos incontournables amis du samedi, mais également à leurs amis et connaissances.

2013 se termine, portons tous nos espoirs en 2014.

(S.T. décembre 2013)


12:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, bilan, voeux |

29 déc.
2013

18:30

Tournai : les festivités de janvier 2014

Après la trêve des confiseurs, les réveillons et les repas de famille, la saison culturelle reprend son cours normal et le programme de janvier présente un menu copieux et varié.

 

Samedi 4, Maulde, Salle Socio-Culturelle, "Winter-Party".

Dimanche 5, Vieille Guiguette, chaussée de Willemeau, inscriptions et premiers départs à 9h30,  "Marche des étrennes".

Dimanche 5, Ere, Foyer Socio-Culturel, "Les Péqueux du diminche" pièce patoisante par la Relève Saint-Eloi.

Mercredi 8, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Fear and Desire", projet théâtral initié par l'actrice italienne Gaia Saitta et la danseuse et chorégraphe américaine, Julie Anne Stanzak.

Jeudi 9, Maison de la Culture, 14h30, "les enjeux de la crise globale pour l'Europe", conférence par Jean Christophe Defraigne, professeur à l'Université Saint-Louis de Bruxelles dans le cadre du cycle de conférences de l'Université du Temps Disponible.

Samedi 11, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h, "Nox" par le théâtre L'Anneau, avec R-Gaël Maleux et Bertrand Kahn, spectacle familial à partir de 4 ans.

Samedi 11, salle La Fenêtre, 20h, "Working progresse Duo Gama", spectacle burlesque.

Lundi 13, partout en ville, "Lundi Perdu", le troisième réveillon des Tournaisiens, en famille, au resto, le lapin "aux preones et aux rogins" est le roi de la fête.

Mercredi 15, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "La Nostalgie de l'Avenir", d'après la Mouette de Tchekov, adaptation de Myriam Saduis. Prix de la Critique 2012 "Meilleure mise en scène" et "Meilleur espoir féminin" pour Aline Mahaux.

Jeudi 16, Maison de la Culture, 14h30, "Euthanasie, douze ans après la loi de dépénalisation conditionnelle, quels enseignements ?" conférence par Jacqueline Herremans, présidente de l'ADMD, dans le cadre du cycle de conférences de l'Université du Temps Disponible.

Vendredi 17, Halle-aux-Draps, 20h, "Petit Cabaret" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien 

Samedi 18, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h, "Snacks" par la Compagnie Héliotrope, de et par Bernard Senny, spectacle familial dès 4 ans.

Samedi 18, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h "Keskiditlepetitlapin", fantaisie burlesque pour deux clowns et deux primates, compagnie Les Nouveaux nez et Cie-Petr Forman, théâtre, cirque, clowns, marionnettes et vidéo.

Samedi 18, Ere, Foyer Socio-Culturel, "Legend Night".

Du samedi 18 au lundi 20, Tournai-Expo "Bâtirama", le 25e salon de la construction et de la rénovation.

Mardi 21, Auditoire du Séminaire, 13h45, "L'entrée en vigueur de la sixième réforme de l'Etat", conférence par Christian Behrendt, Professeur de Droit à l'Université de Liège, dans le cadre du cycle de conférences "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui".

Du mardi 21 au mardi 28, cinéma Imagix, "Ramdam, le festival du film qui dérange", fictions et documentaires, en avant-première avec la présence des équipes de films, des rétrospectives, des ateliers...

Jeudi 23, hôtel de Ville, Salon de la Reine, 18h "La fibromyalgie : un syndrome partiellement expliqué" par le Docteur Etienne Masquelier, médecine physique et de réadaptation aux cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles et à Mont-Godinne et Nadine Chard'homme, infirmière ressource douleur chronique à l'UCL Saint-Luc à Bruxelles, dans le cadre du cycle "Conférences santé 2014".

Vendredi 24 et samedi 25, Halle-aux-Draps, 20h, "Petit Cabaret" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien.

Du vendredi 24 au dimanche 26, Tournai-Expo, "Bâtirama", le 25e salon de la construction et de la rénovation.

Samedi 25, Maison de la Culture, 16h, "Indiens", spectacle du Foule Théâtre avec Philippe Léonard, dans une mise en scène de Pierre Richard, spectacle familial dès 4 ans.

Dimanche 26, Mont Saint-Aubert, "6e trial hivernal du Mont". 

Dimanche 26, Eglise Saint-Jacques, 17h, "Concert Franz Schubert" avec Julie Payez, soprano, Caroline Dutilleul, mezzo, Lionel Couchard, ténor et Xiaozbong Wang, baryton, la chorale "A Travers Chants" et l'Ensemble vocal du Conservatoire de Tournai sous la direction de Michel Jacobiec, l'orchestre de la Chapelle Musicale de Tournai sous la direction de Philippe Gérard. Une organisation de la Chapelle Musicale de Tournai.

Mardi 28, Auditoire du Séminaire, 13h45, "Belgique, où vas-tu ?", conférence par Dave Sinardet, politologue, Professeur à la V.U.B et à Saint-Louis, dans le cadre du cycle de conférences "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui".

Mercredi 29, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Trac", le nouveau one-man show de Bruno Coppens dans une mise en scène d'Eric de Staercke.

 

Les expositions :

 

Jusqu'au 12 à la Rasson Art Gallery, rue de Rasse, "Arman Christo, Jeanne Claude/Volz, Claude Gilli exposent.

A partir du 17, à la Maison de la Culture, Espace bis, "Photomaton", les œuvres de Damien Verhamme.

A partir du 17, Maison de la Culture, les œuvres de "Jean-François Van Haelmeersch".

A partir du 17, Maison de la Culture, "Images d'un projet" photographies de Xavier Cornu.

programme susceptible d'ajouts et/ou de modifications

S.T. décembre 2013

27 déc.
2013

11:05

Tournai : expressions tournaisiennes (255)

Ch'n'est pus comme avant !

Acore quate jours et l'ainnée 2013 elle s'ra oute ! 

Pou certains, elle va finir dins l'joie et les rires, mais beauqueop d'eautes, sans orgret, i-veont l'vir partir. Et ch'est ainsin d'puis toudis, au cang'mint d'ainnée, on n'sait jamais quoisque l'nouvelle va apporter.

Alors, mes gins, j'vous dis "Beonne ainnée, beonne santé" pasqu'in ces quate meots là tout i-est résumé !

On a pris l'habitude que toute nouvelle ainnée nous apporte dins ein tourbilleon ein tas d'progrès et ch'est bin vrai que ch'n'est pus comme i-a chinquante ans, vous l'avez bin ormarqué, ch'n'est pus du tout comme avant.

Avant, pou les fiêtes, on éteot hureux de s'ortrouver in famile, à s'maseon, asteur, dès l'prumier jour des vacances on n'pinse qu'à queurir bin leon, in auteo, in train ou acore in avieon.

Avant pou acater les cosses nécessaires à l'orpas d'réveilleon, ave tes liards, t'alleos au boucher, au boulinger ou bin à l'épicier tout près de t'maseon, asteur, ch'est dins les grantes surfaces, in dehors de l'ville, que te vas querre tes commissieons, te rimplis l'carette à ras-bord et si l'bancontact i-cait in raque, à l'caisse, ch'est panique et désolatieon.

Avant, au pied du l'arpe, pou les infants, te metteos eine poupée ou bin ein train électrique, ein costume d'Zorro ou bin ein jeu mécanique. Asteur, te peux ête seûr et certain que cha va ête ta fiête, si, au pied du sapin, te n'déposes pos ein I-pod, ein I-pad ou bin eine tablette.

Avant, ch'est à pied qu'on parteot réveilleonner chez les parints, les amisses ou bin acore au cabaret. Te pouveos alors t'foute eine belle caramelle, ramasser ein riche preone, rintré quervé tout ce que te risqueos, au p'tit matin, su l'quémin d'ortour ch'éteot d'bourler. Asteur, si t'es in auteo, si t'as bu deux pintes ou ein whisky, pa les gindarmes qui t'attintent au coin te risques d'ête privé d'permis. Avant te n'aveos pos b'soin d'Bob ou Bobette pou t'orconduire à t'maseon, t'orveneos, à l'beonne franquette, bras d'sus bras d'zous in cantant des cancheons.

Avant pindant tout l'meos d'janvier, t'alleos rinte visite pou présinter tes souhaits, te buveos eine pétite goutte ou bin eine bistoule, tout cha sans faire de m'noulles, t'inveyeos des belles cartes ave des paysaches inneigés. "Ke l'ané soit bone, zibous (bisous)", asteur t'écris ein texteo, ein SMS, deux ou treos meots, même pos rédigés in beon français car l'orthographe va béteôt aller au musée.

Avant, on preneot l'temps d'vife, on n'se rindeot pos malate, asteur, ave l'progrès on est dev'nu d'z'automates. Avant l'mamère prépareot l'deîner pindant des heures, asteur, l'feimme elle queure, à nulle heure, faire l'file au traiteur. Avant décorer l'sapin, mette les leumières, sintir l'naque de l'sève, ch'éteot ein bieau momint d'passer, asteur, on sort l'ingin in plastique, d'jà tout meonté, qui a l'odeur de l'ormisse ou bin du guernier où i-a été stocké.

Bin seûr, i-n'a pus que les inciens qui veont comprinte l'sens de ceul artique, les jeones d'asteur i-veont m'printe pou ein riche attardé, ein dreôle de loustic. J'veux bin, on n'deot pus ortourner à l'préhistoire ou bin au moyen-âche, mais avouez que l'progrès d'aujourd'hui i-fait d'rudes ravaches. Tout i-est treop sophistiqué, on n'cache pus après l'simplicité !

J'deos absolumint vous quitter asteur, à dix heures j'ai rindez-vous chez l'coiffeur, après j'deos aller au car-wash laver m'n'auteo, pou inl'ver l'bédoule qu'elle orchu pindant des travéeaux (pasque je n'vas pos pourméner, l'prumier janvier dins eine carette tout imblavée), in rintrant j'vas faire comme j'ai fais à l'Noë, pou aller pus vite, pa e-mail mes vœux j'vas les inveyer, j'deos queurir aussi chez l'traiteur pou printe m'comminte avant eine heure, puis j'deos passer au grand magasin pou acater l'reste que j'ai b'soin. Au soir, quand l'reveilleon va qu'mincher, j'vas ête bin fatigué pasque mi aussi, j'vous l'avoue, j'sus l'esclafe du progrès !


lexique : quate : quatre / oute : terminée, finie / beauqueop : beaucoup / orgret : regret / vir : voir / toudis : toujours / chinquante : cinquante / ormarquer : remarquer / asteur : maintenant / queurir : courir / bin leon : bien loin / acater : acheter / les cosses : les choses / l'orpas : le repas / les liards : l'argent / querre : chercher / caire in raque : tomber en panne / l'arpe : l'arbre / les amisses : les amis / t'foute eine belle caramelle : s'enivrer / attraper eine riche preone : être saoul / ête quervé : être ivre / l'quémin : le chemin / bourler : tomber / des cancheons (on dit aussi cancheonnes) : des chansons / eine bistoule : spécialité de la région et du Nord de la France, café dans lequel on ajoute du genièvre ou un autre alcool / faire des m'noulles : faire des manière, de l'embarras / béteôt : bientôt / l'mamère : la mère / les leumières : les lumières / l'naque : l'odeur / l'ormisse : la remise / l'guernier : le grenier / ein artique : un article / les jeones : les jeunes / printe : prendre / les ravaches : les ravages / l'bédoule : la boue / pourméner : promener / imblavée : sale / l'Noë : la Noël / qu'mincher ou commincher : commencer / l'esclafe : l'esclave).

