06 nov.
2013

Tournai : la vie quotidienne au XIXe siècle

Avec "l'année 2009 sous la loupe" s'est terminée une longue chronologie débutée en 1900. Durant ces cent dix années, la ville de Tournai s'est façonnée peu à peu pour devenir la cité que nous connaissons aujourd'hui, sa transformation a aussi été le résultat de deux guerres. Nous avons pris connaissance de ces évènements heureux et malheureux qui marquèrent la mémoire collective, nous avons assisté à la destruction de témoignages du passé mais aussi à la modernisation des infrastructures, nous avons vu évoluer le paysage politique et culturel...   

Désormais, les prochains articles vont nous emmener à la découverte de la cité telle qu'elle existait au XIXe siècle, plus précisément durant la période allant de 1849 à 1899.

Au moment où commence cette nouvelle chronologie, la nation belge est encore jeune, elle a, à peine, dix-neuf années d'existence. La cité des cinq clochers présente un visage bien différent de l'actuel, à l'abri derrière ses remparts et possédant une citadelle, vestige des occupations successives. Moins étendue qu'actuellement, elle est pourtant presque aussi peuplée passant de 29.961 habitants en 1866 à 35.004 en 1900. Si la révolution de 1830 qui bouta dehors les Hollandais avait été menée par des habitants issus de toutes les classes sociales, c'est la bourgeoisie qui est sortie vainqueur de cette indépendance et qui va désormais détenir le pouvoir non seulement sur la ville mais aussi sur les campagnes où vivent des représentants de la noblesse et des propriétaires fonciers. 

Un jeune qui prend le temps de lire cet article (cela tiendrait du miracle car aucun ado, jusqu'à présent, ne m'a transmis le moindre commentaire) peut-il imaginer que tous les déplacements de l'époque se faisaient encore à pied, à cheval, en charrette, carriole ou diligence. C'est avec ces moyens de transport que les fermiers et maraîchers venaient écouler leurs marchandises sur le "Marché de l'Empereur", rendez-vous hebdomadaire qui conservera cette appellation officielle jusqu'à nos jours.

C'est aussi l'époque des ouvriers saisonniers en provenance de Flandres où sévit, dans certaines régions, une misère telle qu'elle les pousse à venir aider, pour quelques sous et un peu de nourriture, les agriculteurs au moment des moissons.  

La pauvreté est omniprésente dans certains quartiers de la ville et la disette touche régulièrement les couches populaires. Des maladies aujourd'hui éradiquées font souvent leur apparition, celle de l'ergot de seigle, celle de la "cocotte" du bétail ou encore le choléra (1849) tandis que les maladies infantiles sèment encore régulièrement la mort parmi les jeunes enfants.

C'est l'époque de la naissance de l'industrialisation, on voit apparaître les premières usines (briqueteries, tanneries, sucreries, brasseries, cimenteries, chaudronneries, fonderie de cloches...), le bassin carrier se développe, les habitants d'Allain, de Vaulx et de Calonne travaillent en grande majorité à "l'roc " et prennent le surnom de "roctiers", un titre qui fera l'honneur de toute une région. Dans le domaine textile, le travail à domicile effectué par les "balotils" est encore fort développé.

Arguant d'une stricte neutralité, notre région sera néanmoins attentive au développement du conflit franco-prussien de 1870, ces évènements profiteront d'ailleurs à l'industrie textile tournaisienne qui exécutera d'importantes commandes et vendra aux belligérants des quantités considérables de chaussettes et de gilets.

