11 nov.
2013

Tournai : l'année 1849 sous la loupe (2)

Nous avons entamé la lecture des évènements qui marquèrent l'année 1849 à l'ombre des cinq clochers. A cette époque, le journal "le Courrier de l'Escaut" existe depuis vingt ans déjà. Il se présente sous la forme de quatre pages sans illustrations. La première comporte un éditorial politique, sur les pages intérieures, on peut découvrir les rubriques : "Nouvelles de France", "Nouvelles d'Italie"... ainsi que la chronique locale qui nous intéresse particulièrement. Celle-ci n'apparaît pourtant pas tous les jours démontrant le peu de faits dignes d'être publiés. On trouve également un résumé d'articles de la gazette de Mons, de journaux du Nord de la France,  d'informations en provenance d'autres villes de Belgique (Malines, Bruxelles, Louvain...). Les résultats d'examens de l'Athénée Royal de Tournai sont également repris à la fin du mois de juin. La quatrième page est entièrement consacrée aux annonces notariales (ventes de maison, terrains, terres agricoles) ou avis d'adjudications.

En reprenant notre lecture laissée au mois d'avril 1849, il est bon de rappeler qu'en italique est transcrit, mot pour mot, l'article paru afin de pouvoir découvrir le style, les tournures de phrases... Nous y avons apporté un titre pour plus de clarté.

Une mort suspecte (le mardi 24 avril 1849).

Une nouvelle bien douloureuse nous est parvenue ce matin. Mr. Requillard, bourgmestre de Marquain, a été trouvé sans vie dans un fossé longeant la route de Marquain à Ramegnies-Chin. Mr Requillard s'était rendu dimanche, après dîner, pour prendre part au tir à l'arc que donnait le cercle de la dite commune. A huit heures, il retournait chez lui, et ce n'est que plusieurs heures après qu'il a été retrouvé, à l'état de cadavre,  ayant une blessure au front. On se perd en conjectures sur la cause de cette mort, sa blessure fait supposer l'idée d'un crime, mais le caractère jovial et honnête, l'estime générale dont jouissait Mr. Requillard éloignent tout soupçon, on ne lui connaissait pas d'ennemis. La commune de Marquain perd un magistrat éclairé, intègre et conciliant.

Toute mauvaise rencontre est donc exclue par le fait qu'il était un homme jovial, intègre et estimé de sa population !

Un concert au Théâtre.

Le dimanche 29 avril, le Théâtre de Tournai accueille le concert des "40 Montagnards français". Ceux-ci chantent, entre-autres : "La Pyrénéenne", (hymne de bergers au Créateur), "la Nouvelle Varsovienne", "Halte là, les Montagnards sont là", défini comme étant un chant patriotique, "Hymne à Pie IX"...

Une atmosphère particulière, le lundi 30 avril.

Notre ville présentait, hier soir, un aspect inaccoutumé. La musique se faisait entendre dans plusieurs quartiers. D'abord, les sérénades à Mr. Le Ministre des Travaux Publics (en visite à Tournai) descendu à l'hôtel de Mr. le Bourgmestre, ensuite à Mr le Colonel des Chasseurs à Pied, à l'occasion de sa récente promotion, à Mr. Nève, commandant des Pompiers à cause de la Saint-Philippe et à notre violoniste, Am. Dubois, à l'occasion de son prochain mariage.

Des professions disparues.

Le 21 mai, l'Etat-Civil annonce le mariage de Mr. Jacques Werie, 33, ans, musicien ambulant et d'Adolphine Joseph Houdequin, 31 ans, chanteuse ambulante, demeurant au quai Saint-Brice. 

Des petits métiers des rues comme il y en avait des dizaines à l'époque (vitrier, marchand de pétrole, marchand de loques...).

Un problème qu'on croyait actuel

Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir cet article paru le 21 juin 1849 ! :

Nous appelons l'attention de l'autorité sur le mauvais état d'entretien de la grande voirie en notre ville, si pour le pavement des rues de Tournai, l'administration locale peut invoquer l'absence de crédits, il n'en est pas de même des Ponts et Chaussées. C'est donc ou par négligence ou par une condescendance blâmable envers les entrepreneurs qu'il en est ainsi. Avis à qui de droit.

Les Ponts et Chaussées étant l'ancêtre du SPW (routes), finalement le problème serait-il d'ordre génétique ?

Quant à "Qui de droit" jamais il ne se manifestait dans les colonnes du journal pour donner une moindre explication, un champion de la (non)-communication.

Les épidémies préoccupent le Conseil Communal.

Le Conseil Communal du 29 juin se penche sur la mortalité au sein de la ville. Les épidémies de rougeole et de petite vérole qui sévissent conjointement à celle du choléra ont emporté un très grand nombre d'habitants.  En 1849, il y a eu 100 cas de choléra officiellement dénombrés entre le 1er janvier et le 28 juin. Sur ces 100 personnes atteintes, 47 sont mortes (28 sujets masculins et 19 sujets féminins). Parmi les personnes décédées, on note 5 enfants âgés entre 1 mois et 5 ans.

Le rapporteur précise néanmoins qu'on peut regarder le chiffre des décès comme peu élevé si on considère d'une part la gravité de la maladie et d'autre part la mortalité dans les autres communes. 

Les travaux à la cathédrale Notre-Dame.

Voici une autre information à mettre en rapport avec l'actualité. 

Le 11 juillet 1849 paraît un rapport de la Députation permanente du Hainaut concernant les travaux exécutés à la cathédrale Notre-Dame.

En 1848 : restauration des 10e et 11e contrefort, des meneaux, des caroles, des deux absides du transept, des clochers Brunin et Saint-Jean, du portail septentrional, des pignons des bas-côtés, de l'extérieur de la nef... les dépenses se sont élevées à 55.325, 46 francs qui viennent s'ajouter au 405.102, 82 francs pour les travaux réalisés les années antérieures. Une somme de 39.363, 11 francs est allouée pour la poursuite du chantier en 1849. Tout doucement, les travaux touchent à leur fin. 

Il est à noter que c'est la dernière grande restauration (hormis celle nécessitée par les dégâts des bombardements de mai 1940) que subira ce joyau désormais inscrit au patrimoine de l'Uneco avant celle qui a été entreprise au début des années 2000.

Sus aux mauvaises odeurs que les responsables ne semblent pas percevoir !

Le journal s'adresse à nouveau à qui de Droit, le 28 juillet.

Nous attirons l'attention de la police et celle de la commission sanitaire sur les émanations fétides qui infectent le rue aux Poids (actuelle rue As-Pois) et le Vieux Marché aux Vaches (actuelle place de Lille). On dit que les caves d'une fabrique sont remplies d'eaux grasses et corrompues qui se déversent sur la voirie. Ce qui, par le temps qui court (pour rappel existence de nombreuses épidémies dont le choléra) est dangereux. Qui de droit est informé !

Le guérisseur de bègues.

Mr. Bernard qui a guéri, gratuitement, un grand nombre de bègues pauvres  fait savoir à Mr. Le Bourgmestre et aux curés qu'il partira prochainement pour la Hollande. Il ne traitera gratuitement que ceux qui se feront inscrire avant le 26 août. Après ce délai, Mr. Bernard ne se chargera d'aucun malade, s'ils n'ont pas été inscrits avant.

Il ne le dira pas deux fois !

    

(à suivre)

(source : le Courrier de l'Escaut année 1849) S.T. novembre 2013

Commentaires

De délicieuses petites perles. Merci, Serge !

Écrit par : Caroline JESSON | 16/12/2013

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