S.T. décembre 2013.

11:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

24 déc.
2013

12:00

Tournai : conte de Noël aux cinq clochers.

"Tins, ov'là 'cor Mimile, l'pétit bocheu, qui part à l'ville". ("Tiens, voilà encore, Mimile, le petit bossu, qui part à la ville").

Emile, seize ans, ne comptait plus les sarcasmes dont il était l'objet, soir et matin, de la part d'une bande d'enfants qui traînaient dans le faubourg Saint-Martin. On n'imagine pas combien la vie, pour les personnes handicapées, peut être difficile alors que les moqueries des soi-disant normaux sont au contraire si faciles. En cette veille de Noël, sur son tricycle qu'il faisait avancer en moulinant avec les mains, il se rendait chez le boulanger chercher la coquille* aux raisins que sa mère avait commandée, le matin.  

Emile était né à la veille de la seconde guerre, d'une mère ménagère et d'un père militaire. Rapidement, le médecin traitant prévint, avec ménagement, les parents que leur enfant était... "différent". Oh, ils avaient bien remarqué qu'il avait le dos assez voûté mais n'étaient pas particulièrement inquiets qu'à quinze mois leur fils ne sache pas encore marcher. Entretemps, la guerre avait éclaté et Marcel, le père, avait été mobilisé.

Quatre ans plus tard, à la libération, alors que les familles étaient en liesse à l'idée de revoir un père, un fils, un frère qui avaient été fait prisonniers, Madeleine, n'avait reçu, au sujet de Marcel, aucune information, pas le moindre courrier. Elle n'avait pas ménagé sa peine, elle avait remué ciel et terre, avait été voir le bourgmestre et interrogé les autorités militaires, la démarche avait été vaine, on n'avait trouvé aucune trace de son époux, dans les centres de regroupement en Belgique, en Allemagne, on avait cherché partout.

Madeleine prit le deuil comme tant de personnes à cette époque. Emile, âgé d'à peine six ans, ne comprenait pas pourquoi sa mère était continuellement en noir, pourquoi elle écrasait une larme à la sauvette en regardant la photo d'un homme dont l'enfant ne trouvait trace dans sa mémoire. On lui accorda une pension de veuve de guerre et elle alla faire quelques ménages, non déclarée, pour améliorer l'ordinaire de la maisonnée située au bout du chemin menant à Ere .

A la rentrée suivante, elle conduisit Emile à l'école primaire mais, pour avancer, il avait tant de difficultés que c'est dans une voiturette qu'elle devait l'y amener. A l'aube du premier hiver, l'institutrice reçut la mère et lui expliqua que son fils ne suivait pas et l'abandonner dans le fond de la classe, elle ne le voulait pas. Madeleine décida de le garder désormais à la maison, elle lui apprendrait à lire et à écrire, à son rythme et... sans punition.

Chaque matin, Albert, le facteur, chez elle, faisait un arrêt, pour se reposer et avaler une tasse de café. On échangeait quelques banalités, on parlait du temps, de l'actualité et, pour Emile, la présence de cet homme, semblait le ravir car, c'était un des rares moments où sa mère le voyait sourire. Un matin pourtant, une lettre a tout fait basculé, après l'avoir lue, Madeleine avait défailli et s'était mise à pleurer. Elle ne s'attendait jamais à recevoir pareille nouvelle, une lettre manuscrite, écrite à l'encre bleue et signée... Marcel.

Il lui racontait qu'il avait beaucoup réfléchi au temps où il était prisonnier et qu'il avait fait le choix de ne plus jamais revenir à Tournai. Il était jeune encore et ne se sentait pas prêt à élever un enfant qui resterait pour toujours handicapé. Il lui déclarait qu'il travaillait désormais, en Allemagne, comme employé, qu'il avait quitté la vie militaire et qu'il lui paierait une pension alimentaire, promesse écrite avec facilité mais qui ne fut jamais respectée.

Madeleine se rendit à l'Administration communale pour faire part de cette situation peu banale. Malgré les nombreuses recherches qui furent entreprises par les autorités, on ne retrouva jamais de trace de Marcel qui avait probablement changé d'identité. Toutefois, sur base de cette honnête notification, elle reçut un courrier lui signifiant la fin de ses droits à la pension.

Courageuse, elle trouva rapidement une occupation, elle fut engagé comme domestique dans une grande maison, elle pouvait même, y aller chaque jour, accompagnée de son garçon, à condition que ce dernier ne dérange pas les maîtres de maison.

Sans avoir la capacité de réellement pouvoir l'exprimer, Emile sentait qu'en ce lieu, il n'était pas apprécié.

"Emile, dis-moi, la journée s'est bien passée" lui demandait-elle souvent durant la soirée.

Ne voulant pas faire de peine à celle qui était son unique soutien, il lui répondait invariablement que tout allait très bien.

Le jour de ses quinze ans, après avoir mangé le gâteau d'anniversaire, les larmes dans les yeux, Emile regarda sa mère.

Elle avait bien remarqué quand il était rentré, le soir, que son regard traduisait un profond désespoir.

"Explique-moi, maman chérie, je ne comprends pas, pourquoi tous les autres enfants ont-ils un papa".

Cette question, Madeleine l'avait depuis bien longtemps redoutée mais, hélas, elle n'y était toujours pas préparée.

"Dans la vie, pour mettre au monde un enfant, tout le monde a besoin d'un papa et d'une maman. Toi aussi, tu as eu un papa, il était militaire et... il...il est mort à la guerre".

Emile resta de longues minutes sans rien dire, Madeleine vit qu'il avait perdu son beau sourire.

"Ainsi si papa n'avait pas été tué, tu n'aurais pas été obligée de travailler, tu serais peut-être restée à la maison toute la journée et, à deux, on aurait pu aller se balader !".

A partir de ce jour, Madeleine constata que son fils n'était plus le même, il restait de longues heures silencieux et parfois on voyait couler de petites larmes sur ses joues blême.

Quelques temps plus tard, rentrant à la maison, avec sa mère, il évita la conversation. Il demanda pour aller se coucher et toute la soirée, Madeleine, l'entendit pleurer. Elle attendit le matin qu'il fut réveillé pour enfin connaître ce qui s'était passé.

"L'bochu, Mimile, i-n'ira jamais à béquiles et ch'est ein infant d'file" ("Le bossu, Mimile, ne marchera jamais avec des béquilles et c'est un enfant de fille).

C'est ce qu'une bande de petites rosses lui avait chanté la veille alors que, péniblement, il remontait la chaussée de Willemeau en luttant contre le grand vent.

Il expliqua tout cela à sa mère, combien il souffrait de la méchanceté des enfants, combien lui faisait mal l'indifférence des plus grands. Il n'attendait de la part de personne un geste de pitié, tout au plus souhaitait-il quelques petites marques d'amitié. Son physique ingrat, pour son plus grand malheur, déclenchait chez certains des réflexes dictés par la peur.

A l'aube des années soixante, notre société portait déjà en elle, ces formes d'exclusions si nombreuses à l'heure actuelle, rejet du plus faible ou de l'étranger, du malade ou de la personne handicapée. On admire désormais celui à qui tout réussit, celui qui n'a pas les capacités est banni. Pour beaucoup d'entre nous la personne handicapée renvoie l'image de notre grande fragilité et parce qu'elle est si différente, on souhaiterait parfois qu'elle soit absente !

Ce 24 décembre 1954 ressemblerait à tous les soirs de Noël qui se sont succédé depuis que la guerre était terminée. Vers 20h, Madeleine préparerait le chocolat chaud pour manger avec la coquille dorée dans laquelle l'enfant Jésus en fondant était niché. On écouterait ensuite sur le vieux poste une veillée avant de suivre la messe de minuit, radiodiffusée, à deux heures on se glisserait dans le lit et pour Madeleine et Emile, la fête de Noël serait déjà finie.

D'habitude, quand Emile arrivait à la porte du boulanger, la commande préparée lui était apportée. Ce jour-là, ce ne fut pas la serveuse qui lui donna son paquet, mais un vieux monsieur qui marchait tout courbé. Il tendit le paquet au jeune homme et lui sourit d'un air bonhomme :

"Comment t'appelles-tu ? Où habites-tu ?".

Habitué à recevoir des moqueries, Emile resta tout interdit, il prit une grande bouffée d'air :

"Je m'appelle Emile et j'habite là-haut, dans le chemin de terre qui mène vers Ere".

"Il n'y a pas bien longtemps que j'habite pas loin de chez toi, tu veux bien faire un petit bout de route avec moi".

Emile prit le sac du vieil homme et le posa dans son panier.

Dans la rue Général Piron, on n'avait jamais vu promener si drôle d'équipage, un petit bossu ahanant sur un tricycle et un vieil homme tout cassé par l'âge. Quand ils passèrent près de la bande de jeunes chenapans, le vieux monsieur au regard doux les examina longuement, ils étaient comme désarmés, pas un seul n'osait broncher, c'est la première fois depuis des années que le jeune Emile ne fut pas insulté.

Le soir, alors que des flocons de neige dans le ciel se mettaient à virevolter, chez le vieil homme à la barbe blanche, Madeleine et Emile furent invités. Il y avait près de quinze ans que l'enfant attendait pareil moment. Lui le petit bossu, incapable de marcher avait enfin trouvé un homme avec qui parler.

Il s'appelait Giuseppe, il était italien, il venait de la région des Apennins. A plus de cinquante ans, il était arrivé en Belgique, juste après la guerre, pour chercher du travail et échapper à la misère. Avec son maigre bagage, à son arrivée, ils n'avaient qu'un baraquement pour se loger, "la cantine", pour qualifier ce lieu, on n'avait pas trouvé autre nom, un pauvre endroit qu'ils quittèrent ensuite pour aller vivre dans des corons. Loin des siens et de son pays de grand soleil, sa femme s'était rapidement endormie du dernier sommeil. Il leur raconta qu'il avait travaillé dans les mines de charbon et qu'il avait terminé sa carrière comme chef porion. L'exclusion, il l'avait connue lui aussi, on ne s'adressait à lui qu'en criant "hé, macaroni".

Assis près du sapin resplendissant de mille feux, écoutant le vieux monsieur, des étoiles plein les yeux, éclairé par les reflets de la crèche aux personnages hautement colorés dont toutes les familles italiennes ont le secret, Emile buvait les paroles de Guiseppe au point qu'il en oubliait de manger. On évoqua le "Babbo Natale" ou le "Gesu Bambino" qui comme le Père Noël tournaisien apporte des friandises et des jouets aux petits italiens. "Beppe" mit deux beaux gâteaux sur la table, un Panettone milanais et un Pandoro véronais. On parla, on évoqua des souvenirs, on agrémenta la soirée de rires..."Buon Natale" s'exclamait Giuseppe en levant son verre couvrant de son rire le mugissement plaintif du vent d'hiver.