Si le jeune lecteur tombé au hasard de ses recherches sur le blog "Visite Virtuelle de Tournai" a le courage de pousser un peu plus loin son envie de découverte, il devra effacer de sa mémoire tout ce qui est pour lui d'une banalité navrante. Au XIXe siècle, pas de télévision, pas d'internet, pas de radio, pas de téléphonie fixe ou mobile, que dire alors des I-pod et I-pad, des vidéos, des tablettes..., les clubs de football n'existent pas encore, ni les cinémas, ni les bowlings, ni les discothèques, on n'entend pas le bruit des réacteurs d'avions dans le ciel, ni le ronronnement des moteurs de voiture sur les routes, celles-ci sont presque toujours des chemins de terre battue ou couvertes de gros pavés disjoints. Sur l'Escaut, les bateaux sont encore, bien souvent, halés par des hommes. Pour les distractions, on est amateur de musique surtout classique, friand de concerts, on affectionne les expositions artistiques, on s'extasie devant les oeuvres d'artistes locaux comme Barthélémy Frison, Aimable Dutrieux, Auguste Gaudry, André Hennebicq ou Louis Gallait. On aime les représentations théâtrales et les prestations des nombreuses chorales que compte Tournai. Les hommes assistent aux luttes de jeu de balle, participent à des concours de tir à l'arc ou à l'arbalète, passent l'une ou l'autre soirée dans un estaminet et, en compagnie de leurs épouses, vont voir s'envoler les montgolfières et les ballons gonflés au gaz en applaudissant leur concitoyen Jean-Baptiste Glorieux, parfois au terme d'une promenade dominicale. On attend avec impatience les ducasses, kermesses et fêtes de quartiers et surtout les gens communiquent, ils se rencontrent aux soirs d'été, durant les longues veillées d'hiver, lors de fêtes de famille...

En ce qui concerne l'hygiène, les maisons ne sont pas équipées de salles de bains et chez les ouvriers, comme le décrit si bien Zola dans Germinal, on se lave à plusieurs dans la même eau, le plus souvent, une fois par semaine. Pour la préparation des repas, il n'existe pas de four à micro-ondes, par de cuisinières électriques (l'électricité ne se développera qu'après la première guerre mondiale), pas de réfrigérateurs ou de congélateurs, tout simplement une bonne vieille cuisinière au bois ou au charbon. Les taudis sont encore très nombreux et les rats prolifèrent dans certains quartiers, près des abattoirs, du marché au poisson ou des décharges à ciel ouvert. L'hiver, les fumées stagnent sur les quartiers ouvriers !

C'est de tout cela et bien d'autres choses que nous parlerons afin de cerner au mieux la vie quotidienne des Tournaisiens durant la seconde partie du XIXe siècle.  

(source : le "Courrier de l'Escaut", le plus vieux journal de Belgique, dont la première parution remonte en 1829)

(S.T. novembre 2013)  

09:28 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, xixe siècle, vie quotidienne |

Commentaires

Cher Monsieur bonjour c'est toujours avec plaisir de vous lire, vos articles sont édités avec énormément de recherche, j'espère que vous continuerez longtemps à nous faire découvrir notre ville de Tournay.

Écrit par : Dumoulin | 06/11/2013

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Nous sommes à l’ère de l’information et de plus en plus de gens ont compris qu’il est très lucratif de vendre de l’information sur le web, car les coûts de productions sont bas. Pensez-y : vendre un ebook en ligne n’implique aucun coût d’impression et d’envois postal! Vous avez ici un vaste marché pour faire de la rédaction de ebook pour d’autres. En anglais, ce travail se nomme « ghostwriter » ou écrivain fantôme, car votre client mettra ensuite son nom sur vos écrits.

Écrit par : Evrard Vergne | 06/12/2013

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Cher Mr. Vergne, il y a des collectionneurs qui conservent leurs trésors pour eux seuls, dans des coffres fermés à double tour, il y a des chercheurs qui ne partagent jamais le fruit de leurs trouvailles. Est-ce une forme d'égoïsme ? Est-ce la traduction d'un esprit possessif ? Qu'adviendra-t-il de toutes ces richesses cachées aux yeux de tous quand il ne seront plus ?
Quand on a une passion comme celle que je voue à ma ville, on aime la partager avec le plus grand nombre, gratuitement, sans aucune idée de lucre car tout ne doit pas se résumer à une question d'argent, si des jeunes utilisent ces textes pour leurs études, j'en serai des plus ravis, si d'autres en parlent, également. Il est vrai qu'ils pourraient mettre les références de l'article comme je cite toujours mes sources !
Pensez-vous que nos ancêtres et leur transmission orale ont reçu des droits d'auteur pour ce qu'ils nous ont légué.
Mon plaisir est de parler de ma ville, de faire un condensé de ce que j'ai découvert concernant son Histoire, son actualité, ses enfants connus... et, de temps à autres, recevoir un commentaire en provenance d'un lecteur. Je ne professe aucune idée mercantile et tant pis si un malhonnête s'approprie mes phrases, il ne faut pas se faire d'illusions, le monde est peuplé de voleurs d'idées, de faussaires de textes, cela a toujours existé et existera toujours !

Écrit par : L'Optimiste | 08/12/2013

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