25 nov.
2013

Tournai : l'année 1850 sous la loupe (2)

Durant les mois d'été de l'année 1850, bizarrement, ce sont les faits divers violents qui vont principalement alimenter la colonne de la rubrique "Chronique locale".

Suicide !

"On a retiré de l'Escaut le cadavre du nommé Dominique Delporte, ouvrier teinturier, disparu depuis huit jours. Ce malheureux, que son ivrognerie avait fait chasser de plusieurs fabriques, étant sans travail, résolut d'en finir avec la vie. Afin de mieux consommer son suicide, il s'était lié les jambes avant de mettre son funeste dessein à exécution".

Découvrant de nos jours un corps dans l'Escaut dont les jambes sont liées, les enquêteurs concluraient-ils, automatiquement, dès le moment de la découverte à un suicide, comme c'est le cas dans un article paru le jour même ?

Duel sur le pré

Le duel sur le pré pour venger son honneur, une tradition bien vivace à l'époque, qui subsistera encore au début du XXe siècle. Voici ce qu'on pouvait lire dans l'édition du Courrier de l'Escaut du 11 juin 1850 :

"Ces derniers jours, quatre officiers français, sont venus se battre en duel derrière la ferme Lagache, au faubourg de Lille. Deux des combattants ont été blessés, l'un à la figure, l'autre à la poitrine. Le duel a eu lieu au sabre. Un chirurgien avait accompagné ces messieurs".

Bagarre générale aux portes de Saint-Piat

De toutes les époques, les soldats en permission ont parfois été à l'origine de bagarres dans ou aux alentours des cafés de la rue Saint-Piat ou, par la suite, de la place Saint-Pierre. C'était le lot des villes de garnison car le service militaire amenait des jeunes issus de tous les milieux sociaux. 

"Le 17 juin, la rue Delplanque a été mise en émoi, vers neuf heures du soir, par une rixe qui venait d'éclater entre une dizaine de chasseurs à pied et autant de jeunes gens qui revenaient du faubourg de Valenciennes. Dans la lutte, un de ces derniers a reçu un violent coup de sabre à la tête qui le renversa sans mouvement. Transporté à l'Hospice de Vieillesse, l'économe Mr. Thiébaut  donna les soins les plus empressés qui lui firent reprendre ses sens. On dit que l'agression est venue de la part des militaires qui voulaient tenir en maître le pavé, venant de front, en chantant leur refrain favori "Qui n'ont jamais peur". Un lieutenant qui passait a pris les noms de ces militaires et leur a intimé l'ordre de rentrer à la caserne. Quand donc va-t-on comprendre la nécessité de priver de leur sabre les soldats hors service ?"

On appréciera l'expression : un soldat hors service !

Les portes de la ville.

Le mercredi 10 juillet, le journal annonce que le passage de la porte Saint-Martin sera interdit le vendredi 12, à partir d'une heure de l'après-midi, pour des réparations à faire au pont-levis.

Le démantèlement des remparts ne sera réalisé que bien plus tard. 

On ne badine pas avec la décence

Il existe encore des censeurs et ceux-ci n'hésitent pas à écrire au journal pour faire part de leurs doléances, en espérant, secrètement, que "Qui de droit" prendra connaissance de leurs déclarations.

"Il existe un abus auquel on peut, auquel on doit remédier immédiatement et qu'il faut signaler à la police pour qu'il cesse dès aujourd'hui. C'est l'impudence révoltante avec laquelle des enfants, des jeunes gens, vont se baigner aux portes même de la ville et se promènent, au sortir de l'eau, dans l'état le plus indécent jusqu'auprès des balustrades qui bordent le voie publique, blessant les regards involontaires des personnes honnêtes qui passent et offrant une infâme pâture à la lubricité de créatures misérables qui semblent venir à dessein pour se repaître d'un spectacle immoral. L'autorité nous saura gré, sans doute, d'avoir appelé son attention sur l'incurie de ses agents chargés de réprimer les attentats à la morale publique". 

L'auteur de cette lettre serait qualifié de "Père la Vertu" à notre époque où la nudité s'étale sur les publicités, dans les magazines, à la télé, mais pas encore... à la radio ! Quant à l'expression "les passants honnêtes", on la retrouvera, dans un contexte similaire, un siècle plus tard, dans la chanson : "Les bancs publics" de Georges Brassens !