En cette nuit de Noël où tous les espoirs sont permis, un vieil immigré qui depuis bien longtemps se sentait abandonné et un petit bossu qui depuis toujours avait été rejeté venaient de fraterniser et on assista à la naissance d'une grande amitié.

Quand il s'endormit ce soir-là, Emile entendit au loin les clochers de Tournai sonner joyeusement dans la nuit glacée, le vent du Nord les transformaient en des sons étranges qu'Emile, au creux de son lit, imagina être... la voix des Anges ! Le sommeil l'emportant tout doucement sur son aile, en fermant les yeux, il revécut son plus joyeux Noël.

A vous tous qui m'avait fait le plaisir de me lire durant cette année régulièrement ou épisodiquement, je souhaite : un très Joyeux Noël ! Une pensée particulière à toutes les personnes handicapées, à leurs familles qui les entourent de leur affection, aux amis italiens connus ou inconnus venus dans notre pays en espérant trouver une vie meilleure pour eux et leurs enfants et à Mr. Nery Platieau, ancien habitant de la chaussée de Willemeau qui fête aujourd'hui son centenaire, il est né le 24 décembre 1913.

* cougnolle, cougnou.

 

(S.T. décembre 2013)

12:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, conte, noël |

21 déc.
2013

09:45

Tournai : expressions tournaisiennes (254)

Docteur, quoiqu'i-s'passe ? 

"Te sais, garcheon, asteur, te deos avoir ein beon état général quand te vas à l'clinique passer ein examen médical". In bref : asteur, pou ête malate, i-feaut ête bin portant !

Jusqu'à présint, j'n'aveos jamais bin compris ceulle expressieon d'annochint qu'un incien collègue d'ouvrache me diseot bin souvint. Un p'tit peu à l'feos, sans in avoir l'air, j'ai compris que l'brafe heomme, ch'éteot final'mint ein visionnaire.

J'aveos été à peu près au momint des carnavals pou printe ein rindez-vous à l'hôpital, comme j'éteos leon d'ête l'prumier, j'ai attindu lommint dins eine file au guichet. Dehors, quand j'sus arrivé, l'thermomète i-indiqueot moins treos, vous vous rapp'lez, mes gins, qu'in féverrier i-aveot fait bin freod. In d'dans, l'instrumint n'deveot certain'mint pus marqué les degrés, i-aveot seûr'mint eine éternité qu'au maximum i-d'veot ête bloqué, i-aveot là eine caleur de biête, l'ieau elle dégoulineot de m'tiête. Quand cha a été m'tour de passer au guichet, l'préposée elle m'a ravisé et m'a d'mindé :

"Si ch'est pou eine hospitalisatieon, les urginces ch'est pus leon, ichi ch'est pou les rindez-vous uniqu'mint et pos pou les gins qui n'sintent pos bin".

"Vous savez ouvrer dins eine caleur parelle, vous n'avez pos quieaud"

"Neon, qu'elle m'a répondu, ch'est quancqu' j'sors d'ichi que j'ai freod".

"Ainsin, vous voulez ein rindez-vous ave queu docteur ?"

"Bé, comme d'habitude, Madame, l'ceu qui soigne m'cœur".

"L'pus près qu'j'ai, ch'est d'jà au meos d'août et à c'momint-là, i-n'f'ra pus freod du tout, j'vas vous faire eine petite carte pou vous n'pos l'oblier et notez-le bin à l'aginda, à vo maseon, quand vous rintrez, vous n'pouvez pos savoir comme ch'est fou, l'neombre d'personnes qui oblie'tent les rindez-vous".

In m'disant cha, elle n'a seûrmint pos tort mais i-d'a pétête qu'inter temps i-seont morts.

M'feimme elle a dit quancqu'elle m'a vu arriver"

"Mais quoisque t'as fait, milliards, t'es bin laid".

"J'te laiche adveiner l'jour que j'vas aller vir l'docteur, j'espère que d'ichi là j'arais pas d'problème ave m'cœur".

"Attinds... on est à l'mi-féverrier, bah... te vas ête orchu au meos d'mai"

"Bé, t'es optimisse, ch'est pos cha du tout, ch'est seul'mint l'vingt-siept du meos d'août"

"Ch'est de t'feaute et j'pinse que j'te l'ai assez répété, te d'veos aller ortenir t'tour jusse après l'nouvelle ainnée".

Pindant six meos, j'me sus mis in mote "survie", j'éteos dins m'fauteul ou bin dins m'lit.

Final'mint, l'grand jour tant espéré i-est arrivé, eine heure avant j'éteos d'jà pa d'vant l'guichet.

"Ch'est vous qu'i-aveot rindez-vous, aujourd'hui, à deux heures, feaudra attinte ein p'tit queop, i-a ein peu d'ortard chez l'docteur, au matin i-a eu eine leongue opératieon et i-est ortourné minger à s'maseon".

Mi j'deveos ête à jeun, j'n'aveos pos deîner, las d'attinte, j'ai été orvir l'préposée et j'li ai d'mindé :

"J'espère qu'i-habite leon d'ichi l'docteur, pasque j'attinds d'jà d'puis eine heure".

Assise su l'banquette, à côté d'mi, i-aveot eine feimme au visache cramoisi, à m'mote qu'elle feseot, au moinse, chint-vingt kileos et elle éteot accompagnée d'eine p'tit maiguerleot. J'me sus dit que pou avoir d'parelles rougeurs, pou seûr qu'elle aveot l'fièfe ou bin ses vapeurs. I-a pos fallu lommint pou qu'on ormarque tertous qu'elle aveot, comme on dit, eine mauvaisse tousse. Ein infant i-a dit in orwettiant s'mopère : "l'feimme ne passera pos l'hivier", pou répeonse, l'mopère li a deonné eine riche marnioufe su s'nez et mi j'ai pinsé : "ave l'sanche que j'ai, in sortant d'ichi, j'sus beon pou l'breongile ou bin l'pneumonie".

J'ignoreos que tous ces espécialisses, i-rintent pa l'intrée des artisses, je n'l'aveos pos vu arriver quand, tout à n'ein queop, l'docteur m'a app'lé.

"J'sus contint d'vous vir, cha fait... ein an"

"Et mi alors" que j'li ai dit in m'asseyant.

Vot'tinsieon elle est bin meontée, vous vous êtes énervé ?"

"Neon, neon, docteur, cha va, savez, ch'est eine idée, j'dormeos presque su m'cayère quancque vous êtes intré"."

"L'sémaine qui vient, on va vous faire faire du véleo et on voirra ainsin si vo toquante elle-n'fait pos défeaut, après on vous mettra ein holter pindant vingt-quate heures et on va ainsin inregistrer l'rythme de vo coeur".

"Mo Dieu, Docteur, ave tous ces examens, j'in ai au moinse pou deux jours tout plein".

"Neon, neon, vous pouvez in queompter treos pasqu'après i-a ein acore ein électro au repeos".

"Mo Dieu, Docteur, eh bé, si m'cœur i-est ein p'tit queop patraque..."

"Et bé, on va l'vir, ave tout cha, croyez-me, cha passe ou cha craque".

Eine sémaine pus tard, m'ov'là su l'bicyclette moutrant à l'infirmière m'bieau torse d'athlète.

"Allez, vous êtes bin assis, on est parti, on roule à chinquante-chinq et on tient beon".

"Chinquante-chinq, mais ch'est l'record du meonte, pou m'n'âche, ch'n'est pos beon"

"N'pinsez pos à vo n'âche, ch'est seul'mint l'fréquince d'pédalache".

Ahais, l'fréquince d'pédalache, on attindant j'éteos tout in nache.

Pou seûr, pou des efforts parels, on n'm'ara pus, j'ai eu l'impressieon d'meonter l'Meont d'l'Enclus".

Après, on m'a alleonger vingt minutes dins ein apparel à scintigraphie qui s'a mis à tourner sans arrêt, comme l'f'reot eine mouque, tout autour de mi.

Mais l'pire des affaires... ch'est l'pose du Holter.

L'brafe infirmière elle m'a expliqué que j'deveos l'arrêter avant de l'rapporter.

Ch'est tout biête, vous allez vir, pou l'éteinte, i-n'feaut pos avoir fait l'université, ch'est su l'bouteon oranche que vous d'vez appuyé.

 L'lind'main, comme elle me l'aveot spécifié, j'ai voulu l'inl'ver et l'mette dins l'paquet.

Je n'sais pos si ch'est ein manque de sanche, mais i-n'aveot pos... d'bouteon oranche, ave m'feimme on a caché et on n'a jamais rien trouvé.

Ch'est pos grafe, j'vas télépheoner et j'sus certain qui veont tout m'espliquer.

"Toutes nos lignes sont occupées et... i-n'vous reste pus qu'à patienter !".

Au bout d'chinq minutes, eine voix bin agréape me d'mindeot que problème j'rincontreos

"Vous allez, pétête, madame, trouver cha étranche, mais je n'truèfe pos l'bouteon oranche"

"J'vas vous passer l'infirmière qui vous a posé vot' holter".

Cha a seonné, seonné, seonné et cha n'a jamais décroché, j'sus donc ortombé su l'feimme que j'aveos eu in prumier.

"J'vas vous passer la secrétaire du service qui met les holters".

Eine minute pus tard, j'ai l'secrétaire, ceulle feimme n'sait pos quoi faire pou essayer de m'tirer d'affaire.

"J'comprinds que vous êtes innuyé mais j'ai l'perseonne pou vous aider".

Elle me transfère, cha seonne, cha seonne et j'constate qui n'a toudis perseonne.

"Mossieu, j'vas vous faire eine propositieon, v'nez comme vous êtes, on trouv'ra eine solutieon".

"Mais vous n'm'avez pos bin vu, j'vas quand même pos v'nir torse nu".

Eine demi-heure pus tard, j'éteos pa d'vant s'comptoir.

Elle m'a dit in s'mettant à rigoler :

"adeon... vous êtes rhabillé... Allez toquer à l'porte qui est là et on va vous inl'ver c'machin-là"

J'ai toqué, toqué, toqué et l'porte elle est restée désespérémint serrée.

"Je n'comprinds pos qu'elle me dit l'secrétaire, ch'est pourtant l'buréeau d'l'infirmière"

"Madame, je pinse qui n'a là perseonne... pos puque derrière l'porte qu'au télépheone".

 A c'momint là passe ein eaute mimbre du personnel et elle me dit :

"j'vas v'nir vous ortirer l'apparel";

Dins eine pétite pièche elle a disparu et... après je l'ai pus orvue.

Infin, ov'là l'infirmière qui m'aveot mis le holter.

"J'vous aveos dit qu'i-n'falleot pos attinte"

"j'aveos bin compris mais je n'sais pos l'éteinte".

