18 nov.
2013

Tournai : l'année 1849 sous la loupe (3)

Nous voici arrivés au troisième et dernier volet de cette rétrospective des faits qui marquèrent l'année 1849 à Tournai. Je rappelle que pour conserver la "saveur" des informations publiées dans la chronique locale du journal de l'époque, le texte est parfois reproduit in extenso, il est alors en italique. Les titres, absents à l'époque, on été ajoutés.

Sauvetage dans l'Escaut.

Un fleuve qui traverse une ville s'avère souvent être une source d'accidents en raison de chutes accidentelles et, le plus souvent, volontaires.

"Le 24 août, vers 5h (de relevée), le Sieur Louis Moulron, compagnon-treilleur, a sauvé d'une mort certaine un petit garçon de 4 ans qui était tombé dans l'Escaut près du quai des Quatre Bras. N'écoutant que son courage, le Sieur Moulron, s'élança tout habillé dans le fleuve et fut assez heureux pour saisir l'enfant au moment où il allait disparaître sous les eaux et pour le rendre, sain et sauf, à sa mère".

Le choléra dure depuis plus de huit mois.

En septembre, le choléra continue à exercer ses ravages et on invoque le Ciel.  

Le dimanche 16, la vaste nef de la cathédrale Notre-Dame ne put contenir la foule qui s'y pressait dans un pieux recueillement pour assister à la messe chantée à l'invocation de Saint-Eleuthère, patron de la ville.

Comment doit-on comprendre le sens de la dernière phrase ?

Jusqu'à la fin des années cinquante, un cirque était présent à Tournai lors de la kermesse de septembre. Cette coutume existait déjà en 1849 puisque le journal nous informe que :

"Le Cirque National est présent dans le cadre de la kermesse de septembre. Décrire l'adresse des deux écuyers Mrs. Cignac et Monfroid est presque impossible, que de grâce et d'habileté dans l'exécution des mouvements, que d'attraits dans les exercices d'un genre nouveau...() Que le public se presse d'assister au spectacle car ces deux messieurs n'en ont plus pour longtemps !

Le numéro présenté était-il à ce point dangereux ?

Le danger de jouer avec des allumettes.

Le 29 septembre, vers 3h, un incendie s'est déclaré dans une maison de la rue de France. Grâce aux actifs et intelligents travaux de nos pompiers et à la coopération d'une grande partie de notre population accourue sur les lieux, il a été possible de se rendre, en peu de temps, maître du feu. Quoiqu'il en soit, le sinistre a été considérable ! On en attribue la cause à l'imprudence d'un enfant qui aurait joué avec des allumettes phosphoriques dans un grenier plein de foin et de paille.

Apprécions la précision : une grande partie de la population est accourue sur les lieux, probablement celle qui habitait le voisinage car la ville comptait à ce temps-là près de 30.000 habitants !

Un meurtre à Maulde.

"C'était plus calme avant, on n'entendait pas parler de tout cela...", combien de fois avons-nous déjà entendu prononcer ces mots lors de la relation d'un fait divers actuel concernant les vols, viols ou assassinats ? La violence est de toutes les époques, hélas, et le fait qui se déroule le 29 septembre 1849 le démontre.

"Le dimanche 11 novembre, un meurtre a été commis dans la soirée, à Maulde (précision : il s'agit d'un village distant d'une dizaine de kilomètres de Tournai, rattaché à la ville lors de la fusion des communes de 1977). Deux cousins étaient sortis vers 10h du soir du cabaret et cheminaient ensemble. Une altercation s'étant élevée, ils s'armèrent de leurs couteaux et se mirent à ferrailler jusqu'à ce que l'un des deux tomba sous les coups de son adversaire. La victime, le nommé Petit, n'est âgé que de 25 ans environ, elle a reçu cinq coups de couteaux dont l'un lui a ouvert le bas-ventre. Ce n'est que le lendemain matin, vers 6h et demi, que le meurtre fut connu par quelques habitants de la commune qui trouvèrent le cadavre étendu sur la route. Mr. Heughebaert, juge d'instruction, s'est rendu sur les lieux accompagné de Mr. de Rijckman, substitut de Mr le Procureur du Roi et de Mr. Vilain, docteur à Leuze. Ils ont opéré l'arrestation du meurtrier, arrivé hier soir, par le dernier convoi de marchandises".

Relation d'un conseil communal.

Le conseil communal s'est réuni le 9 novembre à 7h (du soir). Le Conseil se forme en comité secret, la séance est ensuite rendue publique... Mr. Le Bourgmestre donne lecture d'une réclamation de quelques habitants au sujet du transfert de la station de l'entrepôt des taxes... Après discussion, l'Assemblée déclare qu'il n'y a pas lieu de donner suite à la réclamation....()L'enlèvement des boues, déclare Mr. Le Bourgmestre, faisait jadis une branche de revenus pour la ville, mais depuis vingt ans environ, le contraire a lieu. Il est devenu une charge ! () Lors de l'analyse du budget communal, il apparaît un excédent de recettes de 52.625,40 francs. Une discussion s'engage au niveau du poids des dépenses concernant la Garde civique. La Ville a prévu de dépenser le même budget qu'en 1848, soit 3.200 francs. Le Lieutenant-Colonel de la garde civique a introduit une demande pour porter ce montant à 4.800 francs, après discussion, le chiffre de l'année précédente est néanmoins maintenu...

