07 nov.
2013

Tournai : l'année 1849 sous la loupe (1)

En Belgique, le 1er juillet 1849, conséquence de la loi sur la réforme postale votée le 22 avril, on assiste à la parution du premier timbre-poste, œuvre de Jacques Wiener, graveur de monnaies et de médailles et, alors que le malaise social s'intensifie en Belgique, le ministre Charles Rogier annonce le dépôt d'un projet de loi instituant une caisse de pension pour les ouvriers.

En feuilletant le Courrier de l'Escaut, un journal local qui paraît sur quatre pages, ce qui frappe tout d'abord est le style bien différent de celui utilisé de nos jours par les journalistes. Pompeux, emphatique, parfois même obséquieux, celui-ci pourrait prêter à sourire chez les lecteurs du XXIe siècle que nous sommes. C'est la raison pour laquelle, je n'ai pas voulu résumer les articles mais les rapporter dans leur intégralité, ceci permettant mieux de laisser transparaître la mentalité qui prévalait à l'époque (ils seront en italique).On trouvera un cocktail d'informations politiques, de publications statistiques, de faits divers, d'annonces, de rubriques judiciaires... tout ce qui composait le quotidien. Chaque article sera précédé d'un titre comme on le ferait maintenant.

A propos des pensions (retraites).

Les pensions qui s'élevaient à 4 millions en 1834, atteignent en 1849, 5 millions et on compte... 9.524 pensionnés en Belgique. Ce nombre se subdivise en 5.497 pensionnés militaires, 3.620 pensionnés civils et 407 ecclésiastiques. On dénombre également 16.228 fonctionnaires qui reçoivent un traitement en-dessous de 2.000 francs, 1.169 entre 2.000 et 3.000 francs... et 96 plus de 9.000 francs. Le journal constate qu'il y a trop de fonctionnaires et qu'il est temps de mettre terme aux scandaleux abus en diminuant le nombre des fonctionnaires trop nombreux dans les ministères et qu'il ne faut plus accorder de pension à des hommes qui sont encore en état d'apporter des services.

Le service militaire.

En janvier, on annonce que le contingent est porté à 70.000 hommes, 10.000 seront incorporés durant cette année 1849. Des sociétés font paraître régulièrement des annonces signalant qu'elle peuvent pourvoir au remplacement des conscrits moyennant une (importante) contribution financière.

La charité

En ce début du mois de janvier 1849, Mgr. l'Evêque donne une exemple bien touchant de charité. Sa Grandeur a offert 3.000 pains de 3 livres aux pauvres de toutes les paroisses de la ville.      

Exemple d'un drame de la misère très fréquent à l'époque.

Un pauvre habitant de la campagne que la misère avait chassé de son village est venu trouver le gîte à Tournay (Tournai s'écrivait avec un y), il prit logement dans une pauvre chambre de la rue Duwez avec sa femme et ses enfants en bas-âge. Sans travail et exténué par les privations, à peine arrivé, il s'est alité. Privé des secours de la médecine, il a succombé après deux jours de souffrances inouïes. A cette occasion, on a découvert que la chambre se composait d'une unique balle de paille qui servait de lit. Le curé de la paroisse a pris en charge son enterrement et a fait parvenir quelques secours à la veuve et aux enfants.

Une justice bien plus sévère.

 Le 26 janvier par devant la cour d'Assises du Hainaut, la dénommée Sidonie-Constance Plaisant, 20 ans, servante, demeurant à Tournay comparaît. Elle est prévenue pour le vol de 6 poules et 1 coq au préjudice de Joseph Martin habitant Warchin, du vol d'une chèvre à Tournay, faubourg de Maire au préjudice de Casimir Dewasmes, du vol d'une vache à Havinnes au préjudice de François Monnier. Elle s'est aussi rendue coupable de multiples complicités de vol et de recels des biens volés. Elle est reconnue coupable avec circonstances aggravantes. Pour ces faits, elle est condamnée à 7 ans de réclusion, à l'exposition publique sur une des places de Tournay et à 7 années de surveillance par la police ainsi qu'au paiement des frais de justice.

Commentaire : comme dirait un titi tournaisien : "Asteur (maintenant), i-faudreot avoir tué s'père et s'mère pou avoir eine parelle condamnatieon".

Les préoccupations d'alors du Conseil Communal.

Lors du conseil communal du 2 février, le rapporteur Mr. Thieffry fait connaître que le chiffre des enfants trouvés ou abandonnés est de 127, mais doit être réduit à 115, car 12 ont atteint leur majorité. Le budget des enfants trouvés pour l'année 1849 comporte en dépenses : 11.737,35 francs. 

Mr Neve, au nom du collège, dit que le nombre croissant de concessions au cimetière du Sud, réduit la place libre. On vote l'agrandissement du cimetière.

Une nécrologie représentative.

Voici comment sont rapportées les funérailles du colonel d'Etat-major Druez :

Ce matin, à 11h, en l'église Notre-Dame, a été célébré le service funèbre pour le repos de l'âme, de Mr. Louis Alexandre Joseph Druez, décédé le 10 février 1849, à l'âge de 74 ans. Une foule immense s'est empressée de venir rendre un dernier hommage à cet homme de bien, à ce soldat distingué, glorieux débris de ces terribles phalanges qui ont illustré le règne de l'empereur Napoléon. Mr. Druez, colonel d'Etat-Major pensionné, était de plus officier des ordres royaux et militaires de la Légion d'Honneur et de Léopold, chevalier des ordres royaux et militaires de Saint-Louis, de Saint-Ferdinand d'Espagne de seconde classe et du Lion de Zahringue de Bade. En une heure, ce triste cortège se rendait au cimetière du Sud où les honneurs dûs à son rang ont été rendus. Nous avons entendu la foule témoigner ses regrets de ne pas voir nos corps d'élite représentés à cette triste cérémonie. C'eût été un hommage rendu à la vie toute de bien et de gloire de ce soldat dont Tournay s'enorgueillira toujours.