"Ch'est su l'bouteon oranche" qu'elle me dit l'infirmière

"Moutrez me duqu'i s'truèfe ou alors j'n'veos pos clair"

"Bé ein infant d'primaire i-sareot l'faire... i-suffit... d'ouvère le holter !".

Su eine fiche i-feaut noter, ce qu'on orsint, ce qu'on prind, ce qu'on fait heure par heure

Mi j'ai écrit : j'éteos profondémint débalté au momint d'inl'ver ce foutu holter à quatorze heures ! Si m'cœur i-bat à chint à l'heure, ch'est à cosse de l'apparel de malheur !


(lexique : garcheon : garçon / asteur : maintenant / annochint : innocent /  l'ouvrache : le travail / ein p'tit peu à l'feos : un petit peu à la fois / l'momint : le moment / printe : prendre / lommint : longtemps / féverrier : février / seûr'mint : sûrement / l'caleur : la chaleur / raviser : regarder / ouvrer : travailler / quieaud : chaud / quanc'que : quand / freod : froid /queu : quel / l'ceu : celui / l'meos : le mois / oblier : oublier / l'maseon : la maison / pétête : peut-être / l'mariache : le mariage / adveiner : deviner / vir : voir / orchu : reçu / ortenir : retenir / jusse : juste / pa d'vant : devant / attinte ein p'tit queop : attendre un peu / l'ortard : le retard / deîner : dîner / à m'mote : selon moi / ein maiguerleot : un maigrichon / l'fièfe : la fièvre / eine mauvaise tousse : une méchante toux / orwettier : regarder / eine marnioufe : une gifle / l'breongile : la bronchite / tout à n'ein queop : tout à coup / l'cayère : la chaise / queompter : compter / acore : encore / moutrer : montrer / l'âche : l'âge / tout in nache : tout en nage, tout en transpiration / parels : pareils / l'Meont d'l'Enclus : côte assez raide bien connue des amateurs du Tour des Flandres / eine mouque : une mouche / oranche : orange / l'sanche : la chance / cacher : chercher / grafe : grave / agréape : agréable / ortombé : retombé / adeon : donc / toquer : frapper / pos puque : pas plus / eine pièche : une pièce / ouvère : ouvrir / orsintir : ressentir / débalté : exaspéré, déchaîné / à cosse : à cause)

S.T. décembre 2013







09:45 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

18 déc.
2013

20:03

Tournai : l'année 1852 sous la loupe.

La situation générale.

En cette année 1852, la Belgique existe depuis 21 ans et, comme l'année précédente, l'instabilité politique est une nouvelle fois de mise. Le cabinet Rogier présente une première fois sa démission au roi, le 9 juillet, le souverain la refuse. Le 27 septembre, la démission devient, cette fois, définitive et le 31 octobre, Henri de Brouckère, ancien légat belge à Rome, est désigné par Léopold 1er pour former un nouveau gouvernement. Des négociations qu'il va mener va naître une équipe "centriste".

Un an après Victor Hugo, arrivé en Belgique le 12 décembre 1851, cette fois c'est un autre romancier, Alexandre Dumas, qui fuit la France et se réfugie à Bruxelles. Si son prédécesseur était un opposant déclaré à Louis Napoléon Bonaparte, Dumas, lui s'installe dans la capitale belge uniquement pour fuir ses créanciers.

En octobre, lors d'un discours à Bordeaux, Louis Napoléon Bonaparte tente de rassurer l'Europe sur le nouveau régime français. Le 7 novembre, il rétablit l'Empire de France et le 2 décembre, il prend le nom de Napoléon III.

Depuis la prise du pouvoir par Louis Napoléon Bonaparte, de nombreux opposants ont franchi la frontière et écrivent leurs pamphlets contre le régime français et sa nouvelle constitution. Cette hospitalité qui leur est accordée par notre pays est loin de plaire à la France. Son gouvernement menace même la Belgique d'une guerre des tarifs. Finalement, à titre provisoire, on va renouveler, le 9 décembre 1852, le traité de commerce en vigueur depuis 1845.

L'année 1852 verra disparaître Louis Braille, le 6 janvier, l'inventeur du système d'écriture pour aveugles et malvoyants est décédé à l'âge de 43 ans. C'est au même âge que décède, le 4 mars, l'écrivain russe Nicolas Gogol.

La vie quotidienne à l'ombre des cinq clochers.

Les informations pêchées dans la chronique locale ne se différencient pas beaucoup de celles des années précédentes. Il y a peu de relief dans l'actualité tournaisienne. Voici donc un condensé des nouvelles découvertes au fil des pages du journal. Les articles en italique sont recopiés "in extenso" ceci explique donc le style parfois suranné que vous découvrirez.

Le passage d'une célébrité. (édition du mercredi 28 janvier)

Une des illustrations de la France est passée hier par notre ville et est descendue en l'hôtel du Singe d'Or. C'est Mr. David (Angers), membre de l'Institut de France, professeur à l'école des Beaux-Arts, ancien représentant du peuple à la Constituante.

Pour parfaire vos connaissances, nous avons retrouvé sa trace dans le Petit Larousse qui nous apprend que Pierre Jean David, dit "David d'Angers" est né en cette ville en 1788 et est mort à Paris en 1856 (donc quatre ans à peine après son passage à Tournai). Sculpteur, il est l'auteur du fronton du Panthéon à Paris, de statues, de nombreux bustes et de plus de 500 portraits en médaillon.

L'annonce d'abord prématurée et ensuite officielle d'un décès. (édition du 29 janvier).

L'état alarmant de Mr Dumon-Dumortier, bourgmestre de la ville de Tournay (sic), a fait prendre aux membres de la commission du bal des chefs de famille, la résolution d'ajourner la fête qu'ils se proposaient d'offrir aux dames de la ville, répondant ainsi aux sentiments de regrets hautement exprimés par toute la population.

Le lendemain sous le titre "Nécrologie", on pouvait lire :

Tournay vient de perdre son premier magistrat, Mr. Dumon-Dumortier est décédé, hier, vers quatre heures du soir. Dès le matin, le bruit de sa mort s'était répandu dans toute la ville et avait jeté partout le deuil et la tristesse. Si la funeste nouvelle était prématurée, elle ne tarderait malheureusement pas à se réaliser (...) Tous rapportaient avec éloge et attendrissement les éminentes capacités, les qualités généreuses, les vertus de celui qu'une mort précoce venait d'enlever à une famille qui l'entourait avec amour et respect, à une cité qui le comptera toujours parmi ses bienfaiteurs, à un pays auquel il a rendu d'éclatants services. Ces larmes, ces regrets, ces éloges de toute une cité disent plus que les plus éloquents panégyriques sur le compte de celui qui n'est plus.

Voici une courte biographie de ce bourgmestre :

Augustin, Aimable Dumon, dit Dumon-Dumortier, était né à Lille, le 4 décembre 1791 et est donc décédé à Tournai, le 28 janvier 1852 à l'âge de 60 ans. Après avoir épousé Marie Dumortier, il est venu s'installer à Tournai afin de reprendre la direction de l'exploitation "chaufournière"  (industrie des fours à chaux) de son père Pierre-Ignace. Naturalisé belge le 5 novembre 1830, il est nommé membre du conseil communal puis échevin de 1830 à 1847. Membre du parti libéral, le 9 octobre 1848, il devient le premier magistrat de la ville et le restera jusqu'à sa mort. On lui doit notamment l'assainissement du quartier Saint-Pierre, le nouveau marché au poisson dit "La Minque" érigé à ses frais en y consacrant sa rémunération annuelle de bourgmestre. Un quai de Tournai porte son nom.

Un accouchement "prématuré". (édition du lundi 16 février).

Une pauvre femme qui se rendait à l'hôpital pour y faire ses couches, vendredi après -midi, a été prise des douleurs de l'enfantement sur le quai du Château (actuel quai Dumon) et n'a pas tardé à mettre au monde un enfant bien portant.

Le vilain petit fraudeur !  (même édition que la précédente);

On sait que les campagnards qui viennent chercher le "pureau" en notre ville doivent arriver de grand matin s'ils ne veulent risquer d'enfreindre la réglementation communale. Avant-hier, un fermier de Templeuve qui venait pour cet ouvrage a cru pouvoir profiter de la demi-obscurité qui régnait encore pour tromper la vigilance des employés de l'octroi du service de la porte des Sept-Fontaines. Mais il paraît que ceux-ci, s'ils n'ont pas des yeux de lynx, possèdent une finesse d'odorat qu'on peut hardiment comparer à celle d'un chien d'arrêt. Ils ont donc, au grand ébahissement du campagnard et malgré les plus belles protestations, confisqué chevaux, chariot et tonneaux, puis conduit le tout au bureau des douanes parce qu'ils ont trouvé, cachées sous les tonneaux et recouvertes de paille, grand nombre de boîtes en fer blanc contenant de l'esprit de sel.

Cette histoire ne manque pas de...sel !

Encore la violence. (édition du 28 février)

Parmi les nombreuses relations de violences, bien souvent des bagarres sur fond d'ivresse, nous avons retenu celle-ci :

un meurtre a été commis, pendant la soirée de mercredi 25. Le sieur François Deroubaix, échevin, remplissant les fonctions d'officier de police en la commune de Popuelle, se trouvait avec un nommé Godart, au cabaret à l'enseigne le "Tolo", lorsqu'une discussion s'engagea entre eux. Godart se plaignait à l'administrateur, paraît-il, chargé de faire la distribution de charbon aux personnes de l'endroit, de ce que sa mère, qui se trouve dans l'indigence, n'avait pas reçu ce qui lui était dû. Plaintes, reproches, menaces et, enfin, on en vint aux mains. Après une lutte dans laquelle les adversaires avaient été séparés par quelques témoins, Deroubaix étant tombé sur le pavé, son ennemi se jeta de nouveau sur lui et lui porta un seul coup de talon de botte mais avec une telle violence qu'il suffit pour briser la poitrine du malheureux Deroubaix qui expira quelques instants après. Le meurtrier est en fuite mais la justice est sur ses traces.

Précisons qu'il sera arrêté rapidement, qu'il comparaîtra pour meurtre devant la cour d'Assises du Hainaut, les 3 et 4 mai de la même année et sera condamné (les faits moins nombreux qu'aujourd'hui permettaient à la justice d'être nettement plus rapide).

Statistiques.

Dans le courant du premier semestre, la presse publie les mouvements de population intervenus à Tournai durant l'année 1851.

On a enregistré 861 naissances (453 de sexe masculin dont 26 illégitimes) et 408 de sexe féminin (dont 30 illégitimes).

On a dénombré 215 mariages (157 entre garçons et filles, 11 entre garçons et veuves, 28 entre veufs et filles et 19 entre veufs et veuves)

Un seul divorce a été prononcé.

Il y a eu 747 décès (380 de sexe masculin et 367 de sexe féminin), notons que les décès d'enfants en bas-âge (de 1 jour à 3 ans) sont encore très nombreux alors que les épidémies ont cessé.

462 personnes étrangères à la ville ont été inscrite à la population et 433 qui ont quitté la ville y ont été rayées.