Cent soixante-quatre années plus tard, cette dernière information doit résonner au sein de la zone de police et du service incendie !

Un fort Chabrol à Esplechin !

La relation d'un fait divers ayant pour cadre le village frontalier d'Esplechin, désormais rattaché à Tournai, est à l'origine du plus long article paru dans la collection de journaux de l'année 1849. Comme on l'a vu, ceux-ci se résumaient souvent à trois ou quatre lignes.

"Le dénommé Dubrunfaut avait acheté une maison sur 1/2 hectare de terre tenant au chemin qui sépare Esplechin (B) et Wannehain (F). Il y faisait un petit commerce d'épicerie. Dans le vue de l'agrandir, il avait emprunté, il y a quelques années, une somme de 3.000 francs à un habitant de la commune, nommé Coigné, qui mourut quelques temps après. Sa veuve dut attraire (ester) en justice le dénommé Dubrunfaut pour faire rentrer ses fonds. Le drôle convaincu que personne n'oserait jamais le mettre à la porte de sa maison, ni acheter son bien, se laissa condamner par défaut. La veuve, pour se libérer, acheta le bien à la criée du tribunal. La maréchaussée de Rumes dut intervenir plusieurs fois pour jeter ce démon à la porte ou pour protéger le domestique de la veuve qui labourait le terrain. Malgré la présence de la force armée, Dubrunfaut déchargea un jour son pistolet sur le domestique. Il fut condamné pour ce fait. Après sa libération, durant un mois, il resta tranquille mais vint ensuite pour refaire le coup de feu sur le locataire de son ancienne maison. Sept gendarmes de Rumes cernèrent la maison du tireur à la limite de Wannehain à 3h du matin. Barricadé dans son grenier, il refusa de se rendre et menaça de mort amis ou ennemis qui s'approcheraient de son habitation. A plusieurs reprises durant la journée, il déchargea son pistolet sur les gendarmes. Des gendarmes venus de Lille prêtèrent main forte aux hommes sur place et à 4 h du soir, un des gendarmes, sabre dans une main, pistolet dans l'autre, une grosse botte de foin sur la tête, monta l'échelle. Deux coups de feu résonnèrent dans le grenier et on découvrit le cadavre de l'homme, il venait de se brûler la cervelle !".

Après l'héroïsme des gendarmes, la malheureuse bavure d'un policier.

A la fin du mois de novembre, le journal relate un triste fait qui s'est déroulé à la porte de l'Athénée.

"Un acte de brutalité révoltante a eu lieu, le 26 novembre, à la porte de l'Athénée pendant la remise des médailles. Un agent de police a porté un coup de sabre à un jeune orphelin, qu'il avait pris pour un mendiant (!). Ce petit malheureux a été conduit à l'Hôpital Notre-Dame. Il a eu la cuisse profondément endommagée".

Le travail des enfants, une triste réalité.

Pour pouvoir subvenir aux  besoins de la famille, les enfants étaient envoyés très jeunes en usine et cette situation durera jusqu'après la première guerre mondiale. Les accidents qu'on qualifierait aujourd'hui de travail étaient nombreux. En voici un exemple qui est relaté dans l'édition parue le 28 décembre.

"Hier matin, une jeune fille de 15 ans environ a eu un doigt emporté dans les engrenages de la machine de MM Boucher, Frères, à Saint-Brice (on écrivait souvent Saint-Brixce). Cette malheureuse a été transportée chez elle (!) en proie à d'horribles souffrances". 

Epilogue d'un acte de "maugré" à Maubray.

Le "maugré" ou "haine de cense" a déjà été évoqué au sein de ce blog. 

"Le lundi 24 décembre, la Cour de Cassation a condamné Louis, Joseph Lacquemant, âgé de 54 ans, cultivateur à Maubray, confirmant la peine de mort  prononcée par arrêt de la Cour d'Assises en date du 20 novembre pour tentative d'assassinat sur la personne de Séraphin Brurulat".  

Avec cette information judiciaire, nous voici donc arrivés à la fin de la rétrospective de l'actualité de l'année 1849. C'est un tout autre monde que nous avons découvert même si certaines informations trouvent encore écho en ce XXIe siècle.

 

 (source : Le Courrier de l'Escaut - éditions de l'année 1849)

S.T. novembre 2013 

 

09:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, année 1849, rétrospective, esplechin, wannehain, maulde |

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