Ivresse sur la voie publique.

Hier matin, 22 février, un maréchal des logis du 3e Régiment d'Artillerie, encore sous l'influence bachique du Carnaval, a eu le pied gauche "épillé" (sic) sous la roue d'un chariot sur lequel il voulait monter au faubourg de Maire. Il a été transporté aujourd'hui (donc 24 h plus tard !) à l'hôpital où on craint que l'amputation soit nécessaire. 

Mortalité infantile.

L'importante mortalité infantile est confirmée lors des parutions hebdomadaires de l'état-civil. Entre le 1er et le 7 mars, la rubrique décès compte pas moins de 10 enfants âgés entre 1 mois et 5 ans. Il faut signaler qu'à ce moment une épidémie de choléra sévit en Belgique et dans le Nord de la France.

Réchauffement climatique ?

En ce mois de février, le temps est particulièrement doux. le journal enquête afin de savoir "Pourquoi nous n'avons plus d'hiver" ! Le journaliste a trouvé la cause dans l'indicateur de Champagne (un journal français);

C'est le voisinage, avec notre globe, des planètes Venus et Jupiter. Vu leur grosseur, ils ont une influence sur les températures. De plus, les astres sont en conjonction, les deux astres étant opposés dans le ciel (Vénus à l'Occident, Jupiter à l'Orient), l'effet conjugué apporte la douceur en réfléchissant les rayons du soleil. A noter qu'un seul astre proche du globe n'a aucune incidence sur les températures.

Oui, on ne peut pas (encore) incriminer la pollution des véhicules automoteurs puisqu'ils n'existent pas et si l'industrie est présente et polluante, elle n'a pas encore eu le temps de produire une quantité astronomique de gaz à effet de serre. La population mondiale est estimée à peine au quart de l'actuelle !

Des adjudications nécessaires !

Le 9 mars, le Bourgmestre et les Echevins de la ville de Tournay informent le public que le mercredi 24 mars à une heure et demi de relevée (c'est-à-dire de l'après-midi) aura lieu l'adjudication pour : la vidange des deux fosses d'aisance de la grande cour, de la piquerie, du manège et de la cour des Croisiers de la caserne Saint-Jean (cavalerie). Vidange de la fosse d'aisance de la cour de la caserne Saint-Jean (infanterie) ainsi que dans d'autres bâtiments communaux (caserne des 7 Fontaines, écoles primaires de la rue Madame et Dewasme, corps de garde de la police, entrepôt des Douanes et Accises. 

On est bien loin de nos stations d'épuration.

Tout doit partir !

Le 17 mars, le conseil d'Administration du 3e régiment d'Artillerie à cheval, vend publiquement, à 2 heures de relevée, le fumier des chevaux dudit régiment.

De quoi engraisser les champs des environs.

Publicité (à peine) déguisée !

Il n'y a pas d'encarts publicitaires dans les journaux de l'époque mais celle-ci apparaît néanmoins :

Le jeudi 29 mars, vers 2h du matin, un incendie a éclaté chez le Sieur Pierre-Joseph Buze, cultivateur à Thimougies. le bâtiment étant en partie construit en paillotis et couvert en chaume, a été, en un instant, réduit en cendres ainsi que le mobilier et les récoltes qu'il contenait. Heureusement pour le Sieur Buze, il avait fait assurer le tout, il y a deux ans, par Mr Quanonne, agent de la compagnie belge d'assurances générales à Bruxelles.

Toujours les problèmes d'hygiène.

En cette fin du mois de mars, le collège des Bourgmestre et Echevins déclare avoir été informé de l'existence d'habitations et de logements qui, par le mode de leur construction, leur état de malpropreté, le défaut d'aérage ou d'écoulement des eaux ou pour toute autre cause, sont de nature à compromettre la salubrité publique. L'interdiction d'habiter pareils logements sera prononcée et l'expulsion ordonnée en cas de danger imminent.

Relevé parmi les faits divers (ou d'hiver)

Rhumes, catarrhes, irritations de la poitrine, de la gorge et des bronches, contre les affections, rien de plus efficace que le sirop et la pâte de Nafé dont la supériorité sur les autres pectoraux a été constatée par les médecins des hôpitaux de Paris et la plupart des membres de l'académie de médecine. Dépôt chez Mr. Carette, pharmacien à Tournai.

Les voleurs rôdent.  

Ce samedi 8 avril, un adroit filou a escamoté, au Marché au Beurre, une somme de 11 francs dans le panier d'une pauvre femme qui destinait cet argent à l'achat d'une demi-rasière de blé. C'est probablement tout ce qu'elle possédait. C'est le second vol du genre que nous signalons depuis quinze jours. pour la seconde fois, avis à la police et... avis aux femmes de ménage.

Que fait la police ! 

(à suivre)

(source : Le Courrier de l'Escaut)

S.T. novembre 2013.

   

09:06 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, année 1849, vie quotidienne |

Commentaires

Passionnant !

tellement proche de nous et tellement différent !

Écrit par : jacques robert | 08/11/2013

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