On enregistre une augmentation de la population de 142 unités par rapport à l'année 1850.

Une mise à l'épreuve ! (édition du mercredi 30 juin).

Hier, à la suite d'une petite querelle avec sa femme, un individu qui habite le quai des Quatre-Bras et qui se trouvait en état d'ivresse, a menacé de se noyer. Sa femme a ri de cette menace ! Sans plus hésiter, il s'est jeté dans l'Escaut. Aux cris de désespoirs de sa moitié, la foule s'est assemblée. Déjà quelques personnes se disposaient à aller le secourir quand il dit, bien dégrisé, qu'il n'était plus nécessaire de se donner cette peine car il savait nager. Il avait voulu prouver à sa femme qu'il avait du caractère !

Abus d'alcool. (édition du mardi 13 juillet).

Un militaire est mort vendredi dernier des suites d'un excès de boissons. Ce malheureux avait bu dix-sept canons de genièvre et lorsqu'on l'a trouvé, vers 9 heures du soir, sur un tas de fumier, près de la caserne, il était déjà froid et tenait encore en main une bouteille de genièvre. Ce soldat, qui s'était souvent signalé par une mauvaise conduite, a été mené à l'hôpital mais les secours qu'on lui a prodigués n'ont pas pu le sauver.

La restauration de la cathédrale. (édition du dimanche 12 septembre).

Depuis quelques jours on a enlevé le reste des échafaudages qui garnissaient la façade principale de notre cathédrale. Aujourd'hui, le public peut apprécier toute la beauté de cette restauration qui a rendu à l'édifice son aspect et son caractère.

Question : quand un journaliste pourra-t-il écrire cela en ce qui concerne l'actuelle restauration ?

Drôle de drame. (édition du lundi 20 septembre).

Rue des Augustins, une société dont nous ne savons ni le nom, ni le but, célébrait, fatiguée de rasades, son jubilé de cinquante ans en voiture munie d'une grosse caisse et de trombones (imaginez bien la scène, une voiture tirée par des chevaux sur laquelle des hommes à moitié ivres jouent de la grosse caisse et du trombone, c'est digne d'un film de Jacques Tati et la suite s'apparente plutôt à une superproduction hollywoodienne). La rue des Augustins est en pente assez rapide (peut-être a-t-on voulu écrire raide). Là, paraît-il, la charge étant trop lourde pour le véhicule, le timon s'est brisé et le Société ainsi que le véhicule après avoir descendu la rue jusqu'à un certain point, avec une vitesse exceptionnelle, se sont abattus (en clair, la charrette a versé). Ce fut alors un vacarme plus infernal que jamais, seulement au lieu des cris de joie, on poussait des cris d'épouvante et cela dura une demi-heure (!). Alors on put se reconnaître et acquérir la triste conviction (phrase nébuleuse s'il en est) qu'il n'est pas toujours sain de rouler carrosse. Outre un grand nombre d'yeux pochés et de nez aplatis, il y eut, paraît-il, des blessés assez graves pour nécessiter le transport de quatre personnes à l'hôpital.

Sur ce final, spectaculaire et dramatique comme j'ai rarement l'habitude de publier, se clôture l'actualité de la vie quotidienne tournaisienne en 1852.

(source : le "Courrier de l'Escaut", éditions de l'année 1852 - "Chronique de la Belgique", édition parue en 1987).

S.T. décembre 2013








16 déc.
2013

11:36

Tournai : la cité scaldéenne au XIIIe siècle.

Nous avons vu, dans un article précédent, qu'au début du XIIe siècle, Philippe-Auguste avait accordé la Charte de commune à Tournai (1187). A partir de ce moment, la ville va se développer et sa richesse va attirer de nombreux bourgeois, parmi lesquels des artistes, à l'ombre des cinq clochers.

En 1205, La ville accueille l'orfèvre mosan Nicolas de Verdun qui va réaliser sa première œuvre "tournaisienne", la châsse de Notre-Dame. Ce bijou de l'art du XIIIe siècle nécessitera cent neuf marcs d'argent et six d'or (le marc étant une unité de masse qui correspondait à huit onces locales, on peut estimer celle-ci entre 240 et 250 gr de métal précieux). Cette œuvre qui contient les reliques de saint Eloi et saint Amand, missionnaires de la vallée de l'Escaut, est considérée comme une des "sept Merveilles de Belgique". Elle est aussi appelée "Châsse de Notre-Dame flamande" car, jusqu'au XVIe siècle, les Gantois eurent le privilège de la porter lors de la procession de septembre.

Un évènement important va se dérouler le 27 juillet 1214, à Bouvines, un village situé à une quinzaine de kilomètres au Sud de Tournai, celui-ci va modifier l'équilibre politique international pour une assez longue période. A la bataille de Bouvines, le roi de France Philippe-Auguste va remporter une victoire écrasante sur l'Allemand Otton de Brunswick, l'Anglais Guillaume de Salisbury, les Flamands du comte Ferrand qui s'était emparé de la ville un an plus tôt et les Brabançons du duc Henri. Cette victoire permet à Philippe-Auguste de contrôler totalement le comté de Flandre.

En cette même année 1214 naît à Poissy, Louis IX, qui sera plus connu dans l'Histoire sous le nom de saint-Louis. Il sera roi de France de 1226 à 1270, date de sa mort lors de la huitième croisade. Durant son règne, il visitera Tournai en 1257.

Un fait aux grandes conséquences.

En 1216, le dénommé Jacques le Clercq s'est rendu coupable d'homicide et s'est réfugié dans le cloître des chanoines. Alors qu'il bénéficiait du droit d'asile reconnu par l'Eglise, les prévôts et jurés y vinrent l'appréhender et le pendirent. Suite à cette affaire, les rapports entre le magistrat et le chapitre se tendirent et il fallut attendre l'an 1227 pour qu'une solution soit trouvée. Elle vint de l'Evêque Gautier de Marvis que les bourgeois avaient accepté comme arbitre pour résoudre ce litige. Il condamna les prévôts et jurés à 1.000 marcs d'amende. Deux versions s'opposent alors : celle de Paul Rolland qui déclare que cette clause fut commuée, en 1228, en une obligation pour la commune de transformer à ses frais la maison "A le treille" dont elle était propriétaire sur le grand Marché en "une halle à peser laines, mesurer blés, vendre drap et toutes autres denrées à l'étal" (sic). Cette halle prendra le nom de "Halle-aux-Draps". Bozière quant à lui déclare que la commune ne pouvant réunir la somme de 1.000 marcs proposa en échange les prés porcins et la maison A le Treille à l'Evêque. Une charte de 1228 nous informe que la surveillance de la construction de la halle fut confiée à deux bourgeois et à deux ecclésiastiques. Ce n'était pas encore l'édifice que nous connaissons actuellement, il s'agissait d'un immeuble de bois et de charpente, semblable à une grange de village. Les deux historiens se rejoignent pour dire que la Commune reçut de l'Evêque la moitié des revenus des échoppes de la Halle. Ces sommes permirent de débuter le pavage des rues de la cité.

Entre 1243 et 1255, sous l'égide de l'évêque Walter de Marvis, à la tête de l'évêché entre 1219 et 1251, le chapitre décide de remanier la toute jeune cathédrale Notre-Dame (elle a été terminée en 1183), il veut transformer l'édifice roman en un édifice de style gothique (tout au moins dans le chœur et le transept). Pour des raisons probablement financières ou suite à la nomination du nouvel évêque, Walter de Croix (1252-1261), seul le chœur gothique remplacera le chœur roman qui avait déjà fait l'objet d'un remaniement entre 1198 et 1213. Il force l'admiration par la hauteur qu'il atteint et l'impression de légèreté qu'il dégage.

Durant la reconstruction du chœur est réalisé le nouveau "reliquaire de saint Eleuthère" (premier évêque de Tournai à la fin de la période franque, vers 530). Les reliques qu'il contient seront déposées par le légat du Pape, Odon de Tusculum, et l'Evêque Walter de Marvis, le 25 août 1247. Ce coffre d'argent et de cuivre doré de 1m15 de long, 50 cm de large et 87 cm de hauteur est une œuvre anonyme. Par sa statuaire, digne de celle de Reims, et par son décor fouillé, rappelant l'école d'Hugo d'Oignies, l'œuvre est attribuée par certains à l'Ecole de l'Entre-Sambre et Meuse dont une estampille serait visible dans la frise du bas. D'autres comme le chanoine Warichez l'attribuent à Nicolas de Verdun. Une chose est néanmoins certaine, elle est considérée comme le chef-d'œuvre de l'orfèvrerie du Moyen-Age. 

Ouvrons une parenthèse pour faire connaissance de cet évêque qui présida durant une très longue période aux destinées de l'Evêché de Tournai, Walter de Marvis aussi appelé Gautier de Marvis connut un épiscopat de plus de 32 années. il était originaire de Tournai où son père exerçait la profession de boulanger dans la rue Haigne. L'histoire raconte que le jeune Gautier était un élève studieux bien suivi par son père à qui on demanda un jour s'il voulait en faire un évêque. "Si cela arrive, je fournirai gratuitement le pain pour sa joyeuse entrée". Son fils le devint et le père tint sa promesse. Notons au passage qu'un autre historien tournaisien, Chotin, déclare quant à lui que le père du jeune homme était cordonnier à la rue Haigne et que c'est un voisin boulanger qui fit et tint cette promesse. En 1228, on le retrouve Gautier de Marvis délégué du Saint-Siège et ensuite, pendant cinq ans, légat pontifical en Languedoc et Provence, une région ruinée lors de la croisade contre les Albigeois. Beaucoup d'historiens pensent que c'est lors de ses voyages et la découverte des cathédrales françaises qu'il eut l'idée de transformer sa cathédrale.

En ce qui concerne la vie religieuse, cette époque est des plus remarquables et se traduit par la réédification de l'église Saint-Jacques (les architectes estiment en effet que la nef à quatre travées remonte au XIIIe siècle), la construction de l'église Sainte-Marie-Madeleine à l'emplacement d'une ancienne chapelle déjà dédiée à la sainte et l'édification de l'église Sainte-Catherine qui disparaîtra avec sa paroisse, plus tard, lors de l'édification de la citadelle sous Louis XIV. L'église Saint-Nicaise, elle aussi disparue sera érigée vers 1269, et l'église Sainte-Marguerite en 1288 complète cette série de constructions. A la fin du XIIIe siècle, Tournai compte douze églises autour de sa cathédrale.

On ne compte plus le nombre de couvents qui font leur apparition à cette époque : l'abbaye des Prés Porcins au faubourg de Maire en 1231, l'abbaye du Saulchoir par Jean Altaque en 1238, les Frères Mineurs au quai taille-Pierre en 1240, un béguinage, les Sœurs Grises et Sœurs Noires à proximité des Frères Mineurs toujours en 1240, le béguinage aux abords de l'église Sainte-Marie-Madeleine en 1241, les Dames hospitalières de Saint-Nicolas du Bruille en 1247, Les "Saquistes" ou Frères de la Pénitence en 1264, les Croisiers aux Chauffours en 1284, le couvent des religieux de l'ordre de la Sainte-Croix (aussi appelés Croisiers) au Mont-Paillard (Saint-Jean) en 1286, les Augustins dans le quartier Saint-Jacques en 1293. C'est aussi l'ouverture, en 1228, de l'Hôtel des Anciens Prêtres ou Prêtres émérites aux abords de la cathédrale et de celle de l'établissement des pourvus, nommés Anciens Bourgeois, à la rue Saint-Piat en 1272.