La société d'alors générait-elle le mal être ?

"Ce mercredi 21 août, on a trouvé étendu dans son bureau, Mr. A, vérificateur des poids et mesures. Il s'était fait sauter la cervelle (expression utilisée à l'époque) et tenait encore en mains le pistolet qui avait consommé son suicide". 

Le soir, un soldat du 2e Chasseur à pied s'est suicidé en se jetant dans l'Escaut

Et le journaliste de conclure : "deux suicides en un jour ! Dans quel temps vivons-nous, bon Dieu" ! 

Concert de gratitude !

"Le vendredi 20 septembre, en la salle du Parc, la société des Orphéonistes donne un concert aux dames qui ont bien voulu lui offrir une nouvelle bannière. Pour les personnes non invitées, le cachet est fixé à trois francs".

Le décès de la reine Louise-Marie.

"La santé de la Reine inquiète profondément les Tournaisiens, celle-ci est affectée par le décès de son frère, l'ancien roi de France Louis-Philippe. Elle se repose à Ostende et son état de santé inspire les plus vives inquiétudes au point que le lundi 7 octobre débutait une neuvaine de prières à la chapelle de l'Archiconfrérie du Très Saint et Immaculé Cœur de Marie, en la paroisse Notre-Dame pour obtenir du Ciel la guérison de notre Reine bien-aimée. Celle-ci est suivie par l'élite de toutes les paroisses et par toutes les communautés religieuses que compte la ville".

Le dimanche 13 octobre, le journal parait bordé d'un large liseré noir et porte en pleine page ce seul titre : "Mort de S.M. la Reine des Belges". Pendant une semaine, de très nombreux articles seront consacrés à la défunte, à ses funérailles, à des témoignages de personnes connues, à un courrier des lecteurs...

Au signal donné par le bourdon de la cathédrale, toutes les cloches des églises de la ville sonnent le glas tandis qu'un drapeau noir, en signe de deuil, est arboré sur la tour du beffroi. Durant les jours qui suivent, différentes associations organisent des offices en sa mémoire.

Le vol sévèrement puni.

Le 18 décembre, la Cour de Cassation s'occupe des deux pourvois introduits par un même individu qui a été condamné dans la même session à quatre jours d'intervalle.

"Le Sieur Louis-Joseph Duval, dit le Berger, âgé de 53 ans, journalier, demeurant en dernier lieu à Lamain (village rattaché à Tournai en 1977 lors de la fusion des communes), avait été condamné à 15 années de travaux forcés avec exposition, le 11 novembre 1850, par la Cour d'Assises du Hainaut. Il avait été reconnu coupable d'avoir, dans la nuit du 27 au 28 octobre 1843, volé, à Lamain, au préjudice de Séraphin Hoël, marchand boutiquier, plusieurs pièces de toile, une balance servant à peser l'or et l'argent et une somme de 12 francs environ dans le tiroir du magasin. Dans la nuit du 12 au 13 juillet 1842, à Marquain, au préjudice du Sieur Tonneau, receveur des Contributions, avoir commis un vol de 3.130,82 francs provenant de la recette, 1.400 francs de ses deniers particuliers, six couverts, une louche et 5 cuillères à café en argent, ainsi que des serviettes, une nappe de table et des boutons de chemise en or à la servante, Marie-Thérèse D. Les pourvois sont rejetés et les peines confirmées".

Il n'y a pas de jeunesse

Les faits divers actuels nous permettent de constater que la violence débute de plus en plus tôt, il n'est pas rare de voir des mineurs, auteurs de faits délictueux.

A la fin du mois de décembre 1850 : "la police annonce l'arrestation de six individus âgés de 12 à 16 ans dont la principale occupation était d'exploiter des magasins et des boutiques. Ils ont été écroués à la prison des Carmes".

Voilà que se termine cette rétrospective des faits qui se déroulés à Tournai durant l'année 1850. Vols, meurtres, suicides, incendies, rixes... sont exécutés avec d'autres moyens mais prouvent que les préoccupations de la vie quotidienne n'étaient pas profondément différentes de celles d'aujourd'hui. Notons cependant qu'ils étaient plus sévèrement punis que maintenant.   

 

(source : Le Courrier de l'Escaut, éditions de l'année 1850).

S.T. novembre 2013

 

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