Lors du siège mené par Ferrand en 1213, la tour des chartes avait été détruite par un incendie et avec elle un partie des archives communales. En 1234, on construisit la "Halle des Consaux", comme on nommait l'Hôtel de Ville d'alors. Ce bâtiment en pierre, situé à hauteur de l'actuelle rue Garnier, était surmonté par la "Tour des Six" qui fut affectée au dépôt des archives. Le bâtiment de forme rectangulaire se terminait par deux pignons et était recouvert d'un toit assez raide en tuile. Les comptes communaux de 1395 nous renseignent qu'il est l'œuvre du couvreur André de Duisempierre, couvreur de tieulle (tuile). Six fenêtres ogivales, sur la face antérieure, éclairaient les salles de l'étage. Le laïc et le religieux étant toujours intimement mêlés au XIIIe siècle, on érigea une chapelle dans le style ogival contiguë à la halle (une bulle datée de 1389 autorisait à dire la messe dans cette chapelle). Le chapelain de celle-ci était chargé de confesser les condamnés à mort qui étaient enfermés dans l'attente de leur exécution dans les prisons de la "Pippenerie" et de "Tiens-le-bien" adossées également à la halle.

Un autre édifice communal subit une transformation, le beffroi, cette tour de guet qui permettait de voir venir les éventuels assaillants, de repérer les incendies si redoutés à l'époque en raison des matériaux utilisés pour la construction de habitations... avait besoin d'être rehaussé. C'est à cette époque qu'on lui donne sa hauteur et sa forme que nous lui connaissons aujourd'hui.

Eglises, couvents, chœur de la cathédrale, halle des Consaux, beffroi, maisons particulières de grands bourgeois, toutes ces constructions sont bâties en pierre calcaire de Tournai. Ce matériau qui est aussi exporté vers la Flandre, l'Artois, la Picardie et jusqu'en Champagne, fait l'objet d'un commerce qui atteint peut-être son apogée durant le XIIIe siècle. Autre industrie florissante celle du drap qui s'exporte jusqu'en Espagne et des tissus vers l'Italie, l'Autriche et même jusqu'à Constantinople en Turquie.

Les Lettres sont reconnues grâce au poète Philippe Mouskès qui, comme le précise Paul Rolland, n'a jamais été évêque de Tournai comme le prétendent certains historiens. Il est l'auteur d'un ouvrage comptant pas moins de 31.286 vers intitulé "La fuite d'Hélène avec le perfide Pâris", le monument le plus vaste de l'ancienne littérature française en Belgique. L'épanouissement littéraire est aussi l'œuvre de Gautier de Tournai et son "Roman de Gilles de Chin", de Gilles Li Muisis (voir l'article que nous lui avons consacré), dix-septième abbé de Saint-Martin, célèbre pour ses Chroniques, Annales et Lamentations ou encore de Guibert de Tournai ou de Moriauporte (de la porte Morel) auteur de " la vie de saint Eleuthère". On notera également l'existence d'un "Puy d'Amour" ou société de poètes célébrant l'amour courtois.

C'est en 1280 que fut créée une confrérie qui existe toujours au XXIe siècle, "Les Damoiseaux", les membres de celle-ci avait pour devoir d'orner d'une précieuse couverture une châsse portée par eux lors de la procession. Si à l'origine, les membres se recrutaient parmi les autorités locales, ils appartiennent désormais aux gens de Droit. La châsse conserve le chef de saint Eleuthère.

Durant ce siècle on va assister à un essor de la commune et à un affaiblissement des prérogatives du chapitre. Dès 1260, la commune parvient à lui soutirer certains droits de péage. En 1286, le droit de battre monnaie, jusqu'alors réservé à la seigneurie épiscopale, passe sous la surveillance des officiers de la commune. En 1293, c'est la totalité des droits capitulaires , les tonlieux routiers et fluviaux (droits perçus sur la circulation des marchandises) mais aussi sur la transformation et la vente de produits de toute nature. Malgré l'opposition de l'évêque, la commune acquiert l'exercice de la justice qui revenait alors aux châtelains de la cité de Saint-Brice, du Bruille et des Chauffours. Pendant ce temps, on poursuit la construction de la grande enceinte. A la fin du siècle, le quartier des Chauffours et les centres d'Alain et de Warchin sont définitivement annexés à la commune.

De la bataille de Bouvines jusqu'à l'aube du règne de Philippe le Bel, Tournai avait connu de profonds bouleversements qui en avaient fait une cité puissante reconnue sur l'échiquier politique de l'époque.

 
(sources : pour constituer ce résumé de l'histoire du XIIIe siècle à Tournai, les ouvrages suivants ont été consultés : "Histoire de Tournai" de Paul Rolland publiée par le Comité national pour le relèvement de Tournai édition de 1956, (pages 80 à 101) - "Histoire de Tournai et du Tournésis", de Alexandre Guillaume Chotin, (pages 203 à 239) - une étude de Graeme Small de la University of Keel parue dans l'ouvrage "Les Grands Siècles de Tournai" (pages 92 à 104) - "Tournai, Ancien et Moderne" de A-F-J Bozière ouvrage édité en 1864 - site de la cathédrale de Tournai  - "Chronique de la Belgique", édition de 1987).

S.T. décembre 2013

13 déc.
2013

22:26

Tournai : expressions tournaisiennes (253bis)

Elargiss'mint.

D'puis qu'i-a été à l'Hôtel de Ville pou intinte parler du projet d'élargiss'mint d'l'Esquéaut, Edmeond i-n'parle pus que d'cha du matin au soir. Fifinne, s'feimme, elle in attrape eine grosse tiête. Quand j'sus passé à s'maseon, lindi passé, i-n'a pos arrêter d'in parler.

"Te t'rinds queompte, l'Optimisse, on va élargir l'Peont à Peont, on va ratroitir l'quai Saint-Brice et l'quai Dumon et on va garchenner no Peont des Treos tout cha pou faire passer des baquets tell'mint grands que les quais d'Tournai i-pourreot'ent ête trop p'tits pou qui sachent s'arrêter. Ainsin, tout d'abord, on veut nous faire acroire qu'on va construire un deuxième peont jusse à côté du ceu actuel de l'rue des Puits l'Eau pou n'pos interrompe l'circulatieon des auteos pa d'zeur du prumier et après, in deux ou treos sémaines, (queompte puteôt deux ou treos meos)on va glicher l'nouvieau peont à l'plache de l'incien".

"Vingt milliards, ch'est ein véritape ouvrache d'génie civil" que j'li ai dit.

"Bé ahais, i-d'a acore ein là-d'dins qui a pris s'vessie pou eine lanterne".

"Ch'est pou tout à fait cha qu'on dit" que j'li ai fait ormarqué. I-n'a pos réagi, tell'mint i-éteot in foufièlle.

"Et après, pou que l'Esquéaut soiche tout dreot, on va ratroitir l'quai Saint-Brice et l'mette in sens unique pasque deux auteos n'pourreont pus s'croiser. I paraît qu'on n'touche pos au peont Noter-Dame, ni à la pass'relle mais... ch'est no vieux Peont des Treos qui pose problème, comme te l'sais, i-a toudis eu trois arches et après l'seconde guerre on a fait celle du mitan eine milette pus larche. Malhureus'mint, pou les nouvieaux batieaux d'deux mille chinq chints tonnes, i-va manquer quelques dizaines de chintimètes. Quoisque que te pinses qu'on va faire. Busie bin, t'es pos là d'trouver".

"Bah, pou quelques dizaines de chintimètes, on n'va quand même pos l'démolir, ch'est l'pus vielle porte d'eau qui reste acore dins l'Nord de l'l'Europe, ch'est ein dernier vestiche d'no moyen-âche et des fortificatieons de l'ville, on vient du meonte intier pou l'vir et i-est pus photographié que no bieffreoAdeon, j'pinse que l'solutieon l'pus simpe et l'moins tchère, ch'est d'ratroitir les deux p'tites arches comme cha l'celle du mitan elle s'ra pus larche".

 "Bé, neon, neon, pourquoi faire simpe quand on peut faire compliqué, ch'est pos du tout l'projet. Asteur, les jeones architectes, pou s'mette in valeur, i-ont présinté des projets pharaonesques.."

"on dit pharaoniques ou bin acore pharaoniens".

"Ahais, cha va... te m'as compris, n'fais pos l'malin, adeon j'diseos des projets dithyrambiens..."

"Te l'fais esprès, on dit dithyrambiques".

"On n'est pos ichi au cours d'Français, j'diseos, i-d'a qui ont voulu tout simplemint n'garder que les tours su les quais in déclarant qui n'aveot qu'cha qui éteot classé, i-d'a qui ont voulu construire eine sorte d'fantôme qui donnereot l'impressieon qu'on veot toudis l'vieux peont alors qui n'a pus rien inter ses tours, i-d'a même ein qui vouleot suggérer les inciennes arches pa de mouv'mints gracieux sous l'travée".

"Ahais, j'ai vu les projets pindant l'été mais on n'a fait un référendum et l'populatieon elle a pu deonner s'n'avis, adeon : vox populi, vox Déi".

"Te n'peux pos parler in beon français pasque mi je n'comprinds pos l'flamind"

"Ch'est du latin, cha veut dire : voix du peuple, voix de Dieu ou bin acore si te préfères : on établi l'vérité d'eine affaire, l'valeur d'eine cosse su l'opinieon du pus grand nombre, te comprinds".

"Bé alors nos édiles i-n'ont pos fait d'latin, ch'est seûrmint des gins qui n'ont fait que des humanités économiques ou qui n'ont pétète que l'diplôme d'primaires pasque l'histoire de t'vox machin i-n'l'ont pas compris ou alors, eine feos d'puque, i-ont fait à leu mote".

"A qui ?"

"A leu mote, t'est sourd ?"

"Excuse-me j'n'aveos pos bin compris"

"Quoisque t'aveos compris ?"

"Ch'éteot a à peu près cha... infin, cha n'fait rien".

"Adeon, on va bin garchenner l'vieux peont pou faire plaisi à des ceusses qui pass'reont pa d'zous, in v'nant d'Cambrai ou bin d'Paris pou aller dins l'port d'Amsterdam dusqu'i-a des marins qui boive'tent et reboive'tent à l'santé des... i-est beon.. in s'foutant pos mal de Tournai et de s'n'Histoire".

"Te t'prinds pou Jacques Brel pa momint, mais in parlant ainsin, fais bin attintieon... te vas ête pris pou ein rétrograte, ein anar, chaque génératieon deot laicher l'impreinte de s'passache su no tierre et... on peut imaginer que dins quate ou chinq chints ans, les guides qui f'reont visiter Tournai, les déquindants d'Mossieu Vandepeutte ou d'Bruno Delannay, i-direont fièr'mint aux Chinois ou bin aux Japonais, cha ch'est l'peont in epoxy qui a été initié sous Rudy Premier (2012-2075)".

"Pasque te pinses que l'nouvieau peont i-va passer les sièques comme l'incien i-a fait, bé pou mi te rêves, cha va ête, avant tout, ein peont de l'génératieon "i-cait là", qui tient tout jusse l'temps que t'as l'mote d'imploi".

Je n'sais pos si on vit l'génératieon "I-cait-là" mais ce que j'sais ch'est que l'génératieon actuelle elle conneot les travéaux d'puis 1999 (cha fait d'jà quatorze ainnées) et qu'au rythme des cang'mints d'idée qu'on veot tous les jours, on d'a 'cor pour quinze à vingt ans pou que tout soiche... à peu près terminé, comme areot dit Johnny Halliday, on est l'génératieon perdue ! Te veos que pou les cancheonnes,mi j'ai aussi des lettes".

Là d'zeur, comme diseot Popol à s'namisse D'siré du temps qui passeot'ent à No Télé, on in beot eine... eh bé... qui soit.


(lexique : élargiss'mint : élargissement / intinte : entendre / l'Esquéaut : l'Escaut / Te t'rinds queomptes : tu te rends compte / ratroitir ; rendre plus étroit (n'est plus souvent utilisé) / garchenner : abîmer; gaspiller / les baquets : mot ancien (s'utilise parfois encore pour désigner des bateaux) / jusse : juste / du ceu : de celui / pa d'zeur : par dessus / prumier : premier / puteôt : plutôt / meos : mois / glicher : glisser / l'plache : la place / véritape : véritable / ahais : oui / ête in foufielle : être dans tous ses états / dreot : droit / toudis : toujours / du mitan : du milieu / eine milette : un tout petit peu, une miette / larche : large / les chintimètes : les centimètres / busier : penser / acore : encore / l'meonte : le monde / l'bieffreo : le beffroi / adeon : donc / tcher : cher / simpe : simple / asteur : maintenant / inter : entre / eine cosse : une chose / faire à s'mote : faire à sa mode / pa d'zous : par en dessous / in s'foutant : en se moquant / laicher : laisser / les déquindants : les descendants / les sièques : les siècles / l'cang'mint : le changement / les cancheonnes : les chansons) / Popol et D'siré : deux marionnettes tournaisiennes, œuvres du Créa-Théâtre, dont les voix étaient celles d'Eloi Baudimont et Bruno Delmotte qui commentaient l'actualité chaque samedi sur la chaîne de télévision locale No Télé).

S.T. décembre 2013.

22:26 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

11 déc.
2013

10:09

Tournai : le point sur les travaux

Avant que ne débute officiellement l'hiver, il est temps de faire le point sur les multiples chantiers ouverts, depuis parfois bien longtemps, dans la cité des cinq clochers.

La cathédrale Notre-Dame.

"A tout seigneur, tout honneur". C'est le chantier du siècle par excellence, il y a plus de 150 ans que les derniers travaux d'entretien du prestigieux édifice n'ont plus été effectués (vers 1850, voir l'article consacré à l'année 1849). Inscrite depuis l'an 2000 au patrimoine mondial de l'Unesco, il était temps de faire un sérieux lifting afin de donner une seconde jeunesse à cette vénérable cathédrale vieille de plus de huit siècles.  

Trois phases sont nécessaires pour lui redonner son lustre d'antan, la première concernant la nef romane est pratiquement terminée. Utiliser le mot "pratiquement" s'impose puisqu'il faut encore procéder à la restauration du porche de l'entrée principale situé sur place de l'Evêché, dont les statues ont souffert des affres du temps et il faut également rétablir l'ancienne ouverture qui permettait de passer de la dite place vers la place Paul Emile Janson, ce qu'on appelle dans le projet : le "quadrilatère".

La deuxième phase a débuté dès la fin des congés, les clochers Sud de la cathédrale sont désormais encerclés d'un échafaudage qui monte jusqu'au sommet de la croix qui les domine. A quarante mètres, un vaste plancher a été créé et servira de base pour les équipes de travail. Restauration des toitures et remplacement des pierres dégradées, les travaux dureront au minimum cinq années !

De grandes toiles plastifiées blanches cachent désormais ces deux clochers à la vue des visiteurs qui entrent à Tournai par la rue Saint-Martin.

Le quartier cathédral.

L'important chantier de rénovation de toutes les rues de ce quartier progresse. Le pavement des rues des Orfèvres, des Choraux, du Four Chapitre, de la place de l'Evêché, des rues des Fossés, Dame Odile, de l'Arbalète, de l'Ecole, du Bas Quartier, de l'Hôpital Notre-Dame, de Paris et du piétonnier de la Croix du Centre est désormais réalisé. Il y reste néanmoins quelques finitions à effectuer, le mobilier urbain à poser, l'éclairage à placer, la marquise à placer sur l'ancien bâtiment de la Vierge Noire. Le cas de la rue des Chapelier semble résolu, depuis deux semaines, les travaux ont recommencé, on maintiendra une zone-tampon herbeuse entre la voirie et la cathédrale afin d'éviter toute décompression des sols au pied du chœur gothique dont la stabilité inquiète les spécialistes depuis bien longtemps. La problématique de l'évacuation des eaux de pluie dans cette rue à la pente assez prononcée semble aussi avoir été résolue. Il était temps car de nombreuses cellules commerciales se sont vidées en raison de la crise économique d'une part et des travaux qui réduisent la circulation des chalands d'autre part. En 2014, il faudra s'attaquer aux rues de l'Hôpital Notre-Dame et de Courtrai, réparer les malfaçons constatées au parvis du beffroi, à la place Saint-Pierre et dans la rue Poissonnière (pavés qui se déchaussent) et terminer par la place Paul Emile Janson, en espérant, une fois de plus, qu'elle ne soit pas transformée en un espace uniquement minéral, comme cela paraît plaire à l'auteur de projet parisien, Nicolas Michelin, qui ne semble jurer que par la pierre.

L'immobilier dans ce quartier subit ou va subir des modifications importantes. Prévu pour les fêtes de fin d'année, l'Espace Gérard Depardieu, à la rue du Curé Notre-Dame, a pris un peu de retard. Les Tournaisiens tardent à goûter la production de vins de l'acteur français et de ses amis.  L'immeuble voisin, occupé anciennement par le Courrier de l'Escaut, situé à l'angle de la rue du Curé Notre-Dame et de l'Hôpital Notre-Dame n'est pas encore démoli, le projet présenté par un promoteur immobilier tarde, semble-t-il, à être revu. Le terrain vague où s'élevait jadis le cinéma Multiscope Palace attend toujours qu'un promoteur lui donne une destination nouvelle, le précédent ayant abandonné suite à une faillite. Pour le moment, il sert à la firme Galère chargée du chantier de rénovation des rues pour stocker ses matériaux et ses engins. Bonne nouvelle pour l'immeuble des "Anciens Prêtres" situé sur la place Paul Emile Janson, des subsides ont été alloués pour son achat, il deviendrait, selon des responsables communaux, un pôle muséal tournaisien.

Des chantiers partout en ville.

Rive droite.

Le long de l'Escaut, au Becquerelle, le chantier initié par l'intercommunale Ideta progresse normalement, le gros œuvre de la partie bureaux et appartements de standing est pratiquement terminé, tandis que le bâtiment qui accueillera une crèche est même en cours de finition, on procède à l'installation des techniques spéciales (électricité, eau, chauffage...). Dans le quartier (place du Becquerelle, rue des Jardins...), les trottoirs sont ouverts pour la pose d'impétrants.

Dans la rue Saint-Brice, à l'angle de la rue Pierre Caille, le vaste bâtiment construit pour accueillir l'espace Santé des Mutualités Chrétiennes est, lui aussi, terminé, aménagé et ouvert au public. Le cinéma Astra, fermé en 1972, va revivre, il fait lui aussi l'objet d'une rénovation intérieure. Un bar à cocktails, actuellement situé à la rue de la Lanterne, va s'ouvrir pour les fêtes de fin d'année.

Dans le quartier Saint-Jean, la pose des impétrants se poursuit également à la place Gabrielle Petit, rue Saint-Jean et rue des Croisiers.

Un aménagement temporaire a été effectué au boulevard des Nerviens par le SPW, cette voie fort fréquentée a été réduite à une seule bande dans les deux sens de circulation. Ce choix a été dicté par un accident grave survenu sur le passage pour piétons, durant l'automne 2012. On doit constater que la limitation de vitesse à 50 km/h sur les boulevards de ceinture est très peu respectée par les automobilistes, certains d'entre-eux pensent peut-être emprunter un périphérique. Ce n'est donc malheureusement pas la première fois que des piétons se font renverser, soit par un automobiliste qui arrive trop vite ou par un qui percute le véhicule qui le précède ou dépasse celui-ci. Depuis la mise en place de cette mesure, pour le moins radicale, aux heures de pointe, les files s'allongent de la gare au rond-point du Viaduc.

Ombre au tableau, le bâtiment en construction à la rue Paul Pasture qui était destiné à la vente d'appartements est toujours à l'état de squelette suite à la faillite du promoteur.

Rive gauche.

Les appartements sont terminés sur le site de l'ancien hôpital militaire Major Médecin de Bongnies. Il reste à résoudre un litige en ce qui concerne le nouvel éclairage public des voiries du site refusé par Ores, ce qui plonge dans le noir les voies de ce nouveau quartier.

L'important chantier de construction du nouvel hôpital du CHWApi sur le site de l'ancien club de football de l'Union, à la rue des Sports, sont entrés dans la phase terminale, celle des aménagements intérieurs. Au rythme actuel, les bâtiments ne seront pourtant pas opérationnels avant le courant de l'année 2015, si ce n'est au début 2016 !

Les travaux ont repris depuis quelques semaines à la rue Jean Cousin, là aussi un chantier avait été laissé à l'abandon par le promoteur qui avait en charge la construction de l'immeuble de la rue Paul Pasture. Désormais, le chantier progresse normalement et la livraison des appartements déjà achetés peut être envisagée avant la fin de  l'année prochaine.

La première phase des travaux de construction d'immeubles sur la plaine des Manœuvres dans le projet appelé de "la Corne Saint-Martin" est pratiquement terminée, les premiers emménagements auront lieu bientôt. Le gros-œuvre de la seconde phase se termine également, la mise a disposition pour les propriétaires aura probablement lieu dans le courant de 2014.

Sur la place de Lille, les travaux de rénovation de l'immeuble anciennement à usage d'hôtel  portant l'enseigne "Les Armes de Tournay" sont terminés en ce qui concerne, le toit, la façade et la pose de nouveaux châssis. Les aménagements intérieurs sont en cours d'exécution. Les étages abriteront prochainement des appartements tandis que des cellules commerciales seront aménagées au rez-de-chaussée. A deux pas de là, les travaux de transformation en une salle à vocation culturelle et en appartements de standing de l'église Sainte-Marguerite, provisoirement arrêtés, vont pouvoir reprendre. Une dalle de béton doit être prochainement coulée.

Le parking souterrain de la rue Perdue est toujours en cours d'aménagement, il s'agit de la sécurisation interne (accès pour les piétons, sécurité, électricité...). On parle désormais d'une ouverture possible en avril 2014. Si ce n'est à Pâques, ce sera à la Trinité, les Tournaisiens sont presque habitués d'attendre son ouverture.  

Le quartier de la Madeleine n'est pas en reste, la rue Frinoise connait même une activité fébrile. Sur les terrains situés à l'arrière de la brasserie Saint-Yves, le Logis Tournaisien a démarré, voici quelques semaines, la construction d'un immeuble à appartements. En face, le vieux cinéma Eden, celui qu'on appelait le cinéma des familles, fermé en 1962, a été livré, le vendredi 6 décembre, aux démolisseurs. Une simple journée a été nécessaire pour faire disparaître un des derniers témoignages des nombreux cinémas qu'on trouvait jadis en ville (voir à ce sujet l'article que nous leur avons consacré). Là aussi, un immeuble à appartements sera érigé. Le bâtiment voisin, faisant l'angle avec la rue des Augustins est en cours d'aménagement. Une asbl y réalise un lieu de vie pour des jeunes qui ont besoin d'un encadrement et des étudiants qui pourraient les accompagner.

Sur le site de l'ancien Casino, à l'avenue de Troyes, la construction de la résidence se poursuit.

Au boulevard Léopold, c'est le site de l'école Don Bosco qui est en travaux, l'imposant bâtiment qui servait de résidence aux religieux de la communauté est en cours de transformation suite au départ de ses derniers occupants, il y deux ou trois ans. Le bâtiment totalement rénové sera occupé par l'école lors de la rentrée scolaire de 2015.

Les travaux de construction de la nouvelle école du Petit Colysée située à l'angle de l'avenue de Maire et de la rue Edouard Valcke semblent désormais terminés, la livraison des bâtiments avait été retardée par des inondations survenues lors d'un violent orage durant l'été. Une malfaçon dans l'évacuation des égouts avait alors été constatée et il a fallu y remédier avant d'accueillir, en toute sécurité, les bambins toujours accueillis dans un immeuble de l'avenue Beau-Séjour..

Dans le quartier du Vert Bocage, l'avenue des Erables ,dans sa section comprise entre la rue Albert Allard et l'avenue des Sapins, est en totale réfection et interdite à la circulation.

Dans le quartier du Beau-Séjour et du Vert-Bois, débutée en mai, la pose d'impétrants (nouvelles conduites de gaz et pose d'un câble téléphonique) est presque terminée, les tranchées sont refermées, on a commencé à replacer les dalles de trottoirs. Provisoirement à l'arrêt, les travaux se poursuivront dès le début de l'année 2014 et la réfection totale des trottoirs est prévue en avril/mai.

Les pluies minent le sous-sol tournaisien.

Des travaux de pose d'impétrants sont aussi réalisés au boulevard du Roi Albert. Un problème a surgi en haut de celui-ci, il y a deux ou trois ans, on a constaté que la dalle de l'ancienne voie cyclable qui se trouvait entre les deux bandes de circulation des voitures s'était affaissée. Depuis lors, à la même hauteur, des fissures sont apparues dans les murs de quatre ou cinq maisons d'habitation, on a aussi assisté à la naissance d'un puits du type karstique dans le jardin d'un riverain nécessitant de le combler avec plusieurs tonnes de sable. Il semble que l'origine du problème soit en rapport avec l'effondrement d'une galerie des souterrains de l'ancienne citadelle de Vauban toute proche. De nouveaux sondages sont nécessaires pour confirmer ou infirmer ce fait et des réparations devront être entreprises à la lecture des résultats de celles-ci. 

(sources : presse locale et recherches personnelles).

S.T. décembre 2013

09 déc.
2013

09:50

Tournai : Pascal Winberg, l'Administration, le football et le Cabaret

Un Tournaisien né durant les "golden sixties" !

A Tournai, tout le monde a pratiquement un jour entendu parler de Pascal Winberg en raison de ses très nombreuses activités. Cela ne me rajeunit pas d'avouer que je l'ai connu à peine adolescent.

Son père, Léopold, était le facteur du quartier de la place Verte où j'habitais au début des années septante, un homme jovial, toujours de bonne humeur, un facteur d'antan qu'on entendait siffler lors de ses tournées et..., comme moi, supporter de la Royale Union Sportive Tournaisienne.

Cadet d'une famille de deux enfants, Pascal Winberg est né le 9 janvier 1963, ses parents étaient alors domiciliés à la rue Cottrel, à deux pas du terrain de football, dont il entendait, chaque dimanche monter les clameurs, lorsqu'un but était marqué.

Après avoir fréquenté l'école de la Justice, il s'orienta vers l'école Normale d'abord à la rue du Chambge et ensuite à la rue des Carmes suivant des études d'instituteur. Néanmoins ce sera vers les services de l'Onem, en tant qu'employé, (l'Office National de l'Emploi) qu'il se dirigera en 1983, à l'âge de vingt ans.

Un Tournaisien avec un cœur Rouge et Vert !

En 1977 déjà, on le retrouve fervent supporter de l'Union et en 1980, il entre dans l'encadrement de l'équipe première des Rouge et Vert au moment où le club remonte en Division 3 nationale, sous la direction sportive de Marcel Rouneau. On le retrouve bientôt soigneur de l'équipe, cet homme à l'éponge dite "miraculeuse" qui se précipite lorsqu'un joueur reste étendu sur le terrain et le remet sur pied en un clin d'œil.

Etant, à l'époque, responsable du journal du club, "le Rouge et Vert", j'ai eu la chance de l'avoir comme chroniqueur au sein du comité de rédaction. Encouragé par Eloi Baudimont et René Godet, il s'essaya, avec beaucoup de bonheur, à des articles rédigés en patois tournaisien. En compagnie de Léon Foucart, Eddy Van der Eecken et Jean Leclercq (lui aussi membre du Cabaret), il formait ces trois "Mousquetaires" qui, comme chacun sait, été en réalité quatre !

Lorsque j'abandonnais la rédaction du journal, en 1991, c'est lui qui reprit les commandes de la publication bimensuelle. Lors de la fusion du club de la rue des Sports avec le Sporting Club de Pecq, le journal changea de nom pour devenir "La gazette des Infants" (les Infants étant le surnom donné aux joueurs du club unioniste). Par souci d'économie, le journal était confectionné chez lui. Travail extrêmement athlétique demandant une excellente condition physique car Pascal ne compte plus le nombre de tours de la table du salon exécutés, deux fois par mois, pour classer dans l'ordre les pages numérotées et les agrafer. Comme on dit à Tournai : "On pinse qui n'a qu'à" !

Quand en 2002, le Racing et l'Union fusionnèrent dans un mariage téléguidé, plus de raison que d'amour, Pascal est devenu "Sang et Or" suivant son fils qui évoluait comme gardien dans les catégories d'âge du nouveau club. Au sein du comité de rédaction de la revue "Le Sang et Or", il côtoya alors Michel Tiberghien, Guy Mortier et Etienne Boussemart.

Le rédacteur est également passé sur l'ordinateur et c'est lui qui alimente désormais le site WEB du club de football tournaisien.

Vingt-sept années passées à la C.E.T.

Pendant ce temps, Pascal Winberg a connu des changements dans sa vie professionnelle, il a fait un stage à la Caisse d'Epargne de la Ville de Tournai (la C.E.T) en qualité d'encodeur et ensuite à la formation professionnelle de l'Onem. Apprécié lors de son stage, la direction de la Caisse d'Epargne fit appel à lui en 1985 et il resta au service de la clientèle jusqu'en 2012, date à laquelle l'organisme d'épargne tournaisien fut cédé au Crédit Professionnel du Hainaut. Ayant le statut d'employé communal, Pascal exerce désormais une fonction au sein de la "cellule courrier" de l'Administration Communale.

Un cœur "Rouge et Vert", "Sang et Or" mais surtout "Rouge et Blanc"!

Si, dès les années quatre-vingt, Pascal Winberg signait des articles en patois dans le Rouge et Vert, ce ne fut qu'en 1997 qu'il se risqua, pour la première fois, à participer au Concours Prayez, qui s'est toujours avéré être une pépinière de jeunes talents pour la Royale Compagnie du  Cabaret Wallon Tournaisien. Avec le monologue, "Les clés du paradis", il remporta un troisième prix. Il récidiva deux ans plus tard, toujours dans la catégorie monologues, et décrocha un second prix avec "A la Tienne", en 2001, il monta sur la plus haute marche du podium avec le monologue "Vife le sport". Délaissant les histoires humoristiques pour la chanson, en 2004, avec "Mais qu'ch'est bieau", il fut couronné du premier prix en catégorie "sujet imposé-chanson", performance qu'il répéta l'année suivante avec sa chanson "On s'ra acore vite là".

On ignore peut-être qu'en 2001, il a débuté comme choriste dans la revue du Cabaret. Dans le groupe se trouvait également Françoise Vanden Broecke, la sœur de Pierre, membre du Cabaret depuis 1996. Entré comme aspirant en janvier 2006, il prit pour parrains, comme c'est l'usage pour tout postulant, Pierre Vanden Broecke et Jean Marc Foucart. Son talent reconnu par ses pairs, un an plus tard, il devenait le 92e membre de la Royale Compagnie. Auteur de chansons et de monologues, il signe également des scènes des revues et si on est attentif, depuis 2009, il s'est surtout spécialisé dans les chansons d'entrée et le final.

Les chansons "Merci GaÏa", "Eine grante occasieon" ou ces occasions qu'on rate parfois dans notre vie, "I.K.E.A" où les déboires d'un bricoleur, "Lette au maïeur" dans laquelle il fantasme, avec une imagination fertile, sur l'installation d'un sex-shop dans la rue Saint-Martin, "Rudy, t'iras pas au paradis" écrite en octobre de cette année ou ses monologues : "Sainte glache" ou la mésaventure imaginaire de Benoit XVI en visite à Tournai, "On est toudis pris" ou les secrets éventés de la confession... des œuvres parmi tant d'autres qui font désormais partie du patrimoine patoisant de la compagnie tournaisienne.

En guise de conclusion.

"Mes gins , feaut profiter d'la vie, pasqu'on n'sait pos l'temps qu'elle dur'ra, on a bieau faire d'z'ecolomies, on n'd'ara pos b'soin dusqu'on va, cha n'sert à rien d'ête égoïsse, ni d'cacher misère à les gins, mais ouvère s'cœur aux amisses, ch't'ein momint qui rind fin contint. Ainsi quand'c qui arrif' qu'on m'déminte c'que j'pins' du bonheur, mi j'répeonds : viveons à feond l'minute présinte, car ch'est p'têt' elle l'grante occasieon".

Un extrait de texte que j'ai sélectionné pour vous car il est certainement un de mes préférés.

(S.T. décembre 2013).